Elles ne sont plus plates, les dalles du cloître. Elles sont doucement vallonnées, sans heurt, par les gens et le temps. Par la méditation et la prière. La prière inscrite dans la pierre. Mes doigts glissent dessus, comme sur une peau très ancienne et rugueuse. Parchemin silencieux. Je vois des vagues dont le ressac a poli la roche. Un rayon de soleil vient en éclairer la surface rosée, petite aube, et des formes s’y dessinent. Comme dans les nuages.
Les signes ne sont pas dans le ciel. Non. Ils sont humblement inscrits au ras du sol. La permanence du désir des hommes, de ses doutes, de ses plus chères espérances ont une empreinte commune. Le pas du moine a laissé une trace pleine d’avenir. Une trace toute simple. Dans la foulée de laquelle une nouvelle humanité pourrait croître. Grâce à des marcheurs inspirés.
Les dalles sont livrées aujourd’hui aux pieds profanes. La porte du cloître est ouverte. Chacun peut y entrer. Mais qui saurait dire quel secret s’en est échappé ?
Je regagne la rue. Comme chaque soir, la journée finie, les habitués se retrouvent à la terrasse du petit café sur la place. Comme chaque soir, la belle inconnue passera sur son vélo. C’est le printemps. Sa petite robe soulèvera quelques commentaires. Les enfants jouent au ballon. Le chat dort, le merle chante. Chacun vaque à ses occupations. La lumière est d’un or léger. Comme il est bon que tout se répète.
Et les moines continuent à déambuler silencieusement sur ces dalles qui rêvent pour l’éternité.
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