Le péché originel, ce n'est pas la pomme croquée par ce ballot d'Adam. Le péché originel, ce sont les crimes contre l'humanité, contre ce qui fait que nous sommes humains, avec en point de mire, le summum de l'impensable, Auschwitz - qui n'a pas manqué de faire des émules (goulag en ex-Urss, génocides au Cambodge, au Rwanda).
Supprimer la routine quotidienne à un être humain, ce serait comme le priver de colonne vertébrale. Il ne tiendrait plus debout.
Le quotidien nous sauve chaque jour. Et on parle de routine...
«Je n’existe que si je me jette à la rencontre du monde, pour le dire. Ma manière à moi de m’ouvrir à lui. De me relier à la Source en moi, à travers lui.» (Georges Haldas, Carnets du désert, 1er janvier 1986)

Demain, cela fera deux ans que Georges Haldas a rejoint sa patrie première, la Source à laquelle il a consacré sa vie et qui n'est autre que le quotidien qui, chaque jour, sauve celui qui prend la peine de lui porter attention. Cette Source que chacun de nous, à sa manière, alimente, féconde, parfois détruit.
Mes chroniques sont beaucoup trop critiques. Le jugement est la pente facile que prend celui qui n'a rien à proposer. Le clairvoyant lui comprend, prend acte, et amorce déjà le changement.
Ce moine qui sonne la cloche pour l'appel à la prière. Quand il retient la corde pour la faire taire, on voit ses talons décoller du sol, comme si elle le tirait à elle, l'arrachait à la pesanteur.
Se contenir pour avoir un peu de contenu.
Il y a une plante sur mon balcon dont les feuilles ressemblent à des oreilles de lapin. Du coup, j'ai l'impression d'être épié dans mon clapier.


La deux centièmes chronique du royaume familier publiée, je n'aspire qu'à une chose si je continue mon petit travail d'écriture sur des blogs: tendre vers plus de qualité. M'efforcer de traduire avec plus de précision les émotions quotidiennes. Être un serviteur attentionné des choses les plus anodines et les plus humbles. C'est de cette manière que chacun de mes textes me permettront de faire un peu plus de jour en moi et autour de moi.
L'automne a déjà un mois.
J'écris pour un hypothétique lecteur, parfois bien réel et même fidèle. J'ai besoin d'écrire pour quelqu'un, de m'adresser à lui, quand bien même ce ne serait personne, peu importe.
Même le silence peut me donner la réplique. D'ailleurs, il le fait souvent mieux que bien des gens que je connais.
«Il y a un bonheur dans le don de sa personne.» (Frère Roger)
Biographie de Joseph Wresinski par Jean-Claude Caillaux - Vertige de penser à ceux qui ont perdu jusqu'au sentiment d'être des hommes, d'appartenir à l'humanité, qui n'ont plus les moyens de se faire entendre. Ces enfants, ces femmes et ces hommes que le mépris tue. Ces êtres à qui on ne demande plus rien parce qu'on croit qu'ils n'ont plus rien à donner - c'est évidemment faux. Le peuple des pauvres comme disait le Père Joseph Wresinski, dont il voulait à tout prix faire des acteurs, des partenaires, afin qu'on n'applique pas des solutions qui n'en feraient que des assistés. Le Père Joseph Wresinski qui menait son action contre la misère en cherchant à comprendre aussi bien les pauvres que les riches, pour dépasser ce clivage, et afin que son combat pour l'homme ne soit pas un combat contre d'autres hommes. Le but étant que chacun en entrant dans la vie de l'autre fasse s'évanouir les frontières de la ségrégation. Que le visage, la voix, l’expérience et la souffrance de chacun permettent d'estomper des catégories intellectuelles pour laisser rayonner l'expérience d'une vraie rencontre qui ne serait peut-être pas encore fraternelle, mais tout déjà humaine. Le combat du fondateur d'ATD Quart Monde (Aide à Toute Détresse) est écrit sur le Parvis des Libertés et des Droits de l'homme à Paris, lorsque 100'000 défenseurs des Droits de l'homme se réunirent le 17 octobre 1987 pour inaugurer une dalle en l'honneur des victimes de la misère sur laquelle il était écrit:

«Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les Droits de l'homme sont violés. S'unir pour les faire respecter est un devoir sacré. Père Joseph Wresinski.»

Cette misère est crucifiante. Cette misère n'est pas un problème, mais des visages.
L'attitude de cette vendeuse me donne à penser qu’elle ne voit aucune nécessité à ce qu'on vienne la déranger dans ce grand magasin d'articles de montagne et de sport. Tandis que j’attends - il n’y a pas d’autres clients, elle fait Holiday On Ice autour de moi, occupée à tout sauf à ce que je représente potentiellement: un client. Je me demande même un instant si elle ne va pas me vêtir comme un mannequin pour me mettre en vitrine. Elle finit enfin par se camper devant moi pour me demander si elle peut me renseigner. La manière dont elle s’exprime me hérisse et, lorsque j'ai formulé ma question, elle me répond d'une manière nette qui ne me laisse aucun doute quant à l’éventualité que je remette les pieds dans cette boutique.

- Non.

Apparemment, à aucune instant elle ne semble se dire que, au-delà de ma question qui n'était pas de lui demander le chemin ou si je pouvais utiliser les commodités, elle aurait pu faire son job, en me proposant une marque similaire qui ferait tout aussi bien l'affaire que celle que je recherche et que, me laissant convaincre par ses compétences, je pourrais passer à l'acte, déboursant un pécule anodin, mais qui participe à son salaire qui lui permet aujourd'hui d'être là à m'ignorer. Mais je ne crois pas que cet argument aurait fait mouche. Alors, imaginons à sa place que, tentant de faire quelque chose d'intéressant de ce métier qui est le sien, elle m’ait indiqué où je pourrais trouver ce que je recherche (des chaussures), comme la vendeuse du magasin précédent qui n'a pas, elle non plus, eu l'idée de me draguer le pied, mais qui m'a au moins suggéré d'autres enseignes où peut-être je pourrais les trouver, dont celle-ci. Mais c’est peine perdue. Je suis face à un sommet d’antipathie commerciale qui me fait comprendre qu’elle a hâte que je m’en aille pour reprendre la conversation avec son collègue - oui, car ils sont deux, au cas où il faudrait chasser un autre client. 
La 200e chronique du royaume familier

Observons ce couple devant son téléviseur, et voyons comment il se meurt. Assis côte à côte, ils ne se regardent pas, ils ne se parlent pas. Alors que font-ils? Ils regardent ailleurs. Quoi? Le néant. Ils vivent sous assistance imaginative pendant plusieurs longues heures par jour, pour se soulager de l’écrasante pesanteur d’être. Vingt-quatre heures dans une journée, c’est beaucoup trop. C’était utile au temps de la cueillette, mais aujourd’hui...

Devant la télévision



Observons ce couple devant son téléviseur, et voyons comment il se meurt. Assis côte à côte, ils ne se regardent pas, ils ne se parlent pas. Alors que font-ils? Ils regardent ailleurs. Quoi? Le néant. Ils vivent sous assistance imaginative pendant plusieurs longues heures par jour, pour se soulager de l’écrasante pesanteur d’être. Vingt-quatre heures dans une journée, c’est beaucoup trop. C’était utile au temps de la cueillette, mais aujourd’hui... Ils pourraient aller dormir, mais ils n’ont pas sommeil. Et puis dormir, c’est prendre le risque de rêver. Ils pourraient lire, mais ils ont aussitôt le pouce qui les démange, l’addiction au téléphone portable les reprend. Alors, ils choisissent l’abattage par abrutissement télévisuel, l’anesthésie lente et implacable de la conscience. Ils somnoleront avant de s’écraser l’un sur l’autre. En attendant, ils regardent des images qu’ils ne voient pas, peu importe lesquelles, de toute manière ils ne s’en souviendront plus le lendemain.

La télévision porte un coup fatal à cette citation-fleurette d’Antoine de Saint-Exupéry: «Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder dans la même direction». Tout est question de perspective. Un passant aurait pu les surprendre dans une position indélicate que des rideaux auraient dû cacher, regardant dans la même direction, leur téléviseur. Je ne peux nier qu’il s’agit d’une relation, sans pourtant pouvoir affirmer que ce soit de l’amour. Ils auront certainement réagi de manière neurovégétative à un stimulus provenant de leur horizon commun, l’écran. Je serais tenté de penser que nous sommes plus proches de la biologie que de la passion. Quoi qu’il en soit, lestés de leur dernière vigueur, ils vivent une parfaite paix des sens et du sens. Cette excroissance cérébrale grisâtre qui leur sert à ruminer, et ce magma rougeâtre et sanguinolent qui leur permet de sentir sont mis en veilleuse. Ils sont devenus des éponges bombardées par les zébrures plasmatomique qui fusent dans la nuit de leur appartement. Perdus dans l’infra-humanité, ils dormiront d’un sommeil lourd comme la mort. Bien que, concernant la mort, nous ne saurions garantir qu’elle n’est pas vivante.


Pendant ce temps, dehors, le monde est beau. Un hérisson passe devant leur porte. Un chat guette. Au loin le clocher sonne l’heure, et une grande paix s’étend partout sur la campagne. Un promeneur extirpé de sa torpeur médiatique par un chien à sortir, pourra voir que derrière presque toutes les fenêtres, comme celles de notre couple, trône un autel médiatique en activité, entouré d’une multitude d’autres petits autels portatifs plus discrets, mais tout aussi captivants. Il aura l’impression de vivre quelque chose d’exceptionnel, un moment de communion avec les mystères de la nuit. Ce moment de pleine présence nimbée de silence lui permettra de se rendre compte qu’il gâche ses soirées, qu’il vaut plus, tellement plus que ces séries insipides auxquelles il a le sentiment de se contraindre, faute de mieux, faute à des journées harassantes qui ne lui laissent plus une once d’énergie. Il éprouvera de la gratitude vis-à-vis de son chien qui l’oblige à s’extirper de son fauteuil - tandis que ce dernier inspecte minutieusement un brin d’herbe sur lequel un de ses congénères aura notifié une information canine. Notre flâneur n’a ni envie de rentrer, ni envie de fuir d’ailleurs. Il goûte au bonheur d’être là. Il voit soudain une étoile filante qui raie magiquement la voûte céleste. Il se demande:
- Mais enfin, d’où vient-on? Que faisons-nous ici? C’est incroyable, nous sommes tout à nos petits soucis tandis que ce ciel immense....

Il aurait bien voulu en parler avec quelqu’un, mais il n’y a personne si ce n’est son chien qu’il surprend assis à côté de lui en train de suivre du regard un avion qui passe. Il s’en étonne, comme toujours. Un chien ne devrait pas regarder les avions passer. Et un être humain ne devrait pas larver devant une télévision, songe-t-il aussitôt.

Mais je ne vais pas m’attarder plus longtemps sur ce sujet, car dans quelques minutes débute un épisode de la nouvelle série Sherlock Holmes avec Benedict Cumberbatch dans le rôle-titre, et je dois bien avouer qu’elle est très réussie, même si Jeremy Brett reste à tout jamais pour moi LE Sherlock Holmes. Je vais rejoindre cet îlot domestique qu’est un canapé, au côté de ma bien-aimée. Et j’aurai le sentiment que finalement tout ceci n’est pas si grave, à chaque jour suffit sa peine, et qu’un moment d’oubli est bien mérité. Nous reprendrons le travail demain. Pour l’instant je revendique le droit de n’avoir aucun devoir, que rien ne vienne me faire bouder le plaisir de manger devant mon téléviseur, qu’on me fiche la paix, même si j’ai en tête une multitude de prestigieux exemples qui auraient choisi d’entamer une page d’écriture ou de lecture au lieu de s’abîmer devant des idioties, cela m’est complètement égal.
«Les petites choses n'ont l'air de rien, mais elles donnent la paix. Dans chaque petite chose, il y a un Ange.» (Georges Bernanos)

Je ne sais pas vous, mais les vibrations douces et attentives de cette seule citation suffisent à enchanter ma journée.
«Le racisme est la dévalorisation profitable d'une différence» - Albert Memmi. Et en pensant dégrader l'autre, c'est sa propre identité qu'on salit.
Évidemment, faire la lecture ne s'improvise pas. Mais qui sait si tant bien que mal, ce petit effort ne m'a pas permis d'aller à la rencontre d'autres lecteurs?

Mon audioblog ARTE:
http://audioblog.arteradio.com//chroniquesmerlines/frontUser.do?method=getHomePage
J'ai trouvé que dans une abbaye, il y avait un petit côté Agatha Christie. Qui sont ces gens qui sont là, à commencer par moi? Quel est leur mobile? Quelles pulsions se cachent sous tant d'égards? Et je dois bien avouer qu'au milieu de la première nuit, dans la mansarde où se trouvait ma cellule, j'ai eu quelques appréhensions au moment de sortir pour me rendre aux commodités qui se trouvaient sur le pallier. Et si je croisais dans le noir un moine en robe de bure, son capuchon sur la tête, s'apprêtant à ... À rien du tout, bien évidemment! Je ne risquais que de croiser les fantasmes mon imagination gorgée de séries télévisées pathologiques.
Les feuilles des arbres en automne ressemblent à des oiseaux de toutes les couleurs.
Les cordes du clocher sont comme des nerfs qui relient le moine à la cloche, chacun communiquant son influx nerveux à l'autre.
Certains lieux ont le génie de l’accueil. L’Abbaye d’Hauterive, dans le canton de Fribourg, en fait partie. Préservé par la vigilance bienveillante des moines cisterciens qui en ont la charge, ce havre de paix reçoit les visiteurs, que ce soit pour quelques heures ou quelques jours.

Quand je vois tous ces oiseaux qui se rassemblent par centaine pour se préparer à migrer, je ne peux m'empêcher de me dire que c'est tout ça de chant en moins. J'ai l'impression d'être un peu plus abandonné à l'hiver qui se prépare.
«L'existence charnelle de l'homme est donnée.
Elle s'impose à lui comme un fait irrévocable.
Mais le sens de cette existence n'est pas donné.
C'est à lui de le découvrir.»

- Maurice Zundel, Les Conférences du Cénacle.
Des amis chers sont en train d'attendre la naissance de leur enfant. Comme cette attente doit être étrange. Ils vivent de leur vie de toujours en sachant que de manière irrémédiable, définitive, cette vie d'avant n'existera plus jamais dans quelques heures ou dans quelques jours. Ils sont tous deux sur une planche au-dessus de la mer, et ils feront tout bientôt ce grand saut qui consiste à accueillir une petite motte de terre rose et fertile qui est prête à croître contre bon soin. Ce qu'ils vivent est donc tout à fait banal, anodin, commun, largement partagé et pourtant... Je me sens intensément en communion avec eux dans ces tout derniers centimètres avant l'arrivée de cette petite vie dans le regard de laquelle ils pourront encore voir de la poussière d'étoiles en effervescence. Mais quelle aventure! Mais quelle aventure!
Court-métrage «Mon père, ce héros» - Formidable d'authenticité, on entre dans la pâte d'une routine et la fin est très touchante.
Titre d'un livre en majuscules, «LE SYNDROME DE PETER». Il m'a fallu quelques secondes pour passer du verbe au nom dit propre.
Formidable ces trois dames qui se bidonnent en parlant le langage des signes.
Vous êtes en train de vous enraciner..., me dit-il.

Et moi de me demander: dans le sens de la terre ou du ciel?
Une sacrée pierre ponce la routine, indispensable, mais abrasive.

Un film formidable, sans aucun autre effets spéciaux que ceux de ses vies malmenées qui revendiquent leur droit au plaisir.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?