Je suis le baladin poète. Illusoire liberté? Peu m'importe. Je danse sur un fil rimbaldien et je suis heureux.
Sur terre, quand c'est fini, c'est pour longtemps.
Au creux des mots il n'y a aucun refuge.
Les poètes sont l'ancre du genre humain. Ils luttent contre la dérive.
Du bon usage de la virgule, du point-virgule et du point, ces écluses, loquets et serrures d'une phrase.
Certaines choses sont belles de n'être qu'à nous. C'est même de là que vient toute leur intensité.

Les dévoiler serait une atteinte à la pudeur, une levée de l'intimité, un corps mis à nu brutalement, sans consentement.
Cette boîte aux lettres jaunes - car dans mon pays, les boîtes aux lettres sont jaunes- qui est accolée à une grande cage en treillis métallique. Lorsqu'on poste une lettre et que le clapet se referme un claquement sonore se fait entendre, comme un écho. On a l'impression que le courrier tombe au fond d'un puits.
Tu as une grande patience de toi-même, tu t'attends, tu l'attends, tu attends ce qui se passe en toi. Tes bras entourent ton ventre et l'entoure. Tout tourne autour de ce détour de quelques mois. Et ton visage penché dit toute la douceur de ton attente.
"Regarde-moi dans les yeux!"...

... était-il écrit sur le T-shirt de cette demoiselle et, sous l'étoffe tendue, je distinguais parfaitement, en embuscade, deux obus magnifiques qu'elle pointait vers moi comme un navire de guerre ses missiles.
Le merle écrit à l'encre chantante la promesse de l'aube. Son petit bec orange trempé dans la rosée de l'aurore trace de grandes lettres sonores sur fond de nuit. D'un coup sec du bec, il incise la frange des montagnes, sublime meurtrissure d'où jaillit le sang du jour nouveau que le crépuscule viendra cicatriser.
C'est une mère qui murmure un chant très doux à son enfant, un chant sans paroles. Elle fredonne une mélodie très douce et très ancienne, venant d'aussi loin que le sommeil, au coeur d'une belle après-midi d'été, à l'ombre d'un chêne.

L'enfant est endormi, la tête sur ses genoux et elle, elle chante.
Il s'était assis au coin d'une rue et avait mis un petit écriteau:

MESDAMES, JE SUIS AVEUGLE ET JE N'AI DONC PLUS LE PLAISIR DE VOUS CONTEMPLER.
LAISSEZ-MOI VOUS TOUCHER.
MERCI!

Et nombre d'entre elles de venir se laisser caresser par notre homme. Certaines disant même:
- "Je suis allé me faire mater par l'aveugle."

Monsieur Bobin


Vous me faites des misères Monsieur Bobin, à dire la vie avec tant de justesse. J'avais prévu de faire tout plein de choses aujourd'hui, j'avais mon "planning" comme on dit, mais je commence à vous lire et patatras, une simple phrase crée un grand imprévu, m'éblouit. Quelques mots, quelques notes, comme une mélodie si heureuse. Et voilà mon ordre du jour en désordre, Monsieur Bobin, car votre phrase m'a ravi et elle requiert toute mon attention, comme un nouveau-né. Elle demande des soins urgents, impératifs, immédiats. Elle chamboule tout.

La poésie, quand elle entre dans nos vies, ne s'embarrasse pas de nos petits arrangements. C'est une naissance, une graine qui fait craquer notre enveloppe, une éclosion, une étincelle de joie. Le feu a pris au-dedans, au plus intime de soi. Ce bouleversement, c'est peut-être tout simplement quelque chose comme un appel à être, avant tout. A éprouver comme il est bon d'être. Et ceci étant senti, on se remet au travail, on reprend nos tâches quotidiennes et familières, avec une attention un peu différente. Notre journée se trouve ornée d'une initiale particulière, enluminée grâce à quelque chose de très beau, comme aujourd'hui votre phrase, Monsieur Bobin. Et demain, ce sera une certaine lumière d'automne ou une expression particulière sur un visage aimé.

Alors, Monsieur Bobin, malgré tout le dérangement que vous avez silencieusement provoqué, je vous adresse un cordial merci pour m'avoir permis d'inspirer pleinement. Votre poésie m'augmente.
On comptabilise tout ici-bas, sauf les baisers.
Parce que ça ne compte pas un baiser.
Ca ne se chiffre pas.
Ca se donne.
Ses yeux n'en finissaient pas de faire des sauts et des loopings sur le toboggan de sa chute de reins.
"Bourbouille": je trouve le mot joli, le mot rigolo, comme les Barbapapas, Barbabulle, jusqu'à que je découvre qu'il s'agit d'une maladie dermatologique. Et voilà que je me brouille avec mon mot.
Démon de midi: fringale d'une petite aiguille déboussolée?
Le ciel se couvrait. En passant devant une ferme, une vieille dame lui dit:
-"La pluie est juste derrière la forêt".

"Cause toujours", pensa-t-il. Et de se faire rincer aussitôt la forêt franchie.

"Raconte-moi"

Je ne veux pas être muet de toi.

Je voudrais être une voix pour toi comme tu pourrais l'être pour moi. Je veux connaître ta couleur préférée, les chansons que tu aimes, tes plats favoris, tes bêtises d'enfant et tes rêves d'adolescent. Tout le savoir de toi que tu pourras me conter.

J'aimerais pouvoir offrir un foyer à toutes tes paroles, même celles qui se sont perdues en route, celles qui ont une aile cassée, celles qui boîtent et qui mettront un peu de temps pour arriver. Qu'elles ne se pressent pas. Nous les attendrons.

Tu es important pour moi et j'ai envie de te dire:
- " Raconte, raconte-moi encore."

Rien que pour me souvenir avec toi, pour entendre le son de ta voix, pour te suivre dans les palais de la mémoire, pour découvrir les sentiers qui te sont familiers. Pour connaître les figures qui comptent ou qui ont compté dans ton histoire. Ainsi les rues de ma ville se peupleront de nouveaux visages que je rencontrerai en venant te voir et qui m'étaient jusqu'alors inconnus.

La chaleur de ta voix enrichit mon existence. La chaleur de ta voix... Un monde! Oui, ce bonheur simple de partager avec toi les feuilles d'automne, mais pas seulement. Car nous savons tout le printemps que contiennent ces moments, nous savons que ce n'est pas le privilège du grand âge de se souvenir. Qu'il y a de jeunes étoiles qui peuvent se mettre à briller dès maintenant et nous guider.

Alors, au conteur qui est en toi, je répète joyeusement:
-"Raconte, raconte-moi encore."

Et j'entends déjà ta voix à la porte. Sois le bienvenu. Je t'attendais.

Percussion

Tu as percuté mon silence, brisant les verrous rouillés de ce vieux portail de l'enfance qui s'est mis à grincer joyeusement sur ses gonds - c'est toujours un peu grinçants, les premiers mots.

Le son de ta voix a fait des ricochets à la surface de mes souvenirs, loin, très loin, et c'étaient des rires retentissants dans le préau de l'école, les balançoires qui nous portaient haut, très haut vers le soleil, une table de calcul jaune, un livre d'Henri Bosco lu sur l'herbe au creux d'une belle après-midi d'été ou encore la grange blonde des premiers baisers.

Ton regard a fait des percées de lumières profondes, ramenant tous les abandonnés blottis dans ma mémoire qui se sont mis à virevolter au rythme du volant de ta robe. Tu remontais hardiment et d'une main sûre du fond de mon coeur des filets de poissons multicolores.

Pourquoi une voix, un regard, une gestuelle, soudain, nous percutent au milieu de toutes les autres pour nous ramener si vivants parmi les vivants?
Pourquoi appelle-t-on "judas" ce pertuis béni qui permet de tenir les emmerdeurs hors de chez soi?

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?