Degas, jeune femme se coiffant
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Monsieur Degas a dû aimer les femmes avec une rare clairvoyance pour parvenir à peindre avec autant de justesse leurs gestes les plus intimes et les plus simples. Regardez bien cette femme qui se coiffe. Toutes les femmes se coiffent ainsi, en dégagent leur nuque sous le mouvement du peigne. Mais quel regard, quelle sensibilité il faut pour rendre compte avec autant de précision d'un geste aussi singulièrement féminin. En contemplant ce tableau, je vois toutes les femmes du monde en train de se coiffer. Degas a su pénétrer un univers qui n'était pas celui de son sexe. Il a rendu sensible le verbe «se coiffer». Le mouvement du bras est exact. Le dos se redresse pour faire contrepoids à la main qui tire sur les cheveux. Le muscle de l'épaule est saillant. Les heures passées à peindre des ballerines lui ont permis d'affiner son regard, de saisir la grâce des mouvements du corps dansé. Oui, il nous fait entrer dans l'intimité du monde féminin. Tout ceci a l'air très simple, anodin, routinier. Et pourtant, imaginez vouloir rendre avec autant de tact et de simplicité le tableau d'une femme qui se coiffe. Degas m'offre d'entrevoir à la dérobée l'atelier de la féminité en mouvement. Là, sans s'en rendre compte, elles répètent des gestes immémoriaux qui pourraient nous conduire à la source de la première femme qui a forgé le verbe «se coiffer». Et c'est précisément parce qu'elles ne sont pas conscientes de ce geste qu'il est si beau.
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