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La fidélité a un prix et heureusement, sinon que serait-elle?
Si la fidélité n'était qu'une question de durée, elle serait vaine et pathétique.
L'infidélité n'est pas toujours une arythmie de la fidélité, mais parfois un choc salutaire.
Ce n'est pas à la fidélité qu'il faut être fidèle mais à l'appel mystérieux entendu un jour, à ce qui nous a convoqué et fait palpiter.
La fidélité est une question de répondant. Réponse à une voix, un appel, qui un jour nous a traversé avec la force d'une certitude que rien ne semble devoir démentir. Une voix avec laquelle on a commencé à s'entretenir comme pour toute la vie, comme au-delà de la vie. Et souvent cette voix est trahie par le mutisme, la paresse, la facilité, le bavardage avec une autre oreille séduisante mais qui n'a pas l'importance d'une vocation.
Si la fidélité n’était qu’un mur de vertu érigé pour ne pas céder à la tentation, elle serait pathétique.
Les objets quotidien sont d'une rare fidélité. On croit que c'est de l'inertie. On se trompe.
Le pari de la fidélité est une gageure dans une société qui fait l’éloge de la dispersion et du portable de dernière génération.
Bernanos note avec justesse qu'une fidélité vivante autorise la critique lucide, qui est clairvoyance, parce qu'elle est faite avec bienveillance. Fidélité vivante, qui n'a rien à voir avec la fidélité conformiste ou de caste.
Pardonne-moi, je te suis fidèle, je n'ai pas su résister, la tentation était trop forte.
Si la fidélité devient une obligation, c'est une corde au cou de la relation. On est fidèle parce qu'on a envie de l'être, et c'est ce désir qui nous motive, et non un quelconque devoir moral. On ne peut pas être fidèle par contrainte.
La routine dans le couple, c'est comme la machine à laver pour les habits: ça vous décolore, ça vous râpe. Pas étonnant qu'on finisse par avoir besoin de se raccommoder, voir même de recolorer son quotidien avec un autre.
Je cherche à me rapprocher d'aliments-auteurs les plus sobres et les plus authentiques possibles. Que la distance entre la terre et sa bouche soit courte et peu encombrée. J’aime trouver une limace sur ma salade, non que j’en raffole, mais elle me certifie que j’ai dans les mains un produit original. Moi qui aime tant brosser mes chaussures, je trouve mon compte avec les pommes de terre. J’ôte patiemment leur croûte de terre pour en dégager une grosse pépite d’allure saugrenue. La rencontre n'était pas aisée, je dois y mettre ma peine. Ici, rien de pré-parer, pas de parure commerciale. Toute la séduction du produit vient de ce qu'il n’a pas été caché au regard, qu'il se tenait discrètement lové dans le repli d'un champ. Je suis même prêt à payer plus cher pour faire tout le boulot moi-même. C'est que cette pomme de terre en vaut la peine. Elle vient de quelque part, et moi, je sais d'où. J’ai pu clairement en déterminer la provenance. De même que ces pommes qui mûrissent patiemment sur des arbres à côté desquels je passe chaque jour. J’en ai caressé les branches. Je me suis étonné de cette poussée de vie qui reprend toujours le dessus, chaque année, nonchalant de nos humaines agitations. Il faut que le travail soit fait, et la nature le fait. Miracle.

Supprimer les intermédiaires me semble un acte salutaire et citoyen. Payer comme il se doit celui qui a fait le travail, et lui seul. Je ne veux plus rien donner à ceux qui s’enrichissent sur le dos de la nature et de ses ouvriers. Tout pour celui qui a sué et participer à l'accouchement. Rien pour les charlatans du packaging. Et puis, cela ne me déplaît pas de devoir me mettre en quête d’authentiques primeurs. De nature sédentaire, mes courses se calquent sur les saisons. La stupéfiante beauté du coeur des fruits de la passion m’a fait une forte impression, de même que les vahinés de Gauguin. Mais cet exotisme me touche assez peu en somme, je sais que je peux m’en passer. Il suffit de ne pas trop m’y frotter. Ce sont les produits les plus élémentaires de mon pays qui ont toutes mes faveurs, ceux qu'on finit par ne plus considérer à force de les connaître, tant ils nous sont familiers, comme la pomme - toujours elle, mais une pomme par jour, ça crée des affinités. J’ai eu la chance de rencontrer une orfèvre-cultivateur qui m’a montré que sous le même nom se cachent des dizaines de variétés différentes. La leçon est féconde. On est pleinement fini que lorsqu'on sort de l'indéfini. On parle d’une pomme: oui, mais laquelle? Le monde glauque et aplati sous une étiquette ne signifie rien, c'est une entrée dans un bottin téléphonique, le comble de l'appauvrissement. On dit qu'on a rencontré «une» femme comme on rencontrerait un générique, une entrée dans le Petit Larousse. Ce n'est rien ni personne, cela ne nous touche pas, ne raconte rien, on est dans le neutre, alors que tout autour de nous n'est que variété, différence.

Misère de l'homme blanc qui n'ayant plus le temps à nié la couleur. Mais bon sang, prenons la peine une bonne fois pour toute de la regarder cette pomme, et nous verrons qu'elle fait partie d’une grande famille dont chaque membre à un goût particulier, un croquant différent. Elles ont une histoire, et la dame qui vous les vend pourra vous dire lesquelles sont plus appréciées pour une tarte et d'autres pour des confitures, fruit d'une expérience ancestrale, dont nous sommes déconnectés. Le fast-food n'est pas loin, comme le fast-sentir, le fast-apprécier, le fast-découvrir, à l'orée du speed-dating. J’en ai conclu que plus une pomme est belle pour la vente, plus elle est factice, siliconée, chirurgie végétale pour attirer le consommateur et plus j’ai de risques d’être trompé sur la marchandise. Comme une pin-up trop fardée pour être réelle. J’ai toujours trouvé ahurissant qu’on puisse jeter des fruits ou des légumes parce qu’ils n’ont pas l’aspect attendu par le consommateur. On a choisi de ce calquer sur la nullité imaginative du client. Misère, misère, misère!
La fidélité est affaire de concentration amoureuse, pour ne pas se laisser détourner par nos forces de dispersion.
Un «oui» qui ne tiendrait pas compte de son versant d'ombre, son «non», ne serait qu'une promesse tronquée.
L'infidélité est une fraise qui mûrit sur le fumier des couples en  décomposition.
"Suis": être et suivre. Si je suis, je suis qui je suis et je suis fidèle à moi-même.
Fidèle à moi-même, moudre le plus de grain d'être possible. Les cosses tomberont sur le sol de la vieillesse et le mystère me torréfiera.
Tous ces commentaires qui ne sont que des "comment être" au lieu d'être.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?