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La fidélité est une question de répondant. Réponse à une voix, un appel, qui un jour nous a traversé avec la force d'une certitude que rien ne semble devoir démentir. Une voix avec laquelle on a commencé à s'entretenir comme pour toute la vie, comme au-delà de la vie. Et souvent cette voix est trahie par le mutisme, la paresse, la facilité, le bavardage avec une autre oreille séduisante mais qui n'a pas l'importance d'une vocation.
Je cherche à me rapprocher d'aliments-auteurs les plus sobres et les plus authentiques possibles. Que la distance entre la terre et sa bouche soit courte et peu encombrée. J’aime trouver une limace sur ma salade, non que j’en raffole, mais elle me certifie que j’ai dans les mains un produit original. Moi qui aime tant brosser mes chaussures, je trouve mon compte avec les pommes de terre. J’ôte patiemment leur croûte de terre pour en dégager une grosse pépite d’allure saugrenue. La rencontre n'était pas aisée, je dois y mettre ma peine. Ici, rien de pré-parer, pas de parure commerciale. Toute la séduction du produit vient de ce qu'il n’a pas été caché au regard, qu'il se tenait discrètement lové dans le repli d'un champ. Je suis même prêt à payer plus cher pour faire tout le boulot moi-même. C'est que cette pomme de terre en vaut la peine. Elle vient de quelque part, et moi, je sais d'où. J’ai pu clairement en déterminer la provenance. De même que ces pommes qui mûrissent patiemment sur des arbres à côté desquels je passe chaque jour. J’en ai caressé les branches. Je me suis étonné de cette poussée de vie qui reprend toujours le dessus, chaque année, nonchalant de nos humaines agitations. Il faut que le travail soit fait, et la nature le fait. Miracle.
Supprimer les intermédiaires me semble un acte salutaire et citoyen. Payer comme il se doit celui qui a fait le travail, et lui seul. Je ne veux plus rien donner à ceux qui s’enrichissent sur le dos de la nature et de ses ouvriers. Tout pour celui qui a sué et participer à l'accouchement. Rien pour les charlatans du packaging. Et puis, cela ne me déplaît pas de devoir me mettre en quête d’authentiques primeurs. De nature sédentaire, mes courses se calquent sur les saisons. La stupéfiante beauté du coeur des fruits de la passion m’a fait une forte impression, de même que les vahinés de Gauguin. Mais cet exotisme me touche assez peu en somme, je sais que je peux m’en passer. Il suffit de ne pas trop m’y frotter. Ce sont les produits les plus élémentaires de mon pays qui ont toutes mes faveurs, ceux qu'on finit par ne plus considérer à force de les connaître, tant ils nous sont familiers, comme la pomme - toujours elle, mais une pomme par jour, ça crée des affinités. J’ai eu la chance de rencontrer une orfèvre-cultivateur qui m’a montré que sous le même nom se cachent des dizaines de variétés différentes. La leçon est féconde. On est pleinement fini que lorsqu'on sort de l'indéfini. On parle d’une pomme: oui, mais laquelle? Le monde glauque et aplati sous une étiquette ne signifie rien, c'est une entrée dans un bottin téléphonique, le comble de l'appauvrissement. On dit qu'on a rencontré «une» femme comme on rencontrerait un générique, une entrée dans le Petit Larousse. Ce n'est rien ni personne, cela ne nous touche pas, ne raconte rien, on est dans le neutre, alors que tout autour de nous n'est que variété, différence.
Misère de l'homme blanc qui n'ayant plus le temps à nié la couleur. Mais bon sang, prenons la peine une bonne fois pour toute de la regarder cette pomme, et nous verrons qu'elle fait partie d’une grande famille dont chaque membre à un goût particulier, un croquant différent. Elles ont une histoire, et la dame qui vous les vend pourra vous dire lesquelles sont plus appréciées pour une tarte et d'autres pour des confitures, fruit d'une expérience ancestrale, dont nous sommes déconnectés. Le fast-food n'est pas loin, comme le fast-sentir, le fast-apprécier, le fast-découvrir, à l'orée du speed-dating. J’en ai conclu que plus une pomme est belle pour la vente, plus elle est factice, siliconée, chirurgie végétale pour attirer le consommateur et plus j’ai de risques d’être trompé sur la marchandise. Comme une pin-up trop fardée pour être réelle. J’ai toujours trouvé ahurissant qu’on puisse jeter des fruits ou des légumes parce qu’ils n’ont pas l’aspect attendu par le consommateur. On a choisi de ce calquer sur la nullité imaginative du client. Misère, misère, misère!
Supprimer les intermédiaires me semble un acte salutaire et citoyen. Payer comme il se doit celui qui a fait le travail, et lui seul. Je ne veux plus rien donner à ceux qui s’enrichissent sur le dos de la nature et de ses ouvriers. Tout pour celui qui a sué et participer à l'accouchement. Rien pour les charlatans du packaging. Et puis, cela ne me déplaît pas de devoir me mettre en quête d’authentiques primeurs. De nature sédentaire, mes courses se calquent sur les saisons. La stupéfiante beauté du coeur des fruits de la passion m’a fait une forte impression, de même que les vahinés de Gauguin. Mais cet exotisme me touche assez peu en somme, je sais que je peux m’en passer. Il suffit de ne pas trop m’y frotter. Ce sont les produits les plus élémentaires de mon pays qui ont toutes mes faveurs, ceux qu'on finit par ne plus considérer à force de les connaître, tant ils nous sont familiers, comme la pomme - toujours elle, mais une pomme par jour, ça crée des affinités. J’ai eu la chance de rencontrer une orfèvre-cultivateur qui m’a montré que sous le même nom se cachent des dizaines de variétés différentes. La leçon est féconde. On est pleinement fini que lorsqu'on sort de l'indéfini. On parle d’une pomme: oui, mais laquelle? Le monde glauque et aplati sous une étiquette ne signifie rien, c'est une entrée dans un bottin téléphonique, le comble de l'appauvrissement. On dit qu'on a rencontré «une» femme comme on rencontrerait un générique, une entrée dans le Petit Larousse. Ce n'est rien ni personne, cela ne nous touche pas, ne raconte rien, on est dans le neutre, alors que tout autour de nous n'est que variété, différence.
Misère de l'homme blanc qui n'ayant plus le temps à nié la couleur. Mais bon sang, prenons la peine une bonne fois pour toute de la regarder cette pomme, et nous verrons qu'elle fait partie d’une grande famille dont chaque membre à un goût particulier, un croquant différent. Elles ont une histoire, et la dame qui vous les vend pourra vous dire lesquelles sont plus appréciées pour une tarte et d'autres pour des confitures, fruit d'une expérience ancestrale, dont nous sommes déconnectés. Le fast-food n'est pas loin, comme le fast-sentir, le fast-apprécier, le fast-découvrir, à l'orée du speed-dating. J’en ai conclu que plus une pomme est belle pour la vente, plus elle est factice, siliconée, chirurgie végétale pour attirer le consommateur et plus j’ai de risques d’être trompé sur la marchandise. Comme une pin-up trop fardée pour être réelle. J’ai toujours trouvé ahurissant qu’on puisse jeter des fruits ou des légumes parce qu’ils n’ont pas l’aspect attendu par le consommateur. On a choisi de ce calquer sur la nullité imaginative du client. Misère, misère, misère!
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