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«Les principes n'ont jamais sauvé personne, amico mio. Ils sont nécessaires comme les panneaux indicateurs sur les routes ou comme les barrages dans les vallées, mais les bornes ne sont pas la route, les barrages n'ont jamais produit une seule goutte d'eau»

-- Jean Sulivan, D'amour et de mort à Mogador.
«Hegel : si l'on peut tuer des hommes en particulier on ne peut rien contre l'homme en général. Me plaît que tranquillement l’Évangile dise exactement le contraire, l'importance infinie de la vie singulière, du corps, de la joie à l'instant même.»

-- Jean Sulivan
«La vérité est désarmée. Elle naît enfant dans une mangeoire, elle survient montée sur un âne, elle pend sur une croix, s'efface dans l'humilité du pain et du vin. Il n'avait prestance ni éclat. Méprisé, abandonné des hommes, Pareil à celui dont on détourne le visage.»

-- Jean Sulivan
«Je ris merveilleusement avec toi, voilà ma chance unique.» (Jean Sulivan, Joie errante)

Bonheur incommensurable de faire rire un être aimé, de libérer en lui des forces de joie.
«L'existence d'autrui ne commence qu'avec l'amitié.» (Jean Sulivan, Joie errante)
«Où sont-ils ceux de mon village qui ne reposent pas encore sous la terre? Parqués dans les hachélems, avec des apparences de confort, des envies sans cesse renaissantes ou des jalousies qu'en Occident on appelle passion de la justice, réactivées par les télés, radios, publicités. Ils barrent des routes, défilent dans les rues pour avoir la retraite à soixante ans afin d'aller crever d'ennui avec leur femme près de leur petit jardin. Esclaves de l'industrie et des dogmes de la libre entreprise ou du marxisme, plus esclaves qu'ils ne le furent jamais dans leurs village de la volonté de puissance d'une Eglise qui les fit marcher tantôt comme un troupeau, tantôt comme une armée selon les saisons politiques, ils n'en finissent plus de céder aux mots d'ordre, slogans, d'une obéissance infinie, marqués, parqués comme leur bêtes, troupeau jeté sur les routes aux mêmes dates, fuite de névrosés, risque tout de l'assurance-vie pour un mois d'adoration, debout, couchés sur le ventre, sur le dos, avant de rentrer pour reprendre le va-et-vient abruti de la vie quotidienne, aimer comme on mange, avec quelques images en tête, des envies, des peurs, c'est-à-dire des mots, des mots télé, auto, frigo, production, progrès, indépendance nationale, bonheur, générations futures, l'an deux mille, pollution, cancer, infarctus. Qui dira: tu es plus important que l'expansion, le destin du pays, la famille. Vis aujourd'hui, sauve ta joie ici, maintenant.» (Jean Sulivan, Joie errante)

Vis aujourd'hui, sauve ta joie, ici et maintenant.
«Incommensurable gaspillage des riches. Bien meilleur que la charité.» (Jean Sulivan) La poubelle des riches, mieux que la charité et que tous les bons gestes qu'ils pensent faire aux miséreux.
«Infime le nombre de ceux qui ont la grâce de vivre le dépouillement joyeux: ils n'en font jamais l'objet d'un discours, ils ne sont pas riches de tout ce qu'ils délaissent.» (Jean Sulivan). Evidemment, ça ne fait pas l'affaire des marchands de spiritualité qui s'enrichissent des pelures qu'ils conseillent de délaisser.
Jean Sulivan, c'est du niveau de Bobin - mais en plus charnu, en plus insurgé, ce qui n'est pas sans me plaire. Vous le lisez, et vous en venez à ne plus savoir pourquoi vous-mêmes vous écrivez, ou vous n'auriez envie de faire qu'une chose: le recopier, presque intégralement. Exemple:

« L'instant où deux visages se reconnaissent vaut à lui seul plus que des siècles.» (Joie errante)
«On se gonfle avec les mots de l'espérance pour compenser le désert du cœur, comme on siffle en traversant la forêt la nuit.» (Jean Sulivan)

C'est d'une justesse éblouissante!
«Je crois maintenant que l'écriture pour qui s'y livre sans protection est l'équivalent d'une ascèse et d'une psychanalyse.» (Jean Sulivan)
"Nous croyons que ce qui arrive, notamment dans les relations humaines, nous tombe dessus. En réalité, le plus souvent, le mouvement part de nous..." (Jean Sulivan, L'écart et l'alliance)
"Des lecteurs qui ne savaient pas encore que tout est dans le texte, c'est-à-dire en eux-mêmes, m'avaient invité à les rencontrer, une fin de semaine de Pentecôte, près de la mer." (Jean Sulivan)
"Méditer, c'est penser, passer d'une idée à l'autre, parfois s'éblouir de son propre éblouissement. Prier, c'est être pris, devenir humble et intraitable, docile et souverain. Ainsi vous pouvez parler aux arbres, à la mer, avec la voix de Dieu, ordonner aux nuages." (Jean Sulivan)
Lire Jean Sulivan à petites doses, par petites lapées. C'est si nourrissant.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?