"Vous souffriez? J'en suis fort aise. Eh bien criez maintenant".
C'est vrai que souffrir au frigo, c'est pas coton et ça craint le vert-de-gris au lieu du vers libre.
"Heureux celui qui pousse là où il a été semé" (Saint François de Sales). Alors peut-être que les plumes d'ici, au lieu de se chercher des plaies coupables de vivre en paix, pourraient faire l'éloge de la joie. Doit-on être sanguignolents pour bien écrire? Oser la joie, wouah, quel beau pari. Alors pinçons les cordes de nos lyres plutôt que nos bourrelets de bien nourris.
C'est vrai que souffrir au frigo, c'est pas coton et ça craint le vert-de-gris au lieu du vers libre.
"Heureux celui qui pousse là où il a été semé" (Saint François de Sales). Alors peut-être que les plumes d'ici, au lieu de se chercher des plaies coupables de vivre en paix, pourraient faire l'éloge de la joie. Doit-on être sanguignolents pour bien écrire? Oser la joie, wouah, quel beau pari. Alors pinçons les cordes de nos lyres plutôt que nos bourrelets de bien nourris.
Une personne qui finit une thérapie ne devrait plus rien à dire d'autre que:
- «Ca va bien! Je vais bien!»
Mais quelqu'un qui dit tout le temps «Ca va bien! Je vais bien!», comme c'est ennuyant! Alors il se met au yoga ou à la tomatothérapie, histoire de dire que ça allait bien, mais que certes, ça pourrait aller encore mieux.
Un conseiller en assurance m'expliquait que j'allais perdre 40% de mon revenu à l'âge de la retraite:
- «40%! Il faudra bien les compenser.»
Précisément non mon bon monsieur. Non seulement j'espère ne pas avoir besoin de les compenser, mais en plus je me souhaite m'être suffisamment nourri de vie pour que ce ne soit pas un manque mais un désencombrement.
Ca y est, la gangrène continue à croître, elle va bientôt pourrir tout mon écran. Au moment où je vais cliquer sur «publier le message», je pourrai lire la confirmation de publication et des messages publicitaires sur la droite, des réclames ciblées en fonction des mots que contiendront cette merlinade.
Zut alors!
Flânerie télévisuelle: une émission qui s'appelle "L'amour est dans le pré". Le bonhomme reçoit des lettres de femmes et fait le tri en fonction de leur taille et de leur poids. Au kilo, quoi. Avant de s'en retourner s'occuper de ses vaches dans les pâturages.
La nature peut aussi devenir abrutissante.
En allant prendre mon bus ce matin, je vois un policier à pied qui se fait franchement couper la priorité par une voiture au passage piéton.
Alors qu'il n'y a pas une voiture à la ronde, je traverse hors des passages cloutés - je ne suis pas un fakir du bitume. Et j'entends l'agent me héler. Je m'y attendais.
Un peu agacé, je fais comme s'il n'existait pas. Il me suit, en continuant à m'appeler de plus en plus fort.
J'arrive à l'arrêt de bus et je sors mon livre pour me mettre à lire. Il se poste en face de moi:
Lui - "Vous pourriez me répondre!"
Moi- "Je ne vous ai pas entendu."
Lui- "Vous allez m'entendre et je vais vous dire, je peux vous dire, je pourrais vous mettre une amende!"
Je sors mon porte-monnaie:
Moi - "Je vous dois combien?"
Lui - "Votre attitude est tellement stupide que je ne me donnerais même pas la peine de vous faire une amende".
Et de continuer à m'expliquer que s'il y avait un enfant qui me voyait faire ainsi, patati, patata, que l'enfant pourrait faire de même et être tué par une voiture, patati, patata.
Mon bus arrive. Je monte, laissant mon homme repartir en quête d'un autre larcin à sanctionner de sa morale dans cette grande maison de poupée pour agent de la sécurité à la retraite que sont nos petits villages d'ici.
Alors qu'il n'y a pas une voiture à la ronde, je traverse hors des passages cloutés - je ne suis pas un fakir du bitume. Et j'entends l'agent me héler. Je m'y attendais.
Un peu agacé, je fais comme s'il n'existait pas. Il me suit, en continuant à m'appeler de plus en plus fort.
J'arrive à l'arrêt de bus et je sors mon livre pour me mettre à lire. Il se poste en face de moi:
Lui - "Vous pourriez me répondre!"
Moi- "Je ne vous ai pas entendu."
Lui- "Vous allez m'entendre et je vais vous dire, je peux vous dire, je pourrais vous mettre une amende!"
Je sors mon porte-monnaie:
Moi - "Je vous dois combien?"
Lui - "Votre attitude est tellement stupide que je ne me donnerais même pas la peine de vous faire une amende".
Et de continuer à m'expliquer que s'il y avait un enfant qui me voyait faire ainsi, patati, patata, que l'enfant pourrait faire de même et être tué par une voiture, patati, patata.
Mon bus arrive. Je monte, laissant mon homme repartir en quête d'un autre larcin à sanctionner de sa morale dans cette grande maison de poupée pour agent de la sécurité à la retraite que sont nos petits villages d'ici.
L'académicien François Cheng joue sur le mot «jouissance», «jouis-sens» et ça ne me convainc pas tellement. Je n'ai jamais trouvé de sens dans la jouissance. Une intensité, oui, une libération, oui, un ébranlement de tout mon être, oui, un pied géant, oui. Mais du sens... non. Parfois des nuisances, peut-être.
Je trouve complètement ridicule l'attention qu'on porte à l'affaire Stern qui sera, paraît-il, traitée de manière aseptisée... Comme une rose sans épine. Mais passons. Par contre, ce sera l'occasion de se délecter de quelques mots bien tournés comme celui-ci:
Me Bonnant : «Si chaque fois qu’un homme, au lieu de lui réciter un poème, traite une femme de pute et prend quatre balles, Genève serait jonché de cadavres.»
Me Bonnant : «Si chaque fois qu’un homme, au lieu de lui réciter un poème, traite une femme de pute et prend quatre balles, Genève serait jonché de cadavres.»
C'est valérien.
La proposition de Ruifeng, le frère de Ruixan, dans le premier tome du roman Quatre générations sous un même toit de Lao She, m'a laissé un instant songeur. Oui, si le pays est envahi durablement par les japonais, alors pourquoi est-ce que Ruixan n'accepte pas le poste de proviseur de son école que lui propose Ruifeng. Il se retrouverait sous la tutelle de l'ennemi, certes, mais à partir de ce poste il pourra faire subsister sa famille et de l'intérieur peut-être aider ses élèves à mieux faire face au joug de l'envahisseur. C'est peut-être finalement la solution la moins douloureuse et la plus utile.
Mais les cris des torturés résonnent quelques pages plus loin, horrible, dont ceux du poète Qian. Des cris pour rien, pour le plaisir des bourreaux. Des cris qui rendent impossible les petits arrangements entre soi. Les compromis semblent soudain hideux.
Alors que faire? Peut-être la seule chose possible dans un pays qui a perdu son indépendance: entrer dans la résistance. Accepter que ce choix sera un sacrifice de soi et de tous les siens. Mais y a-t-il d'autres choix possibles? Ruixan pourrait-il être proviseur d'une école dirigée par les japonais en voyant les meurtres qu'ils font autour de lui.
Je déteste Ruifeng et tout ce qu'il représente: c'est un personnage vile. Bien. Mais du fond de mon canapé de lecture, qu'aurais-je fait, moi, dans ces mêmes circonstances? Me serais-je arrangé avec ma conscience? Serais-je monté au front?
C'est une des questions que je me pose, alors que j'habite pour quelques temps avec les autres personnages dans cette ruelle du Petit-Bercail, quelque part dans Pékin (joliment orthographié Peiping dans le roman).
Monsieur Ça
- «Ça me prend la tête», disait-il souvent.Alors on fait venir Monsieur Ça, histoire qu'il s'explique, qu'il lui dise pourquoi il l'importune ainsi, et là, il faut bien avouer que c'est de l'effroi pur qu'il voit débarquer, parce qu'il ressemble comme deux gouttes d'eau à ses élucubrations pchitpchiques Monsieur Ça, avec sa gueule d'hurleur munchien, pour sûr, face à une pareille tronche d'affreux, il n'est pas tellement rassuré, même qu'il commence à angoisser ferme à l'idée qu'il l'héberge dans son pudding crânien hyper-connecté cet Hulk gris, il commence un peu à s'excuser, il est tout poli, tout tremblant, un peu comme s'il avait convoqué Staline pour lui dire ce qu'il en pense, mais par erreur, vous voyez, et Staline lui, ben il n'aime pas tellement être dérangé pour rien, alors l'autre, il est tout piteux, «Euh, bonjour Monsieur Ça, je ne voulais surtout pas vous indisposer», mais le mal est fait et l'autre, tant qu'à s'être déplacé, il en veut pour sa peine, et il est cher, alors c'est sûr, il flippe, les cyclones ou les épidémies de sauterelles, rien de tel pour vous faire croire, tout d'un coup il est pris d'un grand besoin de pouvoir s'adresser à quelqu'un de super puissant et super fort qui lui veut plutôt du bien, ce serait mieux, et qui est très gentil, parce que le tas de pulsions qui se dresse en face de lui, ça lui met le reptilien en pagaille tandis qu'il y a débâcle dans le limbique, Monsieur Ça, Herr Es, Sir It, deux petites lettres pour des misères à l'être, ouh mais comme il voit qu'il est horrible son tricot de frustrations, de désirs avortés, d'envies putrides, de larves pas papillonnées, d'idées crasses, de projections avides, pour sûr, il frémit ferme à l'idée qu'on puisse prétendre l'avoir vu avec une telle trogne d'infamie, parce que ça, il ne pourra pas fournir d'explications valables alors il se dit qu'il va faire vraiment très simple et qu'il va prendre sur lui avant d'auto-générer une nouvelle bête immonde, tenez, un Y par exemple, «Y me prend la tête» et aussitôt voilà que le Y hydre encéphalitique se pointe, Y fronde sans son Thierry ni autre zozo pour le sauver, Ecce Monstros, la bête humaine, psyché camée, la part de soi, si, si, soi, pas l'autre, méprisable, cette fosse d'aisance psychique infecte à bonne température pour faire grouiller le spleen, pleine de cloportes et d'avortés de la sérénité, les bouts de généalogie au cou coupé qui le hantent aveuglément comme autant de peur refilées, fumier et nids de couleuvres tout en un, tiens, je te donne Monsieur Ça en pension, nous on a jamais vraiment su quoi en faire dans la famille et le voilà avec tout ce maelström freudien dans la caboche alors il se met à secouer la tête frénétiquement pour qu'il le lâche Monsieur Ça parce qu'il avait juste dit ça comme ça, en passant, il ne pensait pas que l'autre allait s'inviter avec toute sa smala d'échappés de la civilisation accostants avec leurs drakkars noirs sur les minces rivages de sa raison mais on lui dit même dans l'oreillette que c'est même encore avant, qu'en fait ils ne se sont pas encore redressés sur leurs papattes arrières occupés qu'ils sont à survivre dans l'enfer turbo-excroissant de l'ego, mais de l'air! alors du coup il décide de s'introspectroger plus tard, le plus tard possible, parce que là, vraiment, il n'a pas le courage et puis ça ne va pas si mal, il y a Roland Garros à la télé, Nadal dans le canal, c'est pas la faute à Roger, on a tous nos problèmes.
Image: Le cri, Edvard Munch.
Home
Il ne s'agit pas de la suite des aventures de E.T., mais du film de Yann Arthus-Bertrand. J'ai "téléphone" maison, ô oui. Wouah! Je veux vivre sur cette terre qu'il m'a montrée. Je n'ai rien appris que je ne sache déjà. Mais je me suis souvenu, je me suis souvenu jusqu'aux larmes que c'est un miracle d'être vivant très précisément là, et j'ai vibré du chant du monde, quelques instants. Je suis retombé amoureux de ma Terre. Bougre qu'elle est belle! Oui, j'ai beaucoup voyagé sur mon canapé volant, où plutôt ce film a voyagé pour moi, en moi et j'ai fait un tour sur le carrousel de la vie, comme un enfant séduit par toutes ces lumières et toutes ces beautés. Ce film n'est pas vert, il est arc-en-ciel. Il donne à voir grand dans les moindres détails. Notre Terre vue du ciel est si belle, j'en ai encore des étoiles dans les yeux. Bien entendu que tout ça est un peu pipé, un peu financé, un peu moralisateur aussi. Bien entendu qu'on ne réalise pas une oeuvre pareille sans quelques concessions. Bien entendu qu'on est loin du bénévolat vert. Mais qu'importe, pendant 120 minutes j'étais sur les épaules des géants, des volcans, des montagnes, des arbres, des éléphants, de tribus aux savoirs ancestraux. Je n'attendais pas de Yann Arthus-Bertrand qu'il me fasse un film vu d'en bas, du fond de la décharge de mon village, une super production hollywoodienne sur les antres de mes restes, mes épluchures mises à nu, un voyage au fond de nos viscères. Pendant 120 minutes, je me suis rêvé vivant, sur ma Terre.
J'ai vu Home et je n'ai pas vu un environnement durable, mais la Nature. Ce point est important, la différence est énorme. Car soûlé de discours écologiques, de conseils à la petite semaine, j'en viens à perdre la vision d'ensemble, je ne me perçois plus partie microscopique mais active d'un tout. La tête dans ma poubelle, je n'y vois plus très clair et j'oublie que je n'existe que par l'existence de l'autre, comme le dit Yann Arthus-Bertrand.
J'ai vu Home et notre Terre menacée du pire fléau qui soit, la grippe H1, l'homme qui se veut le roi, l'homme qui écrase l'autre homme et qui asservit la nature non pas pour sa survie, non, mais pour son confort, l'homme des traditions et des savoirs perdus qui a plus d'égards pour ses poubelles que pour son prochain. L'homme qui sanglote avant la sentence mais qui, pour autant, ne change rien à son mode de vie. J'ai pris en grippe ce discours gentillet qui m'explique que je suis un bon citoyen si je trie mes ordures. La citoyenneté ne passe pas par ma poubelle, mais par le souci que j'ai d'autrui. Il vaut beaucoup plus que mes ordures. Car comme le rappelle si bien le film, tout est dans le lien, tout est dans la relation, le partage. La relation est tout. Au lieu de faire religieusement la queue devant nos décharges, retournons dans nos églises ou allons faire la lecture à une personne âgée ou aidons notre voisin ne serait-ce qu'une heure par semaine. Goûtons la richesse d'un échange. Cultivons le jardin de notre être plutôt que de passer un beau samedi d'été dans des supermarchés. Je ne veux pas m'intéresser à mon compost, mais à la résurrection du lien, ici et maintenant. Oser se regarder, oser se sourire, tendre la main. Je crains qu'un certain catéchisme écologique ne devienne un patch sur nos consciences pour continuer à ignorer son prochain comme soi-même et l'avenir de nos enfants. Je ne crois pas dans le tri et le recyclage, mais dans la bienveillance, la bienveillance pour cette vie que chacun abrite durant son passage sur terre. La bienveillance, c'est une énergie renouvelable, c'est du solaire humain. Ajoutez-y la gratitude, cette éolienne, et nous devrions réintégrer la marche du vivant dans cette course contre l'anéantissement de notre espèce. Mais je ne me résous pas à croire que la disparition de nos ego sur pattes aurait comme corollaire l'éradication de toute vie sur la planète. Nous ne sommes pas tellement importants.
"Rappelez-vous que lorsque vous quittez cette terre, vous n'emportez rien de ce que vous avez reçu, uniquement ce que vous avez donné." (Saint François d'Assise)
Image: © www.home-2009.com
J'ai vu Home et je n'ai pas vu un environnement durable, mais la Nature. Ce point est important, la différence est énorme. Car soûlé de discours écologiques, de conseils à la petite semaine, j'en viens à perdre la vision d'ensemble, je ne me perçois plus partie microscopique mais active d'un tout. La tête dans ma poubelle, je n'y vois plus très clair et j'oublie que je n'existe que par l'existence de l'autre, comme le dit Yann Arthus-Bertrand.
J'ai vu Home et notre Terre menacée du pire fléau qui soit, la grippe H1, l'homme qui se veut le roi, l'homme qui écrase l'autre homme et qui asservit la nature non pas pour sa survie, non, mais pour son confort, l'homme des traditions et des savoirs perdus qui a plus d'égards pour ses poubelles que pour son prochain. L'homme qui sanglote avant la sentence mais qui, pour autant, ne change rien à son mode de vie. J'ai pris en grippe ce discours gentillet qui m'explique que je suis un bon citoyen si je trie mes ordures. La citoyenneté ne passe pas par ma poubelle, mais par le souci que j'ai d'autrui. Il vaut beaucoup plus que mes ordures. Car comme le rappelle si bien le film, tout est dans le lien, tout est dans la relation, le partage. La relation est tout. Au lieu de faire religieusement la queue devant nos décharges, retournons dans nos églises ou allons faire la lecture à une personne âgée ou aidons notre voisin ne serait-ce qu'une heure par semaine. Goûtons la richesse d'un échange. Cultivons le jardin de notre être plutôt que de passer un beau samedi d'été dans des supermarchés. Je ne veux pas m'intéresser à mon compost, mais à la résurrection du lien, ici et maintenant. Oser se regarder, oser se sourire, tendre la main. Je crains qu'un certain catéchisme écologique ne devienne un patch sur nos consciences pour continuer à ignorer son prochain comme soi-même et l'avenir de nos enfants. Je ne crois pas dans le tri et le recyclage, mais dans la bienveillance, la bienveillance pour cette vie que chacun abrite durant son passage sur terre. La bienveillance, c'est une énergie renouvelable, c'est du solaire humain. Ajoutez-y la gratitude, cette éolienne, et nous devrions réintégrer la marche du vivant dans cette course contre l'anéantissement de notre espèce. Mais je ne me résous pas à croire que la disparition de nos ego sur pattes aurait comme corollaire l'éradication de toute vie sur la planète. Nous ne sommes pas tellement importants.
"Rappelez-vous que lorsque vous quittez cette terre, vous n'emportez rien de ce que vous avez reçu, uniquement ce que vous avez donné." (Saint François d'Assise)
Image: © www.home-2009.com
Se méfier de tout ce qui est systématique, de toute esprit de système, des dispositifs, car on entre là dans le royaume des automatismes, du conformisme. On s'éloigne de l'organique, du vivant. Vivant qu'il ne faudrait pas systématiser à son tour.
Donc vivre, nonchalant de l'ordre. Il vient de lui-même.
Lumineux!
«Aime ton prochain comme toi-même», voilà qui se comprend. Mais «aime ton prochain comme tu t'aimes toi-même», et là, c'est beaucoup plus clair. La répétition du verbe «aimer» un deuxième pic à la proposition et m'amène à me demander très clairement: oui, mais moi, comment est-ce que je m'aime. Comment est-ce que je me considère, quelle valeur je me donne lors de la pesée de moi et de l'autre?
« Plus il y a de réalité, moins il y a d’imaginaire » Robert Musil.
Je m'inscris parfaitement en faux contre ce point de vue. Au contraire, plus la réalité est présente, plus on y adhère, plus elle s'offre à nous comme le matériau essentiel pour devenir libre et donner forme à nos rêves. On ne perd rien à aimer passionnément le réel si ce n'est peut-être des fantasmes, des babioles (pas de l'imaginaire). Ne dit-on pas communément (et j'aime tant ce qui est commun, banal, familier) que la réalité dépasse toujours la fiction?
"On n'est sans force contre rien" écrivait Ramuz dans la grande peur dans la montagne. La réalité, c'est précisément ce roc, parfois très ingrat, à partir duquel la créativité peut s'élever.
Réalité et imaginaire ne peuvent pas être découplés. Ils se prolongent comme le notait si bien Georges Haldas. Peut-on dire qu'on vit mieux si on a moins d'imaginaire. Qu'est-ce que "vivre mieux" d'ailleurs? Qui vit mieux? Et de quoi est composé ce "vivre mieux"?
"We are such stuff. As dreams are made on; and our little life. Is rounded with a sleep". (Shakespeare).
Je m'inscris parfaitement en faux contre ce point de vue. Au contraire, plus la réalité est présente, plus on y adhère, plus elle s'offre à nous comme le matériau essentiel pour devenir libre et donner forme à nos rêves. On ne perd rien à aimer passionnément le réel si ce n'est peut-être des fantasmes, des babioles (pas de l'imaginaire). Ne dit-on pas communément (et j'aime tant ce qui est commun, banal, familier) que la réalité dépasse toujours la fiction?
"On n'est sans force contre rien" écrivait Ramuz dans la grande peur dans la montagne. La réalité, c'est précisément ce roc, parfois très ingrat, à partir duquel la créativité peut s'élever.
Réalité et imaginaire ne peuvent pas être découplés. Ils se prolongent comme le notait si bien Georges Haldas. Peut-on dire qu'on vit mieux si on a moins d'imaginaire. Qu'est-ce que "vivre mieux" d'ailleurs? Qui vit mieux? Et de quoi est composé ce "vivre mieux"?
"We are such stuff. As dreams are made on; and our little life. Is rounded with a sleep". (Shakespeare).
Ce n'est pas la réalité qui est étriquée, c'est notre imaginaire consommé, consumé.
«Force»: un mot requin, un mot qu'il n'est pas bon de laisser entre toutes les mains. Un mot nécessaire, on ne fait rien sans exercer une certaine force, mais un mot très dangereux quand on l'utilise comme une fin. Dans le règne animal, la force est dirigée vers un but précis: se nourrir, se reproduire. Force sans limite, sans conscience, n'est que ruine.
Et nos deux dames de continuer à parler d'art entre des questions familiales, comme on lit un magazine populaire, et d'évoquer Skira qui buvait comme une trogne, Van Gogh - dont elles ont la biographie - qui s'est coupé l'oreille avant de se suicider mais dont les jaunes sont jolis ou Erasme (que l'une d'entre elle ne manque pas d'appeler «Erasmus») enterré à Bâle, sans oublier Giacometti qu'elles aiment bien même si ce n'est pas joli. Le tout sur un ton snob avec un air entendu qui n'entend rien à ce que l'autre lui dit.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...
