Je me demande si ce n'est tout de même pas très récent dans l'histoire du livre cette mise en scène pathétique et narcissique de l'écrivain contraint de se donner à voir pour espérer être lu. Etre vu pour vendre, et non plus être découvert suite à la lecture, ah! c'était donc vous, je suis ravi de rencontrer l'auteur, comme on pousse la balade un plus loin vers une intimité, un univers, en se rapprochant du noyau ré(d)acteur. Mais avant que l'auteur ne prenne la parole, ce sont ses écrits qui l'ont précédé et non la brise médiatique qui fait souffler les mille et une feuilles de l'édition.
Ceci dit, j'espère qu'on me lira. Nous ne sommes pas à une contradiction près après tout.
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Je connais peu de cadeaux à faire à une personne chère que ce Journal. En le feuilletant, j'ai souvent eu l'impression que Jules Renard voulait consoler son lecteur des misères de la vie en pointant du doigt une merveille du quotidien, ou en le faisant sourire, comme un enfant qu'on divertit de sa peine en faisant une grimace ou en lui disant:
- Regarde, tu ne l'avais pas vu celui-ci, hein?
Oui, ce Journal fait partie des livres qu'il est bon d'avoir à portée de cœur.
(J'insiste sur l'édition Bouquins, les autres versions étant largement expurgées des passages les plus savoureux par la famille de l'auteur.)
- Regarde, tu ne l'avais pas vu celui-ci, hein?
Oui, ce Journal fait partie des livres qu'il est bon d'avoir à portée de cœur.
(J'insiste sur l'édition Bouquins, les autres versions étant largement expurgées des passages les plus savoureux par la famille de l'auteur.)
«Il avait retrouvé son entrain, il était lancé.
- Christ est né, mon gratte-papier, mon grand savant. Ne cherche pas la petite bête: il est né ou il n'est pas né? Mon vieux, il est né, ne sois pas idiot! Si tu prends une loupe pour regarder l'eau qu'on boit - c'est un ingénieur qui m'a dit ça - tu verras que l'eau est pleine de vers, tout petits, qui ne se voient pas à l'œil nu. Tu verras les vers et tu ne boiras pas. Tu ne boiras pas et tu crèveras de soif. Casse la loupe, patron, casse-la, que les petits vers disparaissent tout de suite et que tu puisses boire et te rafraîchir!»
- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki
- Christ est né, mon gratte-papier, mon grand savant. Ne cherche pas la petite bête: il est né ou il n'est pas né? Mon vieux, il est né, ne sois pas idiot! Si tu prends une loupe pour regarder l'eau qu'on boit - c'est un ingénieur qui m'a dit ça - tu verras que l'eau est pleine de vers, tout petits, qui ne se voient pas à l'œil nu. Tu verras les vers et tu ne boiras pas. Tu ne boiras pas et tu crèveras de soif. Casse la loupe, patron, casse-la, que les petits vers disparaissent tout de suite et que tu puisses boire et te rafraîchir!»
- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki
Le journal en miettes de Ionesco, une pure merveille. Mon préféré avec le journal de Jules Renard et les Cahiers de Cioran, sans oublier les notes de Ludwig Hohl, le journal de Ramuz, et les Carnets de l'état de poésie de Georges Haldas - et j'en oublie certainement d'autres. En les lisant, j'ai l'impression de vivre le privilège d'une conversation intime avec des auteurs dont la voix me semble proche, si proche que j'ai bien souvent l'impression de lire des pensées qui auraient pu être les miennes - je sais, c'est prétentieux, mais peut-être parfois qu'en me mettant sur la pointe des pieds à la faveur d'un alignement astral très favorable et d'un bordeaux à nul autre pareil... Et puis cet humour tendre, ce don d'autodérision qui est la signature d'être rare, qui vivent au plus près de leur essentiel.
«Je ne parlais pas. Je sentais, en écoutant Zorba, se renouveler la virginité du monde. Toutes les choses quotidiennes et décolorées reprenaient l'éclat qu'elles avaient au premier jour, quand elles sortaient des mains de Dieu. L'eau, la femme, l'étoile, le pain, revenaient à la mystérieuse source primitive, et le divin tourbillon se déclenchait de nouveau dans les airs.»
-- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki
-- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki
J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du magazine Gala ou Voici. J'y ai appris que Jackie Kennedy aimait ses enfants. Bien. Que pour calmer ses angoisses elle dépensait des centaines de milliers de dollars sur le dos de ses maris. Bien. Qu'elle a quand même connu des coups durs où elle n'avait que 150'000 dollars par an et toutes ses factures payées par Joe Kennedy. Bien. Qu'elle était cultivée. Bien. Que personne ne l'avait jamais soumise, mais qu'elle avait quand même fait amende honorable auprès d'Aristote Onassis quand il a menacé de baisser son pourcentage sur l'héritage. Bien. Que tout ça c'était la faute de son papa et sa maman. Bien. Mais qu'il ne lui était jamais venu à l'idée de faire autre chose de ses millions que de s'acheter des chaussures, sauf à la fin de sa vie, enfin ce n'est pas très clair. Bien. Que cette femme était plus que son image. Bien. On referme le livre et on se dit: bon, voilà.
«Je n'arrive pas à la foi, je m'arrête à la beauté de ses histoires que je lis et relis chaque jour. Je me lève volontiers tôt le matin afin de pouvoir m'offrir une heure de ce livre. Je sors de chez moi avec le sentiment d'avoir déjà fait quelque chose de bien, avant de commencer mon travail.
Je souhaite à ceux qui exercent ce métier de se trouver une bonne raison pour être heureux de sortir de leur lit dans le noir, l'aube encore lointaine, tous les jours de leur vie.» (Erri de Luca, Première heure, folio, p. 22)
Le livre dont il est question, c'est l'Ancien Testament dont Erri de Luca s'efforce de comprendre la langue - l'hébreu, chaque matin, avant de partir au chantier quand il exerçait encore le métier de maçon.
Ce sentiment d'avoir déjà fait quelque chose de bien avant d'entamer le restant de la journée, d'avoir mis de côté pour soi un peu de temps pour le consacrer à une activité qui nous enrichit, qui nous améliore, qui nous fait progresser, c'est une vraie joie. Et si, en plus, c'est tous les jours de la vie... Bonheur! On allume la lampe de l'être avant de se consacrer aux tâches du jour, et elle illuminera de sa claire clarté toutes nos activités quotidiennes.
Je souhaite à ceux qui exercent ce métier de se trouver une bonne raison pour être heureux de sortir de leur lit dans le noir, l'aube encore lointaine, tous les jours de leur vie.» (Erri de Luca, Première heure, folio, p. 22)
Le livre dont il est question, c'est l'Ancien Testament dont Erri de Luca s'efforce de comprendre la langue - l'hébreu, chaque matin, avant de partir au chantier quand il exerçait encore le métier de maçon.
Ce sentiment d'avoir déjà fait quelque chose de bien avant d'entamer le restant de la journée, d'avoir mis de côté pour soi un peu de temps pour le consacrer à une activité qui nous enrichit, qui nous améliore, qui nous fait progresser, c'est une vraie joie. Et si, en plus, c'est tous les jours de la vie... Bonheur! On allume la lampe de l'être avant de se consacrer aux tâches du jour, et elle illuminera de sa claire clarté toutes nos activités quotidiennes.
Le Père Serge, un surprenant petit roman de Tolstoï que j’avais lu adolescent et qui m'avait profondément marqué. Je l’ai relu dernièrement et j’ai éprouvé le plaisir de retrouver intact un livre que j’avais aimé il y a un quart de siècle. Il n’avait pas cet arrière-goût âpre des souvenirs sur le déclin. Au contraire, il n’avait rien perdu de son rayonnement, comme une pépite énergétique qui ne devait rien aux circonstances d’une époque, mais qui traverse le temps. Et c’est un des cadeaux que nous font des génies comme Tolstoï de nous offrir des moments de lectures qui sont comme un mousqueton à partir duquel chacun peut tendre un fil qui le relie à un moment clé de sa vie, intérieure et extérieure. Guerre et Paix me relie à un ami qui m’est cher. L’Ange exilé à une femme du destin. Boulevard des philosophes à un poète. Le bon petit diable à ma mère. Quo vadis? à mon père.
Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, un roman étonnant, une écriture d'une belle matérialité, qui pulse.
«Je sentis en le lisant que l'auteur, avant de partir, avait résolu de n'admirer que les choses pour lesquelles son admiration lui ferait honneur, et de ne voir la nature et les arts qu'à travers les lunettes que des générations de pédants et d'imposteurs lui avaient transmises.» (Samuel Butler, Ainsi va toute chair, édition traduite et préfacée par Valéry Larbaud... rien que ça, quel luxe, mais quel luxe!)
Le livre «Le cerveau de Bouddha» démontre bien que le cerveau est conçu pour s'intéresser avant toute chose au négatif, à ce qui ne va pas, à ce qui nous met en danger, étant donné qu'il en va de notre survie. Le plan pépère avec un cocktail et un livre au bord de la piscine ne l'intéresse pas. Non, il est conçu pour agir quand il y a du lourd, du bien angoissant, du balaise. Là, il fonce et il turbine à toute bombe pour nous grossir sur l'écran de notre panique le moindre moustique qu'il transforme en éléphant. Pas étonnant ensuite d'apprendre qu'il est nécessaire de faire des années et des années de méditations pour apaiser ce reptilien bileux.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...


