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Clonons Pennac pour sauver l'Europe!

J'ai parfois l'impression que le bagage culturel d'une partie de la jeune génération s'est réduit à la taille d'un baluchon, et encore. L'accès à des sommes hallucinantes de connaissances via le web favoriserait-il l'ignorance à grande échelle et l'incapacité de métaboliser les savoirs, de se les approprier? On tâte de la culture du bout de l'index, comme si on triait dans les aliments dans l'assiette, repoussant ce qui est trop consistant, qui demande un effort, pour ne garder finalement que le plus léger. Le problème c'est que ce n'est pas nourrissant. Le savoir se goûte, se mâche, ça se digère, se mélange au plus intime de soi - toujours le couple saveur et savoir. Il faut y mettre du temps et de la peine. Si elle reste déposée virtuellement hors de moi, et que je me targue de pouvoir y accéder en tout temps sans jamais m'y intéresser, parce que c'est superflu, inutile, elle ne m'est rien, c'est un catalogue d'exposition.

En écrivant ces quelques lignes, j'ai vraiment l'impression d'être un vieux machin - je suis un vieux machin. Et pourtant je peux témoigner qu'en l'espace de quinze ans, j'ai pu constater par moi-même qu'un ensemble de références qui pouvaient par le passé encore vaguement évoquer quelque chose à bon nombre de mes interlocuteurs, ne signifie aujourd'hui absolument plus rien. Rien du tout. Et par un étrange renversement, le savoir qui pouvait auparavant qualifier quelqu'un, être non pas un signe de pouvoir (souvent il l'est), mais d'humanité, manque parfois de peu de le faire passer pour ridicule, un attardé qui s'intéresse à de biens vieilles choses pathétiques et hors du temps, n'ayant plus aucun lien avec la réalité vécue - comme on se trompe. Si le lisse de l'écran et sa potentielle virtualité doit nous servir d'avenir aux jeunes, je m'inquiète. Leur vie risque de manquer singulièrement de reliefs. Pour ma part, je préfère me rouler allégrement dans la poussière des greniers du savoir!
Pas évident de reconnaître que toutes les analyses en HIC qu'on a lues - psychologique, sociologique, économique et plus récemment neurologique -  ne nous ont pas tant aidées. On espérait qu'elles justifieraient notre malaise, qu'elles nous permettraient de rationaliser nos souffrances. On ressort de ces lectures plus instruits, rarement plus heureux. C'est éclairant, mais ça ne nous réchauffe pas. Ce n'est pas de ce savoir-là dont on avait besoin, mais d'un savoir qui nous aide à être en prise plus directe sur notre coeur, qu'on pourrait incorporer, intégrer, digérer. Ce savoir que seule la parole authentiquement créatrice peut nous offrir, et non pas celle qui dissèque, qui autopsie ou décompose, mais celle qui relie et renoue.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?