Pas évident de reconnaître que toutes les analyses en HIC qu'on a lues - psychologique, sociologique, économique et plus récemment neurologique - ne nous ont pas tant aidées. On espérait qu'elles justifieraient notre malaise, qu'elles nous permettraient de rationaliser nos souffrances. On ressort de ces lectures plus instruits, rarement plus heureux. C'est éclairant, mais ça ne nous réchauffe pas. Ce n'est pas de ce savoir-là dont on avait besoin, mais d'un savoir qui nous aide à être en prise plus directe sur notre coeur, qu'on pourrait incorporer, intégrer, digérer. Ce savoir que seule la parole authentiquement créatrice peut nous offrir, et non pas celle qui dissèque, qui autopsie ou décompose, mais celle qui relie et renoue.
Certaines blessures qui nous ont été faites peuvent devenir salutaires - même si elles n'en sont pas pour autant acceptables. Elles sont à l'origine d'un manque qui nous pousse à chercher, à devenir fécond de soi pour nous soigner. Et c'est souvent ainsi qu'on développe des aptitudes qui seraient restées en latence si rien ne nous avait mobilisés pour lutter.
Ce qui peut me toucher et m'émouvoir dans les écrits religieux, c'est cette quête humaine, si humaine, de ce qui relie, cette aspiration à quelque chose de plus haut que nous en nous, de plus beau, de plus aimant. Ce désir, nous l'éprouvons tous à un moment ou à un notre, de différentes manières, il est vrai et il est beau et n'a besoin d'aucune preuve d'une existence ou non de Dieu. Cette tendresse se suffit à elle-même.
"Le sens profond de la chronique, telle que je la conçois, c'est de fournir à chacun, par la représentation d'éléments quotidiens de la vie, les plus quotidiens, et considérés, en général, comme dénués d'intérêt et de signification, de quoi méditer sur le sens ultime de sa vie et sur celui que, consciemment ou inconsciemment, il donne à la vie. Alimenter cette prise de conscience qui aboutit à une véritable genèse de nous-mêmes. Non dans l'effort seulement, mais le plaisir. Une fécondité liée au plaisir, comme c'est le cas dans l'acte sexuel plénier. Pour cela, grande rigueur et grande sensibilité." (Georges Haldas, Carnet 1973, 19 novembre)
Les gens croyait Marco Polo (XIVe siècle) sur parole lorsqu'il décrivait dans son livre Le devisement du monde les créatures merveilleuses et insolites qu'il avait croisées sur sa route (sirènes et autres monstres fabuleux). Mais personne ne voulait le croire lorsqu'il expliquait qu'il y avait un pays (la Chine) où l'on payait avec ... du papier monnaie. Heureux temps où une certaine manière de faire ses comptes tenait du compte.
J'ai surpris il y a quelques minutes un regard qui vaut tous les trésors, un regard tout ce qu'il y a de plus banal et pourtant... Cette femme qui est en train de plier son linge sur la terrasse - c'est une belle journée de printemps où il fait chaud, tandis que son homme tond la pelouse de l'immeuble. Il a arrêté l'engin quelques minutes pour discuter avec un voisin. Au moment où il redémarre la tondeuse, elle lève les yeux pour voir où il en est, certainement qu'elle se demande avec qui il a discuté. Et puis voilà. C'est tout. Rien de plus. L'homme qui tond, lui, n'ai rien vu. C'est cela qui est inestimable: savoir qu'on compte pour quelqu'un, que sa présence, sa tendresse nous enveloppe tout au long du jour à notre insu.
Ces tous derniers jours, j'essaie de voir mes pensées en faisant le tri entre "utiles" et "inutiles". Je n'empêche pas une pensée inutile de venir (d'ailleurs comment pourrais-je), mais je suis conscient qu'elle est inutile. Quand je médite, je vois le cortège de pensées arriver et je m'imagine en train de marcher sur un chemin, dans une forêt ou à la campagne, il fait beau, et je dis "bonjour" à la pensée qui se pointe, tout en continuant mon chemin. Elle ne m'intéresse pas, moi je veux juste marcher au soleil et respirer correctement, bien être conscient que j'inspire, puis bien être conscient que j'expire. Et quand c'est une pensée très méchante qui se raboule, je lui dis directement "aurevoir" (je n'ose pas encore lui dire "adieu", j'ai peur qu'elle soit plus forte que moi).
Nous véhiculons tant de pensées inutiles qui obscurcissent notre soleil, qui nous rendent triste, qui nous encombrent et peuvent prendre trop de place, parfois toute la place.
Nous véhiculons tant de pensées inutiles qui obscurcissent notre soleil, qui nous rendent triste, qui nous encombrent et peuvent prendre trop de place, parfois toute la place.
Il trouvait fantastique de pouvoir enfin acheter de la musique classique à moitié prix, les suites pour violoncelle de Bach, par exemple. Le seul inconvénient, c'était cette publicité tous les quarts d'heure, pour un produit de nettoyage ou un téléphone portable, qui venait interrompre brutalement le morceau en cours. C'était un peu déconcertant au début, mais on finissait par s'y habituer. On finit par s'habituer à tout.
"Aux Etats-Unis, après la mode des élargissements de pénis et des rajeunissements de vagin, c'est désormais le blanchiment de l'anus qui serait à la mode." (Magazine Bilan, avril 2010)
Comme on le sait, tout ce qui vient des Etats-Unis est indiscutable et doit être adopté séance tenante sous peine de ne pas être... dans le vent.
Comme on le sait, tout ce qui vient des Etats-Unis est indiscutable et doit être adopté séance tenante sous peine de ne pas être... dans le vent.
Je faisais partie de ces enfants auxquels on met un jour une clé autour du cou. Une ficelle pour colis postaux comme collier au bout duquel était suspendu le sésame, et hop!, on me lâchait dans la nature. Dans mon esprit, elle avait une taille épouvantable, cette clé. [Lire toute la chronique...]
La clé
Pour Elle, qui fait sauter les verrous
Je faisais partie de ces enfants auxquels on met un jour une clé autour du cou. Une ficelle pour colis postaux comme collier au bout duquel était suspendu le sésame, et hop!, on me lâchait dans la nature. Dans mon esprit, elle avait une taille épouvantable, cette clé. C'était mon premier joug d'adulte, une bonne raison de commencer à me faire du souci. Ce fut également le signe d'un bouleversement sans précédent dans ma vie. A partir de maintenant, il pouvait arriver que personne ne m'accueille à mon retour: lumières éteintes, silence, pas de musique ni de petits plats qui mitonnent. Pas de voix familière qui lancerait un: "Tu es rentré?". Auparavant, même lorsque j'étais à l'école, je m'imaginais que le foyer était toujours en activité. Mais désormais, ça pouvait être une coquille creuse, un théâtre désert, dans lequel je ferais mes premières expériences de la solitude. Cette solitude, que certains percevaient comme une punition, fut pour moi une bénédiction. Cet apprentissage de soi m'enchanta. Je ne m'ennuyais pas et je n'éprouvais aucunement le besoin de combler ce qui aurait pu ressembler à un vide. J'étais en bonne compagnie avec moi-même. Et ma solitude était faite de tant de sollicitations intérieures, de présences, d'aspirations qui venaient à ma rencontre et que trop d'activités ou de bruits auraient effarouchées. Ces moments si simples, où il ne se passe apparemment rien, furent parmi les plus beaux de mon enfance - et les plus fondateurs, certainement. Je me suis toujours senti revenir neuf et restauré de ces minuscules retraites. Je n'en avais pas encore clairement conscience, mais je percevais intuitivement qu'après avoir été seul, dedans, les choses s'étaient remises à leur place. Je revenais plus consistant vers les autres. Et puis, quand on aime lire, on n'est jamais seul. Je regardais ma bibliothèque comme le nouveau-né le sein maternel: il y avait émeutes de personnages, d'aventures, de situations qui m'attendaient, juste-là, à portée de main. Je n'avais même pas besoin d'ouvrir le livre, juste le tenir pour sentir qu'un monde palpitait dans ma main. Cette clé fut donc l'occasion d'une introduction à ma vie intérieure.
"N'oublie pas de fermer la porte à clé"... On n'explique pas à l'enfant pourquoi. On a tort. Ce geste de fermeture est bien trop grave pour passer sous silence ses cas d'utilisation. Sans une médication précise, il peut provoquer un arrêt de croissance. Des symptômes courants et dégénérescents peuvent apparaître avec le temps: on devient serrurier, fermant sa tête, son coeur, ses tripes ("tout ce qui est enfermé est en sécurité... tout ce qui est enfermé est en sécurité", se répète-t-on). On apprend à faire de sa vie un coffre-fort première classe, aucune effraction du hasard possible, et pour cause, le hasard ne connaît pas la combinaison. On monterait des cadres de porte dans le ciel si on pouvait les cadenasser. On se crypte tant et si bien qu'on n'arrive plus à décrocher un sourire à son voisin - en tout cas, les miens ont dû perdre le code depuis belle lurette. Mais quand bien même tout serait sous clé, il en reste une qu'on n'arrivera pas à tenir dehors: la Mort. Et son cortège de maladies (ah oui, ça c'est crasse aussi la maladie, ça n'a même pas besoin de clé, ça décompose les barricades). Assiégé par le moche, on s'injecte vite fait l'antidote dont on avait oublié de nous parler, en espérant que ce ne soit pas trop tard: l'Ouverture. On tente de congédier l'oppresseur qu'on est devenu à soi-même: otage consentant, aussi luxueuse puisse être la claustration, on aspire farouchement au grand air. On tape à grands coups contre la cloison du cercueil qu'est devenu le corps, mais c'est qu'il s'est bien sédimenté avec le temps, c'était des belles planches qu'on a choisies. Bigre, on n'a pas été volé sur la qualité de la marchandise. On s'empresse de commencer à faire sauter les verrous rouillés du coeur pour faire redémarrer la pompe, parce qu'on se rend compte que la seule sécurité, c'est la confiance. Et puis, si on veut que les secours viennent nous soustraire à notre horrible sort, il faut bien qu'ils puissent entrer. On finit par se rendre compte que toutes ces serrures nous serrent plus qu'elles ne nous servent. Les cambrioleurs ne sont pas dehors! C'est nous qui nous volons du temps pour le sédimenter dans un bien quelconque, made in Asia, qu'on va s'empresser d'assurer, histoire qu'on ne nous cambriole pas du lest, on risquerait de s'envoler. Pourquoi se soustraire de soi à moitié? On a même réussi à simuler des biens qui aurait le poids du paradis, mais en chiffres, et les serrures virtuelles qui vont avec. Sur la terre comme au web. On ne doit vraiment plus pouvoir s'encadrer pour s'encastrer dans un écran d'ordinateur. Nous sommes des forçats du double tour. Fermer, c'est se condamner de l'intérieur, se murer vivant. Le pauvre est-il vraiment encore celui à qui on ne peut rien voler? Certains ont fait le choix de se consacrer à des biens qu'on ne peut pas leur dérober, à des valeurs de ciel qui ne valent majestueusement rien et qui pourtant les comblent, comme un sourire aimé. C'est un luxe qu'ils payent cher d'ailleurs, comme toutes les différences. Il ne faudrait mettre sous clé que le superflu. L'essentiel reste toujours tout contre soi, tout proche. Inviolable, car le code d'accès, c'est l'autre qui le possède, c'est la relation, comme deux bras qui s'ouvrent tout grand ou alors serrent très fort, mais ce n'est plus pour fermer, mais pour aimer. On croit qu'on ouvre son coeur à une personne qu'on aime. Mais fut-il même un seul instant fermé à celui à qui il était destiné de toute éternité, à celui qu'il réclamait? On s'imagine être maître des battants du coeur, mais on ne décide rien du tout, Cupidon aux trousses, la porte pourra à la limite servir radeau pour le pauvre naufragé emporté par une vague de joie.
Aujourd'hui, si je ferme à clé, c'est pour rassurer mon assureur, afin qu'il puisse constater qu'aura été fracturé ce qu'à vrai dire j'aurais volontiers laissé ouvert. Certains forceront peut-être un jour l'entrée, mais passé le pas de la porte, que pourront-ils faire dans ce lieu où il n'y a rien à prendre, tout à donner? J'accueillerais même un cambrioleur qui se serait spécialisé dans le livre de poche de poésie. Nous pourrions discuter à visage découvert et il repartirait avec une pile de recueils que je lui donnerais en lui recommandant de revenir m'en parler. Tout ce que je possède matériellement, je peux le posséder à nouveau. Mais le temps qui passe, ici et maintenant, je ne le retrouverais jamais si je ne suis pas au rendez-vous. Il me faudrait moins d'une heure pour me reconstituer mes provisions de bases: quelques livres, un peu de Bach, une bougie, une plume pelikan - à supposer que notre détrousseur soit ornithologue, et un paquet de tortellini - s'il avait eu une petite faim. Ce qui compte le plus dans ma vie fait partie de mes cellules, ce sont quelques citations et un arbre qui a la forme d'un réseau de correspondances assez vaste, composé de noms et d'intensités divers, de couleurs aussi, au sein duquel je me déplace avec aisance pour retrouver les êtres, les livres et les lieux que j'aime. Et il ne me viendrait pas à l'idée de fermer mon arbre à clé.
Propos écœurants de ce type qui se réjouit de partir en vacances (jusque-là tout va bien) sur un bateau (ça commence à tanguer) sur lequel il y a plus de 4'000 personnes (vive l'intimité, mais ce n'est bien entendu pas ce qu'il cherche, accrochez-vous), toutes célibataires (on va tout de suite comprendre pourquoi) qui vont à Ibiza (est-ce encore nécessaire?) et de conclure qu'à la fin "on ne sait même plus avec qui on couche" (c'est bien dommage, il aurait pu faire une belle rencontre). On voit que nos aspirations humaines peuvent être très variées.
Le nombril parle... Je pense, au vu de tes errements, que tu ferais bien de passer un peu plus de temps à me regarder. Ce serait une solution pour moins t'éloigner de toi. Ô, je sais, je sais, une sagesse populaire voudrait que je sois un miroir de Narcisse, le point de chute de ton égocentrisme.
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Le nombril parle

Je pense, au vu de tes errements, que tu ferais bien de passer un peu plus de temps à me regarder. Ce serait une solution pour moins t'éloigner de toi. Ô, je sais, je sais, une sagesse populaire voudrait que je sois un miroir de Narcisse, le point de chute de ton égocentrisme. Et qu'à trop penser à moi, tu tournerais en rond, tu t'abîmerais en toi, et patati, patata. Ces clichés me font la vie dure. Et ils sont complètement faux! Tout d'abord, j'ai pour nom, "nombril", un nom qui brille, je suis une étoile posée sur ton corps, la première bouche qui ä accueilli ta pitance, une ouverture sans laquelle tu n'existerais même pas. Je suis une cicatrice qui te rappelle que tu n'es qu'un mammifère parmi d'autres, que tu n'es qu'un lieu de passage, en rien une arrivée. Tu n'es pas un nouvel Adam, sans quoi ton ventre serait lisse. J'étais le premier de tes sens ouvert sur la vie. Alors, si me contempler te permet de t'accorder plus d'importance sans trop t'en donner, je t'en prie, n'hésite pas. D'ailleurs, tu le sais bien, je suis ce médaillon qui orne ton ventre, là où se trouve ton savoir viscéral, ce savoir crucial pour ton devenir, celui qui tant et tant de fois a dépassé ton entendement, ta petite raison qui ne sait pas trop bien comment bricoler avec ce qui vient de ces profondeurs intimes. Certains appellent ça leur petite voix, d'autres leur ange gardien ou encore l'inspiration voire même l'inconscient - étonnant de nommer "inconscient" l'instinct humain. C'est quelque chose comme un lieu de rencontre entre ton cerveau et ton coeur, enfoui dans ton corps. Toi, tu t'évertues à l'ignorer où à en faire fi, essayant de te tenir en équilibre sur ton crâne, ce qui te donne la grosse tête et te fait chuter. La matière grise, c'est couleur argent, moi c'est de l'or organique dont je te parle. Evidemment, comme c'est plus près de ton postérieur, c'est moins noble. Ca n'a pas de visage, c'est obscur, il fait nuit, donc ça fait un peu peur. Je suis là pour te rappeler tout ce qu'il y a de grouillant, d'intestinal, d'inesthétiquement essentiel qui gît là, au milieu des boyaux, dans ce terreau fertile, duquel émerge après un long travail mystérieux, claire, limpide et vibrante, une pensée qui éclate dans ton esprit avec évidence... Etrange alchimie que tu situes dans ta tête, car on te l'a appris, on t'a dit: "Penser, c'est là". Bien sûr, mais ce n'est pas que là, loin de là même. Tu as cru qu'en reproduisant des automatismes innés agrémentés d'un peu de méthode, tu allais pouvoir te connaître? Mais ça reviendrait à ne voir que la tête de la fusée sans prendre en compte l'ensemble qui a permis le décollage, l'extraordinaire poussée vers le haut. Je lis de l'étonnement sur ton visage... Mais comment pouvais-tu imaginer ailleurs que près de tes organes génitaux la source d'où naissent des pensées fertiles?
Tu ne comprends toujours pas? Tu crois que ta langue maternelle se limite à ses vingt-six caractères et trente-six phonèmes qui te permettent de sculpter tes cris et tes grognements pour les partager? L'école ne s'est pas chargée de t'apprendre cet autre langage, celui des sensations, qui est le langage de l'être, celui qui se parle dans ton terreau intime, à la racine de ton intériorité. D'autant que seules tes sensations relient ton corps et ton esprit, ta matière et ta pensée. Si tu les omets, tu es comme un chef d'orchestre sans musiciens. Elles te murmurent fidèlement, de source sûre, de premières mains, des nouvelles sensationnelles qui te concernent et t'informent de la marche de ton monde. Ces stimulations sont comme autant de petites noix dont il faut apprendre à extraire les messages. Enfermés dans leur coquille, ils restent insignifiants, ce ne sont que de banals frémissements comme le chaud ou le froid. La parole seule permet de les ouvrir et de les comprendre. Parfois, ce n'est pas plus compliqué qu'un "je le sens", "je ne le sens pas". Mais souvent, ce que tu ressens est presque indéfinissable. Là, les poètes sont de bons éclaireurs pour t'apprendre à te situer. Ils oeuvrent à rendre une émotion compréhensible, tout en veillant à dénaturer le moins possible sa forme originale. Ils t'aident à te familiariser avec ta part primitive et privilégiée. Tes sensations sont une pensée de toi, fulgurante, comme une étoile filante qui traverse le ciel de ton esprit. Ce que tu sens est toujours juste. Donc, la prochaine fois que tu cherches ton chemin, ne google pas, viens m'en parler. Se regarder le nombril, c'est se lire. Le corps se penche vers soi comme sur une page, et tu sais bien que ce mouvement appel plus d'humilité que de fanfaronnades. Plus de concentration que de dispersion. Ce sont de faux prétextes qui t'empêchent de me regarder. En fait, tu as peur, peur de voir ce petit point noyé au milieu d'un ventre un peu trop bedonnant à force de t'être oublié dans des excès bachiques et culinaires pour remplir ce vide que tu ressens en toi. Et, vu le volume de travail que tu devras abattre pour reprendre une silhouette tonique, je comprends que tu repousses l'échéance. Mais moi, je suis comme un oeil là au milieu, qui te voit te mentir et tortiller à te prendre en main. Tu parles de "vide intérieur" alors que tu es si plein! Tu pourrais entamer une marche de plusieurs jours sans manquer de rien, sauf peut-être de toi. Continue à t'ignorer, va. Lorgne sur ce beau ventre féminin orné d'un petit bijou qui m'honore. Je trouve encore ça moins orgueilleux que ton déni d'être. Cesse donc de croire que je suis gorgé d'un trop-plein de toi, alors que ma forme même est celle d'un petit vase, creux comme un trèfle prêt à accueillir la rosée du matin dans laquelle viendra briller le ciel. Et, jusqu'à preuve du contraire, je suis le souvenir d'une plaie originelle, la seule dont tu peux être sûr qu'elle t'a plus nourri que meurtri.
Image - Bouddha rieur
"La compétition atomique, dont il est superflu de dénoncer la folie, prouve, avec une tragique évidence, que l'homme ne croit pas en l'homme. Il croit en son savoir, il croit en sa puissance: il ne croit pas en sa valeur. C'est pourquoi il accepte si allégrement la mort des autres - et quelque fois la sienne propre - au nom des principes qui triomphent dans les cimetières." (Maurice Zundel, Croyez-vous en l'homme, p.7).
Lu un bout d'analyse sur la position d'une femme en tant que mère dans notre société, analyse qui ressemble fort à de la bouillie pour mort par ailleurs, dans lequel il est dit qu'un enfant a souvent raison de la vie amoureuse d'un couple. Statistique à l'appui, bien entendu, comme ça personne n'est concerné. Mais je retiens cependant une chose: qu'à mon sens la vie amoureuse d'un homme et d'une femme est la condition indispensable à la bonne croissance de l'enfant et des parents, sans quoi ils ne deviennent plus que des domestiques du vivant, nettoyant l'étable, menant la progéniture à l'école et autres tâches incontournables et nécessaires. C'est utile, certes, mais ce n'est pas nourrissant. L'enfant absorbe, comme une plante le soleil, l'amour qui se dégage du foyer parental.
Je ne doute pas qu'il soit bon pour le nouveau-né d'être allaité par sa mère, que ça le protégera de diverses choses hostiles et variées. Certainement. Mais j'ai l'impression que la première personne à se restaurer goulûment du nourrisson vorace, c'est bien la mère elle-même qui tète insatiablement à même cette petite motte rose en devenir. Elle se laisse manger pour devenir le corps même de son enfant.
Notre famille, ce sont les gens qu'on aime et qui nous aime, avec lesquels on tisse des liens féconds et durables d'être féconds. Le lien de parenté ne vaut pour famille que dans le cadre juridique et n'implique pas l'amour par défaut, qui reste encore et toujours un foyer fragile sur lequel veiller. Disons que d'être si proches donnent maintes occasion de se haïr et des devoirs de solidarité qui ne suffisent cependant pas à faire un amour. Rien d'évident à aimer ce prochain si familier, mais pas forcément intime, parfois même devenu étranger avec le temps.
"Même dans les situations les plus terribles, le coeur peut-être libre." (Jack Kornfield)
Je dirais: "Surtout dans les situations les plus terribles". Comme si, à ce moment, c'est lui qui prenait les commandes pour libérer des forces insoupçonnées; comme si, dans l'adversité, il était l'organe aux ordres duquel tous répondront pour mener cette lutte sans cesse renouvelée en chaque être pour que la vie l'emporte, sur tout ce qui la nie.
C'est ainsi qu'on a vu des coeurs simples, quotidiens, révéler des ressources d'humanité vive dans les combats les plus impitoyables - une maladie, la perte d'un enfant, une guerre. Sans broncher, ils se sont levés face à l'oppresseur, comme si, de toute éternité, ils avaient attendus ce moment.
Je dirais: "Surtout dans les situations les plus terribles". Comme si, à ce moment, c'est lui qui prenait les commandes pour libérer des forces insoupçonnées; comme si, dans l'adversité, il était l'organe aux ordres duquel tous répondront pour mener cette lutte sans cesse renouvelée en chaque être pour que la vie l'emporte, sur tout ce qui la nie.
C'est ainsi qu'on a vu des coeurs simples, quotidiens, révéler des ressources d'humanité vive dans les combats les plus impitoyables - une maladie, la perte d'un enfant, une guerre. Sans broncher, ils se sont levés face à l'oppresseur, comme si, de toute éternité, ils avaient attendus ce moment.
Elle méprisait les hommes qui l'aimaient, on pouvait même soupçonner qu'elle y trouvait une pointe de jubilation. Et elle se vautrait pathétiquement devant ceux qui la méprisait, les suppliant de lui porter un peu d'attention, se transformant en paillasson humain pour qu'ils s'y essuient les pieds au besoin.
"La poésie est une métaphysique instantanée. En un court poème, elle doit donner une vision de l'univers et le secret d'une âme, un être et des objets, tout à la fois. Si elle suit simplement le temps de la vie, elle est moins que la vie ; elle ne peut être plus que la vie qu'en immobilisant la vie, qu'en vivant sur place la dialectique des joies et des peines. Elle est alors le principe d'une simultanéité essentielle où l'être le plus dispersé, le plus désuni, conquiert son unité. Tandis que toutes les autres expériences métaphysiques sont préparées en d'interminables avant-propos, la poésie refuse les préambules, les principes, les méthodes, les preuves. Elle refuse le doute. Tout au plus a-t-elle besoin d'un prélude de silence."
(Gaston Bachelard)
(Gaston Bachelard)
Lire un poème, c'est effleurer du regard quelques mots dans l'ambre desquels se trouvent quelques "clartés nouvelles" qui s'illuminera à la lecture, selon une intensité qui dépend de l'attention qu'on leur porte. Quelques mots qui ne brilleront que pour ceux qui ne craignent pas d'accueillir les sollicitations qui se dévoilent dans le silence de leur coeur.
Une après-midi grise et froide
d'hiver. Les collégiens
étudient. Monotonie
de la pluie derrière les vitres.
Ces quelques vers du poète espagnol Antonio Machado suffisent à me replonger dans la salle de classe de mon enfance et d'en ressentir le passage des heures, comme si je reprenais place à mon tour sur les bancs d'école. Quelque chose d'intact que je rejoins de mon passé dans un aujourd'hui qui est celui de l'adulte.
d'hiver. Les collégiens
étudient. Monotonie
de la pluie derrière les vitres.
Ces quelques vers du poète espagnol Antonio Machado suffisent à me replonger dans la salle de classe de mon enfance et d'en ressentir le passage des heures, comme si je reprenais place à mon tour sur les bancs d'école. Quelque chose d'intact que je rejoins de mon passé dans un aujourd'hui qui est celui de l'adulte.
La liberté, c'est la fraîcheur d'un regard qui nous saisit sans nous travestir du lourd manteau poussiéreux de "déjà-vu", qui nous permet d'être neuf, et non pas un tas de vieilles photos jaunies. Un regard qui, a chaque rencontre, travaille le tableau de la mémoire et ne se contente pas de faire des photocopies.
Ce qui m'était difficile avec la prière du "Notre Père", c'était de me dire qu'ayant déjà un père, je le trahissais en me donnant artificiellement une fausse paternité. Mais si cette prière est comprise comme une prière à la Source, à notre Origine, à la Vie, alors tout s'éclaire. Au moment où je prononce les mots "Notre Père", mon propre père devient un fils à son tour, un frère. Je le reconnais pleinement, avec ses joies et ses douleurs. Je ne l'abaisse pas, au contraire, je le magnifie dans sa pleine humanité. Nous nous tenons par la main dans ce "Notre" que nous partageons.
"La prière n'est pas la propriété des chrétiens, on prie dans toutes les traditions. Rien n'est plus naturel que de prier; pour un fleuve, c'est couler vers la mer; pour un arbre, c'est monter vers la lumière. L'homme qui prie ne prie pas n'est plus un homme dans la plénitude du terme, il est comme castré de sa dimension la plus essentielle, il est coupé des sources vives de son être."
(Jean-Yves Leloup, Notre Père, Albin Michel, p.31)
(Jean-Yves Leloup, Notre Père, Albin Michel, p.31)
Il y a une vague de penseurs anxieux qui écrivent des livres pour s'y retrouver dans un "monde sans repère". Mais je n'ai pas l'impression que nous les ayons perdus, ces repères. Au contraire, peut-être n'en avons eu jamais eu autant. Il vaudrait mieux réfléchir sur la manière d'être attentif à ce qui est présent, proche, à portée de main même, et sur lequel on peut s'appuyer, tout de suite.
Le bourgeon que je vois poindre sur la branche de poirier vient de si loin, obéissant à une obscure et profonde poussée vitale qui le fait remonter, minuscule témoin, des entrailles de la terre. Il ne lui reste plus que quelques millimètres à accomplir pour dire une fleur de printemps victorieuse, sur une branche de poirier.
"Prier, c'est respirer, disait le père Séraphim, quand tu es avec quelqu'un, tu ne penses pas à lui, tu es avec lui, et il continuait: Prier, c'est être avec, être avec le Vivant de ta vie, cela est bon pour toi, cela est bon aussi pour le bien-être de tous, puisque rien n'est séparé, ton bien-être est ce que tu peux offrir de meilleur à la misère du monde. Prends soin de ce morceau d'univers relié à tout le reste que tu es, tu n'as pas le pouvoir et surtout pas le droit de changer les autres, tu as le droit et le pouvoir de te transformer toi-même, de cultiver ta vigne, de lui faire porter des fruits pour ta propre joie et la joie de tous."
(Jean-Yves Leloup)
(Jean-Yves Leloup)
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...

