Nos jérémiades sont les marées noires de l'être.
J'aime répondre à des questions qu'on ne se pose plus.
La liesse est une plante grimpante.
"Le règne du plan, de l’horaire et de l’organigramme, tient lieu de nouvelle structure psychique à pas mal de gens. Mais là-dessous, quel chaos." (Jean-Louis Kuffer)
"Fille de joie": quelle si jolie locution pour une si triste réalité.
La joie perd beaucoup de sang quand on se plaint.
Pas évident de reconnaître que toutes les analyses en HIC qu'on a lues - psychologique, sociologique, économique et plus récemment neurologique -  ne nous ont pas tant aidées. On espérait qu'elles justifieraient notre malaise, qu'elles nous permettraient de rationaliser nos souffrances. On ressort de ces lectures plus instruits, rarement plus heureux. C'est éclairant, mais ça ne nous réchauffe pas. Ce n'est pas de ce savoir-là dont on avait besoin, mais d'un savoir qui nous aide à être en prise plus directe sur notre coeur, qu'on pourrait incorporer, intégrer, digérer. Ce savoir que seule la parole authentiquement créatrice peut nous offrir, et non pas celle qui dissèque, qui autopsie ou décompose, mais celle qui relie et renoue.
Les poètes sèment des mots-lucioles qui font des étincelles en rebondissant au fond de notre escarcelle.
Le Tao dit: "Je sais téter ma mère". Cette phrase est superbement lumineuse! Bien sûr, j'ai un savoir de la vie, de ce qui peut me nourrir qui est inné, je peux m'appuyer sur moi.
Embrasser, c'est lire l'autre en braille labiale.
Deux mots dont je ne comprends pas  le sens, malgré les définitions que j'en ai lues dans les dictionnaires, malgré les explications de personnes on ne peut plus avisées: "design" et "concept". J'ai des surdités lexicales.
La rancune est un luxe que notre coeur ne peut pas se permettre.
Le mot «design» m'inspire de la matière poétique cryogénisée, du beau inhabité, de l'élégance en boîte.
Les œillades d'une femme sont à l'homme ce que la cape rouge du toréador est au taureau: une provocation incitatrice.
Haïr d'amour.
Certaines blessures qui nous ont été faites peuvent devenir salutaires - même si elles n'en sont pas pour autant acceptables. Elles sont à l'origine d'un manque qui nous pousse à chercher, à devenir fécond de soi pour nous soigner. Et c'est souvent ainsi qu'on développe des aptitudes qui seraient restées en latence si rien ne nous avait mobilisés pour lutter.
"Suis": être et suivre. Si je suis, je suis qui je suis et je suis fidèle à moi-même.
Il y a des mères qui ne le sont pas ou qui ne savent pas l'être: elles ont trop d'empêchements en elles.
Il y avait chez elle quelque chose de plus que le charme, un don de présence qui tenait de la grâce. Chaque fois que je la voyais pas, elle ne se répétait pas, elle était toujours originelle.
A peine le temps de dire ouf que tous les arbres du verger se sont retrouvés couverts de feuilles d'un délicieux vert tendre. Quand la nature a décidé, ça va décidément très vite!
Ce qui n'est pas investi par l'amour n'existe pas.
Ce qui peut me toucher et m'émouvoir dans les écrits religieux, c'est cette quête humaine, si humaine, de ce qui relie, cette aspiration à quelque chose de plus haut que nous en nous, de plus beau, de plus aimant. Ce désir, nous l'éprouvons tous à un moment ou à un notre, de différentes manières, il est vrai et il est beau et n'a besoin d'aucune preuve d'une existence ou non de Dieu. Cette tendresse se suffit à elle-même.
Très bonne question entendue dans le film d'animation Mary and Max: "Si un chauffeur de taxi roule à l'envers, est-ce que c'est lui qui nous doit de l'argent?"
Notre pudeur à dire nos joies est salutaire. Ce qui ne veut pas dire qu'elles ne puissent pas être partagées.
Ce qui nous contente et qui tient souvent à peu de choses - ce peu qui en fait, mis bout à bout, est le beaucoup ou l'immense d'une vie.
Olivia Ruiz, Elle panique: une fois de temps à autre, va encore, mais quand elle panique quinze fois par jour sur toutes les chaînes, on se demande s'il faut songer à la chimie bâloise pour calmer ses angoisses.
La liesse, ce lierre qui tapisse les murs du coeur.
Se pencher nous invite à plus d'humilité, et nous permet aussi de nous rapprocher du plancher, pour bien voir où on met les pieds.
Avec sa Ferrari jaune, il me faisait penser à un Icare sans soleil.
"Le sens profond de la chronique, telle que je la conçois, c'est de fournir à chacun, par la représentation d'éléments quotidiens de la vie, les plus quotidiens, et considérés, en général, comme dénués d'intérêt et de signification, de quoi méditer sur le sens ultime de sa vie et sur celui que, consciemment ou inconsciemment, il donne à la vie. Alimenter cette prise de conscience qui aboutit à une véritable genèse de nous-mêmes. Non dans l'effort seulement, mais le plaisir. Une fécondité liée au plaisir, comme c'est le cas dans l'acte sexuel plénier. Pour cela, grande rigueur et grande sensibilité." (Georges Haldas, Carnet 1973, 19 novembre)
Les gens croyait Marco Polo (XIVe siècle) sur parole lorsqu'il décrivait dans son livre Le devisement du monde les créatures merveilleuses et insolites qu'il avait croisées sur sa route (sirènes et autres monstres fabuleux). Mais personne ne voulait le croire lorsqu'il expliquait qu'il y avait un pays (la Chine) où l'on payait avec ... du papier monnaie. Heureux temps où une certaine manière de faire ses comptes tenait du compte.
Dans le quartier de splendeur et de misère de l'Alfama, à Lisbonne, notre humanité est saisie comme une pâte par le levain.
J'ai surpris il y a quelques minutes un regard qui vaut tous les trésors, un regard tout ce qu'il y a de plus banal et pourtant... Cette femme qui est en train de plier son linge sur la terrasse - c'est une belle journée de printemps où il fait chaud, tandis que son homme tond la pelouse de l'immeuble. Il a arrêté l'engin quelques minutes pour discuter avec un voisin. Au moment où il redémarre la tondeuse, elle lève les yeux pour voir où il en est, certainement qu'elle se demande avec qui il a discuté. Et puis voilà. C'est tout. Rien de plus. L'homme qui tond, lui, n'ai rien vu. C'est cela qui est inestimable: savoir qu'on compte pour quelqu'un, que sa présence, sa tendresse nous enveloppe tout au long du jour à notre insu.
Pas étonnant que le mot "gîte" ait un accent circonflexe.
Ces cinq cerisiers que je craignais de voir mort à la fin de l'hiver, voilà que je les retrouve ce matin recouvert d'une riche perruque de fleurs blanches, on dirait de dignes Lord en train de converser.
Décider de ne plus donner son concours consentant aux pensées inutiles. Les laisser s'épuiser, se vider et s'évanouir.
Il faudrait casser la gueule à tous ceux qui truquent la vie pour leur profit!
Pour moi, changer de langue serait changer de langue maternelle. Ma langue n'est de loin pas la plus belle, mais c'est celle avec laquelle je grandis.
De toute ma vie, je n'ai jamais eu un ami noir. Je suis massivement et désespérément blanc.
Si nous ne sommes pas à même d'endurer les contrariétés inhérentes au fait même de créer des liens avec autrui, rien n'ira. Et je ne sais pas si c'est lié à notre époque, à la virtualisation de nos relations, mais j'ai l'impression que les ligatures humaines sont de plus en plus lâches.
On n'en finit pas de naître. Un sourire, quelque mots, un rayon de soleil, peuvent nous mettre au monde. Et comment sait-on qu'on se donne un peu plus de vie? Tout simplement parce qu'on se sent profondément bien et en accord avec soi-même.
Ces tous derniers jours, j'essaie de voir mes pensées en faisant le tri entre "utiles" et "inutiles". Je n'empêche pas une pensée inutile de venir (d'ailleurs comment pourrais-je), mais je suis conscient qu'elle est inutile. Quand je médite, je vois le cortège de pensées arriver et je m'imagine en train de marcher sur un chemin, dans une forêt ou à la campagne, il fait beau, et je dis "bonjour" à la pensée qui se pointe, tout en continuant mon chemin. Elle ne m'intéresse pas, moi je veux juste marcher au soleil et respirer correctement, bien être conscient que j'inspire, puis bien être conscient que j'expire. Et quand c'est une pensée très méchante qui se raboule, je lui dis directement "aurevoir" (je n'ose pas encore lui dire "adieu", j'ai peur qu'elle soit plus forte que moi).

Nous véhiculons tant de pensées inutiles qui obscurcissent notre soleil, qui nous rendent triste, qui nous encombrent et peuvent prendre trop de place, parfois toute la place.
J'écris pour trouver dans notre quotidien ce qui prend soin de l'être, tout ce qui nous restaure et nous nourrit, ce qui nous répare, tout ce qui constitue des havres d'amour et de paix, tout ce qui favorise notre humanité.
Il épluchait les homards.
Buzz: encore un mot ridicule. On "crée le buzz" pour créer un grattage médiatique.
"Tout corps couché prend la ligne de l’horizon de l’âme. L’endormi devient le réveillé de l’ombre." (Platon)
Il trouvait fantastique de pouvoir enfin acheter de la musique classique à moitié prix, les suites pour violoncelle de Bach, par exemple. Le seul inconvénient, c'était cette publicité tous les quarts d'heure, pour un produit de nettoyage ou un téléphone portable, qui venait interrompre brutalement le morceau en cours. C'était un peu déconcertant au début, mais on finissait par s'y habituer. On finit par s'habituer à tout.
Dans la montée, le bus n'arrivait pas à dépasser un cycliste à cause du trafic qui venait en sens inverse. Le pauvre, on le voyait peiner, on aurait dit qu'il tirait le bus au bout d'une corde.
Un coeur de pierre, c'est au moins une pierre qui a la forme d'un coeur, tout n'est pas perdu.
Etre sensible à la qualité de présence que vous offre un être. C'est inestimable.
"Aux Etats-Unis, après la mode des élargissements de pénis et des rajeunissements de vagin, c'est désormais le blanchiment de l'anus qui serait à la mode." (Magazine Bilan, avril 2010)

Comme on le sait, tout ce qui vient des Etats-Unis est indiscutable et doit être adopté séance tenante sous peine de ne pas être... dans le vent.
Quelle que soit la religion, sa seule mission devrait être de donner à sentir une présence, à donner de l'Être à l'être.
Est-ce que j'ai des aspirations ou des prétentions?
Au milieu des pires lassitudes, un visage aimé comme un déclic qui nous rend à la vie.
Je faisais partie de ces enfants auxquels on met un jour une clé autour du cou. Une ficelle pour colis postaux comme collier au bout duquel était suspendu le sésame, et hop!, on me lâchait dans la nature. Dans mon esprit, elle avait une taille épouvantable, cette clé. [Lire toute la chronique...]

La clé



Pour Elle, qui fait sauter les verrous

Je faisais partie de ces enfants auxquels on met un jour une clé autour du cou. Une ficelle pour colis postaux comme collier au bout duquel était suspendu le sésame, et hop!, on me lâchait dans la nature. Dans mon esprit, elle avait une taille épouvantable, cette clé. C'était mon premier joug d'adulte, une bonne raison de commencer à me faire du souci. Ce fut également le signe d'un bouleversement sans précédent dans ma vie. A partir de maintenant, il pouvait arriver que personne ne m'accueille à mon retour: lumières éteintes, silence, pas de musique ni de petits plats qui mitonnent. Pas de voix familière qui lancerait un: "Tu es rentré?". Auparavant, même lorsque j'étais à l'école, je m'imaginais que le foyer était toujours en activité. Mais désormais, ça pouvait être une coquille creuse, un théâtre désert, dans lequel je ferais mes premières expériences de la solitude. Cette solitude, que certains percevaient comme une punition, fut pour moi une bénédiction. Cet apprentissage de soi m'enchanta. Je ne m'ennuyais pas et je n'éprouvais aucunement le besoin de combler ce qui aurait pu ressembler à un vide. J'étais en bonne compagnie avec moi-même. Et ma solitude était faite de tant de sollicitations intérieures, de présences, d'aspirations qui venaient à ma rencontre et que trop d'activités ou de bruits auraient effarouchées. Ces moments si simples, où il ne se passe apparemment rien, furent parmi les plus beaux de mon enfance - et les plus fondateurs, certainement. Je me suis toujours senti revenir neuf et restauré de ces minuscules retraites. Je n'en avais pas encore clairement conscience, mais je percevais intuitivement qu'après avoir été seul, dedans, les choses s'étaient remises à leur place. Je revenais plus consistant vers les autres. Et puis, quand on aime lire, on n'est jamais seul. Je regardais ma bibliothèque comme le nouveau-né le sein maternel: il y avait émeutes de personnages, d'aventures, de situations qui m'attendaient, juste-là, à portée de main. Je n'avais même pas besoin d'ouvrir le livre, juste le tenir pour sentir qu'un monde palpitait dans ma main. Cette clé fut donc l'occasion d'une introduction à ma vie intérieure.


"N'oublie pas de fermer la porte à clé"... On n'explique pas à l'enfant pourquoi. On a tort. Ce geste de fermeture est bien trop grave pour passer sous silence ses cas d'utilisation. Sans une médication précise, il peut provoquer un arrêt de croissance. Des symptômes courants et dégénérescents peuvent apparaître avec le temps: on devient serrurier, fermant sa tête, son coeur, ses tripes ("tout ce qui est enfermé est en sécurité... tout ce qui est enfermé est en sécurité", se répète-t-on). On apprend à faire de sa vie un coffre-fort première classe, aucune effraction du hasard possible, et pour cause, le hasard ne connaît pas la combinaison. On monterait des cadres de porte dans le ciel si on pouvait les cadenasser. On se crypte tant et si bien qu'on n'arrive plus à décrocher un sourire à son voisin - en tout cas, les miens ont dû perdre le code depuis belle lurette. Mais quand bien même tout serait sous clé, il en reste une qu'on n'arrivera pas à tenir dehors: la Mort. Et son cortège de maladies (ah oui, ça c'est crasse aussi la maladie, ça n'a même pas besoin de clé, ça décompose les barricades). Assiégé par le moche, on s'injecte vite fait l'antidote dont on avait oublié de nous parler, en espérant que ce ne soit pas trop tard: l'Ouverture. On tente de congédier l'oppresseur qu'on est devenu à soi-même: otage consentant, aussi luxueuse puisse être la claustration, on aspire farouchement au grand air. On tape à grands coups contre la cloison du cercueil qu'est devenu le corps, mais c'est qu'il s'est bien sédimenté avec le temps, c'était des belles planches qu'on a choisies. Bigre, on n'a pas été volé sur la qualité de la marchandise. On s'empresse de commencer à faire sauter les verrous rouillés du coeur pour faire redémarrer la pompe, parce qu'on se rend compte que la seule sécurité, c'est la confiance. Et puis, si on veut que les secours viennent nous soustraire à notre horrible sort, il faut bien qu'ils puissent entrer. On finit par se rendre compte que toutes ces serrures nous serrent plus qu'elles ne nous servent. Les cambrioleurs ne sont pas dehors! C'est nous qui nous volons du temps pour le sédimenter dans un bien quelconque, made in Asia, qu'on va s'empresser d'assurer, histoire qu'on ne nous cambriole pas du lest, on risquerait de s'envoler. Pourquoi se soustraire de soi à moitié? On a même réussi à simuler des biens qui aurait le poids du paradis, mais en chiffres, et les serrures virtuelles qui vont avec. Sur la terre comme au web. On ne doit vraiment plus pouvoir s'encadrer pour s'encastrer dans un écran d'ordinateur. Nous sommes des forçats du double tour. Fermer, c'est se condamner de l'intérieur, se murer vivant. Le pauvre est-il vraiment encore celui à qui on ne peut rien voler? Certains ont fait le choix de se consacrer à des biens qu'on ne peut pas leur dérober, à des valeurs de ciel qui ne valent majestueusement rien et qui pourtant les comblent, comme un sourire aimé. C'est un luxe qu'ils payent cher d'ailleurs, comme toutes les différences. Il ne faudrait mettre sous clé que le superflu. L'essentiel reste toujours tout contre soi, tout proche. Inviolable, car le code d'accès, c'est l'autre qui le possède, c'est la relation, comme deux bras qui s'ouvrent tout grand ou alors serrent très fort, mais ce n'est plus pour fermer, mais pour aimer. On croit qu'on ouvre son coeur à une personne qu'on aime. Mais fut-il même un seul instant fermé à celui à qui il était destiné de toute éternité, à celui qu'il réclamait? On s'imagine être maître des battants du coeur, mais on ne décide rien du tout, Cupidon aux trousses, la porte pourra à la limite servir radeau pour le pauvre naufragé emporté par une vague de joie.

Aujourd'hui, si je ferme à clé, c'est pour rassurer mon assureur, afin qu'il puisse constater qu'aura été fracturé ce qu'à vrai dire j'aurais volontiers laissé ouvert. Certains forceront peut-être un jour l'entrée, mais passé le pas de la porte, que pourront-ils faire dans ce lieu où il n'y a rien à prendre, tout à donner? J'accueillerais même un cambrioleur qui se serait spécialisé dans le livre de poche de poésie. Nous pourrions discuter à visage découvert et il repartirait avec une pile de recueils que je lui donnerais en lui recommandant de revenir m'en parler. Tout ce que je possède matériellement, je peux le posséder à nouveau. Mais le temps qui passe, ici et maintenant, je ne le retrouverais jamais si je ne suis pas au rendez-vous. Il me faudrait moins d'une heure pour me reconstituer mes provisions de bases: quelques livres, un peu de Bach, une bougie, une plume pelikan - à supposer que notre détrousseur soit ornithologue, et un paquet de tortellini - s'il avait eu une petite faim. Ce qui compte le plus dans ma vie fait partie de mes cellules, ce sont quelques citations et un arbre qui a la forme d'un réseau de correspondances assez vaste, composé de noms et d'intensités divers, de couleurs aussi, au sein duquel je me déplace avec aisance pour retrouver les êtres, les livres et les lieux que j'aime. Et il ne me viendrait pas à l'idée de fermer mon arbre à clé.
Matérielle-ment.
Si une fleur dans un vase souffrait, continuerait-elle à fleurir? Ou souffre-t-elle en accomplissant envers et contre tout son devoir de fleur.
Ma mère idolâtrait tellement Alain Delon, que je dois bien avouer qu'aujourd'hui, lorsque je le vois à la télévision, j'ai l'impression de reconnaître un membre de ma famille.
On avait de lui que c'était un homme indifférent, ce qui ne devait pas être exact puisqu'il mourut d'un cancer.
"Dégénérescent": tout de même beaucoup d'accents aigus pour un mot qui tire vers le bas.
Se dégager des valeurs de bien ou de mal contre lesquelles nous passons une grande partie de notre vie à ricocher. Ce n'est ni bien, ni mal: c'est. Ensuite, à chacun d'agir en conséquence.
Il s'était rendu compte qu'il était trop faible pour lui pardonner.
Je dévore voracement avec les yeux les fleurs de printemps dans les arbres, pour en laisser le moins possible au temps qui passe.
Les ailes d'une libellule sont un peu de poudre de rayon de soleil.
Pour moi, il est clair qu'à Pâques, ce sont les lapins qui pondent des oeufs.
Pour qui est attentif, la vie est différente, bien que tout soit pareil.
Un synonyme d'"allegria"? Palestrina!
Quand je pense au mot "solitude", j'entends "enchantée".
Propos écœurants de ce type qui se réjouit de partir en vacances (jusque-là tout va bien) sur un bateau (ça commence à tanguer) sur lequel il y a plus de 4'000 personnes (vive l'intimité, mais ce n'est bien entendu pas ce qu'il cherche, accrochez-vous), toutes célibataires (on va tout de suite comprendre pourquoi) qui vont à Ibiza (est-ce encore nécessaire?) et de conclure qu'à la fin "on ne sait même plus avec qui on couche" (c'est bien dommage, il aurait pu faire une belle rencontre). On voit que nos aspirations humaines peuvent être très variées.
Je me suis effondré en entendant le terme de "réalité augmentée". J'ai dû l'entendre par le passé, mais je l'avais tout naturellement évacué. Qu'est-ce donc que la réalité augmentée? La mammoplastie du Réel? Encore une technologie qui participera à notre cécité contemporaine?
Une chose faite régulièrement avec une discipline et une assiduité infaillible: regarder la télévision.
"On trouve de l'or, et on l'échange contre de la pacotille." (Christian Bobin, La lumière du monde)
Le Forsythia en fleurs devant ma fenêtre ressemble à un gros poussin ébouriffé.
C'est un privilège, un honneur même, de passer pour un imbécile aux yeux de certains.
Dans le mot "divinisation", j'entends: actualisation de notre potentiel humain.
Etonnant que les textes de Sainte Thérèse d'Avila, qui sont d'une folie lumineuse, soient publiés dans la collection "Points sagesse".
Il se s'agit pas tant d'avoir raison que de se protéger de ce qui nous fait mal.
Je trouve plus juste d'appeler la publicité de son ancien nom de "réclame". La publicité n'est rien d'autre qu'une petite histoire à travers laquelle une saucisse, un canard ou un déodorant réclament de l'argent.
Les choses que j'aime et sur lesquelles j'écris viennent à la lisière de la page pour écouter ce que je dis d'elles.
J'ai vu une gare de rires où de petits wagons venaient s'arrêter quelques matins sur le chemin de leurs vies, de manière très passagère, juste le temps d'avoir suffisamment grandis pour passer à la gare "Décolle!" afin d'apprendre à devenir les locomotives de leur vie.
Dans les Evangiles, il n'est pas fait une seule fois mention du péché originel.
Dire qu'il fut un temps où nous écrivions les chiffres de l'année en commençant par 19...
"La sagesse du soir, c'est la montée en soi de l'indifférence. L'indifférence, c'est la perfection de l'égoïsme." (Henri Guillemin)
Enlevez son aile au mot "catholique" et il devient cahotique.
La vie l'avait tellement balloté qu'il avait fini par se dire qu'il n'avait pas le droit mais le devoir d'être heureux.
Le nombril parle... Je pense, au vu de tes errements, que tu ferais bien de passer un peu plus de temps à me regarder. Ce serait une solution pour moins t'éloigner de toi. Ô, je sais, je sais, une sagesse populaire voudrait que je sois un miroir de Narcisse, le point de chute de ton égocentrisme.

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Le nombril parle


Je pense, au vu de tes errements, que tu ferais bien de passer un peu plus de temps à me regarder. Ce serait une solution pour moins t'éloigner de toi. Ô, je sais, je sais, une sagesse populaire voudrait que je sois un miroir de Narcisse, le point de chute de ton égocentrisme. Et qu'à trop penser à moi, tu tournerais en rond, tu t'abîmerais en toi, et patati, patata. Ces clichés me font la vie dure. Et ils sont complètement faux! Tout d'abord, j'ai pour nom, "nombril", un nom qui brille, je suis une étoile posée sur ton corps, la première bouche qui ä accueilli ta pitance, une ouverture sans laquelle tu n'existerais même pas. Je suis une cicatrice qui te rappelle que tu n'es qu'un mammifère parmi d'autres, que tu n'es qu'un lieu de passage, en rien une arrivée. Tu n'es pas un nouvel Adam, sans quoi ton ventre serait lisse. J'étais le premier de tes sens ouvert sur la vie. Alors, si me contempler te permet de t'accorder plus d'importance sans trop t'en donner, je t'en prie, n'hésite pas. D'ailleurs, tu le sais bien, je suis ce médaillon qui orne ton ventre, là où se trouve ton savoir viscéral, ce savoir crucial pour ton devenir, celui qui tant et tant de fois a dépassé ton entendement, ta petite raison qui ne sait pas trop bien comment bricoler avec ce qui vient de ces profondeurs intimes. Certains appellent ça leur petite voix, d'autres leur ange gardien ou encore l'inspiration voire même l'inconscient - étonnant de nommer "inconscient" l'instinct humain. C'est quelque chose comme un lieu de rencontre entre ton cerveau et ton coeur, enfoui dans ton corps. Toi, tu t'évertues à l'ignorer où à en faire fi, essayant de te tenir en équilibre sur ton crâne, ce qui te donne la grosse tête et te fait chuter. La matière grise, c'est couleur argent, moi c'est de l'or organique dont je te parle. Evidemment, comme c'est plus près de ton postérieur, c'est moins noble. Ca n'a pas de visage, c'est obscur, il fait nuit, donc ça fait un peu peur. Je suis là pour te rappeler tout ce qu'il y a de grouillant, d'intestinal, d'inesthétiquement essentiel qui gît là, au milieu des boyaux, dans ce terreau fertile, duquel émerge après un long travail mystérieux, claire, limpide et vibrante, une pensée qui éclate dans ton esprit avec évidence... Etrange alchimie que tu situes dans ta tête, car on te l'a appris, on t'a dit: "Penser, c'est là". Bien sûr, mais ce n'est pas que là, loin de là même. Tu as cru qu'en reproduisant des automatismes innés agrémentés d'un peu de méthode, tu allais pouvoir te connaître? Mais ça reviendrait à ne voir que la tête de la fusée sans prendre en compte l'ensemble qui a permis le décollage, l'extraordinaire poussée vers le haut. Je lis de l'étonnement sur ton visage... Mais comment pouvais-tu imaginer ailleurs que près de tes organes génitaux la source d'où naissent des pensées fertiles?

Tu ne comprends toujours pas? Tu crois que ta langue maternelle se limite à ses vingt-six caractères et trente-six phonèmes qui te permettent de sculpter tes cris et tes grognements pour les partager? L'école ne s'est pas chargée de t'apprendre cet autre langage, celui des sensations, qui est le langage de l'être, celui qui se parle dans ton terreau intime, à la racine de ton intériorité. D'autant que seules tes sensations relient ton corps et ton esprit, ta matière et ta pensée. Si tu les omets, tu es comme un chef d'orchestre sans musiciens. Elles te murmurent fidèlement, de source sûre, de premières mains, des nouvelles sensationnelles qui te concernent et t'informent de la marche de ton monde. Ces stimulations sont comme autant de petites noix dont il faut apprendre à extraire les messages. Enfermés dans leur coquille, ils restent insignifiants, ce ne sont que de banals frémissements comme le chaud ou le froid. La parole seule permet de les ouvrir et de les comprendre. Parfois, ce n'est pas plus compliqué qu'un "je le sens", "je ne le sens pas". Mais souvent, ce que tu ressens est presque indéfinissable. Là, les poètes sont de bons éclaireurs pour t'apprendre à te situer. Ils oeuvrent à rendre une émotion compréhensible, tout en veillant à dénaturer le moins possible sa forme originale. Ils t'aident à te familiariser avec ta part primitive et privilégiée. Tes sensations sont une pensée de toi, fulgurante, comme une étoile filante qui traverse le ciel de ton esprit. Ce que tu sens est toujours juste. Donc, la prochaine fois que tu cherches ton chemin, ne google pas, viens m'en parler. Se regarder le nombril, c'est se lire. Le corps se penche vers soi comme sur une page, et tu sais bien que ce mouvement appel plus d'humilité que de fanfaronnades. Plus de concentration que de dispersion. Ce sont de faux prétextes qui t'empêchent de me regarder. En fait, tu as peur, peur de voir ce petit point noyé au milieu d'un ventre un peu trop bedonnant à force de t'être oublié dans des excès bachiques et culinaires pour remplir ce vide que tu ressens en toi. Et, vu le volume de travail que tu devras abattre pour reprendre une silhouette tonique, je comprends que tu repousses l'échéance. Mais moi, je suis comme un oeil là au milieu, qui te voit te mentir et tortiller à te prendre en main. Tu parles de "vide intérieur" alors que tu es si plein! Tu pourrais entamer une marche de plusieurs jours sans manquer de rien, sauf peut-être de toi. Continue à t'ignorer, va. Lorgne sur ce beau ventre féminin orné d'un petit bijou qui m'honore. Je trouve encore ça moins orgueilleux que ton déni d'être. Cesse donc de croire que je suis gorgé d'un trop-plein de toi, alors que ma forme même est celle d'un petit vase, creux comme un trèfle prêt à accueillir la rosée du matin dans laquelle viendra briller le ciel. Et, jusqu'à preuve du contraire, je suis le souvenir d'une plaie originelle, la seule dont tu peux être sûr qu'elle t'a plus nourri que meurtri.

Image - Bouddha rieur
Bientôt les gens chercheront un sens à leur vie en googlant: "sens à ma vie".
Dix jours à travailler une chronique que je ne publierai pas pour permettre l'éclosion en une heure d'un autre texte que je suis en train de boucler. Ainsi va l'inspiration.
"La compétition atomique, dont il est superflu de dénoncer la folie, prouve, avec une tragique évidence, que l'homme ne croit pas en l'homme. Il croit en son savoir, il croit en sa puissance: il ne croit pas en sa valeur. C'est pourquoi il accepte si allégrement la mort des autres - et quelque fois la sienne propre - au nom des principes qui triomphent dans les cimetières." (Maurice Zundel, Croyez-vous en l'homme, p.7).
"Si l'homme ne veut pas se sauvez, en effet, rien ni personne ne pourra le sauver."

C'est un abbé qui écrit cela, et pas des moindres, l'abbé Zundel.
On est souvent apprécié pour ce qu'on est que d'autres ne sont pas tout en souhaitant devenir ce qu'ils sont qu'on n'est pas.
Pouvoir dire tout ce qu'on pense ne signifie nullement qu'on est libre de dire tout ce qu'on pense. C'est encore autre chose d'assumer pleinement ses paroles.
De l'inconvénient d'un contact trop étroit avec la mère: on n'est pas encore né qu'on a déjà une plaie au ventre, le nombril.
Je préfère donner que recevoir, mais je me soigne.
La sensibilité d'un être, c'est sa signature originale, son ruban d'humanité. On l'y retrouverait tout entier, encore bien plus que son ADN
Eve avait-elle un nombril? Ou une côte dans le ventre?

Je ne le savais pas, mais les tortellini représentent le nombril de Vénus, la déesse de l'amour dans la mythologie romaine. Ce n'est donc pas un hasard que ce soit un de mes plats préférés.
On dit "avoir un décolleté jusqu'au nombril" pour dire à quel point il est profond. Mais on ne dit pas "avoir un nombril jusqu'au décolleté", sauf si on a subi une intervention cardiaque.
Se jeter sur les textes mystiques comme des papillons de nuit dans la flamme d'une bougie.
On peut se compliquer la vie. On peut aussi l'approfondir. Mais l'approfondir ne va pas sans certaines complications.
Un chrétien qui se prendrait vraiment pour Dieu serait un trésor d'humilité et une source d'amour.
Il y a une manière de croire en Dieu qui est une façon de faire l'économie de la relation vivant à l'autre. On ne croit pas en Dieu, en fait, on se prend pour Dieu.
Lu un bout d'analyse sur la position d'une femme en tant que mère dans notre société, analyse qui ressemble fort à de la bouillie pour mort par ailleurs, dans lequel il est dit qu'un enfant a souvent raison de la vie amoureuse d'un couple. Statistique à l'appui, bien entendu, comme ça personne n'est concerné. Mais je retiens cependant une chose: qu'à mon sens la vie amoureuse d'un homme et d'une femme est la condition indispensable à la bonne croissance de l'enfant et des parents, sans quoi ils ne deviennent plus que des domestiques du vivant, nettoyant l'étable, menant la progéniture à l'école et autres tâches incontournables et nécessaires. C'est utile, certes, mais ce n'est pas nourrissant. L'enfant absorbe, comme une plante le soleil, l'amour qui se dégage du foyer parental.
Qu'un Dieu tout puissant puisse être malmené et mis à mort par des autorités administratives, ça donne aussi à réfléchir sur le statut du fonctionnaire qui accomplit sans broncher les ordres qui lui sont donnés.
Je ne doute pas qu'il soit bon pour le nouveau-né d'être allaité par sa mère, que ça le protégera de diverses choses hostiles et variées. Certainement. Mais j'ai l'impression que la première personne à se restaurer goulûment du nourrisson vorace, c'est bien la mère elle-même qui tète insatiablement à même cette petite motte rose en devenir. Elle se laisse manger pour devenir le corps même de son enfant.
Les branches de cet arbre qui sont si solides, rigides et au creux duquel cependant un devenir de fleur circule avec une mobilité déconcertante.
Notre famille, ce sont les gens qu'on aime et qui nous aime, avec lesquels on tisse des liens féconds et durables d'être féconds. Le lien de parenté ne vaut pour famille que dans le cadre juridique et n'implique pas l'amour par défaut, qui reste encore et toujours un foyer fragile sur lequel veiller. Disons que d'être si proches donnent maintes occasion de se haïr et des devoirs de solidarité qui ne suffisent cependant pas à faire un amour. Rien d'évident à aimer ce prochain si familier, mais pas forcément intime, parfois même devenu étranger avec le temps.
Quand ce fut le temps de grandir, il grandit, quand se fut le temps d'aimer, il aima, quand ce fut le temps d'enfanter, il enfanta, et quand ce fut le temps de mourir, il mourut.
Ceux pour qui les mots ne signifient rien peuvent-ils signifier quelque chose vu qu'ils n'ont plus les mots pour faire sens?
"Je t'aime" devrait s'écrire sans point final, même pas une virgule, même pas un point d'exclamation, aucune barrière, il est inconditionnel et toute explication est superflue.
"Même dans les situations les plus terribles, le coeur peut-être libre." (Jack Kornfield)

Je dirais: "Surtout dans les situations les plus terribles". Comme si, à ce moment, c'est lui qui prenait les commandes pour libérer des forces insoupçonnées; comme si, dans l'adversité, il était l'organe aux ordres duquel tous répondront pour mener cette lutte sans cesse renouvelée en chaque être pour que la vie l'emporte, sur tout ce qui la nie.

C'est ainsi qu'on a vu des coeurs simples, quotidiens, révéler des ressources d'humanité vive dans les combats les plus impitoyables - une maladie, la perte d'un enfant, une guerre. Sans broncher, ils se sont levés face à l'oppresseur, comme si, de toute éternité, ils avaient attendus ce moment.
On se découvre parfois des puits de haine et de colère sans fond. Veiller à ne pas tomber dedans.
Elle méprisait les hommes qui l'aimaient, on pouvait même soupçonner qu'elle y trouvait une pointe de jubilation. Et elle se vautrait pathétiquement devant ceux qui la méprisait, les suppliant de lui porter un peu d'attention, se transformant en paillasson humain pour qu'ils s'y essuient les pieds au besoin.
Le rire descelle nos raideurs intimes.
Avec un ami nous faisons l'exercice au quotidien de voir la poutre qui est dans notre oeil plutôt que de critiquer la paille dans celui du voisin. Et je dois dire que, chemin faisant, je me rends compte que cette poutre porte un pan important de mon activité psychique.
Ce soulagement morbide éprouvé lorsqu'on s'entend dire par un médecin qu'on est en bonne santé alors qu'on sait que tout va bien. Comme s'il y avait quelque chose en nous qui avait besoin d'être encore plus rassuré qu'on ne peut normalement l'être. Pauvre confiance!
Se tenir là, serein, dans le bordel généralisé que peut-être sa vie.
"La poésie est une métaphysique instantanée. En un court poème, elle doit donner une vision de l'univers et le secret d'une âme, un être et des objets, tout à la fois. Si elle suit simplement le temps de la vie, elle est moins que la vie ; elle ne peut être plus que la vie qu'en immobilisant la vie, qu'en vivant sur place la dialectique des joies et des peines. Elle est alors le principe d'une simultanéité essentielle où l'être le plus dispersé, le plus désuni, conquiert son unité. Tandis que toutes les autres expériences métaphysiques sont préparées en d'interminables avant-propos, la poésie refuse les préambules, les principes, les méthodes, les preuves. Elle refuse le doute. Tout au plus a-t-elle besoin d'un prélude de silence."

(Gaston Bachelard)
Ces canards qui trônent à l'aube en haut de l'immeuble, fier face à l'azur, ne sont pas moins noble qu'un cygne ou qu'un aigle.
Cette mère qui dit à son enfant qu'il lui doit le respect en... lui flanquant une gifle.
Ou que ce soit, chez eux ou ailleurs, les enfants qui voient une place de jeu y courent et ce mettent à jouer. C'est bien normal, le jeu est leur royaume, ils y sont partout chez eux.
Il faudrait être un érudit ignorant, n'avoir de cesse de chercher plus de clarté, plus de vérité tout en se tenant au milieu de son savoir sans chercher à le posséder, toujours en état d'enfance.
Un bourgeon est un oeuf duquel éclot un poussin fleuri.
Après le ruban d'ADN, j'aimerais que la recherche scientifique se penche sur le ruban d'humanité.
Lire un poème, c'est effleurer du regard quelques mots dans l'ambre desquels se trouvent quelques "clartés nouvelles" qui s'illuminera à la lecture, selon une intensité qui dépend de l'attention qu'on leur porte. Quelques mots qui ne brilleront que pour ceux qui ne craignent pas d'accueillir les sollicitations qui se dévoilent dans le silence de leur coeur.
Fidèle à moi-même, moudre le plus de grain d'être possible. Les cosses tomberont sur le sol de la vieillesse et le mystère me torréfiera.
Ce que j'aime peut-être le plus dans la solitude, c'est le plaisir de savoir que je vais la retrouver, tout bientôt, ou un ami.
Une après-midi grise et froide
d'hiver. Les collégiens
étudient. Monotonie
de la pluie derrière les vitres.


Ces quelques vers du poète espagnol Antonio Machado suffisent à me replonger dans la salle de classe de mon enfance et d'en ressentir le passage des heures, comme si je reprenais place à mon tour sur les bancs d'école. Quelque chose d'intact que je rejoins de mon passé dans un aujourd'hui qui est celui de l'adulte.
Les écrivains, les poètes, les peintres, tous ceux qui font œuvre de sensibilité sont les gardiens du regard. Sans eux, on finirait par ne plus voir ni même sentir combien on vit dans une réalité truquée.
Ne plus avoir d'essence est moins grave que de ne plus avoir de sens.
C'est parce qu'on participe, qu'on est sollicité.
On appelait les anciens thérapeutes d'Alexandrie les "grands attentifs".
"L'attention est aux êtres raisonnables ce que l'instinct est aux animaux." (Saint Basile).
Je n'ai jamais été aussi absent que lorsqu'on me faisait répondre "présent" à l'école et néanmoins heureux aujourd'hui d'avoir été là, malgré tout.
La liberté, c'est la fraîcheur d'un regard qui nous saisit sans nous travestir du lourd manteau poussiéreux de "déjà-vu", qui nous permet d'être neuf, et non pas un tas de vieilles photos jaunies. Un regard qui, a chaque rencontre, travaille le tableau de la mémoire et ne se contente pas de faire des photocopies.
On sent bien que face à certains problèmes ou conflits, notre seul petit moi n'y peut pas grand-chose, que nous devons aller chercher les ressources nécessaires plus profondément en nous.
L'austérité à le mérite de la clarté.
Trois poèmes de Federico Garcia Lorca, et j'en suis tombé profondément amoureux. En plus, nous avons le même prénom!
Qu'on soit croyant ou non, la prière du "Notre Père" est le nécessaire de voyage le plus efficace pour traverser une journée sans encombre.
L'erreur n'est pas une horreur, l'horreur, c'est de ne jamais errer.
A chacun de trouver ses ressources pour ne pas se sentir abandonné, sans dévaster les autres.
Les constructeurs rappellent des voitures qui présentent un défaut de conception. Pourquoi les éditeurs ne rappellent-ils jamais des livres qui présentent un grave défaut d'inspiration?
Tous ces commentaires qui ne sont que des "comment être" au lieu d'être.
Ce qui m'était difficile avec la prière du "Notre Père", c'était de me dire qu'ayant déjà un père, je le trahissais en me donnant artificiellement une fausse paternité. Mais si cette prière est comprise comme une prière à la Source, à notre Origine, à la Vie, alors tout s'éclaire. Au moment où je prononce les mots "Notre Père", mon propre père devient un fils à son tour, un frère. Je le reconnais pleinement, avec ses joies et ses douleurs. Je ne l'abaisse pas, au contraire, je le magnifie dans sa pleine humanité. Nous nous tenons par la main dans ce "Notre" que nous partageons.
Il en faut des tonnes d'amour pour sortir de nos déterminismes, pour qu'on se déplace de quelques petits degrés de notre trajectoire, pour être un tout petit peu fou, un tout petit peu plus vivant.
Mon blog affichent ces saletés de publicité dans la zone où je saisis mes textes. Et lorsque j'ai entré le mot "père", la publicité "femmes cherchent mâle" s'est affichée. C'est heureux.
Le père, ce n'est pas celui qui insémine et auquel la vie prendra peut-être au passage une étincelle, c'est celui qui aime.
"Notre" est un possessif ouvert.
Séduire, c'est réduire.
"Chaque matin le soleil se lève et, tant qu'il se lèvera, je me tiendrai debout, avec lui, avec tout, pour prier".

(Jean-Yves Leloup, Notre Père)
Je lis une définition du Vendredi saint sur wikipedia en mangeant des biscottes. Je pense qu'il fut un temps où on m'aurait brûlé vif (peut-être plus pour avoir lu un texte sur wikipedia que pour les biscottes).
"La prière n'est pas la propriété des chrétiens, on prie dans toutes les traditions. Rien n'est plus naturel que de prier; pour un fleuve, c'est couler vers la mer; pour un arbre, c'est monter vers la lumière. L'homme qui prie ne prie pas n'est plus un homme dans la plénitude du terme, il est comme castré de sa dimension la plus essentielle, il est coupé des sources vives de son être."

(Jean-Yves Leloup, Notre Père, Albin Michel, p.31)
Prier ou méditer, c'est fleurir humainement.
Je cherchais sur internet une photo de Carl Gustav Jung et je me suis dit, en un trouvant une, qui me plaisait qu'elle ne conviendrait pas parce qu'il avait... des chaussettes blanches.
"On passe la moitié de sa vie à creuser un trou et l'autre moitié à s'efforcer d'en sortir." (Carl Gustav Jung)
Notre corps a une érudition qui dépasse notre entendement.
Il y a une vague de penseurs anxieux qui écrivent des livres pour s'y retrouver dans un "monde sans repère". Mais je n'ai pas l'impression que nous les ayons perdus, ces repères. Au contraire, peut-être n'en avons eu jamais eu autant. Il vaudrait mieux réfléchir sur la manière d'être attentif à ce qui est présent, proche, à portée de main même, et sur lequel on peut s'appuyer, tout de suite.
Le bourgeon que je vois poindre sur la branche de poirier vient de si loin, obéissant à une obscure et profonde poussée vitale qui le fait remonter, minuscule témoin, des entrailles de la terre. Il ne lui reste plus que quelques millimètres à accomplir pour dire une fleur de printemps victorieuse, sur une branche de poirier.
"Prier, c'est respirer, disait le père Séraphim, quand tu es avec quelqu'un, tu ne penses pas à lui, tu es avec lui, et il continuait: Prier, c'est être avec, être avec le Vivant de ta vie, cela est bon pour toi, cela est bon aussi pour le bien-être de tous, puisque rien n'est séparé, ton bien-être est ce que tu peux offrir de meilleur à la misère du monde. Prends soin de ce morceau d'univers relié à tout le reste que tu es, tu n'as pas le pouvoir et surtout pas le droit de changer les autres, tu as le droit et le pouvoir de te transformer toi-même, de cultiver ta vigne, de lui faire porter des fruits pour ta propre joie et la joie de tous."

(Jean-Yves Leloup)
Prier, c'est prendre bon soin de la vie.
Il n'y a pas d'endroit plus propice que celui où je me trouve ni de meilleur moment que maintenant.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?