«Bien au-delà de l’aire romande, Vladimir Dimitrijevic n’eut de cesse de faire partager sa passion de jeunesse pour un titan de la littérature américaine, Thomas Wolfe. La révélation du bouleversant Vie et destin de Vassili Grossman, arrivée en Suisse sous la forme de microfilms miraculeusement sauvés, est également à son crédit. De la même façon, il alla jusqu’à hypothéquer sa maison de hauts de Lausanne afin de publier les "pavés" d’Alexandre Zinoviev, des Hauteurs béantes au mémorable Avenir radieux (prix Médicis 1976).» (Extrait du blog de Jean-Louis Kuffer, Reconnaissance à Dimitri).
«Un homme peut réussir dans la vie sans avoir jamais feuilleté un livre, écrit encore John Cowper Powys, il peut s’enrichir, il peut tyranniser ses semblables, mais il ne pourra jamais "voir Dieu", il ne pourra jamais vivre dans un présent qui est le fils du passé et le père de l’avenir sans une certaine connaissance du journal de bord que tient la race humaine depuis l’origine des temps et qui s’appelle la Littérature.»
Une nouvelle édition des œuvres complètes de Charles-Albert Cingria vient de paraître à l'Âge d'homme. A lire sur le blog de Jean-Louis Kuffer.
Vladimir Dimitrijevic, le fondateur et directeur des éditions L’Age d’Homme, décédé dans un accident de voiture. Il avait publié et rendu accessible au grand public des auteurs dont le seul nom me fait rêver: Vassili Grossman, Alexandre Zinoviev, Eugenio Corti, Milos Tsernianski, Charles-Albert Cingria, entre autres, sans oublier, bien entendu, Georges Haldas.
Bon article de Frédéric Beigbeder au sujet de Bobin, dans lequel on comprend bien que celui qui ne sent plus rien ne peut faire qu'une lecture totalement extérieure.
"Depuis vingt ans, Christian Bobin cisèle au Creusot une mièvre poésie en prose aux accents catholiques qui est à vous dégoûter de la foi. Ses petits missels sont aussi précieux que ridicules. Céline a résumé l'avantage des ouvrages courts : ils ne font pas mal aux pieds lorsqu'ils nous tombent des mains. Soyons honnête : parfois l'on trouve chez Bobin une phrase décente. Dans le dernier, Un assassin blanc comme neige, ma préférée est celle-ci: «Les nuages sont de merveilleux infirmiers.» Le reste est creux, plat, insignifiant bien que pompeux, ce qui est une manière de quadrature du cercle. L'auteur de Souveraineté du vide et d'Eloge du rien laisse de longs espaces blancs pour mettre en valeur ses lapalissades : «Tous les vivants sont dans mon cœur», «vieillir est une illumination», «savoir qu'on est vivant est tout savoir», etc. Paulo Coelho, sors de ce corps ! L'absence totale d'humour serait pardonnable si elle ne s'alourdissait d'un autre péché, mortel celui-là : une longue litanie de leçons de morale. Dès l'avant-propos, «l'argent serre les mâchoires». Tout le monde est corrompu sauf les bébés et les ouvriers du Creusot : il est vrai que la majorité de ces derniers étant au chômage, ils ne risquent pas de succomber à la tentation du bling-bling."
"Depuis vingt ans, Christian Bobin cisèle au Creusot une mièvre poésie en prose aux accents catholiques qui est à vous dégoûter de la foi. Ses petits missels sont aussi précieux que ridicules. Céline a résumé l'avantage des ouvrages courts : ils ne font pas mal aux pieds lorsqu'ils nous tombent des mains. Soyons honnête : parfois l'on trouve chez Bobin une phrase décente. Dans le dernier, Un assassin blanc comme neige, ma préférée est celle-ci: «Les nuages sont de merveilleux infirmiers.» Le reste est creux, plat, insignifiant bien que pompeux, ce qui est une manière de quadrature du cercle. L'auteur de Souveraineté du vide et d'Eloge du rien laisse de longs espaces blancs pour mettre en valeur ses lapalissades : «Tous les vivants sont dans mon cœur», «vieillir est une illumination», «savoir qu'on est vivant est tout savoir», etc. Paulo Coelho, sors de ce corps ! L'absence totale d'humour serait pardonnable si elle ne s'alourdissait d'un autre péché, mortel celui-là : une longue litanie de leçons de morale. Dès l'avant-propos, «l'argent serre les mâchoires». Tout le monde est corrompu sauf les bébés et les ouvriers du Creusot : il est vrai que la majorité de ces derniers étant au chômage, ils ne risquent pas de succomber à la tentation du bling-bling."
Shakespeare écrivait dans La Tempête:
«Nous sommes faits de la même étoffe que nos rêves, et notre vie est une île entourée de sommeil.»
Peut-être au XXIe siècle aurait-il écrit:
«Nous sommes faits de la même étoffe que nos fringues, et notre vie est une île entourée de boutiques.»
Ou:
«Nous sommes fait du même réseau que nos portables, et notre vie est une île entourée d'opérateurs téléphoniques.»
Etc., etc.
«Nous sommes faits de la même étoffe que nos rêves, et notre vie est une île entourée de sommeil.»
Peut-être au XXIe siècle aurait-il écrit:
«Nous sommes faits de la même étoffe que nos fringues, et notre vie est une île entourée de boutiques.»
Ou:
«Nous sommes fait du même réseau que nos portables, et notre vie est une île entourée d'opérateurs téléphoniques.»
Etc., etc.
Espace adoption fait part du décès de Christine. J'ai eu la chance de la rencontrer et je dois dire que c'est une terrible nouvelle d'apprendre la disparition de cette femme de cœur et de courage. Ce genre de personne, on ne leur reconnaît pas le droit de partir - mais c'est leur droit, pas comme ça, pas si jeune. C'est inimaginable que quelqu'un qui a passé sa vie à entourer les autres n'y ait pas trouvé - ou pu accepter?, le soutien nécessaire. C'est tellement mystérieux, ces failles intimes qui soudain peuvent s'ouvrir sous nos pas. En tout cas Christine fait partie des êtres qui auront participer à donner du sens au verbe «adopter».
Je me souviens de ce collègue qui m'avait dit un jour, il y a fort longtemps de cela, alors que j'allais changer de travail:
- Vous avez mangé votre pain blanc.
Manière de dire, j'imagine, que les années d'insouciance du jeune homme que j'étais se terminait là, et que celles à venir allaient être faites de pain noir, de sueur et de larmes. Le pauvre. S'il savait qu'aujourd'hui je cours à travers les champs de blé, plus libre que je ne le fus jamais à cette époque.
- Vous avez mangé votre pain blanc.
Manière de dire, j'imagine, que les années d'insouciance du jeune homme que j'étais se terminait là, et que celles à venir allaient être faites de pain noir, de sueur et de larmes. Le pauvre. S'il savait qu'aujourd'hui je cours à travers les champs de blé, plus libre que je ne le fus jamais à cette époque.
« Ce que j'aime - qui me soutient - très peu d'hommes l'aiment. Ce qu'ils aiment, espèrent, veulent, je m'en passe.» (Georges Perros, Papiers collés III)
Je crois au contraire que nous sommes beaucoup à aimer ce qu'aime Georges Perros. Que nous serions beaucoup à nous passer tout aussi bien que lui de ce dont il se passe. Et que nous sommes certainement très peu à avoir suffisamment confiance pour oser nous laisser soutenir parce que nous aimons.
Je crois au contraire que nous sommes beaucoup à aimer ce qu'aime Georges Perros. Que nous serions beaucoup à nous passer tout aussi bien que lui de ce dont il se passe. Et que nous sommes certainement très peu à avoir suffisamment confiance pour oser nous laisser soutenir parce que nous aimons.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...