Louise, 4,75 ans:
- Abracadabra, boogie boogie, ...
Boogie, boogie? Bon, pourquoi pas.
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En regardant le mot ÉMERVEILLÉ sur la tranche d'un livre retourné, j'ai cru lire ÉMERÉVEILLÉ, et pendant une partie de la matinée j'étais convaincu que j'avais fait une découverte, n'ayant jamais remarqué ce É dans le mot. C'était une évidence, qui s'émerveille, est réveillé, pleinement présent. Jusqu'à que je m'aperçoive que j'avais été victime d'une instructive illusion d'optique.
Me dérange qu'il n'y ait qu'à intercaler un I dans le mot fable pour la rendre anémique, alors qu'on sait bien pourtant que le roseau, la grenouille ou le rat. Je préfère sacrifier le F pour en faire une table, quelque chose de stable autour duquel on peut se réunir, ou lui donner un air de vacances avec un S, ou encore un C pour le torsader en un câble, ça peut toujours servir.
Le verbe «se contenter» remonte au latin CONTINERE, signifie «renfermer en soi, contenir, satisfaire». C’est un verbe qui délimite la part du gâteau. Parce que je me satisfais de ce que j’ai, je peux être content car je ne désire pas sans cesse ce que je n’ai pas. Il ne s’agit pas de suffisance, mais de reconnaissance de ce qui nous est donné. Se contenter de ce qu’on a n’est pas choisir le moindre mal, mais pleinement investir ce qui est là, à portée de main, qui suffirait bien souvent à nous combler pour plusieurs vies. Dans la société de la dispersion au sein de laquelle nous vivons et qui n’a d’autre objectif que de nous faire désirer toujours autre chose, de vouloir toujours plus, il faut une bonne dose de volonté pour ne pas se laisser entraîner. Mais quelle libération de parvenir à se satisfaire de ce qu’on a, pour occuper nos forces à autre chose qu’à saliver devant des biens de consommation. En étant content de ce que j’ai, je résiste à la tentation de consommer, du moins je donne à se verbe sa juste place qui n’est certainement pas d’envahir tous les champs de mon existence.
J’ai créé une nouvelle rubrique sur ce blog. Je l’ai intitulée:Des mots en partage. C’est un petit lexique de mots que j’aime. Je le fais pour toi, même si tu ne parles pas encore. Je prends un peu d’avance. Il paraît que tu es encore trop petite pour comprendre. J’ai pourtant l’impression que tu sais déjà l’essentiel. Tu es l’Enfance. Mais tout le grand travail de grandir que tu effectues jour après jour va t’éloigner de l’esprit d’enfance, si difficile à retrouver une fois devenu adulte. Cet esprit est dispersé en morceaux épars au sein du quotidien, au milieu des obligations, des soucis, des priorités de chacun. Les mots, si tu leur donnes l’amitié attentive qu’ils méritent, t’aideront à recomposer des petits bouts de cette Enfance.
Le mot «Dieu» manipulé comme «[...]un coupe-faim de la pensée s'empressant de coller un nom sur ce qui la dépasse, la défie, la taraude, un coupe-feu dressé face aux assauts des questions toujours se relevant, un coupe-vent pour se blottir à l'abri de l'angoisse du doute.» (Sylvie Germain, Rendez-vous nomades, Albin Michel, p. 65-66)
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