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Félix Valloton, le rayon
Tout tient dans le regard qui enlumine une scène, qui perce l'ombre pour un instant de réjouissance.
Maintenir une présence de la poésie dans les journées.

-- Philippe Jaccottet
Faire de chaque journée non plus une journée de choses à faire mais une journée de choses à vivre.
Le bruit de l'activité de la femme aimée qui prépare à manger dans la cuisine. Bonheur.
«Rester ici sans autre responsabilité que l'accueil du quotidien comme don de Dieu.»

- Christian de Chergé -

Une belle, grande et forte phrase qui me nourrira toute la sainte journée.


Le quotidien est une convocation à comparaître.
J'ai fait ma liste de résolutions 2013 plus tôt cette année, afin de pouvoir allégrement la piétiner en me jurant de n'en tenir aucune. En fait, je n’ai pas fait une liste: j’en ai fait une dizaine, histoire de m’amuser à projeter des portraits de ma petite personne auréolés de vertus diverses et variées par-dessus le mur de la nouvelle année, conscient qu’ils se désagrégeront en moins de temps qu’il ne faut pour les écrire sitôt qu’auront retenti les douze coups de minuit.

Rien de neuf sous le soleil, et qu'importe puisque de toute manière nous n'avons même pas commencer à entamer la nouveauté de ce que nous avons tous les jours sous les yeux.
Le cheminement vers des joies plus profondes, moins épidermiques, nécessité de cheminer sur le versant plus rugueux du quotidien.
Je ne veux pas qu'on me dise ce que je dois croire. Je veux vivre l'incroyable: mon quotidien.
Supprimer la routine quotidienne à un être humain, ce serait comme le priver de colonne vertébrale. Il ne tiendrait plus debout.
Le quotidien nous sauve chaque jour. Et on parle de routine...
Une sacrée pierre ponce la routine, indispensable, mais abrasive.
Les objets quotidien sont d'une rare fidélité. On croit que c'est de l'inertie. On se trompe.
Chaque jour, bien faire son jour. Il n'y a rien en dehors de ça.
Chaque jour le quotidien délivre son lot de merveille dont je ne percevrai qu'une infime partie.
Tôt, je me suis aperçu qu’il y avait fête là où il ne se passait rien. Ce que la plupart désertent pour d’autres divertissements constitue le point de départ de mes petites chroniques.
La première fois que je me suis aperçu de cette étonnante faculté, j’étais dans ma cuisine, en train de préparer un café. J’ai lâché par inadvertance ma tasse qui s’est brisée sur le carrelage et j’ai entendu une voix crier:

- Les filles, c’est atroce, il vient de tuer Peggy!

Et une autre lui répondre:

- Quelle ordure ce mec! J’espère qu’il ne va pas la laisser comme ça.

Puis ce fut une émeute de voix en provenance du placard. Pour me convaincre que je n’étais pas cinglé, j’ouvrais l’armoire pour constater qu’il y régnait le plus grand calme. J’étais donc victime d’hallucinations. Mais alors, comment expliquer que j’entende un gémissement venir du sol.

- Aaaah! Je meurs! À l’aide!

Et rebelote dans le placard:

- Non, mais il ne va quand même pas la laisser crever?

C’est ainsi que je devais découvrir que je m’étais réveillé ce jour-là avec un sixième sens: celui d’entendre que ce pensent les objets quotidiens. Et pour ceux que le sort de Peggy intéresse, qu’ils sachent que je l’ai sauvée en commençant par recoller l’anse - oui, c’est là que l’âme d’une tasse se trouve. Non, ne me demandez pas où elle se trouve celle des bols, je n’en sais rien.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?