De regarder la joie d'être de ma fille, je comprends que la joie est une insurrection spontanée, elle rayonne, elle fait vibrer toute la baraque humaine.
Un écrivain sur un plateau, durant les quelques instants avant qu'il prenne la parole, pendant qu'on le présente, me fait songer à l'albatros de Baudelaire. Il me paraît vulnérable, inadapté, empêtré dans sa personne, empêché dans cette attente. Puis ils prennent la parole, et alors, parfois, le miracle se produit.
Ecoutez le billet du jour, Quelle belle mort?
La réalité est une maladie de mortel.
Je ne sais pas si on cherche tant à être heureux ou juste à souffrir un peu moins.
Encore et encore et encore...

Paradis humains: j'en arrive à ne désirer plus que ce qui est, les rêves d'autres choses, vraiment, me semblent le fruit de notre insuffisance.
-- Gustave Roud

Oui! Oui! Oui!

Faire le lest du reste.
Chaque fois que je me mets à écrire, j'ai l'impression de mettre de l'ordre dans mes affaires.
La marge, c'est ce qui fait tenir les pages d'un livre ensemble.
L'habitude est la plus infâme des maladies parce qu’elle nous fait accepter n’importe quel malheur, n’importe quelle douleur, n’importe quelle mort. Par habitude, on vit aux côtés de personnes odieuses, on apprend à porter des chaines, à subir des injustices, à souffrir, on se résigne à la douleur, à la solitude, à tout. L'habitude est le plus impitoyable des poisons, parce qu’il entre en nous lentement, silencieusement, il grandit peu à peu, se nourrit de notre inconscience, et quand on comprend qu’il est partout en nous, chaque fibre de nous-mêmes s’y est adapté, chacun de nos gestes est conditionné, il n’y a plus de médecine pour nous guérir.

-- Oriana Fallaci, Un Uomo (traduction de Sergio Belluz)
Une petite merveille découverte par hasard!

La semaine commence, il faudra une fois encore prendre des mesures pour qu'elle ne m'avale pas d'un coup. Me retirer chaque fois que cela est possible, pendant la récréation que je surveille ce matin, à midi lorsque la cour déserte est remplie de lumière, plus tard avec les derniers rayons du soleil.

-- Jean Prod'hom, lesmarges.net
L'art ne donne pas une reproduction du visible, mais il rend visible.

-- Paul Klee

Devant la porte de l'école maternelle du papa souhaitant immortaliser cet instant la larme à l'oeil tandis qu'elle fait l'andouille bien entendu, et c'est exactement ce que je faisais au même âge au même endroit.

Repris
p. 61 - Celui qui possède un crayon et du papier a le pouvoir de transformer le monde.

p. 253 - Il avale un café brûlant, cette région aurait évidemment été vidée de ses habitants depuis longtemps en l'absence de ce breuvage, observe-t-il avec un sourire, apparemment de bonne humeur.

p. 285 - [...] Bárður marche à ses côtés, il n'est ni glacé, ni défunt, il ne lui adresse aucun reproche, il est la chaleur de la vie et il émane de lui cette force qui rendait l'existence plus légère et aplanissait les difficultés... [...] Toutefois, celui qui meurt ne nous quitte jamais tout à fait, c'est le paradoxe qui nous console autant qu'il nous torture, celui qui meurt est à la fois proche et distant.

p. 294 - Et que sans cet amour, ma vie serait ma mort.

p. 308 - Il n'est pas du tout certain que nous parviendrons à rejoindre les terres habitées, je suppose que tu en as conscience, mais un homme se doit de lutter, même quand toutes les issues se ferment devant lui, c'est cela, être un homme.

p. 310 - Par deux fois, il cède à la tentation d'avaler quelques flocons pour se désaltérer, mais cela ne fait que décupler sa soif, il se laisse également aller à se parler et à réciter quelques vers, car il est dans la vie d'un homme des moments où seules quelques lignes de poésie peuvent lui permettre de s'orienter: d'une manière compréhensible, certains vers renferment en leur profondeur à la fois l'essence, le bon sens, la route à suivre, la résignation face au monde et ce, même si le poète qui les a composés a passé sa malheureuse vie perdu au creux de la paume d'un géant.

p. 319-320 - Jens a relevé la tête et surplombe le gamin: la virilité consiste à ne jamais renoncer. Et à ne jamais courber l'échine.

p. 392 - Hjalti: Si, je t'assure, quand l'enjeu est immense, nous nous exprimons comme des imbéciles! Et elle te dira oui. Je le sais. Tout ce qu'elle attend, c'est que tu ouvres ton fichu bec, que tu l'ouvres bien grand afin qu'elle puisse enfin voir à quoi ressemble ton cœur en réalité, et là elle te dira oui. Car elle saura alors que tu auras la force de te battre comme un lion contre tes démons.

-- Jón Kalman Stefánsson, La tristesse des anges.

Si tu vois l'échancrure d'une gorge pulpeuse tandis que tu as son doigt dans la bouche, il se peut tout simplement que tu sois chez le dentiste.

-- Campagne de publicité hongroise pour la dentisterie à prix cassé
On a à peine vu clair que c'est déjà la fin. Batailler, s'imaginer qu'on va bouleverser le monde pour avoir torché quelques milliers de pages et raconté, et décanté sa petite tranche de vie en long et en large. La belle affaire ! Contente-toi de manger ta soupe en regardant les étoiles. Toujours semblables à elles-mêmes dans le soir azuré. Depuis le vieil Adam. Et avant le vieil Adam. Et avant ce qui était avant qu'il n'y eût rien. Splendides et immuables, nos petites frangines les étoiles. Ont présidé ta naissance. Présideront à ta mort. T'ont vu vagissant dans les langes, laid comme un ouistiti. Te verront chenu, planté sur deux cannes, cadavérique, figé, couleur de suif, empaqueté dans ta caisse, aspergé d'eau bénite. 
-- Louis Calaferte
On est des naufragés, les uns et les autres. On vous apprend à être un sujet social dès que vous avez trois ans et demi ; plus ça va, pire c'est. On ne pense pas à votre bonheur, à votre personnalité ; à votre aisance dans le monde vis-à-vis des autres. Ça se traduit en termes de rivalité, de manque, de peur, c'est horrible. Mais c'est pas ça, putain, la vie, c'est pas ça ! La vie, c'est des fleurs, c'est des femmes, c'est le bien-être en soi, c'est l'amour, la passion. Tout le reste, on s'en fout ! Combien tu gagnes ? Combien tu vaux ? Mais on s'en fout ! Tiens, ce sont les mots du curé d'Ars : "On est ce qu'on est devant Dieu et pas plus." Le vrai, c'est ça, le reste, pffuit. 
-- Louis Calaferte
L'infini chatoiement d'un visage. Saisi par un artiste de la lumière, Philippe Pache.


Penser est en soi déjà un signe de résistance, un effort de ne plus se laisser duper. Penser ne s'oppose pas absolument à l'ordre et à l'obéissance, mais la pensée les met en rapport avec la réalisation de la liberté.

-- Max Horkheimer
Quand non correcteur d'orthographe me fait remarquer que l'usage que je fais d'un mot est familier, je sais que je suis sur la bonne voie.
Je l'aperçois en passant devant la fenêtre de sa cuisine. Il est un peu plus de six heures. Elle tient sur ses genoux la petite qui boit paisiblement son biberon, appuyé contre sa poitrine. Tout est calme. Le grand-papa, son compagnon, dort encore. Ce n'est pas exactement sa petite-fille, mais elle s'en occupe comme son enfant. Elle prend tout son temps, elle a tout le temps, on sent qu'elle n'a à cet instant rien de plus important à faire, que c'est sa haute et seule mission, ses genoux sont une terre d'accueil qui murmurent à l'enfant qu'elle n'a rien à craindre, que tout est bien, qu'elle peut se livrer à cet autre grand travail qui est de grandir. Elle lui offre ce moment de paix indispensable sans lequel rien n'ira jamais.
Photographie - Il y a des regards qui laissent entendre le son d'une voix.
Bonheur, quelle belle idée, Jean de La Fontaine appris par des coeurs actifs.

Et peut-être avons-nous tous également quelque chose de Monsieur Hulot. En tout cas, nous sommes nombreux à pouvoir revendiquer cette filiation.


Nous avons tous quelque chose de poil de carotte en nous.




Consommer plus et vivre mal, gagner plus et vivre moins bien, voilà quoi se réduit pour finir la productivité poussée jusqu'à l'absurde que prône le modèle capitaliste.
-- André Gorz
Le métal de certaines voix me frappent le tympan de manière étrange, presque agressive, je me dois de prendre des dispositions de sourdine pour poursuivre la conversation.
Il y a toujours un peu de nous qui veut tuer le reste.

Ou l'inverse.
Louise, 4,75 ans:
- Abracadabra, boogie boogie, ...

Boogie, boogie? Bon, pourquoi pas.
Write as often as possible, not with the idea at once of getting into print, but as if you were learning an instrument.

 L'auteur au travail chez lui dans sa maison londonienne
National Media Museum @ Flickr Commons

- On ne va pas se laisser abattre...

Il y a des jours où certaines expressions destinées à s'encourager à accomplir les tâches ménagères les plus routinières prennent une autre teinte.
Que les fruits de ton action ne soient pas ton mobile.
-- Bhagavad-Gitâ
«Il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien ne pas exister du tout.»

-- Gilles Deleuze

Au-delà des nouveaux philosophes, c'est tout une manière de fonctionner que Gilles Deleuze éclaire ici, dans sa course à la vanité. Magnique entretien sur www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3231.
Les esprits créatifs survivent toujours aux mauvais traitements.
-- Anna Freud.
Les gens sans humour sont souvent des gens sans amour.
Louise, 4 ans et demi:
- J'aime bien être couleur chocolate comme ça quand j'en mange ça ne se voit pas.
Une des merveilles de l'être humain, c'est qu'il peut donner ce qu'il n'a pas.
-- Alexandre Jollien
Les villes du futur telles qu'on les décrit et qu'elles se construisent seront pleines de Doisneaux tristes.
Les gens qui me font du bien sont souvent ceux qui ne cherchent pas à m'en faire.
Être un auteur majeur, n'est-ce pas déjà être un peu vacciné?
L'enfer ressemble à cela, certainement...

Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard.

-- Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, 1978
28 - mon chiffre préféré, il dit le couple, l'enlacement, et pour moi c'est la date d'un premier baiser qui a fait virevolter tous les papillons de mon univers, et celle de la naissance d'une petite fille qui colore chaque jour de sa présence. Qui plus est, ces deux 28 ont eu lieu le même mois, en janvier. J'aime la rencontre de ce 2 à tête de cygne distingué et ce 8 en perpétuel mouvement, se tenant dos à dos, s'additionnant en une ronde de 10.
Maintenir une présence de la poésie dans les journées.

-- Philippe Jaccottet

Fat Lady au présent, Dynastie Tang (618-907)


Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !
​​
-- Lamartine
99% des auteurs qui me sont chers mangent de la viande, fument, boivent, se compromettent charnellement. Mais réjouissons-nous, la nouvelle génération sera blette comme un navet. Il paraît que c'est une question de santé.
Je me demande si ce n'est tout de même pas très récent dans l'histoire du livre cette mise en scène pathétique et narcissique de l'écrivain contraint de se donner à voir pour espérer être lu. Etre vu pour vendre, et non plus être découvert suite à la lecture, ah! c'était donc vous, je suis ravi de rencontrer l'auteur, comme on pousse la balade un plus loin vers une intimité, un univers, en se rapprochant du noyau ré(d)acteur. Mais avant que l'auteur ne prenne la parole, ce sont ses écrits qui l'ont précédé et non la brise médiatique qui fait souffler les mille et une feuilles de l'édition.

Ceci dit, j'espère qu'on me lira. Nous ne sommes pas à une contradiction près après tout.
Un blogueur qui me touche: Jean Prod'Hom, lesmarges.net, qui veille à «trouver ce qu'il reste de chaque jour».

Un article à son sujet dans l'Illustré de janvier 2013.

Quand j'entends parler de "vérité scientifique", je pense aussitôt à une marque de dentifrice.
Nous aimons les êtres dans leur mystère; Dieu seul les aime dans leur transparence. 
-- Jean-René Huguenin
La bonne odeur de la corne des sabots brûlée par le maréchal-ferrant.
Je me demande si être amoureux d'une femme verte libérale, c'est comme brouter de l'herbe ou faire l'amour avec une martienne délurée?
Un autre trésor.

Je t’écris pour t’emmener plus loin que ta mort.
-- Christian Bobin
Certains se font de la poésie une idée si vague qu’ils prennent ce vague pour l’idée même de poésie

-- Paul Valery, Cahiers, 1929
Jules Renard, ce benzodiazépine oculaire ou auriculaire qui nous réconcilie avec le monde.
La chronique est la ciselure d'une émotion rendue présente.
Un grillon qui devient du grAillon, une sandale un sCandale, et ainsi de suite.
Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.

-- Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906
Soyez amoureux. Crevez-vous à écrire. Contemplez le monde. Écoutez de la musique et regardez la peinture. Ne perdez pas votre temps. Lisez sans cesse. Ne cherchez pas à vous expliquer. Écoutez votre bon plaisir. Taisez-vous.

-- Ernest Hemingway
Comme c'est beau.


Est-ce que je fais ce que je pense que je suis en train de faire lorsque je le fais?
Je n'aime rien tant que de marcher l'automne.
Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est-à-dire de créativité possible, chez un être tiré du sommeil à six heures chaque matin, cahoté dans les trains de banlieue, assourdi par les fracas des machines, lessivé, bué par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statique, et rejeté vers la fin du jour dans les halls de gare, cathédrales de départ pour l’enfer des semaines et l’infime paradis des week-ends, où la foule communie dans la fatigue et l’abrutissement ? (…) De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups du travail forcé.

-- Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967)

Pourtant, si on m'enlève cette routine, je meurs.
Mon grand-père aurait eu 107 ans.
Il n'y a pas de vents favorables pour qui n'a pas de port.

-- Sénèque

Quoi que...
- Mais pourquoi me montrez-vous des photos de l'éclipse de lune rouge? demanda-t-il à son ophtalmologue.

- Ce n'est pas la lune, Monsieur Fernand, c'est votre glaucome.
Si, si, il ne faut jamais sous-estimer les gens, il n'existe que peu de choses qu'ils soient incapables de détruire.
-- Jón Kalman Stefánsson
Ces jours où les paupières nous tombent sur les yeux et ceux où tout est clair, émergent. Sans que pourtant les éléments extérieurs de notre quotidien aient changé. Énigme de notre météo psychique.
Voiture électrique si silencieuse: certaines conversations mains-libres nous font regretter le bruit du bon vieux moteur à essence.
Le long terme, c'est pour ceux qui n'ont pas la capacité d'être là, alors ils se donnent rendez-vous plus tard.
Si un jour tu aimes, tu aimes follement, nourris chaque jour cette folie, dresse un autel en son honneur dans ton foyer pour honorer qui t'a mis le palpitant en berzingue, souviens-toi de ce qui vous a réunis envers et contres toutes les petites mesquineries et autres banalités qui n'attendent que leur heure pour venir ronger, séparer, détruire.
Ne plus écrire, pour moi, ce serait comme ne plus avoir soif.
Nous sommes à bord d'une barque à rames vermoulue et, avec nos filets moisis, nous attraperons les étoiles.
-- Jón Kalman Stefànsson
Les enfants ne lisent pas de livres sur le développement personnel: ils sont le développement.
Une clairvoyance aiguisée me paraît tonfiante pour retendre un tant soit peu nos ressorts intellectifs dans un milieu confortocratique.
Depuis quelques mois, j'ai la mémoire qui flanche. Des références qui jaillissaient en une fraction de seconde me narguent du fond de ma mémoire en me titillant le bout de la langue.
Sentinelle d'avenir!


Je m'agite donc je suis.
Sobriété et fadeur ne sont en rien synonyme, au contraire, la sobriété donne corps à des hommes et des femmes souvent hauts en couleur, des projets solides, des créations d'une étonnante justesse.
Je crains d'être la somme de tout ce qui a sauté une génération dans ma famille.
Être l'artisan de son ordre du jour et non pas l'esclave de son agenda. Et cet ordre, bien souvent, n'est pas de notre fait, nous parvenons, au mieux, à le contredire.
Certaines ristournes me paraissent toujours improbables, même si je comprends qu'il y a un intérêt économique. Un -20% sur un livre ou une opération des yeux, quelle étrange réduction.
L'Histoire appartient à ceux et celle qui, s'étant levés tôt, n'attrapent pas la bougeotte après le petit déjeuner.
-- Régis Debray, Eloge des frontières.
Artiste en résidence: l'expression m'a toujours fait penser à singe en cage, en particulier pour un écrivain.
Sensibilité et faiblesse n'ont aucun rapport si ce ne sont les apparences auxquelles il ne faut pas se fier.
Le bonheur du clown: s'endormir en ayant fait rire les enfants.
C'est le premier jour du beau mois de septembre que j'aime toujours autant. Il y a du vent, le ciel est d'un de ces beaux gris déjà un peu tragiques qui invite à l'intériorité. Bonheur.
Grossesse: le mot est gros ne serait-ce que de tous ses S tortueux.
Favoriser tout ce qui restaure notre capacité d'émerveillement.
Plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d’importance. -- Gilles Deleuze
Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à
la mesure de notre faible coeur. -- Nicolas Bouvier, L'usage du monde.

"C'est à travers le langage que le monde devient quelque chose." -- André Brink
Bonheur d'un jour de pluie comme une annonce des dorures de l'automne aimé.
Il y a des têtes à citation. Je me demande bien de quelle citation j'aurais la bobine d'ailleurs.
La notion de culture, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, essentiellement publicitaire, se trouve naturellement portée à affectionner les oeuvres les plus lourdement simplificatrices pour ce qu'elles se prêtent mieux aux mécanismes de la publicité, puis à transporter peu à peu le principe de valeur des oeuvres à leur valeur publicitaire.

-- Jean Dubuffet
I do not fear death. I had been dead for billions and billions of years before I was born, and had not suffered the slightest inconvenience from it. -- Mark Twain


Quelle est la différence très évidente entre une personne vivante et un mort? L'un des deux ne respire plus. Ceci nous amène par voie de conséquence et sans trop d'effort à réaliser que la respiration est un des éléments primordiaux de l'existence.
Je ne saurais dire combien ces quelques mots me réjouissent, m'apaisent, me donnent confiance. Ce n'est trois fois rien, et pourtant.


Faire de chaque journée non plus une journée de choses à faire, mais une journée de choses à vivre.


Détecteur de tendresse. Ce pourrait aussi être un job à temps plein.
Qui nous sommes, ce que nous sommes, est le lieu d'un possible éveil. Pas ce que nous imaginons être, mais bien ce que nous sommes, sur le terreau de nos manquements, souffrances, joies, comme la boue pour le lotus.
Dès que ça monte à la tête, s'asseoir.
A la longue, on se débarrasse de la rumination morbide générée par nos affects les plus négatifs comme le ressentiment, l'auto-dévalorisation, l'envie, la haine de soi et des autres.
-- Matthieu Ricard


Vieille casserole crasseuse qui pourrit en moi, sors de ce corps! "Cœur creux et plein d'ordures" écrivait Pascal.
Au début était le verbe? Non, au début était l'émotion, le tressaillement, l'émoi, le ravissement. Puis on a coulé tout ceci sous un flot de paroles.
Détendons-nous, car quoi dans le meilleur des cas, nous souffrirons.




Je ne me lasse pas de voir et revoir ces images. C'est une drogue. Et cette phrase, merveilleuse, de Lao Tseu qu'il rappelle à propos de ses promenades: ne rien faire, ne rien dire.


J'aimerais être serein avant de mourir et si possible d'ici la semaine prochaine.


Singesse: sagesse de celui qui se singe sage!
Transformer tout ce qui nous contredit, nous empêche, nous retarde, nous agace, comme une occasion de respirer. Tout est occasion de s'offrir quelques respirations salutaires supplémentaires. Un bouchon sur l'autoroute, le retard d'un rendez-vous, l'attente dans une file d'attente, les rebellions d'un enfant.

Oui, faire d'une contradiction un moment d'apaisement, ce n'est pas à la portée de toutes les humeurs, mais il convient d'essayer.
Détecteur de tendresse. Ce pourrait aussi être un job à temps plein.
La tradition, écrit-il, veut qu'au début était le verbe : je dis non ! au début était l'émotion ! L'amibe qu'on effleure ne parle pas, elle se rétracte, elle est émue... (...) La toute petite nouveauté du Voyage est peut-être cette façon de retrouver l'émotion du langage parlé à travers l'écrit. -- Céline
Faire de chaque journée non plus une journée de choses à faire mais une journée de choses à vivre.
Au réveil, ma journée ressemble souvent à une armoire normande bourée de tâches qui me tombe sur le coin de la tronche. Et je passe une bonne partie de la matinée à m'agiter pour m'en dégager.
Rimbaud, un poète qui s'est dit: je vais les laisser mouliner jusqu'à la fin des temps pour savoir ce que j'ai bien pu vouloir dire.
Il y a des émissions de début de soirée le dimanche qui ont la vertu de nous rappeler que le week-end est bien fini et que demain le réveil sonnera la diane pour retour au travail. Dans mon cas, c'est l'émission Mise au point de la RTS.
Louise, 4 ans, à propos du Don Quichotte de Picasso:

- Il a dépassé.



In America, we hurry--which is well; but when the day's work is done, we go on thinking of losses and gains, we plan for the morrow, we even carry our business cares to bed with us, and toss and worry over them when we ought to be restoring our racked bodies and brains with sleep. We burn up our energies with these excitements, and either die early or drop into a lean and mean old age at a time of life which they call a man's prime in Europe. When an acre of ground has produced long and well, we let it lie fallow and rest for a season; we take no man clear across the continent in the same coach he started in--the coach is stabled somewhere on the plains and its heated machinery allowed to cool for a few days; when a razor has seen long service and refuses to hold an edge, the barber lays it away for a few weeks, and the edge comes back of its own accord. We bestow thoughtful care upon inanimate objects, but none upon ourselves. What a robust people, what a nation of thinkers we might be, if we would only lay ourselves on the shelf occasionally and renew our edges!

- Mark Twain, The Innocents Abroad.


Un arbre sait s’il est de la même espèce que son voisin ou non.

Ce qui est nettement moins évident nous concernant, du moins selon mon expérience et ma pratique de l'être humain.

Celui qui m'envoie le plus de courriel, c'est mon compte en banque pour m'indiquer le montant dont j'ai été débité. Il doit être de mèche avec cette autre créancière qui ne laisse pas passer une seconde sans récupérer son dû. Pourvu que mon sablier s'évide de pépites d'or et non pas de rancoeur. C'est moche au moment de couper le fil de réaliser que notre coeur est creux et plein d'ordures. Cela nous laisse très seuls sur le seuil. Bref, la trotteuse et la caisse enregistreuse me rappellent toutes deux qu'il convient de se grouiller d'aimer!
Je suis là, je suis vivant, je peux contempler le lever du soleil à l'aube, me réjouir de ces jours qui rallongent. Quoi de plus important. Pourquoi ce sentiment de fine éternité est-il si fragile, si vite encore et toujours être contredit par tout ce qui ne me fera jamais ressentir une plénitude aussi intense?
Consommer plus et vivre mal, gagner plus et vivre moins bien, voilà quoi se réduit pour finir la productivité poussée jusqu'à l'absurde que prône le modèle capitaliste.

-- André Gorz


Le pire: on le sait, on est parfois même très malheureux, parfois juste sur des rails vers la gare de Malemort, mais on continue...
Ce qui importe par-dessus tout dans une oeuvre d’art, c’est la profondeur vitale de laquelle elle a pu jaillir.

-- James Joyce
- LOUISE 4 ANS -
Maman - On va prendre le bain Louise.
[Louise s'empare de son téléphone portable Hello Kitty et compose un numéro]
Maman - Tu fais quoi Louise?
Louise - J'appelle la police pour qu'ils te mettent en prison parce que je ne veux pas faire le bain.


Voilà, voilà...


C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche.

-- Pierre Soulages 
L'homme veut toujours espérer même lorsqu'il est convaincu qu'il n'y a plus d'espoir." -- Alberto Moravia.
Magnifique documentaire sur ce grand thérapeute et écrivain. C'est nourrissant.

Dans le champ d'une fauvette, j'ai retrouvé une confiance sans limite dans la vie.
«Il y a des livres qui mettent des années pour se vendre. Ça, c’est la culture.» -- Anne-Marie Métailié
La mièvrerie des bons sentiments m'écoeure de plus en plus.
Se méfier de tout mysticisme brumeux.
"Paradis humain, j'en arrive à ne désirer plus que ce qui est, les rêves d'autres choses vraiment me semblent le fruit de notre insuffisance." -- Gustave Roud
Vivre autrement. Ni pour. Ni contre. Autrement.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?