Un écrivain sur un plateau, durant les quelques instants avant qu'il prenne la parole, pendant qu'on le présente, me fait songer à l'albatros de Baudelaire. Il me paraît vulnérable, inadapté, empêtré dans sa personne, empêché dans cette attente. Puis ils prennent la parole, et alors, parfois, le miracle se produit.
L'habitude est la plus infâme des maladies parce qu’elle nous fait accepter n’importe quel malheur, n’importe quelle douleur, n’importe quelle mort. Par habitude, on vit aux côtés de personnes odieuses, on apprend à porter des chaines, à subir des injustices, à souffrir, on se résigne à la douleur, à la solitude, à tout. L'habitude est le plus impitoyable des poisons, parce qu’il entre en nous lentement, silencieusement, il grandit peu à peu, se nourrit de notre inconscience, et quand on comprend qu’il est partout en nous, chaque fibre de nous-mêmes s’y est adapté, chacun de nos gestes est conditionné, il n’y a plus de médecine pour nous guérir.
-- Oriana Fallaci, Un Uomo (traduction de Sergio Belluz)
-- Oriana Fallaci, Un Uomo (traduction de Sergio Belluz)
La semaine commence, il faudra une fois encore prendre des mesures pour qu'elle ne m'avale pas d'un coup. Me retirer chaque fois que cela est possible, pendant la récréation que je surveille ce matin, à midi lorsque la cour déserte est remplie de lumière, plus tard avec les derniers rayons du soleil.
-- Jean Prod'hom, lesmarges.net
-- Jean Prod'hom, lesmarges.net
Repris
p. 61 - Celui qui possède un crayon et du papier a le pouvoir de transformer le monde.
p. 61 - Celui qui possède un crayon et du papier a le pouvoir de transformer le monde.
p. 253 - Il avale un café brûlant, cette région aurait évidemment été vidée de ses habitants depuis longtemps en l'absence de ce breuvage, observe-t-il avec un sourire, apparemment de bonne humeur.
p. 285 - [...] Bárður marche à ses côtés, il n'est ni glacé, ni défunt, il ne lui adresse aucun reproche, il est la chaleur de la vie et il émane de lui cette force qui rendait l'existence plus légère et aplanissait les difficultés... [...] Toutefois, celui qui meurt ne nous quitte jamais tout à fait, c'est le paradoxe qui nous console autant qu'il nous torture, celui qui meurt est à la fois proche et distant.
p. 294 - Et que sans cet amour, ma vie serait ma mort.
p. 308 - Il n'est pas du tout certain que nous parviendrons à rejoindre les terres habitées, je suppose que tu en as conscience, mais un homme se doit de lutter, même quand toutes les issues se ferment devant lui, c'est cela, être un homme.
p. 310 - Par deux fois, il cède à la tentation d'avaler quelques flocons pour se désaltérer, mais cela ne fait que décupler sa soif, il se laisse également aller à se parler et à réciter quelques vers, car il est dans la vie d'un homme des moments où seules quelques lignes de poésie peuvent lui permettre de s'orienter: d'une manière compréhensible, certains vers renferment en leur profondeur à la fois l'essence, le bon sens, la route à suivre, la résignation face au monde et ce, même si le poète qui les a composés a passé sa malheureuse vie perdu au creux de la paume d'un géant.
p. 319-320 - Jens a relevé la tête et surplombe le gamin: la virilité consiste à ne jamais renoncer. Et à ne jamais courber l'échine.
p. 392 - Hjalti: Si, je t'assure, quand l'enjeu est immense, nous nous exprimons comme des imbéciles! Et elle te dira oui. Je le sais. Tout ce qu'elle attend, c'est que tu ouvres ton fichu bec, que tu l'ouvres bien grand afin qu'elle puisse enfin voir à quoi ressemble ton cœur en réalité, et là elle te dira oui. Car elle saura alors que tu auras la force de te battre comme un lion contre tes démons.
-- Jón Kalman Stefánsson, La tristesse des anges.
-- Jón Kalman Stefánsson, La tristesse des anges.
Chroniques Atypiques: Ne restons pas sérieux: - Va-t'en !" Hurla-t-elle intérieurement. "Je suis lassée de t'accueillir . J'aimerais... Non, c'est trop poli. Je...
On a à peine vu clair que c'est déjà la fin. Batailler, s'imaginer qu'on va bouleverser le monde pour avoir torché quelques milliers de pages et raconté, et décanté sa petite tranche de vie en long et en large. La belle affaire ! Contente-toi de manger ta soupe en regardant les étoiles. Toujours semblables à elles-mêmes dans le soir azuré. Depuis le vieil Adam. Et avant le vieil Adam. Et avant ce qui était avant qu'il n'y eût rien. Splendides et immuables, nos petites frangines les étoiles. Ont présidé ta naissance. Présideront à ta mort. T'ont vu vagissant dans les langes, laid comme un ouistiti. Te verront chenu, planté sur deux cannes, cadavérique, figé, couleur de suif, empaqueté dans ta caisse, aspergé d'eau bénite.
-- Louis Calaferte
On est des naufragés, les uns et les autres. On vous apprend à être un sujet social dès que vous avez trois ans et demi ; plus ça va, pire c'est. On ne pense pas à votre bonheur, à votre personnalité ; à votre aisance dans le monde vis-à-vis des autres. Ça se traduit en termes de rivalité, de manque, de peur, c'est horrible. Mais c'est pas ça, putain, la vie, c'est pas ça ! La vie, c'est des fleurs, c'est des femmes, c'est le bien-être en soi, c'est l'amour, la passion. Tout le reste, on s'en fout ! Combien tu gagnes ? Combien tu vaux ? Mais on s'en fout ! Tiens, ce sont les mots du curé d'Ars : "On est ce qu'on est devant Dieu et pas plus." Le vrai, c'est ça, le reste, pffuit.
-- Louis Calaferte
Je l'aperçois en passant devant la fenêtre de sa cuisine. Il est un peu plus de six heures. Elle tient sur ses genoux la petite qui boit paisiblement son biberon, appuyé contre sa poitrine. Tout est calme. Le grand-papa, son compagnon, dort encore. Ce n'est pas exactement sa petite-fille, mais elle s'en occupe comme son enfant. Elle prend tout son temps, elle a tout le temps, on sent qu'elle n'a à cet instant rien de plus important à faire, que c'est sa haute et seule mission, ses genoux sont une terre d'accueil qui murmurent à l'enfant qu'elle n'a rien à craindre, que tout est bien, qu'elle peut se livrer à cet autre grand travail qui est de grandir. Elle lui offre ce moment de paix indispensable sans lequel rien n'ira jamais.
«Il faut qu’on parle d’un livre et qu’on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n’a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d’interviews, de colloques, d’émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien ne pas exister du tout.»
-- Gilles Deleuze
Au-delà des nouveaux philosophes, c'est tout une manière de fonctionner que Gilles Deleuze éclaire ici, dans sa course à la vanité. Magnique entretien sur www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3231.
-- Gilles Deleuze
Au-delà des nouveaux philosophes, c'est tout une manière de fonctionner que Gilles Deleuze éclaire ici, dans sa course à la vanité. Magnique entretien sur www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3231.
L'enfer ressemble à cela, certainement...
Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu'on a été un « crevard », un squelette, qu'on a couru dans tous les sens et qu'on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu'il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu'au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard.
-- Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, 1978
28 - mon chiffre préféré, il dit le couple, l'enlacement, et pour moi c'est la date d'un premier baiser qui a fait virevolter tous les papillons de mon univers, et celle de la naissance d'une petite fille qui colore chaque jour de sa présence. Qui plus est, ces deux 28 ont eu lieu le même mois, en janvier. J'aime la rencontre de ce 2 à tête de cygne distingué et ce 8 en perpétuel mouvement, se tenant dos à dos, s'additionnant en une ronde de 10.
Lettre de Georges Brassens à Roger Toussenot : « Je suis né pour aimer, pour passer dans la vie comme un étranger. »
Une merveille! Tout, tout, tout est dit! Chantons, arrêtons de nous prendre le chou!
Une merveille! Tout, tout, tout est dit! Chantons, arrêtons de nous prendre le chou!
Je me demande si ce n'est tout de même pas très récent dans l'histoire du livre cette mise en scène pathétique et narcissique de l'écrivain contraint de se donner à voir pour espérer être lu. Etre vu pour vendre, et non plus être découvert suite à la lecture, ah! c'était donc vous, je suis ravi de rencontrer l'auteur, comme on pousse la balade un plus loin vers une intimité, un univers, en se rapprochant du noyau ré(d)acteur. Mais avant que l'auteur ne prenne la parole, ce sont ses écrits qui l'ont précédé et non la brise médiatique qui fait souffler les mille et une feuilles de l'édition.
Ceci dit, j'espère qu'on me lira. Nous ne sommes pas à une contradiction près après tout.
Ceci dit, j'espère qu'on me lira. Nous ne sommes pas à une contradiction près après tout.
Un blogueur qui me touche: Jean Prod'Hom, lesmarges.net, qui veille à «trouver ce qu'il reste de chaque jour».
Un article à son sujet dans l'Illustré de janvier 2013.
Un article à son sujet dans l'Illustré de janvier 2013.
Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. [...] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité.
-- Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906
-- Jean Jaurès, discours devant la Chambre des députés, séance du 19 juin 1906
Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est-à-dire de créativité possible, chez un être tiré du sommeil à six heures chaque matin, cahoté dans les trains de banlieue, assourdi par les fracas des machines, lessivé, bué par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statique, et rejeté vers la fin du jour dans les halls de gare, cathédrales de départ pour l’enfer des semaines et l’infime paradis des week-ends, où la foule communie dans la fatigue et l’abrutissement ? (…) De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups du travail forcé.
-- Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967)
-- Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967)
Pourtant, si on m'enlève cette routine, je meurs.
Si un jour tu aimes, tu aimes follement, nourris chaque jour cette folie, dresse un autel en son honneur dans ton foyer pour honorer qui t'a mis le palpitant en berzingue, souviens-toi de ce qui vous a réunis envers et contres toutes les petites mesquineries et autres banalités qui n'attendent que leur heure pour venir ronger, séparer, détruire.
- Dickers vous dites?
- Non, non, Dickens, je parle d'un écrivain.
(#jalousie #scribouillardmedisant #etmoi)
- Non, non, Dickens, je parle d'un écrivain.
(#jalousie #scribouillardmedisant #etmoi)
Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à
la mesure de notre faible coeur. -- Nicolas Bouvier, L'usage du monde.
La notion de culture, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, essentiellement publicitaire, se trouve naturellement portée à affectionner les oeuvres les plus lourdement simplificatrices pour ce qu'elles se prêtent mieux aux mécanismes de la publicité, puis à transporter peu à peu le principe de valeur des oeuvres à leur valeur publicitaire.
-- Jean Dubuffet
A la longue, on se débarrasse de la rumination morbide générée par nos affects les plus négatifs comme le ressentiment, l'auto-dévalorisation, l'envie, la haine de soi et des autres.
-- Matthieu Ricard
Vieille casserole crasseuse qui pourrit en moi, sors de ce corps! "Cœur creux et plein d'ordures" écrivait Pascal.
-- Matthieu Ricard
Vieille casserole crasseuse qui pourrit en moi, sors de ce corps! "Cœur creux et plein d'ordures" écrivait Pascal.
Transformer tout ce qui nous contredit, nous empêche, nous retarde, nous agace, comme une occasion de respirer. Tout est occasion de s'offrir quelques respirations salutaires supplémentaires. Un bouchon sur l'autoroute, le retard d'un rendez-vous, l'attente dans une file d'attente, les rebellions d'un enfant.
Oui, faire d'une contradiction un moment d'apaisement, ce n'est pas à la portée de toutes les humeurs, mais il convient d'essayer.
Oui, faire d'une contradiction un moment d'apaisement, ce n'est pas à la portée de toutes les humeurs, mais il convient d'essayer.
La tradition, écrit-il, veut qu'au début était le verbe : je dis non ! au début était l'émotion ! L'amibe qu'on effleure ne parle pas, elle se rétracte, elle est émue... (...) La toute petite nouveauté du Voyage est peut-être cette façon de retrouver l'émotion du langage parlé à travers l'écrit. -- Céline
In America, we hurry--which is well; but when the day's work is done, we go on thinking of losses and gains, we plan for the morrow, we even carry our business cares to bed with us, and toss and worry over them when we ought to be restoring our racked bodies and brains with sleep. We burn up our energies with these excitements, and either die early or drop into a lean and mean old age at a time of life which they call a man's prime in Europe. When an acre of ground has produced long and well, we let it lie fallow and rest for a season; we take no man clear across the continent in the same coach he started in--the coach is stabled somewhere on the plains and its heated machinery allowed to cool for a few days; when a razor has seen long service and refuses to hold an edge, the barber lays it away for a few weeks, and the edge comes back of its own accord. We bestow thoughtful care upon inanimate objects, but none upon ourselves. What a robust people, what a nation of thinkers we might be, if we would only lay ourselves on the shelf occasionally and renew our edges!
- Mark Twain, The Innocents Abroad.
Un arbre sait s’il est de la même espèce que son voisin ou non.
Ce qui est nettement moins évident nous concernant, du moins selon mon expérience et ma pratique de l'être humain.
Celui qui m'envoie le plus de courriel, c'est mon compte en banque pour m'indiquer le montant dont j'ai été débité. Il doit être de mèche avec cette autre créancière qui ne laisse pas passer une seconde sans récupérer son dû. Pourvu que mon sablier s'évide de pépites d'or et non pas de rancoeur. C'est moche au moment de couper le fil de réaliser que notre coeur est creux et plein d'ordures. Cela nous laisse très seuls sur le seuil. Bref, la trotteuse et la caisse enregistreuse me rappellent toutes deux qu'il convient de se grouiller d'aimer!
Je suis là, je suis vivant, je peux contempler le lever du soleil à l'aube, me réjouir de ces jours qui rallongent. Quoi de plus important. Pourquoi ce sentiment de fine éternité est-il si fragile, si vite encore et toujours être contredit par tout ce qui ne me fera jamais ressentir une plénitude aussi intense?
Consommer plus et vivre mal, gagner plus et vivre moins bien, voilà quoi se réduit pour finir la productivité poussée jusqu'à l'absurde que prône le modèle capitaliste.
-- André Gorz
Le pire: on le sait, on est parfois même très malheureux, parfois juste sur des rails vers la gare de Malemort, mais on continue...
-- André Gorz
Le pire: on le sait, on est parfois même très malheureux, parfois juste sur des rails vers la gare de Malemort, mais on continue...
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...




















