Clonons Pennac pour sauver l'Europe!
J'ai parfois l'impression que le bagage culturel d'une partie de la jeune génération s'est réduit à la taille d'un baluchon, et encore. L'accès à des sommes hallucinantes de connaissances via le web favoriserait-il l'ignorance à grande échelle et l'incapacité de métaboliser les savoirs, de se les approprier? On tâte de la culture du bout de l'index, comme si on triait dans les aliments dans l'assiette, repoussant ce qui est trop consistant, qui demande un effort, pour ne garder finalement que le plus léger. Le problème c'est que ce n'est pas nourrissant. Le savoir se goûte, se mâche, ça se digère, se mélange au plus intime de soi - toujours le couple saveur et savoir. Il faut y mettre du temps et de la peine. Si elle reste déposée virtuellement hors de moi, et que je me targue de pouvoir y accéder en tout temps sans jamais m'y intéresser, parce que c'est superflu, inutile, elle ne m'est rien, c'est un catalogue d'exposition.
En écrivant ces quelques lignes, j'ai vraiment l'impression d'être un vieux machin - je suis un vieux machin. Et pourtant je peux témoigner qu'en l'espace de quinze ans, j'ai pu constater par moi-même qu'un ensemble de références qui pouvaient par le passé encore vaguement évoquer quelque chose à bon nombre de mes interlocuteurs, ne signifie aujourd'hui absolument plus rien. Rien du tout. Et par un étrange renversement, le savoir qui pouvait auparavant qualifier quelqu'un, être non pas un signe de pouvoir (souvent il l'est), mais d'humanité, manque parfois de peu de le faire passer pour ridicule, un attardé qui s'intéresse à de biens vieilles choses pathétiques et hors du temps, n'ayant plus aucun lien avec la réalité vécue - comme on se trompe. Si le lisse de l'écran et sa potentielle virtualité doit nous servir d'avenir aux jeunes, je m'inquiète. Leur vie risque de manquer singulièrement de reliefs. Pour ma part, je préfère me rouler allégrement dans la poussière des greniers du savoir!
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Le papa d'une collègue qui lui demande de «ne pas oublier de prendre internet avec elle» lorsqu'elle viendra dimanche à midi. Le Bienheureux, il ne connaît pas sa chance de faire partie des personnes pour qui internet peut encore être quelque chose qu'on oublie à une époque où c'est devenu une composante de l'oxygène qu'on respire. Et je ne doute pas qu'il lui dira de ne pas oublier de le reprendre avec elle en repartant, car ma foi, tu vois, nous on ne saurait pas très bien quoi en faire ni où le mettre.
Sur facebook, il signalait comme "indésirables" toutes les femmes qui le ravissaient, convaincu que ce bouton très chrétien avait été prévu afin de se protéger des assauts du démon. Il ne manquait pas de "bloquer" celles qui présentaient le plus de risque de l'amener à commettre une folie: cliquer sur "j'aime"...
C'est triste de voir tous ces manchots égocentriques sur Facebook qui publient des centaines de photos d'eux à l'identique - car c'est le propre des fleurs de se métamorphoser dans le temps d'un nuit, et de se dire qu'ils ont dû se photographier seuls, parce que personne n'était là pour le faire, ou bien personne ne comprendrait qu'on puisse photographier sa bouille sous tous les angles, sauf peut-être la police.
Je vois que Brigitte lance son journal en ligne sur paper.li, et je suis pris d'un léger vertige. Non pas tant sur sa démarche, qui est tout à fait salutaire vu qu'elle agrège du contenu et nous permet ainsi d'un peu mieux nous y retrouver. Non, ce qui me semble vertigineux, c'est la multiplication prodigieuse de voix qui cherchent à se faire entendre sur le web, démontrant bien à quel point il y avait une véritable carence expressive et que beaucoup n'ont pas manqué de saisir l'opportunité de ces nouvelles technologies pour prendre la parole, faire entendre une voix singulière - singulière au milieu de mille, un million, un milliard! C'est presque oppressant. Belle leçon d'humilité en tout cas. Je l'entends, et je n'ai qu'une envie: reprendre mon ouvrage, le ciseler au plus près, œuvrer à faire entendre le murmure d'un petit ruisseau d'eau impeccablement vive, et le laisser filer au sein de ce paysage virtuel, nonchalant de savoir même si on l'apercevra. Cela n'a aucune importance.
Facebook me donne la possibilité d'avoir plus d'échanges sur les auteurs que j'aime, des impressions fugaces, un sentiment, une petite pensée que bien des conversations que j'ai tous les jours avec les gens qui m'entourent. Ce réseau resserre les communautés d'intérêts, même si rien, évidemment, ne remplace la présence.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...