«Dans la joie, on cesse de se regarder.» (Maurice Zundel)
«Pour Jésus, le bien ne peut se faire, il faut l'être, il faut le devenir, parce que le bien n'est pas quelque chose à faire, mais quelqu'un à aimer.» (Maurice Zundel)


Je suis tout à fait d'accord avec l'Abbé Pierre qui disait que c'est la souffrance qui est intolérable et non la mort. La mort le laissait serein dans la mesure où il n'avait pas l'impression que l'être aimé disparaît avec elle.
Cette nuit, la foudre s'abattait en faisant le bruit d'un hache fracassant une bûche.
Alain est un philosophe orthopédiste. Il tente d'expurger le mystère de la vie pour n'en laisser apparaître que les articulations, les emboîtements. Tout ceci est très clair, mais manque un peu de chair.
Argile, un mot aimé, pétri de possibles.
Le corps aimé n'a pas de passé, seulement un avenir de désir, un présent saisi qui s'échappe dans la ronde heureuse d'une danse joyeuse, encore et encore et encore.
«Comme le berger sauvera de la gueule du lion deux pattes ou un bout d'oreille, ainsi seront sauvés les fils d'Israël.» (Amos 3, 12, cité par Erri de Luca in Première heure)

Autrement dit, pas grand-chose. Pourtant, même ces quelques restes sont parfois difficiles à sauver d'une journée...



Certainement quelque part dans les milliers de notes de ce blog, mais trop merveilleux pour ne pas être cité à gogo:

«Éternellement en joie pour un jour d'exercice sur la terre.» (Pascal)
«C'est quelque chose de tendre que la vie, et aisée à troubler.» (Montaigne)
Tous nos efforts devraient être mis à créer du vide en nous, d'être l'artisan d'un creux fécond, comme le potier fait son vase, pour accueillir l'aumône que nous offre le quotidien, à nous, ses pauvres, ses serfs.
«La seule chose qu'il y a, c'est qu'on connaît sa propre lâcheté...» (Pachenka dans Le Père Serge de Tolstoï)
Tandis que je lis, le tintement d'une petite cuillère dans ce que j'imagine être une tasse de thé au lait chez un voisin provoque le déferlement en moi d'une paix profonde. La fin de journée pétille d'or et les oiseaux chantent. Je me délecte de cette madeleine proustienne.
La parabole des talents (le talent désignant ici une monnaie et non un don) promet au riche d’être encore plus riche, et au pauvre encore plus pauvre. Trois serviteurs se voient confier une certaine somme d’argent par leur employeur qui part en vacances. En son absence, à chacun de la faire fructifier en l’investissant de la manière la plus judicieuse, selon ses capacités dit le texte. Celui qui a reçu le plus gros montant parvient à réaliser un maximum de bénéfice; le second ne s’en tire pas trop mal, mais le dernier... Le malheureux! Il creuse un trou dans la terre pour enterrer l’argent. Lui, c’est l’employé médiocre, sans audace, couard, qui ne sait rien faire des opportunités qu’on lui offre, aussi minimes soient-elles. Encore une chance qu’il ait trouvé un job.

«Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours.» (Cesare Pavese)

Né pour croître



«Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a.»


La parabole des talents (le talent désignant ici une monnaie et non un don) promet au riche d’être encore plus riche, et au pauvre encore plus pauvre. Trois serviteurs se voient confier une certaine somme d’argent par leur employeur qui part en vacances. En son absence, à chacun de la faire fructifier en l’investissant de la manière la plus judicieuse, selon ses capacités dit le texte. Celui qui a reçu le plus gros montant parvient à réaliser un maximum de bénéfice; le second ne s’en tire pas trop mal, mais le dernier... Le malheureux! Il creuse un trou dans la terre pour enterrer l’argent. Lui, c’est l’employé médiocre, sans audace, couard, qui ne sait rien faire des opportunités qu’on lui offre, aussi minimes soient-elles. Encore une chance qu’il ait trouvé un job.

À son retour le patron fait les comptes. Il ne s’était pas trompé. L’ambitieux a doublé la mise. Le prometteur tient ses promesses. Mais le perdant, lui, non seulement n’a même pas eu l’idée de placer son argent à la banque. Et en plus, il le critique:

- Tu es un homme méchant, dur, pour qui la fin justifie les moyens, lui dit-il.

Déjà qu’il n’est pas doué, il aurait pu avoir le bon sens de se taire. Mais que faire faire de ce genre de nuisibles? Les Évangiles sont clairs: on les é-li-mi-ne. Tu n’as aucun talent, tu ne sais rien faire, tu ne rapportes rien: on te jette au feu. Il n’y a pas de place pour toi dans l’entreprise.

Oui, mais alors, la morale dans tout ça? Car tout de même, le chrétien, c’est le bon samaritain qui vient au secours de démunis comme ce gratte-papier timoré. Pas du tout. Le Christ est radical: les pouls filants seront expulsés. Nous ne garderons que les cœurs qui battent fort, les audacieux, les pulsants. Car si la métaphore est sonnante et trébuchante afin d’être bien comprise (l’argent a le don de dilater les écoutilles), il est bien évident qu’il ne s’agit pas de faire l’éloge de Wall Street. Mais nous qui savons qu’il faut rendre à César ce qui est à César, nous avons compris de quoi il retourne - nous ne sommes pas les Watsons enfarinés de la fable! Nous nous doutons qu’il n’est pas question de produits financiers, mais bien de nos richesses intérieures, manifestement dévaluées dans la société de la dispersion au sein de laquelle nous vivons. Chacun de nous a reçu un don d’être qu’il lui revient de faire croître. Certains le magnifieront à la hauteur d’un Michel Ange ou d’un Bach. D’autres se contenteront de porter un peu plus loin ce qui leur fut confié - et c’est déjà immense. Et finalement restent la part à déduire du vivant, ceux à qui fut donné ne serait-ce qu’un talent, mais qui ont enseveli leur audace. Du coup, le peu qu’ils avaient leur est enlevé: il ne leur reste rien vu qu’ils n’ont rien su en faire.

Le boss de la parabole est un dur en affaires, ce qu’on appelle communément un gagnant. Il ne craint pas de travailler le jour de shabbat. Il se moque des convenances hypocrites qui ne servent qu’à faire reluire le vernis social. Il récolte les bénéfices en faisant des placements audacieux. Il fait travailler ce qu’il a pour s’enrichir. Son ambition est sans borne dans l’ordre... du cœur. Et y a-t-il placement plus important à faire durant notre passage sur terre? La moisson est abondante, et chacun peut gratuitement faire provision d’allégresse!

- Gratuitement?

Oui. Gratuitement. Ce qui est très handicapant pour les bigleux de l’intériorité, car pour eux, ce qui ne se voit pas n’existe pas. Misère. Une automobile, un écran plat, un téléphone portable, une maison: voilà des biens palpables, solides, concrets. Mais l’âme, l’intimité, le psychisme, c’est inconsistant, insaisissable, du vent. Et pourtant, tout ce qui peut être acquis matériellement n’a aucune consistance à côté de nos valeurs de ciel... Ces valeurs de ciel sont faites de tout ce qui passe bien souvent inaperçu dans notre existence faite de tentation, de starisation et, bien souvent, de nullité. Mais le soin donné à un enfant, un couple qui traverse des épreuves, cet ami qu’on accueille, les moments passés avec un père, cette joyeuse tablée autour d’un bon repas... À chacun de faire l’inventaire de ce qui a laissé un profond sillon dans sa mémoire. Je crois qu’il ne viendrait à l’idée de personne d’ajouter une automobile à cette liste, si ce n’est celle de son enfance et des virées en famille. L’intériorité est l’endroit de nos vies, l’extériorité étant l’envers. Ce que je suis, qui sent, pense, réagit, c’est celui que je suis dedans. Dès lors, libre à chacun de décider à quel versant de lui-même il veut se consacrer en distinguant ce qui est à son banquier et ce qui est à la vie - ou à Dieu, la source, l’amour, peu importe le nom qu’on donne à ce qu’on sent comme essentiel, indispensable, sans lequel on ne saurait vivre.

À notre naissance nous sommes un colis jeté sur un quai de gare. On nous donne un certain patrimoine auquel viendra s’ajouter un pécule plus ou moins consistant d’amour, de soins, d’éducation. Tout l’enjeu d’une vie consiste à faire fructifier ce bagage, selon ses moyens. Ici, pas de compétition, de rivalité. Uniquement une quête, singulière, chacun étant appelé à revivre l’aventure d’humanité à sa mesure. Ce qui compte, ce n’est pas le point de départ, mais ce que nous faisons de ce que nous sommes. Ce vers quoi on tend. Si nous devions mourir maintenant, dans quelle direction tendrait la flèche de l’être? Dans quel état de questionnement. Si on pouvait photographier notre intimité à cet instant, dans quelles dispositions nous trouverait-on? Et quand bien même le maître ne rentrerait pas, qu’il n’y a pas de contrôleur des comptes, que nous serions libres, que papa ne viendrait pas nous enguirlander, il reste tout de même quelqu’un sous le regard de qui une vie se mène: soi-même. Et il n’est jamais très agréable de s’apercevoir que, humainement, on est un figuier stérile.

Ce figuier, nous le retrouvons dans l’Évangile de Matthieu (25, 14-30). Le Christ est impitoyable avec l’arbre qui n’a pas de fruits à lui donner au moment où il a faim. Il le maudit et, aussitôt, il se dessèche. Peu importe d’ailleurs que ce soit la saison où il aurait dû donner du fruit. Comme peu importe nos petites justifications pour expliquer nos manquements à autrui, notre égoïsme ou toute autre forme de stérilité intime. La vie n’attend pas. Le figuier devient une parabole chez Luc (19, 12-27) où l’arbre obtient un sursis grâce au vigneron qui demande à son maître de lui laisser un peu de temps pour essayer de le rendre fécond.

- Pourquoi donc use-t-il la terre pour rien? demande le maître.

Question terrible à laquelle ces deux paraboles apportent une réponse: nous sommes nés pour croître et donner du fruit. Il y a toujours du gain à faire de ce que nous sommes, et le plus grand bénéfice que nous puissions faire de notre existence, c’est d’en faire profiter autrui. Peu importe le sens que nous donnons à la vie, quand bien même nous penserions qu’elle est totalement vaine. Nous aurons ainsi au moins donné quelque chose, nous n’aurons pas usé nos semelles pour rien.

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- La parabole des talents -
Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. Il donna cinq talents à l'un, deux à l'autre, et un au troisième, à chacun selon sa capacité, et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même, celui qui avait reçu les deux talents en gagna deux autres. Celui qui n'en avait reçu qu'un alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les cinq talents s'approcha, en apportant cinq autres talents, et il dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents; voici, j'en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur ; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui avait reçu les deux talents s'approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m'as remis deux talents; voici, j'en ai gagné deux autres. Son maître lui dit : C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître. Celui qui n'avait reçu qu'un talent s'approcha ensuite, et il dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas vanné ; j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas vanné ; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Ôtez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. (Matthieu, 25, 14-30)

- Le figuier stérile -
Le matin, en retournant à la ville, il eut faim. Voyant un figuier sur le chemin, il s'en approcha; mais il n'y trouva que des feuilles, et il lui dit:

-Que jamais fruit ne naisse de toi! Et à l'instant le figuier sécha.

Les disciples, qui virent cela, furent étonnés, et dirent: Comment ce figuier est-il devenu sec en un instant? Jésus leur répondit:

- Je vous le dis en vérité, si vous aviez de la foi et que vous ne doutiez point, non seulement vous feriez ce qui a été fait à ce figuier, mais quand vous diriez à cette montagne: Ote-toi de là et jette-toi dans la mer, cela se ferait. Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez. (Matthieu 21, 18-22)

Tableau - William Bouguerau
Un jour ma fille me demandera:

- Papa, c'est quoi la mort?

Et dire que je m'efforcerai de lui répondre...
Il n'y a qu'en Suisse où après avoir tondu on souffle les brins d'herbe qui se sont posés sur le ballast des voies ferrées.
«Si ma mémoire m'abandonne, qui viendra sauver cette vie?» (Gustave Roud)
Mort, je me sentirais plus utile comme engrais pour un poirier que dans le paradis des théologiens.
«Quand je pense à toi, ma première sensation est celle d'un amour infini. Ni crainte. Ni peur. Enfait, je crains de te décevoir. Ça, oui, ça me fait peur. Je T'ai déjà déçu et je le referai probablement. Mais j'essaierai de le faire moins, j'essaierai de m'améliorer, Allah. Avec Toi à mes côtés, j'ai l'impression d'être moins seule. Et pour une fille comme moi, ça compte vachement. Je sais que j'ai choisi le mauvais chemin parfois. Mais encore une fois, c'est à moi que j'ai fait du mal. Jamais je ne T'ai offensé ni blasphémé. Alors je suis sereine. Aimer par crainte, ça ne vaut rien. Les hommes T'aiment parce qu'ils te craignent, ils se tiennent à carreau par peur de l'enfer. Moi, je T'aime parce que je suis heureuse de T'aimer. Et que ça m'apaise quand il fait noir. Et il fait souvent noir chez moi. Dedans je veux dire.» (Saphia Azzeddine, Confidences à Allah, pp. 105-106)
Et le Saint Esprit, c'est quoi?

C'est lorsque tu es bien inspiré de ne pas être une brute épaisse et que tu t'efforces un tant soit peu de t'extraire de ton nombril.
Dieu, c'est qui? C'est quoi?

Dieu c'est quand tu aimes. Ce n'est pas plus compliqué que ça.
Saphia Azzeddine, encore une auteure qui me convaincs que le XXIe siècle littéraire est féminin, lumineusement féminin. Le XIXe les avait étouffées. LE XXe avait ses caïds et ses grandes gueules qui les reléguaient au second plan. Celles qui arrivaient à se faire entendre était d'une trempe hors du commun. Mais au XXIe siècle, leur talent et leur sensibilité peut s'exprimer sans qu'elles aient à mener une lutte acharnée pour exister. Bien entendu, elles doivent livrer bataille, mais à armes plus égales me semble-t-il.
«Ce qui anime ma foi c'est de T'aimer. T'aimer m'a permis de m'aimer et m'aimer m'a permis d'aimer.» (Sapphia Azzeddine, Confidences à Allah, p. 127)
Un jour, peut-être, ne saurons-nous plus qui est Saint François d'Assise. Comme une amnésie de cœur.
L’Évangile vomit les tièdes. «Parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche...», peut-on lire dans l’Apocalypse de Jean. Le Ciel ne nous a pas donné un cœur pour rien, et nous ferions bien de ne pas l’oublier.
J'ai de plus en plus l'impression que divin de la vie se trouve partout autour de nous sauf dans les mots qu'on utilise pour le nommer.
Ma patrie, c'est la fraternité. Mon Paradis, c'est la fraternité.
«Il ne faut pas être conciliant avec les pensées. Il faut être impitoyable.» (Père Tikhon du monastère Stavronikita au Mont Athos)

Mais bien souvent, nous n'osons pas, car penser est devenu tellement consubstantiel de notre manière de vivre, que nous ne savons plus prendre distance avec nos pensées. Nous craignons en les combattant de les agacer et qu'elles se fâchent et nous prennent la tête. Pourtant, avec un peu d'entraînement et de silence, nous nous apercevons très vite que nous avons bien plus de champ intérieur que ce que nous imaginions, que nous sommes bien plus vastes que nos pensées qui ne sont que la fine pointe de l'être. Que nos soutiens intérieurs ne dépendent que peu de ce que nous formulons mentalement. Que nous sommes travaillés par des courants bien plus amples que nos pensées, qui d'ailleurs bien souvent ne sont que des idées.
Une bonne manière d'éloigner nos mauvaises pensées: leur dire qu'on n'a pas le temps pour le moment et qu'on verra plus tard. Comme ce sont d'inconsistantes impatientes, elles ne manquent pas de s'évaporer.
Le moine et la moniales sont les hommes et les femmes de la parfaite félicité.
Même un cadavre de rose sent après quelques jours - et tout sauf la rose.
On se rend bien compte que la prouesse intellectuelle n'a aucun rôle à jouer dans les paroles qui nous font du bien.
Les Pères du désert n'ignoraient rien de la parole qui libère.
L'attention: la clé d'une vie.
L'ascèse est positive. Elle vise non pas une soumission de l'être, mais son épanouissement. Un épanouissement bien plus grand que les petits plaisirs fugaces que nous offre la société de la dispersion.
Humilité: un des mots les plus sensibles à mon cœur. Un des plus difficiles à incarner.
Prier, méditer, ou même simplement s'asseoir au soleil, c'est s'accroître.
Parfois, je me dis que les tentations d'un géant comme Tolstoï étaient vraiment minables. Puis, je songe que c'est peut-être d'avoir des points communs avec le mortel de base comme votre serviteur qui permet de mesurer la grandeur du bonhomme, entre ses tentations si communes et sa réalisation si extraordinaire.
«La grâce, c'est de s'oublier.» (Tolstoï, Le Père Serge)
«Quelques-uns des vieillards vinrent chez abba Poemen et lui dirent: "À ton avis, quand nous voyons un frère dormir à l'office, faut-il le secouer pour qu'il se tienne éveillé durant la prière?" Il leur dit: "Moi, quand je vois le frère dormir, je lui mets la tête sur mon genoux pour qu'il se repose."» (abba Poemen, Père du désert)
Si je mets de saintes icônes sur mon blog, est-ce que ça le protégera des virus?


Quel voisinage étonnant entre Angelus Silesius et le Tao.

«206. De la conscience

Une bonne conscience est au repos, une mauvaise mord et aboie - 

Elle est comme un chien attaché qu'on peine à calmer.»

Quelle que soit la source, chrétienne, bouddhiste, taoïste, la paix du cœur, essentielle.
Les travailleu(r)ses du sexe, documentaire de Jean-Michel Carré, que j'ai revu hier soir. Les femmes qui témoignent ont une humanité et une tendresse bouleversantes. Une compréhension de la nature humaine que j'ai rarement retrouvée chez celles et ceux qui parlent du haut de leur chaire.

Le moine et la moniale sont essentielles à notre humanité. Par le don de leur vie ils entretiennent et alimentent pour d'autres qui n'en ont cure, la flamme d'amour et de compassion qui luit dans les ténèbres. Ce sont des vigiles dans la nuit de tous ceux qui ont oublié ce que peut bien signifier être vivant.
Quand bien même personne ne me lirait, je n'en continuerais pas moins à écrire. D'ailleurs, je ne suis pas sûr qu'on me lise.
J’ai toujours eu la velléité de vouloir me bonifier en travaillant sur des vertus qui me sont chères, comme la douceur, la patience, la compréhension. D’autant que mon naturel quelque peu impulsif m’a plus d’une fois fait échouer sur des rivages sur lesquels je me serais bien gardé d’aller si j’avais eu la maîtrise de ma langue. De temps à autre, j’ai pu m’enorgueillir d’avoir su me montrer patient. Belle hypocrisie! Le vertueux ne se mire pas le nombril en se faisant remarquer comme il est bon, calme, doux. Mais, conscient de tous mes manquements, je ne m’affligerai pas plus que nécessaire. Donc, je m’entraînais mollement à être sage, jusqu’à ce que la vie m’offre un stage intensif, à mes frais (le fait de payer de sa poche est une garantie de succès). Un coach en vertu à domicile m’annonça le programme sans détour...

La Maîtresse des vertus

J’ai toujours eu la velléité de vouloir me bonifier en travaillant sur des vertus qui me sont chères, comme la douceur, la patience, la compréhension. D’autant que mon naturel quelque peu impulsif m’a plus d’une fois fait échouer sur des rivages sur lesquels je me serais bien gardé d’aller si j’avais eu la maîtrise de ma langue. De temps à autre, j’ai pu m’enorgueillir d’avoir su me montrer patient. Belle hypocrisie! Le vertueux ne se mire pas le nombril en se faisant remarquer comme il est bon, calme, doux. Mais, conscient de tous mes manquements, je ne m’affligerai pas plus que nécessaire. Donc, je m’entraînais mollement à être sage, jusqu’à ce que la vie m’offre un stage intensif, à mes frais (le fait de payer de sa poche est une garantie de succès). Un coach en vertu à domicile m’annonça le programme sans détour:

- Tu voulais progresser? C’est maintenant! Vu ton âge, il ne faudrait plus trop tarder. Tu voulais exercer tes vertus? Je vais t’en donner l’occasion, jour et nuit. Ah? Tu croyais que tu aurais tes nuits pour récupérer? Tu n’as pas dû bien lire le prospectus. Tu n’auras pas un instant de répit. C’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en patientant qu’on devient patient, c’est en s’adoucissant qu’on s’adoucit. Aucune réclamation ne sera acceptée. De toute manière, tu n’auras personne à qui les envoyer. Et quand bien même tu aurais des récriminations, c’est le cadet de mes soucis: je ne les comprends pas. Si tu voulais renoncer? Mais je suis toi, alors à moins de t’amputer de toi-même... Et sache que lorsque tu seras à bout de force, épuisé, aucunes représailles ne seront possibles: tu serais incapable de t’en prendre à une petite fille de quelques mois.

J’étais mis en demeure. J’allais devoir acquérir très rapidement ces fameuses vertus que je considérais jusqu’à présent avec une luxueuse distance et qui étaient subitement devenues un bien de première nécessité. On ne jouait plus, et il ne me fallut que quelques nuits sans sommeil pour être dans le bain. Fatigué, les nerfs à fleur de peau, face à une petite fille qui ne voulait encore et toujours pas manger les petits plats maison que nous lui cuisinions, et nous le faisant savoir avec force crachats, me revenait à l’esprit le conseil de Rilke au jeune poète: «Je l’apprends chaque jour, je l’apprends parmi des souffrances à qui je rends grâce: la patience est tout». On avait beau m’expliquer pourquoi elle se comportait ainsi, son problème gastrique, son âge, ne m’en restait pas moins le sentiment que cette petite insolente ne faisait aucun effort et se moquait de nous!

- Tu ne veux pas manger? Grand bien te fasse! Mais alors ne viens pas piailler ensuite parce que tu as faim!

Ne viens pas piailler... C’était ignorer que l’organe digestif est directement relié à l’organe phonique, et que le sentiment de faim déclenche aussitôt une alarme apocalyptique que seul un biberon de lait désactiverait. Que sa volonté soit faite... Je m’emportais:

- Mais enfin, elle veut nous imposer sa loi!

Pourtant, je savais bien qu’il fallait lui donner le temps de découvrir l’immense univers du manger. J’avais honte de mon impatience qui pouvait être interprétée comme un manque d’empathie. De la part de quelqu’un qui écrit sur la bienveillance, le bon soin à apporter à autrui, ce n’était pas brillant. Ce que le regard de désapprobation de la maman ne faisait qu’accentuer. Et moi-même, n’étant pas complètement abruti, je ne comprenais pas mon exaspération, bien que ses cris... Ah! C’est quelque chose les cris de cette petite qui me torpillaient le système nerveux, faisant naître des sentiments d’une violence que je ne me connaissais pas. Ce n’était plus ma fille que j’avais en face de moi dans ces instants, mais un agresseur qui voulait me faire la peau. Ces hurlements barbares me bouleversaient, et il me fallait plusieurs minutes pour retrouver mon calme. Je me demandais bien comment j’allais contenir et apprivoiser ces émotions qui m’étaient étrangères. J’étais totalement désemparé. Et j’avais l’impression qu’elle avait trouvé le moyen de me rendre fou. Je m’avisais qu’il était impératif que je ne laisse rien paraître de mon énervement, pour ne pas lui donner prise, tout en sachant qu’il était déjà trop tard. Intuitivement elle savait qu’elle avait touché là où le bât blesse. Son pédiatre n’eut d’autre remède que de me prescrire une vertu:

- Vous vous souvenez du slogan de la campagne de François Mitterrand en 1988? «La force tranquille.» Armez-vous de patience, il n’y a rien à faire. Ça finira bien par passer.

Je m’efforçais de prendre sur moi et étonnamment, chaque fois que j’étais dans les meilleures dispositions qui soient pour affronter un épisode où je savais que d’habitude elle allait crier, rien. Pas un son. Au point que je finis par croire qu’elle me voyait venir, et que lorsque j’avais fait un effort, que j’avais enfin progressé sur le chemin de la vertu, elle s’économisait la peine de continuer à me mettre à l’épreuve. Je repartais bredouille, déçu de ne pas avoir pu faire montre de mon sang-froid.

Je n’aborderai pas le chapitre des coups qu’elle donne. On sait bien que les petits tapent sans intentions belliqueuses, qu’ils ne savent pas ce qu’ils font et que, s’ils redoublent de ténacité à vous mettre des claques en riant s’ils voient que vous avez mal ou que ça vous indispose, c’est parce qu’ils sont la pureté même. Par contre, je me dois d’évoquer un point du coaching qui, selon moi, reste le plus spectaculaire de tous: le travail sur le couple. Tout le reste de l’entraînement en vertu est très secondaire à côté de cette mise à l’épreuve. On ne réalise pas avant l’entrée en scène de l’enfant que le nombre d’interactions d’ordre pratique va décupler. Si auparavant vous aviez une ou deux bonnes raisons de ne pas être d’accord, soudainement, vous en avez des dizaines. Ça dépasse l’entendement. Et le contenu des échanges est très souvent comparable aux improbables dialogues de sourds suscités par la question des tâches ménagères au sein d’un couple. Car s’il est un domaine où on atteint des sommets d’incommunicabilité, c’est bien le ménage. Il arrive un moment où, à moins d’avoir du personnel de maison, il devient nécessaire d’en parler si on s’installe ensemble. Et c’est alors que très rapidement, sans qu’on sache bien pourquoi, tout dérape. Chacun n’imaginant pas qu’on puisse avoir une autre idée de la manière de tenir son logis que celle qu’il a héritée de ses ancêtres. Ce qui donne lieu à des échanges du type:

 - Pourquoi n’as-tu pas mis l’eau de javel à sa place?

Le conjoint devant évidemment deviner que la place en question ne pouvait être, de toute éternité, que celle-ci... Grâce à l’enfant, les chances d’avoir ce genre de palabres deviennent anormalement élevées. Ce qui change les rapports qui prévalaient jusque-là. De: 10% d’échanges concernant l’intendance, 50% de silence, 40% de conversations agréables, on passe à: 50% d’échanges concernant la gestion de la progéniture, 30% de bouderie, 20% de discussions pour tenter de se réconcilier. Autant dire que le pourcentage relatif à la séduction se trouve réduit comme une peau de chagrin. Ajoutez-y le surmenage, et vous obtenez deux individus qui ont beaucoup, mais alors vraiment beaucoup de mal à s’entendre - je ne dis pas à se retrouver, ne soyons pas trop ambitieux.

- Vous disiez vous aimer? leur demande le coach. Vous vous étiez murmuré à l’oreille que votre rencontre, c’était un peu de poussière d’étoile devenue amour, que vous vous compreniez à mi-mots? Je peux vous garantir que vous allez rapidement recoller les parties de mots manquantes pour vous entendre!

L’enfant permet au couple de démontrer ce qu’il a dans les tripes. Le coach les a amenés sur le terrain du biologique, où les belles paroles ne suffisent plus, où il y a urgence à agir, il en va de la vie du poupon. Ici, comme lors d’une traversée du désert, les actes premiers, les gestes élémentaires, sont prédominants. Prendre soin, veiller sur celui qui est si fragile, nourrir, laver, et aussi s’organiser pour ramener de quoi manger. On rampe ensemble pour tenir le coup. Tous les parents se retrouvent à une aube de l’humanité. Ils deviennent des gardiens de l’espèce qu’il faut protéger en déjouant les menaces quotidiennes. Au XXIe siècle, elles ne prennent plus la forme d’un ours qui entre dans la grotte, mais quand on connaît les dangers que représente un simple coin de table... Le couple doit se réinventer pour s’agrandir de l’âme qu’il accueille. En décidant d’avoir un enfant, il se remet en jeu, il postule une nouvelle fois à la place de prétendant, il doit refaire ses preuves. Être parents, c’est un cumul des mandats. Les conjoints ne s’aiment pas plus ou mieux. Mais ils ont l’opportunité d’expérimenter toutes les vertus du dialogue.

Ce serait très prétentieux d’affirmer au moment où j’écris ces lignes que je possède pleinement les vertus nécessaires pour surmonter toutes ces émotions en pagaille. Mais, en quelques mois d’entraînement sous la houlette d’une coach implacable, j’ai acquis le minimum vital. Mon quotidien est plus harmonieux, et je suis capable de faire face à toutes sortes de manifestations incommodantes sans que ma paix intérieure ne soit complètement chamboulée. Je ne suis pas encore parfaitement zen, et j’espère ne jamais l’être. Cette enfant me convoque, me provoque, m’interpelle, me donne de me sentir vivant. Avec elle, je ne souhaite pas avoir le détachement d’un bonze, mais l’attachement et de la tendresse d’un père. Elle m’éveille à l’Enfance, qui est celle de chacun, mais une petite fille le fait sûrement mieux que quiconque. Elle m’accompagne dans son royaume, si touchant parce que bâti sur la fragilité, la vulnérabilité dont on dirait que l’enfant tire sa force pour grandir avec une souplesse qui ne se retrouvera que rarement chez un adulte, sauf quelques Mozarts. Et si je ne devais retenir qu’une qualité essentielle pour cheminer avec elle, ce serait la douceur, cet antidote à tous les cris et toutes les tensions; la douceur, cette vertu cardinale des grandes âmes. «Heureux les doux!», Ô oui, mille fois heureux!
Commentaire lu à propos du livre T'choupi ne veut pas dormir:

«Habituellement j'adore Tchoupi mais celui-ci m'a déçu car mon fils se sert des excuses que Tchoupi donne dans le livre pour ne pas dormir. On est obligé de réinventer un peu l'histoire quand il veut ce livre pour éviter qu'il utilise toutes ces excuses...»

Les enfants sont tous des maîtres du barreau en puissance!
Un couple de personnes âgées devant moi à la station essence. Le mari donne le numéro de la pompe à essence qu'il a utilisée.

- La 3!

Et je me revois me dire qu'il est en train de se tromper, que la 3, c'est la mienne. Et je me revois regarder par la fenêtre si la 3 c'est bien la mienne et, d'un air satisfait, constater que c'est bien la mienne - style le gars dans son bon droit. Et je me revois anticiper ce que la caissière va me dire au moment où je lui donnerai mon numéro, et je m'imagine lui faire remarquer que si la 3 est bien la pompe où elle voit une voiture aubergine, c'est que c'est ma pompe. Et si je lui donnais plutôt mon numéro de plaque pour encore mieux lui montrer comme j'ai raison. Bref, je rêvasse toute la scène sans pour autant réagir et corriger la bourde avant qu'elle ne soit tippée. Je suis comme un légume, avec mon paquet de biscuits et deux glaces dans les mains. Et, au moment où mon tour arrive, la caissière, etc. Et la voilà qui part en courant rattraper les personnes âgées qui reviennent, s'excusent, louent l'honnêteté de la demoiselle, rigolent en disant qu'ils s'étaient rendu compte que l'essence était quand même très chère, la remercient. Et moi, honteux, je souris comme le grand dadais que je suis, qui aurait pu leur éviter tout ce ramdam. Mais personne ne sait que je suis coupable de léguminoserie. Et puis attention, ce n'est pas de ma faute, je n'y peux rien, moi, je suis dans mon bon droit. Cependant, pour ma décharge, je noterai qu'on ne peut pas m'en vouloir. Je n'étais pas là. Je ne sais pas où j'étais. Mais je n'étais pas là... Et je m'en suis d'autant mieux aperçu lorsque la jeune fille a fini par lâcher le ticket qu'elle me tendait et que je tardais à prendre en la regardant béatement. Elle s'appelle Dilma, c'est écrit sur son badge. Je n'avais rien bu, ni fumé. Je vais aller voir au garage si je suis bien reparti de la station avec ma voiture.
Tu veux mieux connaître une femme? Observe l'influence qu'elle a sur son mari.
Ma femme... Mon enfant... J'ai un enfant...  Mais tu n'as rien du tout mon vieux! Tout au mieux, tu es amoureux, responsable, toujours en situation de tricoter une relation qui n'en finit pas de t'échapper. Du moins quand la liberté d'autrui est respectée. Sans quoi c'est une prise d'otage, et là c'est une autre histoire.
Parfois en pensant à moi, je me dis non sans une pointe d'ironie:

- Pauvre petite chose...
Je me rappelle d’avoir entendu par hasard dans un café un homme qui disait à celui qui devait être un ami, qu’il voulait faire un enfant pour sauver son mariage... Le malheureux! Mais surtout pas! Si ça n’allait déjà pas avant, c’est la catastrophe assurée, avec charge d’âme en plus - et là, c’est une autre paire de manche.
Synonyme de couple: ménage. C'est tout dire...
La paternité est un cumul des mandats. Jusqu'à présent, j'étais mari, employé, scribouilleur, citoyen. Et j'ai été investi d'une fonction qui m'était totalement étrangère: père. Le cahier des charges est simple: se retrouver du jour au lendemain l’éternel débiteur d’un autre être; répondre entièrement de lui; accompagner au mieux le mouvement perpétuel - un vrai tourbillon; être un re-père fiable. En retour? Une myriade de joies nouvelles qui percent ça et là comme de petites fleurs. Et une infinie ingratitude, en perspective appelée l'adolescence.
«183. Le sage ne cherche rien

Le sage ne cherche rien, il est dans l'ordre calme.

Pourquoi? Il est déjà lui-même tout devenu, en Dieu.» (Angelus Silesius)

Le sage est sur la voie du Tao.
Quand je douche ma fille et que je la vois debout, toute fière, appuyée sur le rebord de la baignoire, se laissant nettoyer étant donné qu'elle est totalement dépendante de moi, je comprends mieux ce que signifie le mot «dignité». Il me revient de la lui donner, c'est-à-dire de prendre soin d'elle qui ne peut le faire avec toute la bienveillance nécessaire, à la hauteur de la confiance innée qu'elle m'accorde.

Il en va de même pour tout être qui se trouve dans une situation de dépendance: il nous confie la plus belle des responsabilités qui soit: veiller sur l'humanité qu'il nous a confiée. Nous donnant à notre tour de nous sentir humain. Quel plus beau cadeau?
L'enfant est en devenir face à ses parents qui, très vite, sont en retard.
Le tarif des Judasses est malheureusement bien supérieur à trente deniers. La trahison est hors de prix de nos jours.
Judasse - Féminin de Judas.
Ce que j'aime avec l'écriture, c'est que personne ne me demande de me taire. Quoi que...

La miséricorde, c'est le cœur sensible à l'autre.
«Paul écrit à propos de son ministère: Nous ne voulons pas être maîtres de votre foi, mais serviteurs de votre joie.» (2 Co 1,18-24)

Serviteurs de la joie, quelle belle charge!
Sois présent, je m'occupe du reste.
La joie la plus intense se révèle à celui qui a fait un parcours pour aller à sa rencontre, ou à l'enfant.
J'aimerais avoir la chance de devenir un vieil homme pour dire encore mieux:

- Merci!
«La Une du Matin d’un jour de la semaine dernière était consacrée à la comparaison de la longueur des verges des hommes de France et d’Allemagne, d’Europe et d’Amérique. Je me demande tous les jours jusqu’où ce journal infâme va s’abaisser et abaisser ses lecteurs, et tous les jours je constate un progrès inattendu. Conserver précieusement le document en question, pour mémoire de l’abjection.» (Jean-Louis Kuffer)

Tout à fait d'accord. D'ailleurs, chaque fois que je rencontre une personne qui a travaillé dans ce journal, je l'observe avec une étrange insistance, comme on regarderait quelqu'un qui revient de loin, des confins de l'humanité...
«Le bouddhiste n'aime pas son frère par amour pour son frère mais par amour pour soi-même, pour éviter la douleur, pour surmonter l'égoïsme, pour faire un pas vers l'anéantissement. Son amour universel est glacé et intéressé, égoïste: une sorte d'indifférence stoïcienne aussi bien à la douleur qu'à la joie.» (Giovanni Papini, Histoire du Christ).

Cet égocentrisme anesthésiant est une dérive possible commune à toutes les religions. On se fait un petit autel, on met des fleurs, un peu de sainte musique, et on se reluque le nombril.
Jésus loue la santé et la vitalité, rien à voir avec l'exaltation du morbide.
Qu'un gain puisse être autre chose que matériel ou social nous est-il devenu totalement étranger?
L'Évangile est poésie.
Emparadiser: quel joli verbe.
«142. Dieu habite une douceur

Adoucis ton cœur: tu ne trouveras pas Dieu
Dans les vents violents, les tremblements de terre
ou le feu.» (Angelus Silesius)
« L'homme contemple Dieu
Et la bête une motte de terre;
Par là chacun peut
Connaître ce qu'il est.»
(Angelus Silesius)

Oh mais comme je ne suis pas d'accord! On sait ce qu'il arrive à celui qui a trop le nez en l'air... Il finit par tomber dans le puits. La bête contemple la motte de terre, nonchalante de se poser des questions inutiles, parce qu'elle se connaît, contrairement à l'humain qui brasse désespérément du vent et du verbe en quête de sa mystérieuse finalité, angoissé à l'idée qu'il pourrait ne pas y en avoir.



La sexualité est un détail comparé aux autres activités de notre vie, à moins d'en faire profession. Un détail qui prend bien souvent beaucoup trop de place. Mais un détail quand même.
Le verbe «se contenter» remonte au latin CONTINERE, signifie «renfermer en soi, contenir, satisfaire». C’est un verbe qui délimite la part du gâteau. Parce que je me satisfais de ce que j’ai, je peux être content car je ne désire pas sans cesse ce que je n’ai pas. Il ne s’agit pas de suffisance, mais de reconnaissance de ce qui nous est donné. Se contenter de ce qu’on a n’est pas choisir le moindre mal, mais pleinement investir ce qui est là, à portée de main, qui suffirait bien souvent à nous combler pour plusieurs vies. Dans la société de la dispersion au sein de laquelle nous vivons et qui n’a d’autre objectif que de nous faire désirer toujours autre chose, de vouloir toujours plus, il faut une bonne dose de volonté pour ne pas se laisser entraîner. Mais quelle libération de parvenir à se satisfaire de ce qu’on a, pour occuper nos forces à autre chose qu’à saliver devant des biens de consommation. En étant content de ce que j’ai, je résiste à la tentation de consommer, du moins je donne à se verbe sa juste place qui n’est certainement pas d’envahir tous les champs de mon existence.
Être père, c'est devenir infiniment débiteur.
Consentir, ce n’est pas abdiquer. Abdiquer, c’est renoncer, bien souvent contre son gré. Consentir, c’est accepter ce qui est. Ce n’est ni se résigner, ni abandonner. C’est une invitation à prendre sa juste mesure, sans se leurrer, confiant dans notre capacité de grandir.
J’avais d’abord cru que le verbe consentir était un verbe faible, et j’ai découvert un artisan du bonheur. Consentir est un des grands verbes de la réalité, de ceux au centre duquel la paix rayonne.
Je n'en finis pas d’être surpris par la profonde simplicité avec laquelle sous la plume de frère Roger tout devient un lumineux ferment de réconciliation.
Magnifique image qu'un ami me rapporte de ce mort à l'hôpital qu'on amène dans une salle où quatre femmes l'attendent en prière pour le laver et le préparer pour la cérémonie. Et durant toute la préparation, elles chantent. En l'écoutant, je songeais que de se savoir que sa dépouille sera l'objet de tant de sollicitude devait être un premier pas vers le Paradis.
Durant le fameux débat entre les deux candidats français, ce qui m'a marqué, c'est la dureté des échanges. Comme si une parole bienveillante à l'égard de l'adversaire revenait à perdre la face. Aucun des deux n'a eu le cran de reconnaître que peut-être telle ou telle action avait du sens, et qu'il n'aurait pas fait mieux dans les mêmes conditions. Certes, on sait que l'exercice est une joute oratoire, et que la finalité est de tenter de détruire l'autre. Mais enfin, il s'agit tout de même de mettre un homme à la tête d'un État. Un homme qui devrait rayonner de qualités et de vertus qui l'honoreraient et donneraient confiance aux électeurs qui lui confieront l'arme la plus dangereuse qui soit pour leur propre avenir: le pouvoir. Dans ces conditions, se montrer humain aurait-il été honteux? Révéler des qualités de cœur aurait-il été dramatique? J'ai assisté durant trois heures à l'affrontement de deux hommes qui n'ont pas laissé transparaître une once de générosité, si ce n'est rhétorique. L'un fantasmait sur ce qu'il ferait et l'autre justifiait ce qu'il avait fait, chacun n'attendant que de pouvoir prendre l'autre en défaut de sécheresse, c'est-à-dire vivant, avec ses faiblesses, ses manques, bref tout ce qui aurait laissé transparaître une part sensible de sa personne qu'il aurait pu allégrement piétiner pour montrer qu'il était le meilleur.
Quelle idée m'a pris de vouloir écrire sur le consentir. Quel manque d'humilité! Me voilà bien embarrassé maintenant pour publier ma chronique de la semaine. Il me faudrait des années pour être à la hauteur de ce si beau verbe!
Un enfant, on commence par l'aimer, parce qu'il est évident de l'aimer, c'est notre enfant, et puis très vite ce sentiment si convenu vient à se fendiller et on commence alors à sentir que cet amour nous saisit au-delà de tout amour.
Cette histoire de figuier stérile qui pourtant ne pouvait pas donner du fruit vu que ce n'était pas la bonne saison me turlupine.
Fut un temps où l'on se souhaitait la paix, car quoi de plus important?

-Que la paix soit avec vous!

Sous nos latitudes, c'est quelque chose qu'on ne dit plus. Pourtant, c'est beau de se souhaiter la paix.
Le sentiment étrange de voir pour la première fois le visage d'une personne qu'on connaît depuis des années.
Un enfant n'est pas une clé pour partir à la découverte de soi. C'est un pied de biche!
Les sensations sont le principal organe d’orientation d’une vie.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?