Ceux qui ont annoncé les fins du monde depuis la nuit des temps sont des Sages qui n'avaient nullement l'intention de prédire un quelconque écroulement du monde, mais bien de vivifier le meilleur chez tout un chacun afin qu'il pulse sa vie au lieu de se couler dans une durée morne. Qu'est-ce qui est vraiment essentiel si tout vient à inexorablement prendre fin? Où est mon cœur, mon trésor? Qu'est-ce qui compte plus que tout? Qu'est-ce qui est vraiment important face à la vie? Autant de questions que je vous souhaite comme des vœux pour prendre votre envol à tire-d'aile vers 2012, l'année nouvelle, avec allégresse!
Un enfant est un sage antique réincarné en exercices quotidiens. Vous vouliez jouer les vertueux, faire montre de patience, de douceur, de calme, de compréhension? Vous vouliez travailler sur le fond du fond de ce que vous êtes? Voilà l'occasion de vous entraîner jour et nuit à devenir meilleur, sans répit ni trêve, à échouer, à remettre l'ouvrage sur le métier, à décrocher de petites victoires et à vous métamorphoser en faisant le chemin une deuxième fois avec le petit être.
C'est incroyable comme celui qui s'est peu questionné, peu lu, peu dialogué, peu médité, peu prié, manque d'épaisseur quand ils se met à réfléchir - donc à croître - dispose d'outils psychiques somme toute très ténus pour mener sa réflexion. Et ce qui est également surprenant, c'est l'autorité avec laquelle ils manient des clichés en ayant l'impression d'être original. Si au moins il avait eu la chance de croiser des éveilleuses et des éveilleurs sur son chemin qui, par ce que qu'ils sont, donnent à d'autres d'être au mieux d'eux-mêmes.
Pharmacopée n°30 d'Alexandre Jollien
Le bon Pape Jean XXIII notait, dans son journal, qu’il se promettait d’accomplir chacune de ses actions comme si Dieu l’avait créé uniquement pour faire cette action. Belle invitation pour moi à me jeter dans le présent et à vivre action après action.
J’écris cette pharmacopée et j’imagine, ou plutôt je ressens, je découvre que toute mon existence m’y a conduit. Je joue avec mes enfants comme si ma vie entière se donnait à travers ces rigolades, ces sourires, ces culbutes, cette joie. Vivre chaque moment comme si on n’était fait que pour cela, c’est peut-être découvrir que la quintessence de la vie est au présent.
Depuis longtemps, je barratine pour inviter chacun à vivre dans le présent mais je suis moi-même incapable de m’y réjouir. Toujours, la pensée du futur ou celle du passé reviennent en moi. Mais la pensée du Pape Jean XXIII, aujourd’hui, m’oblige à rester près du présent, à y poser les mains, les pieds, à y habiter totalement. Lorsque j’écris cette pharmacopée, je ne suis plus le vieux moi de la veille. Quand j’aurai écrit le point final, je serai un autre moi et c’est la vie qui passe à travers moi. Trop souvent, je l’oublie.
Joyeux Noël à vous, d’instants en instants.
Le bon Pape Jean XXIII notait, dans son journal, qu’il se promettait d’accomplir chacune de ses actions comme si Dieu l’avait créé uniquement pour faire cette action. Belle invitation pour moi à me jeter dans le présent et à vivre action après action.
J’écris cette pharmacopée et j’imagine, ou plutôt je ressens, je découvre que toute mon existence m’y a conduit. Je joue avec mes enfants comme si ma vie entière se donnait à travers ces rigolades, ces sourires, ces culbutes, cette joie. Vivre chaque moment comme si on n’était fait que pour cela, c’est peut-être découvrir que la quintessence de la vie est au présent.
Depuis longtemps, je barratine pour inviter chacun à vivre dans le présent mais je suis moi-même incapable de m’y réjouir. Toujours, la pensée du futur ou celle du passé reviennent en moi. Mais la pensée du Pape Jean XXIII, aujourd’hui, m’oblige à rester près du présent, à y poser les mains, les pieds, à y habiter totalement. Lorsque j’écris cette pharmacopée, je ne suis plus le vieux moi de la veille. Quand j’aurai écrit le point final, je serai un autre moi et c’est la vie qui passe à travers moi. Trop souvent, je l’oublie.
Joyeux Noël à vous, d’instants en instants.
Le pédiatre m'expliqua qu'un père lui avait montré fièrement comment son fils de deux ans parvenait déjà à utiliser un ifaune. Le pédiatre mit des cubes parterre et demanda à l'enfant de les assembler les uns sur les autres. L'enfant en fut incapable. Cette anecdote est révélatrice des incompétences que certaines nouvelles technologies nous permettent d'acquérir. Et je n'ose pas imaginer tout ce qu'elles atrophient dans le psychisme d'un adulte.
Cet homme, devant l'église, qui vend de jolies petites croix en bois. Il les tient dans sa main comme un bouquet.
- Je vous les achète toutes, lui dis-je.
- Je suis désolé, me répond-il, mais ce n'est pas possible.
Et en voyant mon air interloqué, il poursuit:
- Vous comprenez, si je vous les vends toutes, je n'aurai plus de raison d'être assis là avec les autres marchands. Et alors, je ferais quoi de ma journée?
- Je vous les achète toutes, lui dis-je.
- Je suis désolé, me répond-il, mais ce n'est pas possible.
Et en voyant mon air interloqué, il poursuit:
- Vous comprenez, si je vous les vends toutes, je n'aurai plus de raison d'être assis là avec les autres marchands. Et alors, je ferais quoi de ma journée?
Pourquoi les enfants ont-ils des petites oreilles si tendres, si douces? Parce qu'ils se sont de grands écouteurs, et leurs écoutilles se nourrissent de tous ces sons nouveaux qui n'en finissent pas de les surprendre. Plus tard, elles se figent, le cartilage devient rigide. Elles deviennent fonctionnelles, utiles pour écouter la télévision ou entendre qu'on nous a demandé le sel.
Mon grand-père disait lorsqu'il aimait quelque chose: «C'est formidable!».
Quel beau mot, puissant, fort, qui remonte au verbe latin FORMIDARE: craindre, redouter. Une chose formidable est une chose qui a de l'envergure, qui en impose. Mais il l'utilisait pour de petites choses quotidiennes, comme, par exemple, sa petite-fille qui rampait à toute vitesse en marche arrière ou un beau coucher de soleil.
C'est certainement pour cela que ce mot a conservé une résonance empreinte de tendresse pour moi qui quête l'extraordinaire dans nos gestes les plus infimes.
Quel beau mot, puissant, fort, qui remonte au verbe latin FORMIDARE: craindre, redouter. Une chose formidable est une chose qui a de l'envergure, qui en impose. Mais il l'utilisait pour de petites choses quotidiennes, comme, par exemple, sa petite-fille qui rampait à toute vitesse en marche arrière ou un beau coucher de soleil.
C'est certainement pour cela que ce mot a conservé une résonance empreinte de tendresse pour moi qui quête l'extraordinaire dans nos gestes les plus infimes.
«Je suis interconnecté à la totalité de la réalité à laquelle je m'éveille.» (Bernard Besret)
Encore faut-il s'y éveiller, parfois commencer tout simplement par ce réveiller. Nous faisons tant de mauvais songes éveillés.
Mais il est fondamental de prendre conscience que ce réel auquel je m'éveille, que je découvre, que j'apprivoise, que je métabolise, que je fais mien, me permet à mes racines de plonger plus profondément dans la vie.
Encore faut-il s'y éveiller, parfois commencer tout simplement par ce réveiller. Nous faisons tant de mauvais songes éveillés.
Mais il est fondamental de prendre conscience que ce réel auquel je m'éveille, que je découvre, que j'apprivoise, que je métabolise, que je fais mien, me permet à mes racines de plonger plus profondément dans la vie.
Signe d'affaiblissement du mâle dominant qui répète pour se convaincre que sa fille l'aime, chaque fois que cette dernière se rue vers sa mère comme "the sunshine of my life" dès qu'elle apparaît:
- Comme elle aime sa maman cette petite.
A la manière d'un Ancêtre plein de bonté, de sagesse et de compréhension, spectateur bienveillant d'une scène si touchante.
A la manière d'un Ancêtre plein de bonté, de sagesse et de compréhension, spectateur bienveillant d'une scène si touchante.
Propos nécessitant de la part du mâle dominant un recadrage immédiat de la situation sous peine de finir par bénéficier de moins de considération qu'une vieille paire de pantoufle.
La mère tient sa fille dans les bras et dit:
- Il est rigolo papa, hein?
Une femme qui dit "papa" au lieu de "ton papa" et qui dit devant sa fille qu'elle le trouve rigolo signale que sa libido s'est attendrie comme du caramel mou.
(Bon, d'accord, peut-être que j'exagère un peu.)
La mère tient sa fille dans les bras et dit:
- Il est rigolo papa, hein?
Une femme qui dit "papa" au lieu de "ton papa" et qui dit devant sa fille qu'elle le trouve rigolo signale que sa libido s'est attendrie comme du caramel mou.
(Bon, d'accord, peut-être que j'exagère un peu.)
Une amitié comporte à la fois une dimension horizontale à travers laquelle chacun partage les évènements de sa vie quotidienne, les péripéties diverses et variées sur fond de monotonie essentielle. Mais elle est également verticale, transcendante, avec des instants d'élévation et de révélation. L'ami est celui qui nous invite à nous dépasser, celui qui nous alerte parce qu'il se préoccupe de nous. L'ami est celui qui me rappelle où se trouve le meilleur de soi.
Ces deux dimensions sont essentielles. La seule horizontalité ne ferait pas d'une relation quelque chose d'essentiel et de privilégié. Ce ne serait que cordial bavardage. Et la seule verticalité rendrait très vite l'amitié impossible, on ne peut pas vivre en permanence dans les sommets. Deux amis doivent pouvoir mettre dans la terre du temps les graines fécondées grâce à leur amitié.
Ces deux dimensions sont essentielles. La seule horizontalité ne ferait pas d'une relation quelque chose d'essentiel et de privilégié. Ce ne serait que cordial bavardage. Et la seule verticalité rendrait très vite l'amitié impossible, on ne peut pas vivre en permanence dans les sommets. Deux amis doivent pouvoir mettre dans la terre du temps les graines fécondées grâce à leur amitié.
Comme l'écrit Bernard Besret, les exercices d'ascèse de la vie monastique ne sont pas des exercices de mortification, mais de vivification. Des exercices pour accéder à une plus grande liberté, bien plus grande que n'importe quelle acquisition que chacun de nous peut faire dans notre société de la dispersion.
Mon cerveau a eu la courtoisie d'atténuer ce que mes yeux voyaient à Addis Abeba. Comment imaginer sur la même Terre des disparités aussi flagrantes, injustes, inadmissibles, cruelles. On comprend mieux que nous n'avons aucun autre mérite sur le plan matériel que d'avoir eu la chance d'être né au bon endroit. Ici, tout nous est donné pour nous construire et avoir une vie confortable. Là, ils n'ont rien, ils ne peuvent rien et n'ont aucun soutien. Evidemment, tout ceci, chacun de nous le sait. Mais le voir de ses propres yeux, c'est encore autre chose.
Déjà cité souvent sur ce blog, cette phrase de Taisen Deshimaru:
«La posture empêche l'imposture.»
C'est d'une justesse lumineuse. La manière dont nous nous tenons influe profondément sur ce que nous sommes. Une bonne posture physique est un soutien pour une bonne posture psychique. Je ne vois d'ailleurs pas comment il pourrait en être autrement.
Bel éloge de l'aube de Bernard Besret:
«Chaque fois que cela t'est possible, lève-toi pour devancer et saluer le lever du soleil et préserve pour ta vie intérieur ce temps privilégié qui précède le démarrage de la journée. C'est le temps du silence. Ce n'est ni celui du bavardage avec ton compagnon ou ta compagne, ni celui de la radio, ni celui de l'agitation mentale. C'est le temps de l'apaisement. Une sorte de prolongation du sommeil, la conscience en plus.» (Du bon usage de la vie, p.80).
«Chaque fois que cela t'est possible, lève-toi pour devancer et saluer le lever du soleil et préserve pour ta vie intérieur ce temps privilégié qui précède le démarrage de la journée. C'est le temps du silence. Ce n'est ni celui du bavardage avec ton compagnon ou ta compagne, ni celui de la radio, ni celui de l'agitation mentale. C'est le temps de l'apaisement. Une sorte de prolongation du sommeil, la conscience en plus.» (Du bon usage de la vie, p.80).
Noël ne m'est plus rien. Je regarde ce jour comme un étranger qui découvrirait une fête qu'il ne connaît pas et qui ne le concerne pas, qui n'est pas de sa culture. J'ai mis longtemps à me dégager du sentiment de tristesse qui me pesait de voir que dans les familles morcelées, l'envie d'être tous ensemble était devenue tout à fait secondaire, que nous ne comptions pas assez les uns pour les autres pour mettre de côté nos petites querelles intestines au profit d'un moment de lumière et de joie. Je suis heureux pour ceux qui ont fait de ce jour un moment fort et incontournable au fil des ans. Mais j'ai également compris que c'est une perte de temps, et d'énergie, de vouloir réunir ceux qui ne se réunissent pas. Alors c'est à l'abri d'autres dates que j'ai donné rendez-vous à l'amitié. L'année offre d'autres étables, d'autres havres de paix pour se retrouver.
Formidable conseiller national (j'insiste, "conseiller!), Yvan Perrin, qui s'oppose à la suppression des mines antipersonnel car il ne sait pas par quoi elles seront remplacées si l'armée ne dispose plus de ces saletés. Mais par des tulipes, des coquelicots, voire même des brassées d'espoir mon cher Monsieur. Les idées ne me manquent pas et elles sont beaucoup plus intelligentes que les des munitions à guidage terminal que vous proposez. Tenez d'ailleurs à propos de vous guider vers un terminal à destination d'un pays où des enfants sautent chaque jour sur ce qu'on appelle des sous-munitions (parce qu'elles sont au-dessous de tout?), je peux également vous aider. Cela donnera du piment à vos footings matinaux, je vous assure, c'est très excitant de s'envoyer en l'air avec des Nike air.
http://www.tdg.ch/actu/suisse/yvan-perrin-udc-defend-armes-sous-munitions-passe-mechants-2011-12-21
http://www.tdg.ch/actu/suisse/yvan-perrin-udc-defend-armes-sous-munitions-passe-mechants-2011-12-21
Ah, oui, maintenant je vois mieux. Envie de voir une pièce de théâtre, donc, comme d'habitude, je passe commande et au moment de payer me vient soudainement une idée qui ne m'avait jamais traversé l'esprit ces trente-sept dernières années:
- Oui, mais la petite, on en fait quoi?
Car il est impossible de la laisser toute seule. C'est un sentiment très nouveau de savoir que quelqu'un ne peut à ce point pas se passer de moi. Même le chien est plus autonome.
- Oui, mais la petite, on en fait quoi?
Car il est impossible de la laisser toute seule. C'est un sentiment très nouveau de savoir que quelqu'un ne peut à ce point pas se passer de moi. Même le chien est plus autonome.
Un couple se définit aussi par la négative, par ces petites péripéties qui ne peuvent se produire qu'entre deux êtres qui s’aiment suffisamment pour en venir à furieusement s’agacer.
Ainsi lors d’un voyage, l’arrivée avec votre bien-aimée dans une grande ville qui vous est inconnue. Vous vous retrouvez sur une place très centrale. Tous les horizons s'offrent à vous, avec ses dédales de rues, de possibles, de feintes et d'impasses. Vous vous arrêtez quelques instants pour réfléchir à l'aide du plan à la direction à prendre pour rejoindre votre hôtel, lorsque vous vous entendez demander dans un soupir d’exaspération qui rappelle le freinage d’un trente tonnes:
- Donc tu ne sais pas où on doit aller?
Ainsi lors d’un voyage, l’arrivée avec votre bien-aimée dans une grande ville qui vous est inconnue. Vous vous retrouvez sur une place très centrale. Tous les horizons s'offrent à vous, avec ses dédales de rues, de possibles, de feintes et d'impasses. Vous vous arrêtez quelques instants pour réfléchir à l'aide du plan à la direction à prendre pour rejoindre votre hôtel, lorsque vous vous entendez demander dans un soupir d’exaspération qui rappelle le freinage d’un trente tonnes:
- Donc tu ne sais pas où on doit aller?
Le couple en voyage
Ainsi lors d’un voyage, l’arrivée avec votre bien-aimée dans une grande ville qui vous est inconnue. Vous vous retrouvez sur une place très centrale. Tous les horizons s'offrent à vous, avec ses dédales de rues, de possibles, de feintes et d'impasses. Vous vous arrêtez quelques instants pour réfléchir à l'aide du plan à la direction à prendre pour rejoindre votre hôtel, lorsque vous vous entendez demander dans un soupir d’exaspération qui rappelle le freinage d’un trente tonnes:
- Donc tu ne sais pas où on doit aller?
Cette question, vous n’êtes pas dupe, cache une tension sourde. Avec habileté, pour tenter d’éviter la confrontation, vous faites mine de vous concentrer assidûment sur les petits caractères de la carte, mais la voix, implacable, continue:
Cette question, vous n’êtes pas dupe, cache une tension sourde. Avec habileté, pour tenter d’éviter la confrontation, vous faites mine de vous concentrer assidûment sur les petits caractères de la carte, mais la voix, implacable, continue:
- Ecoute, je suis fatiguée, j'aimerais aller à l'hôtel me changer, déplier mes robes et me remaquiller.
Vous êtes partis à deux. Vous êtes arrivés à l’aéroport ensemble. Mais soudain, vous vous sentez très seul, perdu au milieu de cette ville univers, dont vous ne connaissez rien ni personne. Pourtant, il y a encore quelques instants, dans l'avion, elle vous tenait par la main au moment de l'atterrissage, comme si vous étiez sur le point de vous écraser. C’était tendre, c’était complice, c’était … Mais alors par quelle magie un séjour en amoureux peut-il soudainement se transformer en Koh-Lanta?
Le front perlant de sueur, les synapses en bisbilles, Alexanderplatz, Piccadilly circus, Time Square, Plainpalais, les Champs-Elysées, Krasnaïa plochad, Tian'anmen se mettent à tourner autour de vous comme un carrousel. Mais ce que vous ne perdez pas de vue, ce qui devient central sur cette place, voire même monumental, c’est elle, face à vous, qui a le don à cet instant d’arquer votre système nerveux à tout rompre. Elle commence à vous horripiler! Vous aimeriez la poser là, mais vous savez bien qu’elle aura tôt fait de trouver l’hôtel, d’y être même avant vous. Moyennant un petit minois dépité sur lequel aura coulé un trait calligraphique de mascara, elle ne tardera pas à trouver un bonhomme qui se fera un plaisir de l’aider. Et ça, tout le monde en conviendra, il n’en est pas question! Vous êtes sur le point de lui dire:
- Mais enfin, tu veux quoi? Prends-la toi cette carte si tu es tellement pressée, au lieu d’attendre comme un boulet que je te dise par où aller.
Mais vous vous ravisez. Toute forme de rébellion de votre part ne ferait que compliquer la situation. Alors sans savoir pourquoi, vous vous mettez à marcher, à l’aveugle, en espérant que la fortune vous mette sur la bonne voie:
Vous êtes partis à deux. Vous êtes arrivés à l’aéroport ensemble. Mais soudain, vous vous sentez très seul, perdu au milieu de cette ville univers, dont vous ne connaissez rien ni personne. Pourtant, il y a encore quelques instants, dans l'avion, elle vous tenait par la main au moment de l'atterrissage, comme si vous étiez sur le point de vous écraser. C’était tendre, c’était complice, c’était … Mais alors par quelle magie un séjour en amoureux peut-il soudainement se transformer en Koh-Lanta?
Le front perlant de sueur, les synapses en bisbilles, Alexanderplatz, Piccadilly circus, Time Square, Plainpalais, les Champs-Elysées, Krasnaïa plochad, Tian'anmen se mettent à tourner autour de vous comme un carrousel. Mais ce que vous ne perdez pas de vue, ce qui devient central sur cette place, voire même monumental, c’est elle, face à vous, qui a le don à cet instant d’arquer votre système nerveux à tout rompre. Elle commence à vous horripiler! Vous aimeriez la poser là, mais vous savez bien qu’elle aura tôt fait de trouver l’hôtel, d’y être même avant vous. Moyennant un petit minois dépité sur lequel aura coulé un trait calligraphique de mascara, elle ne tardera pas à trouver un bonhomme qui se fera un plaisir de l’aider. Et ça, tout le monde en conviendra, il n’en est pas question! Vous êtes sur le point de lui dire:
- Mais enfin, tu veux quoi? Prends-la toi cette carte si tu es tellement pressée, au lieu d’attendre comme un boulet que je te dise par où aller.
Mais vous vous ravisez. Toute forme de rébellion de votre part ne ferait que compliquer la situation. Alors sans savoir pourquoi, vous vous mettez à marcher, à l’aveugle, en espérant que la fortune vous mette sur la bonne voie:
- Tu es sûr que c’est par là? demande-t-elle
Vous êtes un pauvre petit mâle perdu dans la jungle urbaine. Elle cherche à vous faire comprendre que selon le modèle éprouvé du chasseur-cueilleur, vous n’auriez pas été reconnu apte à pouvoir assurer la protection du clan. A la colère succède un sentiment d’affliction. Vous sentez pitoyable. Tout est de votre faute. Pourquoi n’avez-vous pas pris plus de temps à reconnaître le terrain sur une carte? La toile ne manque pas de sites qui auraient pu vous aider. Vous vous en voulez de ne pas vous être montré à la hauteur, d’avoir pris à la légère les données topographiques.
Mais vous êtes injuste avec vous-même, car vous avez fait exactement ce qu’il fallait. A l’aéroport, vous avez bien pris le train qui vous a conduit ici. Mais à la défaveur d’un instant de doute, elle vous a déstabilisé. Vous vous étiez préparé. Vous vous étiez maintes fois répété:
- Ne pas perdre de vue l’objectif, quoi qu’elle dise. Je suis l’homme, j’assure.
Et patatras! Au moindre soupçon de sa part, vous ne tenez plus le cap.
- Tu es sûr que c’est le bon arrêt? Tu m’avais dit qu’il y aurait une grande verrière.
En effet, vous vous êtes trompé, c’est l’arrêt suivant. Rien de grave. Si ce n’est que vous vous sentez mis à l’épreuve, examiné. Alors, vous rétorquez dans votre désarroi:
- Mais nous ne sommes pas venus ici pour faire une course d’orientation!
Vous êtes un pauvre petit mâle perdu dans la jungle urbaine. Elle cherche à vous faire comprendre que selon le modèle éprouvé du chasseur-cueilleur, vous n’auriez pas été reconnu apte à pouvoir assurer la protection du clan. A la colère succède un sentiment d’affliction. Vous sentez pitoyable. Tout est de votre faute. Pourquoi n’avez-vous pas pris plus de temps à reconnaître le terrain sur une carte? La toile ne manque pas de sites qui auraient pu vous aider. Vous vous en voulez de ne pas vous être montré à la hauteur, d’avoir pris à la légère les données topographiques.
Mais vous êtes injuste avec vous-même, car vous avez fait exactement ce qu’il fallait. A l’aéroport, vous avez bien pris le train qui vous a conduit ici. Mais à la défaveur d’un instant de doute, elle vous a déstabilisé. Vous vous étiez préparé. Vous vous étiez maintes fois répété:
- Ne pas perdre de vue l’objectif, quoi qu’elle dise. Je suis l’homme, j’assure.
Et patatras! Au moindre soupçon de sa part, vous ne tenez plus le cap.
- Tu es sûr que c’est le bon arrêt? Tu m’avais dit qu’il y aurait une grande verrière.
En effet, vous vous êtes trompé, c’est l’arrêt suivant. Rien de grave. Si ce n’est que vous vous sentez mis à l’épreuve, examiné. Alors, vous rétorquez dans votre désarroi:
- Mais nous ne sommes pas venus ici pour faire une course d’orientation!
Elle le sait autant que vous. D’ailleurs, tout s’arrangera comme par magie aussitôt les bagages posés à l’hôtel. Dès vos premières flâneries, elle se réjouira de se perdre avec vous, quitte à devoir passer la nuit à retrouver le chemin. Elle trouvera même cela poétique, romantique. Elle vous en voudrait de vouloir tout organiser, de ne pas être surpris avec elle de découvrir ce petit café dans une ruelle obscure. Elle aime que vous soyez désorganisés ensemble, sauf, allez savoir pourquoi, à cet instant, sur cette place, où elle veut coûte que coûte rejoindre l’hôtel. Alors, cahin-caha, vous vous acheminez vers un taxi avec votre valise à roulettes qui s’achoppe sur chaque pavé en manquant de se renverser, et qui ne vous rappelle en rien ce pavé proustien qui aurait dû faire jaillir un monde de souvenir. Le chauffeur éclate de rire en vous disant que vous êtes à l’exact opposé de votre destination. Mais là, surprise, elle ne vous le reproche pas. Elle se contente de vous murmurer à l’oreille en posant un baiser sur votre joue:
- J’adore voyager avec toi...
Vous n’y comprenez rien, mais vous êtes ravi, et soyez sûr d’une chose: vous formez bien un couple.
Image - ©miaweditions.canalblog.com
- J’adore voyager avec toi...
Vous n’y comprenez rien, mais vous êtes ravi, et soyez sûr d’une chose: vous formez bien un couple.
Image - ©miaweditions.canalblog.com
On m'a fait remarquer que je m'étais mis à parler fort, ce dont je ne m'étais pas rendu compte.
- Si, si, tu ne parlais jamais fort comme ça, avant.
J'ai fini par m'en rendre compte, et j'ai compris pourquoi. Je lui parlais comme à une personne sourde ou très âgée en espérant qu'elle me comprenne. Mais elle se contrefiche de mes mots. Tout ce qui compte, pour elle, se sont mes actes, l'intonation de ma voix qui est l'exact reflet de mes dispositions intérieures. Je pourrais hurler des «je t'aime» déchirants qu'elle se demanderait si j'ai mal quelque part...
Pour un homme de l'écrit une petite fille qui babille offre une occasion unique: celle de faire l'expérience de la racine première des mots. Manger prend l'expression cocasse de sa bouche qui s'ouvre si grande qu'elle a les yeux qui plisse et le nez qui fronce. La moindre babiole rend vivant le verbe jouer. Dire qu'on l'aime et qu'on tient à elle n'est pas plus compliqué que de la serrer fort contre soi. Pleurer dit une gêne qui peut-être toute simple et très concrète. Sourire est une percussion direct sur le cœur, et le baromètre de son bien-être. Parler ne veut rien dire de compréhensible, parce qu'elle doit savoir que de toute manière les adultes peinent énormément à comprendre les choses essentielles. Dormir est une clé des songes, un verbe dont elle se méfie encore parce qu'elle aime tellement ce Réel qu'elle dévore à pleine dent (même si elle n'en a que six), qu'elle doute qu'il réapparaisse à son réveil. Et c'est à nous de lui prouver que c'est vrai, oui, que nous serons là, dès qu'elle ouvres les yeux, que nous l'aurons précédée à l'aube pour la porter vers le jour nouveau.
Mesdames, pour faire participer le père à la tâche si gratifiante des langes à changer, rien de plus simple: félicitez-le. Valorisez-le, comme un tout petit qui fait ses premiers pas. Dites-lui combien c’est merveilleux qu’il ait le courage de temps à autre d’accomplir une besogne que vous avez déjà faite des centaines de fois en quelques mois. Car le père a tendance à oublier le bas matériel de sa progéniture. Il ne sait pas que le produit de ce petit paquet de vie lui appartient également, et que personne n’a songé, Ô grand jamais, de le priver de quoi que ce soit qui vienne du petit être.
[Lire toute la chronique...]
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Des pères et des (l)anges
D’ailleurs, il est temps de faire un sort à ce cliché qui voudrait que les pères rechignent à s’occuper de mettre au propre leur bambin. Beaucoup d’hommes le font spontanément, conscients que, sur le chemin de l’égalité, ils ont eux aussi le droit de mettre la main à la pâte. Rares sont ceux qui, au XXIe siècle, ne savent pas qu’un bébé ne naît pas langé. Bien entendu, il y a ceux qui pensent à tort que changer un lange exposerait de manière trop impudique leur part de féminité. Laissons-leur le temps d’apprivoiser l’idée que le gros œuvre infantile n’est pas une question de genre, mais de nécessité. Quant aux autres, c’est simple: ils n’osent pas. Lorsqu’ils ont vu la maman faire face avec agilité et assurance à un transit submergeant tous azimuts leur imagination, et ramener un marmot ripoliné, ils se sont persuadés qu’ils ne seraient jamais à la hauteur. Pire, ils se sont sentis exclus de cette intimité exclusive entre la mère et l’enfant. Souvenez-vous lorsque vous lui avez proposé d’effectuer la tâche acrobatique de séparer le module lange du corps de l’enfant. Il vous avait répondu:
- Tu en es vraiment sûre?
Son hésitation masquait une joie retenue depuis si longtemps: celle d’être admis dans le saint des saints de la maternité et de découvrir tout ce que les arcanes de la croissance rejettent de déchets organiques, comme des copeaux dans l’atelier d’un luthier.
Je vois encore une autre raison importante d’encourager les pères à s’occuper de cette matière première. En participant à la basse besogne, il se prépare à faire face à ces paroles douloureuses et explosives que tout adolescent qui tient à se réaliser pleinement - paraît-il - ne manque pas de dire un jour à des parents dépassés:
- Vous m’em...dez!
Il pourra se souvenir, en regardant le rebelle acnéique qui a tout vu et tout vécu, du bon soin qu’il aura pris de lui, à toute heure du jour et de la nuit, pour qu’il ne macère pas dans ses langes. Et il saura que ses propos n’ont pas une consistance bien différente de celle de ses premiers transits. Le jeune homme ou la jeune femme en devenir, pour ne pas être des constipés du vivant, doivent rejeter ce qui n’a pu être métabolisé. Il en va de leur santé. Malheureusement, aucun fabricant ne propose de protection pour canaliser ces éructations revendicatrices et provocatrices. Il ne reste donc aux parents qu’à éponger au mieux, et avec patience, sans en rajouter une couche, ces mots qui ne manquent pas de sel. Et de se consoler en songeant que c’est une des missions de toute bonne éducation de permettre aux enfant de s’extraire de leur bourbier premier pour prendre leur envol.
Amen.
J'ai observé ses efforts titanesques, ses tentatives entêtées pour y parvenir, encore et encore et encore. Puis hier, hop!, d'un coup de hanche énergique, ça y est, elle s'est mise debout sous mes yeux ébaudis. Miracle. En quelques mois, elle a accompli ce que l'espèce a mis des milliers d'années à accomplir.
Elle vient de franchir une étape clé. Perchée là-haut, elle va maintenant acquérir le sens de l'équilibre, trouver son centre de gravité.
Elle vient de franchir une étape clé. Perchée là-haut, elle va maintenant acquérir le sens de l'équilibre, trouver son centre de gravité.
Elle est toute tranquille. Elle est étendue, la tête contre moi, sur le canapé, en train de castoriser un de ces petits biscuits pour les sans-dent. Nous écoutons de la musique pour elle, mais nous rêvassons tous les deux. Le soir se couche. Dans la maisonnée, nous entendons les gens rentrer de leur travail. Chacun vaque à ses occupations. Bonheur.
Je découvre que bon nombre d'interlocuteurs n'ont plus la capacité de se concentrer sur ce que vous leur dites au-delà d'une toute petite minute. Selon le principe de la pub, si ce que vous avez à dire ne correspond pas à leur intérêt immédiat, ils décrochent, et vous voyez qu'ils sont absents et ne prennent même pas la peine de faire l'effort d'entrer dans votre propos. Ils ne sont pas concernés, donc ça ne les intéresse pas. Quelle mollesse psychique, quelle carence des dispositions intérieures! Et le pire, ce sont ceux qui acquiescent mécaniquement, comme des bovidés.
Etonnant d'avoir pu croire en surface durant toute une vie. Effectivement, dans ce cas je trouve que Pierre Bavaud fait preuve d'un athéisme, comment dirais-je... salutaire?
http://www.24heures.ch/actu/suisse/80-ans-ecrivain-chretien-michel-bavaud-ne-croit-dieu-2011-12-12
http://www.24heures.ch/actu/suisse/80-ans-ecrivain-chretien-michel-bavaud-ne-croit-dieu-2011-12-12
Héberger un site est une opération devenue pour le moins aisée. Héberger mon semblable, que je ne connais pas, qui ne m’est rien ni ne m’impose aucun devoir, parce qu’il est dans la nécessité, l’affaire est bien différente. Il a besoin d’un toit, pour une nuit, quelques jours, bien, bien, tant que ce n’est pas le mien, tant qu’il ne vient pas déranger ma petite paix de bibelots bien rangés. Et puis il pourrait me piquer mon ifaune en repartant ? Oui, cet escargot sans coquille me fait faire la grimace. Pourquoi sa présence me met-elle en déroute alors que c’est lui qui est au bord de la route. Peut-être parce que chaque jour de ma vie j’ai eu un toit, un foyer qui m’attendait. Mais lui, temporairement du moins, il n’a plus ce havre vital. Et en Suisse, ne pas être très précisément localisable, c’est louche. Le bohémien est malvenu, on se méfie des semelles de vent. S’arrêter là où tout le monde passe vous rend aussitôt suspect.
Je comprends à ma réaction que je considère celui que je ne connais pas comme un danger potentiel. Je préfère encore donner de quoi dormir en espèce à un inconnu de mon espèce plutôt que de lui offrir l’hospitalité. Pourtant c’est un si beau verbe, héberger, qui devient par un jeu de mot facile l’appel au berger : Hé, berger !. Un verbe voyageur, comme une auberge sur le chemin, qu’elle soit de jeunesse ou pour le pèlerin, un lieu où trouver le gîte et le couvert, un atterrage sur la route. C’est un des verbes premiers de la langue française, de ceux qui prennent bon soin d’autrui : on héberge toujours quelqu’un, un toi qui cherche un abri, de fortune ou hors de prix. Être hébergé dit la nécessité d’être protégé, comme on a besoin d’être nourri, soigné ou aimé. Mais sous nos latitudes le sens de l’hospitalité s’est perdu au profit de nos individualités cadenassées. Dire le contraire reviendrait à dire que le berger ment...
Je comprends à ma réaction que je considère celui que je ne connais pas comme un danger potentiel. Je préfère encore donner de quoi dormir en espèce à un inconnu de mon espèce plutôt que de lui offrir l’hospitalité. Pourtant c’est un si beau verbe, héberger, qui devient par un jeu de mot facile l’appel au berger : Hé, berger !. Un verbe voyageur, comme une auberge sur le chemin, qu’elle soit de jeunesse ou pour le pèlerin, un lieu où trouver le gîte et le couvert, un atterrage sur la route. C’est un des verbes premiers de la langue française, de ceux qui prennent bon soin d’autrui : on héberge toujours quelqu’un, un toi qui cherche un abri, de fortune ou hors de prix. Être hébergé dit la nécessité d’être protégé, comme on a besoin d’être nourri, soigné ou aimé. Mais sous nos latitudes le sens de l’hospitalité s’est perdu au profit de nos individualités cadenassées. Dire le contraire reviendrait à dire que le berger ment...
Le petit enfant dans son parc. On ôte deux barreaux, ce qui lui permettrait de passer, mais il se tient à genoux face au vide et ne voit pas qu'il peut venir vers vous. On sourit de son hésitation, en se demandant toutefois combien de barreaux furent ôtés dans notre vie sans que nous saisissions l'opportunité de nous dépasser.
L'exercice du 10h à la banane écrasée. Résultat: canapé couvert, fringues à changer, cheveux aromatisé, visage de la petite tartiné, le tout en trois cuillères. Se réjouit du réveil de la petite pour voir comment elle va m'éternuer ces pâtes sur le visage. Pendant ce temps, la mère se fait faire les ongles et va shoppinguer. Est-ce qu'au XIXe siècle pareille situation eût été possible à l'heure de l'apéro?
Je lis avec une infinie méticulosité le chapitre "sommeil du petit enfant" et je frémisau passage "il n'y a pas de recette mais..." en priant Morphée pour que malgré tout la recette marche, recette qui prend 21 jours, bon, même pour cuire un bon gigot il ne faut pas autant de temps, mais 21 jours, c'est peu de chose finalement (je me répète, "c'est peu de chose, c'est peu de chose"). Je n'attend que le réveil de la maman pour lui mettre sous le nez le passage: "ne mettez JAMAIS l'enfant dans votre lit, il y sera encore à l'adolescence"... 21 jours contre 18 ans, oui, ça doit être jouable. J'ai déjà fait l'erreur avec le chien (mais le chien, lui, au pire ronfle, mais en tout cas ne babille pas des histoires toute la nuit!)
C'est très bien que les personnes qui dessinent les vestes d'hiver pour enfants rêvent de look chic et choc pour les petiots, mais si en plus ils pouvaient prendre quelques minutes pour se demander si ces vestes peuvent se mettre et s'ôter facilement, ce serait une bonne chose. Ce qui est un détail pour le Créateur peut devenir une corvée répétitive pour l'humble parent.
Le père:
- Je ne me laisserai pas manipuler par ce truc qui veut me faire marcher toute la nuit pour s'endormir.
La mère:
- Ecoute, on vient de rentrer, je ne crois pas que ce soit un caprice, tu pourrais te montrer plus doux.
Le père:
- Elle veut nous prendre en otage. En OTAGE, je te dis! En otage! Bientôt il faudra payer un bakchich pour avoir le droit de vivre en paix chez soi!
La mère:
- Tu as vu sa taille? Tu trouves qu'elle a la dégaine d'un malfrat? Elle n'a ni cartouche en bandoulière, ni cravate...
Le père:
- C'est bien pire, elle a pris l'aspect d'une toute petite fille, c'est une manipulatrice.
Et ainsi de suite, lui convaincu que les enfants sont des pervers polymorphes (surtout quand ils ne veulent pas dormir) et elle qui fait front de toute sa tendresse maternelle contre cette incompréhension du mâle brutale, sommaire, impatient.
Résultat: on va finir par s'entendre autour d'un bock de lait supplémentaire pour noyer l'affaire.
- Je ne me laisserai pas manipuler par ce truc qui veut me faire marcher toute la nuit pour s'endormir.
La mère:
- Ecoute, on vient de rentrer, je ne crois pas que ce soit un caprice, tu pourrais te montrer plus doux.
Le père:
- Elle veut nous prendre en otage. En OTAGE, je te dis! En otage! Bientôt il faudra payer un bakchich pour avoir le droit de vivre en paix chez soi!
La mère:
- Tu as vu sa taille? Tu trouves qu'elle a la dégaine d'un malfrat? Elle n'a ni cartouche en bandoulière, ni cravate...
Le père:
- C'est bien pire, elle a pris l'aspect d'une toute petite fille, c'est une manipulatrice.
Et ainsi de suite, lui convaincu que les enfants sont des pervers polymorphes (surtout quand ils ne veulent pas dormir) et elle qui fait front de toute sa tendresse maternelle contre cette incompréhension du mâle brutale, sommaire, impatient.
Résultat: on va finir par s'entendre autour d'un bock de lait supplémentaire pour noyer l'affaire.
Tout nouveau parent se découvre une troisième oreille qui veille malgré lui, de manière presque instinctive et animale, celle qui se demande pourquoi elle dort tant ou pourquoi elle ne dort pas, et puis, respire-t-elle, et on sait qu'elle respire, mais si elle ne respirait pas, mais elle respire, alors on est content de voir qu'elle respire, mais on va quand même vérifier, comme ça, pour le plaisir de voir qu'on s'était trompé, et d'ailleurs, si elle avait dû ne pas respirer chaque fois qu'on se demandait si elle respire, on aurait déjà décimé la moitié de la population de la ville, mais vous voyez, soudainement, on se surprend à être très primaire: que la ville ne respire pas, bon, ce n'est pas notre faute... Mais elle!
Quelques jours à Addis Abeba suffisent à me convaincre, si besoin en était, que ce n'est qu'une loterie de naissance qui nous fait naître à tel ou tel endroit. Aucun mérite personnel là-dedans, et en aucun cas, c'est une évidence, un motif pour en conclure à une quelconque supériorité des uns sur les autres. Il faudrait d'ailleurs être complètement demeurés pour se prévaloir d'être un nanti.
43'000 ans... C'est la longévité de l'arbre le plus verdoyant que l'homme ait trouvé... Je vous dis, ils sont immortels. Le même arbre peut être fait de mort, de printemps et de croissance, tout ceci en même temps! Le vieillard appuyé sur sa béquille prend soin du nouveau-né qui fleurit et pousse d'une feuille vert tendre, tandis qu'une part ancestrale ou foudroyée laisse entrevoir la béance du passé.
On me dit souvent que j'exagère, que je ne devrais pas suggérer aux gens qui m'invitent le menu que j'adorerais voir servi... Mais bon, la raclette d'Yves, la lasagne de Cyril (qui fait aussi de merveilleuses raclettes), les gnocchis de la maman de Lara (qui a quitté l'Italie pour la Suisse, du coup je vais pouvoir en manger plus souvent), le poulet de Michèle, l'agneau en croûte lardé de jambon de Parme de Nathalie, la sauce à salade de ma grand-mère, les champignons d'Alecia, la côte de boeuf d'André, la tarte de Savièse de Corine, le cake au citron de la maman de Natalie, le jambon au Porto de la maman de Christian, les accras de Fatima, les croissants au jambon fait par la maman de Loïc le stagiaire que je tentais de manipuler pour qu'il en amène plus souvent ... Pourquoi faudrait-il que je renonce à tous ces trésors?
Je sais gré à cette agence de voyages (Globus Gateway) de n'avoir cherché le billet au tarif le plus avantageux qu'au moment où je leur ai fait remarquer que leur proposition n'était pas la plus pratique et que j'avais trouvé une meilleure solution. Ils m'ont répondu quelques minutes plus tard et le prix de mon billet est passé de CHF 2200 à CHF 1600 (oui, pour la même destination).
Quelques observations:
Quelques observations:
1 - De qui se moque Globus Gateway? Quelle est leur valeur ajoutée par rapport au web?
2 - Si je leur avais fait confiance, je me serais fait truandé de CHF 1'600! (Economie faite sur les deux billets que j'étais prêt à leur acheter)
3 - Toujours demander deux offres, faire marcher la concurrence, ne pas faire confiance ou baser cette confiance sur des comparatifs*. C'est une bonne manière de faire des économies (primes d'assurances, etc). Le principe est une évidence, mais sur lequel nous transigeons bien souvent par paresse.
Enfin, Globus Gateway, retenez le nom, demandez-leur une offre, allez ailleurs et reversez ce que vous avez économisé à une bonne œuvre.
* Une exception cependant: le prix du fromage de chèvre. Il y a des luxes pour lesquels il ne faut pas compter.
* Une exception cependant: le prix du fromage de chèvre. Il y a des luxes pour lesquels il ne faut pas compter.
Soit un problème compliqué que l'un passera sa vie entière à décortiquer sans parvenir à le résoudre alors que l'autre trouvera rapidement et avec aisance la réponse la plus simple et la plus élégante qui soit. Spontanément je me range du côté du pauvre bougre qui passera à côté du but. C'est ma manière à moi de mettre dans le mille.
«Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.»
Le COMME est redoutablement efficace. C'est à la mesure de ma capacité de pardonner, de prendre sur moi, en moi, et de dépasser la blessure, que je serai à mon tour pardonné. «Ce que tu veux que les autres fassent pour toi, fais-le pour eux.»
Le COMME est redoutablement efficace. C'est à la mesure de ma capacité de pardonner, de prendre sur moi, en moi, et de dépasser la blessure, que je serai à mon tour pardonné. «Ce que tu veux que les autres fassent pour toi, fais-le pour eux.»
Mille milliards d'euros
Car le mot MILLIARD est utilisé pour faire monstrueux, pour faire Jurassic Cash, et prouver aux contribuables-soldats de tous les pays que le problème n'est plus du ressort de ceux qui ont générés la crise. L’origine de la catastrophe s’est volatilisée avec ceux qui nous disaient le plus sérieusement du monde qu’ils veilleraient à ce que ça n’arrive pas. Plus personne ne peut être humainement tenu responsable face à une énormité en MILLIARDS, avec un S, pour avoir encore plus peur. Qui aurait le toupet de dire:
- Moi, MILLIARDS, j’en fais mon affaire!
Mais si c’est une question de MILLIARDS, j’ai la hardiesse de me demander s’il ne serait pas urgent de construire illico des dizaines de prisons pour héberger tous les bâtisseurs de désastre? Vu que nous allons écoper pour eux, et donner du temps de notre précieuse vie, il serait légitime que nous sachions qu’ils sont sous les verrous et qu’ils ne seront pas payés pour recommencer ailleurs. Nous voulons être sûrs que les MAD sont OFF. (Tandis que j’écris cette phrase, je ne doute pas qu’ils soient payés, et grassement, pour continuer, pour avoir de nouvelles idées d'appauvrissement et de délocalisations, ces gens-là ne s’arrêteront jamais.)
MILLIARD, c'est la nouvelle perfusion anesthésiante planétaire que l'on vaporise dans l'esprit du badaud afin qu'il ne se demande surtout pas si on ne serait pas en train de le mener en bateau. Les réducteurs de têtes tentent de nous persuader que la seule grille de lecture du monde est économique. Même notre santé est devenue économique nous assure-t-on. Et pour s’assurer que nous ne fassions pas preuve d’esprit critique, on a jugé bon de nous mettre cette grosse patate dans la bouche, MILLIARDS! MILLIARDS! MILLIARDS! afin que nous ayons de quoi nous occuper pour le restant de nos jours et même jusqu’à la fin des temps. MILLIARD n’est pas destiné à nous faire rêver à l’immensité de l’univers, mais à nous assommer comme de vulgaires poulets
MILLIARD est né des noces d'ECONOMIE et de CUPIDITÉ. MILLIARD est un monstre chimérique, mais il nous est interdit de douter de son existence. Il paraît qu'on peut voir cette chimère se refléter sous forme d’idéogrammes boursiers à travers la pupille hallucinée d'un trader qui s'explose la synapse entre trois téléphones et six écrans. Moi, je ne l'ai jamais vu. Je suis allé demander à mon entourage s’il avait vu MILLIARD:
- Avez-vous vu MILLIARD?
- Non, m’a-t-on répondu, comment veux-tu qu’on puisse même se le représenter?
C'est très malin leur histoire de MILLIARD. Personne ne l'a jamais vu, mais comme tout le monde en parle, c'est qu'il doit exister. MILLIARD, c’est le nivellement par le bas. La Grèce n’est plus qu’une dette. Bientôt ce sera le tour de l’Italie, puis du Portugal. MILLIARD va ruiner une Europe si riche de ses différences culturelle. Aujourd’hui, l’Europe n’est plus qu’une question de MILLIARDS à régler. Puis les Chinois rachèteront MILLIARDS pour pas cher afin que leurs retraités puissent écouler des jours paisibles au milieu des vestiges d’une grande civilisation broyée par MILLIARDS et EURO. Je suis tombé sur les barbares, c’est la faute à MILLIARD, le nez sur le carreau, c’est la faute à EURO.
Et puis vous comprenez, si la Grèce, l’Italie, le Portugal sont en péril, alors l’Afrique, alors les millions d’êtres qui ont faim, alors l’Humanité, vous êtes gentil de repasser, vous voyez bien que nous avons des blessés graves ici.
Ainsi va la vie? Vraiment?
Et j'ai entendu dire récemment que nous étions 7 MILLIARDS d'individus sur la planète. Voilà une bonne nouvelle. Je vais de ce pas réunir mes amis pour organiser la résistance. Notre programme?
1- Passer du chiffre à l’être.
2- Revenir du MILLIARD au trésor de nos singularités partagées.
3 - Ne pas se laisser réduire à une grille de lecture économique du monde.
- Vous comprenez, les abus du système social, m'expliquait-on.
Mais que sont les abus du social face aux abus de la finance? Quelques millions de francs? Face à des MILLIARDS! Quelle importance face à cette nécessité vitale d'une société qui prend soin de ses membres? Quelle mesquinerie de s'atteler à faire justice à l'endroit du plus faible et de laisser le plus fort pavaner qui a été dédommagé pour ses actions criminelles.
Mais que sont les abus du social face aux abus de la finance? Quelques millions de francs? Face à des MILLIARDS! Quelle importance face à cette nécessité vitale d'une société qui prend soin de ses membres? Quelle mesquinerie de s'atteler à faire justice à l'endroit du plus faible et de laisser le plus fort pavaner qui a été dédommagé pour ses actions criminelles.
On vit dans un monde formidable... Comme cet homme était SDF, les services sociaux lui ont supprimé 25% de la rente destinée à son loyer. C'est évident, il n'en avait plus besoin vu qu'il vivait dans la rue...
http://www.24heures.ch/vaud-regions/actu/homme-bois-trouve-paradis-aigle-2011-11-03
http://www.24heures.ch/vaud-regions/actu/homme-bois-trouve-paradis-aigle-2011-11-03
«Il y a
attendre un peu, pendant qu'on fait le café
il y a
se battre un peu avec un ordinateur en sursis et inconnu
il y a
sentir odeur café et entendre bruits
il y a saluer qui passera par ici
il y a trouver une belle photo qui restait dans cette machine et qui me fait penser à une nièce chère
il y a voilà, voilà»
(http://brigetoun.blogspot.com/)
attendre un peu, pendant qu'on fait le café
il y a
se battre un peu avec un ordinateur en sursis et inconnu
il y a
sentir odeur café et entendre bruits
il y a saluer qui passera par ici
il y a trouver une belle photo qui restait dans cette machine et qui me fait penser à une nièce chère
il y a voilà, voilà»
(http://brigetoun.blogspot.com/)
Ces personnes pathétiquement cachottières qui sont convaincues de tromper leur monde alors que ce sont les seules à ne pas s'apercevoir que tout le monde est au courant de leurs petites manigances. Que mon bouledogue tente de me faire croire qu'il n'a pas encore eu sa gamelle car il ne sait pas qu'entre humains, on peut se parler, passe encore. Mais un adulte...
Restructurer: quel bien joli verbe, utilisé à outrance pour parler d'entreprises qui ont un vrai défaut d'imagination, donc d'humanité.
Restructurer, c'est remodeler, c'est faire œuvre d'entreprendre et de créer autrement.
Restructurer, ce n'est en aucun cas contourner la difficulté en éliminant ceux qui ont participé à votre croissance jusqu'à présent.
Alors que pour eux, restructurer, c'est dégraisser, nettoyer, mettre de l'ordre dans une ligne comptable, parce qu'en somme, nous ne sommes pas plus que ça et il faut que les actionnaires, ceux qui par ailleurs ne font aucune action, et en tout cas pas bonne œuvre de bien vivre, puissent s'enrichir encore plus sur le dos de ceux qui n'auront plus rien. Et ça ne les dérangera pas le moins du monde, leur vrai souci étant de constater que le jardinier à mal taillé la haie.
Mais dans quel monde vit-on?
Restructurer, c'est remodeler, c'est faire œuvre d'entreprendre et de créer autrement.
Restructurer, ce n'est en aucun cas contourner la difficulté en éliminant ceux qui ont participé à votre croissance jusqu'à présent.
Alors que pour eux, restructurer, c'est dégraisser, nettoyer, mettre de l'ordre dans une ligne comptable, parce qu'en somme, nous ne sommes pas plus que ça et il faut que les actionnaires, ceux qui par ailleurs ne font aucune action, et en tout cas pas bonne œuvre de bien vivre, puissent s'enrichir encore plus sur le dos de ceux qui n'auront plus rien. Et ça ne les dérangera pas le moins du monde, leur vrai souci étant de constater que le jardinier à mal taillé la haie.
Mais dans quel monde vit-on?
«Je sentis en le lisant que l'auteur, avant de partir, avait résolu de n'admirer que les choses pour lesquelles son admiration lui ferait honneur, et de ne voir la nature et les arts qu'à travers les lunettes que des générations de pédants et d'imposteurs lui avaient transmises.» (Samuel Butler, Ainsi va toute chair, édition traduite et préfacée par Valéry Larbaud... rien que ça, quel luxe, mais quel luxe!)
Matthieu Ricard donne une conférence devant plus de 900 personnes. Pendant près de deux heures qu'il parle et répond aux questions. Voilà que la conférence touche à sa fin et qu'une question un peu saugrenue lui est posée, sur le mode de-la-vertu-de-la-peau-d'-orange-sur-l'-expiration-transcendantale. Et à cet instant précis, Matthieu Ricard décide d'interrompre la conférence:
- Sans vous offenser le moins du monde, je crois que nous allons nous arrêter là.
Rien ne dit qu'il n'aurait dans un autre contexte pas répondu à la question. Mais voilà, la fatigue se fait sentir, et puis ce n'est peut-être pas le lieu pour débattre de tout et n'importe quoi. Celui qui posait sa question reste sur sa faim, mais peut-être n'est-ce pas un mal. Eh bien, figurez-vous que des illuminés ont écrit pour reprocher à Matthieu Ricard de parler de bienveillance, mais de ne pas avoir pris la peine de répondre à ce pauvre bougre.
C'est tout de même assez déroutant la manière dont certaines personnes prennent en otage l'orateur, oui, vraiment en otage, estimant qu'il doit correspondre à toutes les attentes qu'ils ont cristallisées sur lui, que c'est son devoir, qu'il est leur chose. Si vous êtes un personnage public, et qui plus est, bouddhiste ou chrétien, vous devez sourire et répondre à tout et n'importe quoi avec patience, compassion et un plat de tortellinis.
Je pense que ce soir-là, Matthieu Ricard, sans intention particulière, et surtout sans chercher à blesser qui que ce soit, a offert au Monsieur à la question bizarre, ainsi qu'à une bonne dizaine d'autres, un sujet de frustration leur permettant de méditer sur les attentes déplacées et fantasmatiques qu'ils peuvent avoir à l'égard d'autrui.
- Sans vous offenser le moins du monde, je crois que nous allons nous arrêter là.
Rien ne dit qu'il n'aurait dans un autre contexte pas répondu à la question. Mais voilà, la fatigue se fait sentir, et puis ce n'est peut-être pas le lieu pour débattre de tout et n'importe quoi. Celui qui posait sa question reste sur sa faim, mais peut-être n'est-ce pas un mal. Eh bien, figurez-vous que des illuminés ont écrit pour reprocher à Matthieu Ricard de parler de bienveillance, mais de ne pas avoir pris la peine de répondre à ce pauvre bougre.
C'est tout de même assez déroutant la manière dont certaines personnes prennent en otage l'orateur, oui, vraiment en otage, estimant qu'il doit correspondre à toutes les attentes qu'ils ont cristallisées sur lui, que c'est son devoir, qu'il est leur chose. Si vous êtes un personnage public, et qui plus est, bouddhiste ou chrétien, vous devez sourire et répondre à tout et n'importe quoi avec patience, compassion et un plat de tortellinis.
Je pense que ce soir-là, Matthieu Ricard, sans intention particulière, et surtout sans chercher à blesser qui que ce soit, a offert au Monsieur à la question bizarre, ainsi qu'à une bonne dizaine d'autres, un sujet de frustration leur permettant de méditer sur les attentes déplacées et fantasmatiques qu'ils peuvent avoir à l'égard d'autrui.
Cette femme, souffrant d'un grave cancer, qui se rend à une fête de l'école dans laquelle une de ses filles fait une représentation. La plupart des gens se détournent d'elle, comme si c'était une pestiférée. Sauf une dame qui apparemment, la pauvre, n'était pas au courant des risques qu'elle courait en s'approchant trop près - car tout le monde sait que le cancer, comme le sida, s'attrape avant tout par l'air qu'on respire et l'imagination.
Donc cette dame dit:
- J'ai appris que vous étiez malade...
L'autre lui dit que non, que ça va, puis, poussée par sa mère qui l'encourage à parler, vu la sympathie dont son interlocutrice fait preuve, finit par dire:
- En effet, on m'a diagnostiqué un cancer.
Et là, dans un mouvement qui touche à l'abject, celle qui s'était fait une vertu d'être si bonne se détourne en lui disant:
- N'en dites pas plus, c'est assez, je ne veux rien savoir de plus! Au revoir! Au revoir!
Si l'une souffrait du cancer, l'autre souffrait d'une carence empathique mortelle.
Donc cette dame dit:
- J'ai appris que vous étiez malade...
L'autre lui dit que non, que ça va, puis, poussée par sa mère qui l'encourage à parler, vu la sympathie dont son interlocutrice fait preuve, finit par dire:
- En effet, on m'a diagnostiqué un cancer.
Et là, dans un mouvement qui touche à l'abject, celle qui s'était fait une vertu d'être si bonne se détourne en lui disant:
- N'en dites pas plus, c'est assez, je ne veux rien savoir de plus! Au revoir! Au revoir!
Si l'une souffrait du cancer, l'autre souffrait d'une carence empathique mortelle.
Pour faire court, le mot «spirituel» ne me convient pas parce qu'il ne prend pas en compte la dimension incontournable du corps. C'est un vocable trop éthéré, qui manque de fondement. Sans compter qu'il donne l'impression que le spirituel est une activité annexe, superfétatoire une sorte de cosmétique de l'être, comme un cours d'art floral en pleine après-midi durant la semaine, entre la manucure et les pneus d'hiver à changer. Un luxe en somme. Alors qu'il en va de notre vie.
Il est si humain de ne pas pouvoir s'empêcher de raconter une histoire horrible, vécue ou entendu, à quelqu'un à qui on sait qu'il ne faudrait pas la raconter.
Des exemples?
La copine enceinte à qui on ne manquera pas de raconter combien l'accouchement fut pénible.
Le pote qui commence à faire une crise d'angoisse et à qui on décrit l'état épouvantable dans lequel s'est retrouvé untel dans une situation similaire.
Le couple qui adopte et à qui on parle d'une connaissance qui a aussi adopté et dont le premier enfant proposé a eu quelque chose de grave avant qu'ils puissent aller le chercher, mais je préfère ne pas te dire quoi...
C'est un besoin irrépressible, comme si la langue était mue par un ressort malin qui déclenche le mécanisme. C'est un manque de sensibilité, car il est évident que ces petites histoires sont plus nuisibles qu'autre chose, et qu'elle ne sont en rien aidantes pour la personne en difficulté. Mais ainsi va la vie...
Des exemples?
La copine enceinte à qui on ne manquera pas de raconter combien l'accouchement fut pénible.
Le pote qui commence à faire une crise d'angoisse et à qui on décrit l'état épouvantable dans lequel s'est retrouvé untel dans une situation similaire.
Le couple qui adopte et à qui on parle d'une connaissance qui a aussi adopté et dont le premier enfant proposé a eu quelque chose de grave avant qu'ils puissent aller le chercher, mais je préfère ne pas te dire quoi...
C'est un besoin irrépressible, comme si la langue était mue par un ressort malin qui déclenche le mécanisme. C'est un manque de sensibilité, car il est évident que ces petites histoires sont plus nuisibles qu'autre chose, et qu'elle ne sont en rien aidantes pour la personne en difficulté. Mais ainsi va la vie...
Lu dans un roman, La Cathédrale de la mer, qui se passe dans la Barcelone du XIVe siècle, que le cambiste s'il ne pouvait pas honorer les prêts qu'il avait fait, était décapité. J'avais d'ailleurs lu des choses similaires sur des hommes d'affaires en Chine qui avaient été condamnés à mort pour malversations.
Peut-être que les traders qui font mumuse et qui torpillent des entreprises pour se faire du fric sans conscience aucune deviendraient plus scrupuleux si on leur faisait miroiter quelque chose comme la guillotine. Leur glotte se serrerait un peu, et le sens de leur responsabilité avec elle. Peut-être penserait-il que tout ceci n'est pas si virtuel...
Peut-être que les traders qui font mumuse et qui torpillent des entreprises pour se faire du fric sans conscience aucune deviendraient plus scrupuleux si on leur faisait miroiter quelque chose comme la guillotine. Leur glotte se serrerait un peu, et le sens de leur responsabilité avec elle. Peut-être penserait-il que tout ceci n'est pas si virtuel...
Lu dans un article du Monde:
"Avez-vous remarqué que nous retenons tous notre respiration quand nous vérifions nos mails ?"
"Avez-vous remarqué que nous retenons tous notre respiration quand nous vérifions nos mails ?"
Mais aussi quand je vais à la boîte aux lettres et que je m'attends à la facture du pire, quand le téléphone sonne et que je pense que c'est ma belle-mère, quand le chien tousse de travers et que je m'imagine déjà la facture du vétérinaire, quand mon chef me dit "dis-moi", quand ma femme me demande qui est cette blonde hyper-pulpeuse avec qui je suis devenu ami sur FB, quand je consulte mon solde bancaire, mon solde vacances, mon solde santé,...
Je me demande en fait quand est-ce que je respire...
Je me demande en fait quand est-ce que je respire...
24 octobre 2011 - Voici un an que Georges Haldas nous a quittés. Il me manque. Nos discussions, nos lectures et même nos silences me manquent. Comme le simple fait de pouvoir prendre mon téléphone pour l’appeler. D’entendre son salut tonique. De pouvoir prendre rendez-vous. Une date, une heure, un lieu. Je pourrais aujourd’hui retourner m’asseoir à cette grande et belle table du Petit-Mont où je le rencontrais les dernières années. Il n’y est plus.
Georges Haldas, an 1
Pour Catherine
24 octobre 2011 - Voici un an que Georges Haldas nous a quittés. Il me manque. Nos discussions, nos lectures et même nos silences me manquent. Comme le simple fait de pouvoir prendre mon téléphone pour l’appeler. D’entendre son salut tonique. De pouvoir prendre rendez-vous. Une date, une heure, un lieu. Je pourrais aujourd’hui retourner m’asseoir à cette grande et belle table du Petit-Mont où je le rencontrais les dernières années. Il n’y est plus. J’imagine que les carnets, les livres en cours de lecture ont dû être rangés. Son travail de scribe sous la forme dans laquelle je l’ai connu est terminé. Ses outils ne serviront plus. Peut-être reste-t-il une boîte de Roméo et Juliette ou de Partagas sur le rebord d’une bibliothèque, qu’il ne fumera pas. Oui, Georges Haldas me manque. Le son de sa voix me manque. Sa chaleur me manque. Ses indignations me manquent. Et je sais que je suis loin d’être le seul. Pas un jour ne passe sans que je ne pense à lui. Souvent je me demande comment il aurait apprécié telle ou telle situation. Ce qu’il aurait pensé de ce livre. Et surtout, surtout, j’aurais eu encore tant et tant de questions à lui poser. J’aurais aimé l’entendre me dire: “Prendre acte, et vivre autrement” - cet autrement n’étant rien d’autre que de vivre selon ce qui nous tient le plus à cœur. Avec la mort de Georges Haldas, nous avons perdu une sentinelle de l’aube, un veilleur essentiel.
Pourtant, Georges Haldas ne nous a pas quittés. Le reflet de sa présence brille dans toutes les choses qu’il a aimées, et n’en est que plus intense à travers son absence. Cette absence qui est le creux dont il aimait à dire qu’il accueille la plénitude. Toute sa vie, il a tressé un fil d’or dans la trame des jours et des heures, pour faire apparaître les trésors là où on nous n’aurions vu que de la grisaille, de la routine, de l’anodin. Il a pleinement investi le quotidien, ce royaume dont il était profondément amoureux et dont il se considérait comme un serviteur minutieux et passionné, lui, le scribe de l’Etat de poésie. Et il nous a invités à faire le chemin avec lui. Il ne se considérait ni comme un guide ou un autre maître quelconque. Il se méfiait de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des gourous et des techniques de l’âme. Il n’a d’ailleurs jamais cherché à avoir d’élèves ou de disciples - et vu son charisme, il aurait pu rapidement devenir richissime. Il avait horreur des globalisations et des généralisations. “Il n’y a pas de recette unique pour traiter l’être unique”, écrivait-il. Non, il s’est contenté de nous indiquer que par là, peut-être, la vie s’exprime mieux, qu’elle a plus de saveur, de sens et de profondeur. Qu’on y trouverait mieux notre compte. Nous conseillant toujours d’en faire l’expérience par nous-mêmes, comme il l’avait faite lui-même. Georges Haldas était un éveilleur.
Parmi tout ce que Georges Haldas m’a apporté, ce qui reste aujourd’hui profondément ancré dans les fibres de ma mémoire, c’est une qualité d’être. A son contact, je me sentais augmenté de ce que j’avais de meilleur en moi, et, pour un temps du moins, je vivais tout avec beaucoup plus d’acuité. Chaque fois que je le quittais, comme je l’ai souvent écrit, je me sentais calibré, accordé, porté. Bien entendu cet état de grâce ne durait jamais longtemps, car très vite c’était à moi de reprendre les commandes, et là... misère! Je ne pouvais que constater que j’étais loin d’avoir les ressources de vivre à si haut sens. Mais peu importe. Georges m’a donné à entendre une note d’or qui est la mienne, en quête de laquelle je me suis mis. En m’inspirant de l’homme que j’ai connu, j’ai tiré de son exemple vivant tous les enseignements dont j’ai besoin pour travailler ici et maintenant à des dispositions intérieures favorables, humaines, bienveillantes. Il ne me manque rien pour prendre bon soin de mon quotidien. Et quand je viens à perdre le fil, les livres de Georges viennent à mon secours, ainsi que toute une famille d’auteur qui comme lui ont consacré leur existence à dire que nous valons plus, plus que toutes les mesquineries dont nous sommes capables, les meurtres auxquels nous consentons pour ne pas être dérangés dans notre petit confort. Oui, en cet automne où l’indignation se met en marche, Georges Haldas m’apparaît comme un des grands résistants qui ont combattu pour nos valeurs d’humanités, ici, en Suisse, où les géraniums fleurissent. Une lutte qui jamais n’oubliait de tendre vers la tendresse et la clairvoyance.
Un poète ne nous quitte jamais tout à fait. Georges Haldas palpite à travers tout ce qu’il a tant aimé. Si la mort a tôt fait de prendre ce qu’elle était venue chercher, jamais elle n’emmènera ce qui continue à vivre et vibrer à travers ceux qui l’ont aimé.
Quelqu’un s’en va
Et la mort brusquement
ayant passé par là
les herbes solitaires
se demandaient pourquoi
les oiseaux se taisaient
Ici et là les fermes
échangeaient des messages
qu’on ne pouvait capter
C’était là le pays
de ma lointaine enfance
Immobile aujourd’hui
Enseveli par tant
de souvenirs qu’à peine
j’entends un bruit de pas
de quelqu’un qui dans l’ombre
s’en va Et moi je sens
que notre compagnie
de vivants l’indispose
Je ne sais où il va
Moi non plus mais c’est là
Une autre affaire encore
Dont nous reparlerons
quand moi aussi pour vous
je serai dans la nuit
ce quelqu’un qui s’en va
Ayant un rendez-vous
dont nul ne peut rien dire
Dieu seul sachant cela
(Tiré du recueil de poèmes Salutations dernières)
- Un pas de plus -
Georges Haldas, Le scribe du Petit-Mont
Photographie © Pascal Frautschi
Quand il apprit que l'homme qu'il croisait tous les jours était le membre d'un puissant conseil d'administration, il se mit à lui dire «Bonjour Monsieur», sans trop bien savoir pourquoi, vu qu'il ne lui devait rien, qu'ils n'étaient rien l'un pour l'autre et qu'ils ne seraient jamais appelés à se rencontrer.
Quand on me dit qu'on va manger du canard, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée émue pour le canard. Je l'imagine au fil d'une jolie petite rivière, avec ses congénères, s'ébattre et vivre d'une vie paisible de canard. Ce qui ne me viendrait pas immédiatement à l'esprit quand je mange du bœuf, parce que j'en ai mangé dès l'enfance sans me poser de question. Mais si j'y songe et que j'imagine ce bœuf, ou cette poule, ou ce lapin, voire cette autruche, je suis pris d'une sentimentalité certainement hypocrite, étant donné qu'au final, je les mangerai. Je suis un carnivore lâche.
Révélateur. Sur la barque menacée par une tempête (Luc 8, 22-25), le Christ dort tandis que les disciples sont morts d'angoisse. Mais au Mont des Oliviers, où le Christ est saisi d'angoisse en vue de la Passion à venir, les disciples s'endorment alors qu'il leur avait demander de veiller une heure, une petite heure avec lui. Toujours le même souci de l'intégrité physique, immédiate, primale, tandis que l'intégrité psychique, spirituelle est tenue pour mineure.
Il y a certains invariants pour le moins curieux dans certaines conversations. Par exemple, ma mère me demande chaque fois que je l'appelle si je suis allé au cinéma, alors que je ne vais jamais au cinéma.
- Et tu es allé au cinéma?
- Non maman, tu sais que je ne vais jamais au cinéma.
Je me demande si ce n'est pas dû au fait que, une fois par an, je lui donne raison en me rendant au cinéma. Mais je ne le lui reproche pas. Une mère met déjà une bonne vingtaine d'années à faire (tant bien que mal) une mise à jour de la représentation qu'elle a de ce tout petit enfant qu'elle a mis au monde et qui depuis s'est marié, paye des impôts, à peut-être même conduit des camions sur les routes d'Afghanistan ou que sais-je encore. Alors d'ici à ce qu'elle se souvienne qu'il ne va pas au cinéma...
Les Evangiles sont une parole profondément incarnée, concrète, pas de chichi, de blabla, c'est oui, oui, non, non, tu as un problème avec un ami, ne raconte pas d'histoires, va te réconcilier, tu veux prier et jouer au saint, très bien, mais d'abord du concret, arrête ton cinéma, tu sais que tu dois agir.
Le livre «Le cerveau de Bouddha» démontre bien que le cerveau est conçu pour s'intéresser avant toute chose au négatif, à ce qui ne va pas, à ce qui nous met en danger, étant donné qu'il en va de notre survie. Le plan pépère avec un cocktail et un livre au bord de la piscine ne l'intéresse pas. Non, il est conçu pour agir quand il y a du lourd, du bien angoissant, du balaise. Là, il fonce et il turbine à toute bombe pour nous grossir sur l'écran de notre panique le moindre moustique qu'il transforme en éléphant. Pas étonnant ensuite d'apprendre qu'il est nécessaire de faire des années et des années de méditations pour apaiser ce reptilien bileux.
Découvrir le corps de l'Aimée comme si c'était la première fois qu'on découvre son corps et aussi le corps d'une femme, libre de toute attente, pure offrande. Il n'y a pas besoin de l'adultère dispersion pour retrouver le goût d'un début, au contraire, l'adultère est toujours un terrible manque d'imagination, de créativité et d'envie. C'est le lot des impuissants à aimer.
Il est à envier celui qui se surprend à redécouvrir le corps de l'aimé avec une joie pleine d'adolescence et même d'enfance, comme quelque chose d'extraordinairement bon, et qui n'en revient pas que cette joie lui soit accordée, à lui, qui pensait qu'elle était toujours pour d'autres, et qui savoure ce bonheur rare d'étreindre celle qu'il avait tant désirée comme si c'était une toute première fois, une première fois riche de toute la profondeur d'une relation.
Le télétravail et l'avènement de l'ère je-ne-cherche-plus-à-savoir-pourquoi-je-suis-sur-terre. Connecté 24h/24.
Au moindre frétillement existentiel, je vérifie si on ne m'a pas envoyé un courriel, ne serait-ce qu'un spam, que je puisse pester contre le service informatique et son pare-feu. La journée de travail terminée, je ne suis plus qu'un bulbe déporté malencontreusement chez moi, dans mon foyer, au milieu de gens que je connais de moins en moins, ma femme, mes enfants, et qui m'angoissent à vrai dire, les enfants surtout, parce qu'ils me posent des questions qui m'exaspèrent car elles me rappellent que je ne suis peut-être pas uniquement l'employé dévoué de mon entreprise... Alors ne pas penser, et espérer au milieu de mes insomnies qu'un collègue atteint de la même maladie que moi me réponde...
Au moindre frétillement existentiel, je vérifie si on ne m'a pas envoyé un courriel, ne serait-ce qu'un spam, que je puisse pester contre le service informatique et son pare-feu. La journée de travail terminée, je ne suis plus qu'un bulbe déporté malencontreusement chez moi, dans mon foyer, au milieu de gens que je connais de moins en moins, ma femme, mes enfants, et qui m'angoissent à vrai dire, les enfants surtout, parce qu'ils me posent des questions qui m'exaspèrent car elles me rappellent que je ne suis peut-être pas uniquement l'employé dévoué de mon entreprise... Alors ne pas penser, et espérer au milieu de mes insomnies qu'un collègue atteint de la même maladie que moi me réponde...
Je vois une pomme verte débouler de je ne sais où, traverser le carrefour nonchalante de se faire écraser, taper le bord de la rigole pour suivre le trottoir sur une centaine de mètres, en veillant à bien garder sa droite et venir finir dans ma main à l'arrête de bus. Pendant quelques instants, j'ai eu l'impression que cette pomme était mue par une intention.
Ceux qui n'ont pas connu le parcours de l'adoption ne peuvent même pas imaginer les frustrations qu'il faut endurer par moment - longs les moments, parfois même très longs. Ni les extraordinaires ressources que les parents qui se lancent dans cette aventures peuvent trouver en eux et au sein de leur couple et de leurs amis.
«Il n'y a pas d'ailleurs Où guérir d'ici.» (Guillevic)
Ce vers de Guillevic me fait penser à ce comptable qui m'avait dit que les impôts avaient toute la vie pour nous faire payer... Mais pas uniquement. Il me désespère également, comme si la vie était une prison sans issue. Et par ailleurs il me réjouit, car je sais que c'est ici et maintenant que je peux sans attendre travailler à ma guérison.
«La métamorphose... c'est le cerveau de l'homme qui veut entrer dans la chimie et rompre l'illustre uniformité d'où naîtra l'ennui. C'est un effort d'espérance et d'aveuglement vers plus de surprise et moins de mort, car le grand problème sera toujours de contourner les miroirs et de couper à la visite des habitudes...» (Léon-Paul Fargue)
Chaque samedi, sur le marché qui se tenait dans la rue des Artisans, on pouvait voir une petite roulotte au fronton de laquelle il était écrit: Les tranquillisants du moine d’Einsiedeln. Elle était tenue par une jeune femme d’une trentaine d’années, aux yeux miel pétillants et à la chevelure ornée de fleurs, qui proposait aux passants des petites pastilles aux vertus miraculeusement apaisantes. La première saison ne lui rapporta pas beaucoup d’argent. On regardait la petite caravane avec un sourire goguenard, manière de dire qu’on n’était pas dupe. Mais quelques enflammés du système nerveux qui avaient acheté les petites pilules d’un joli vert émeraude durent se rendre à l’évidence: ils allaient mieux. Les nuages noirs qui planaient au-dessus des zones mystérieuses de leurs humeurs se dissipaient. Et comme ces éclaircies ont des vertus communicatives, la chose commença à se savoir, et les ventes grimpèrent en flèche.
Esperanza Relajación
Le psychologue Aimé Sérénien fut intrigué par ce phénomène. Il utilisait lui-même différentes drogues afin d’apaiser ses patients. Malheureusement, elles avaient tendances soit à les laisser dans un état de niaise béatitude qui rendait impossible un échange constructif, soit à produire un ensemble d’effets secondaires qui variaient entre les hallucinations et des réactions d’hyper-dépendance qui amenaient ses clients à ne plus venir le voir que pour obtenir une nouvelle ordonnance. Sans trop y croire, mais avec l’ouverture d’esprit qui caractérisait cet artisan de la psychologie moderne, Aimé Sérénien demanda à Esperanza Relajación si elle serait d’accord de l’éclairer sur ses fameux tranquillisants. Elle accepta et lui proposa d’en discuter lors d’une promenade le long du Doubs. C’est ainsi que Aimé devait apprendre l’extraordinaire histoire des potions du bon moine Isidore, du couvent d’Einsiedeln.
Esperanza avait toujours eu une passion pour les plantes.
- J’avais un petit jardin dans lequel je faisais pousser toutes sortes de plantes pour faire des tisanes, confia-t-elle à Aimé. J’étais fasciné par leurs bienfaits et je m’émerveillais de l’accueil que leur faisait notre corps. J’aimais m’imaginer que mes décoctions se mélangeaient à la part végétale de notre être.
Aimé apprit que Esperanza avait tenu une petite boutique de tisanes qui lui permettait de vivre de sa passion. Jusqu’au jour où elle entendit parler d’un vieux moine du couvent d’Einsiedeln qui détenait un savoir prodigieux en matière de botanique. Il était peu connu, car il se contentait de cultiver son potager, nonchalant de transmettre sa science. Il en faisait profiter ceux que le hasard avait mis sur son chemin - un hasard auquel il ne croyait pas d’ailleurs. Elle se rendit à l’abbaye pour rencontrer le bénédictin Isidore qui filait sa nonante troisième année. Le bon moine était un homme d’une simplicité lumineuse. Elle se souvint qu’il aimait à répéter:
- Si nous pouvions être à l’image de ces plantes, et n’avoir d’autre ambition que de pousser là où nous avons été semés, pour laisser mûrir en nous le meilleur de notre nature, comme tout serait plus facile.
Le potager de frère Isidore se trouvant à l’extérieur du couvent, Esperanza demanda si elle pouvait rester avec lui quelque temps afin d’apprendre quelques-uns de ses secrets. Il accepta, insistant sur le fait qu’il ne voulait pas être considéré comme un maître, que tout lui était donné par les plantes elles-mêmes, qu’il était leur disciple attentif et que si elle faisait de même, elle pourrait sans doute à son tour en tirer de grands enseignements. Il n’accepta aucune rémunération. Elle s’efforçait de faire des tâches difficiles que le vieux moine s’entêtait à vouloir accomplir malgré son grand âge. Lorsqu’elle lui demanda de la laisser faire les travaux pénibles à sa place, il se contenta de lui répondre:
- Si je n’y mettais pas ma peine, j’aurais l’impression de ne vouloir prendre que les bénéfices, sans rien donner de ma personne.
Esperanza passa plus de deux années à Einsiedeln qui furent d’une incroyable fécondité. Elle aimait passer ses journées dans le potager à prendre soin des cultures, et les heures passées avec le jardinier des âmes dont la seule présence était bienfaisante. Parfois il lui disait:
- Tu sais, ces plantes sont des anges. Si tu fais le vide en toi et que tu tends l’oreille, tu peux les entendre parler entre eux.
Elle tendait l’oreille. Elle n’entendait rien. Mais elle avait cette étrange impression de voir les plantes lui sourire. Comme si, à leur contact, quelque chose qui la concernait s’animait en elle, qu’elle ne parvenait pas encore à comprendre.
Puis vint le jour où Frère Isidore sut qu’il allait mourir. Son état de santé ne s’était pourtant pas altéré, et il travaillait au jardin comme d’habitude. Il expliqua à Esperanza qu’il avait bu la tisane de clairvoyance.
- Elle m’a indiqué qu’il était temps d’aller bêcher mon carré de ciel. Mais avant de mourir, j’aimerais te confier quelque chose dont je n’ai jamais parlé à personne, ne sachant trop si ce n’était tout de même pas un peu païen.
Il l’amena dans un coin du potager où se trouvaient de deux sortes de plantes qui n’avaient rien de particulier, on aurait presque dit de la mauvaise herbe.
- Ces plantes ont un mystérieux pouvoir calmant, dit Isidore. A première vue, elles ne diffèrent pas de la Valériane, du Ginseng ou de l’Aubépine. Il y a une dizaine d’années, un pèlerin me confia deux sachets de graines, car il n’avait pas l’occasion de les faire pousser. Il était certain qu’elles trouveraient un asile propice dans mon jardin pour croître. Elle provenait, paraît-il, d’Abyssinie. Mais il ne m’en dit pas plus. Il se contenta de m’indiquer qu’elles avaient le pouvoir d’apaiser les démons intérieurs et de favoriser la parole qui guérit. Imagine-toi! Avant de partir, il me laissa un petit carnet dans lequel était décrit l’action de ces plantes sur l’âme humaine et la manière dont elles devaient être administrées.
Isidore s’arrêta-là, ne sachant trop s’il devait continuer, car ce qu’il avait à raconter était tellement extraordinaire qu’il craignait que Esperanza le prenne pour un vieux fou. La jeune femme sut ne pas forcer la confidence. La mort imminente fit le reste, le moine lui raconta tout.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...









