Ce matin, j'ai découvert à ma grande surprise dans la poche de ma jaquette un tube de colle qui ne m'appartient pas. Elle l'a discrètement glissé tandis que nous dînions chez son parrain. Ce petite geste plein d'enfance fait fondre le père de tendresse excessive.


Ce conflit en Syrie m'horrifie depuis le début en 2011. Je vis dans un monde où il est normal que des dizaines et des dizaines d'hommes et de femmes meurent chaque jour sans que personne ne fasse rien parce que c'est du sang qui ne vaut pas du pétrole ou de l'uranium et qu'à la table des négociations certains estiment que les choses vont se résoudre d'elles-mêmes.

J'admire celles et ceux qui ont le courage de donner à leur vie la hauteur d'un destin en allant porter secours sur place, malgré le danger, malgré la peur (les médecins sont torturés...). Même si eux ne cherchent pas à être admirés, car ils sont mus par un impératif, un appel intérieur auquel ils ne peuvent pas se dérober.

Et moi, si on me demandait demain d'accueillir deux enfants syriens le temps qu'ils trouvent une famille d'accueil, qu'est-ce que je ferais? Est-ce que je me confondrais en arguties pour expliquer que cela m'est difficile, vous comprenez, etc.? Ou bien est-ce que j'aurais le courage d'agir?

Voir le reportage de Temps Présent du 24 janvier 2013:
«Chacun suit sa pente, l’homme accompli en montant, l’homme fruste en la descendant.»

-- Confucius

Moi, évidemment, je la dévale.
Le silence des Chartreux tout à leur grand travail de n'être rien, de devenir transparent pour refléter l'amour et la joie.
La Bible, ce bon vieux gros livres qui brûle.
«Moine est celui qui est séparé de tout et uni à tous.»
-- Evagre le Pontique

Et,

«La vie du poète est celle de tous.»
-- Gérard de Nerval


Tu es en train de tricoter. Tu me prépares une écharpe qui ne me quittera pas de l’hiver. Je t’observe, et c’est avec émerveillement que je me découvre séduit par tes gestes simples, à mille lieues de tout érotisme. Tu me convies à un moment de paix et de tendresse. Tu dessines des boucles de laine avec habileté et rapidité. Cette image familière, tellement banale, me fait penser à nous et me donne profondément confiance. Un couple ne se bâtit pas sur de l’extraordinaire, mais bien au contraire sur des petits liens tissés au quotidien.

Paul Ricoeur et Frère Roger: une somme de bonté et d'intelligence hors du commun.


Rajoutez un je t'M à faille et vous faites une famille d'une faiblesse.
L’être humain étant naturellement doté d’une langue fourchue, il conquiert l’autre, la langue humaine, de haute lutte.
Le lien nous lie, ce qui peut nous effrayer, d’où notre goût immodéré des liens virtuels qui ne nous engagent pas au-delà de la surface lisse d’un écran plat. Autrui en mots et en images, mais surtout pas de chair.
C'est grâce aux faux pas que la bonne direction se trouve confirmée.
Commencé la lecture de Zorba le Grec de Kazantzakis. Je pressens que ce sera un de ces livres qui comptent dans une vie.
‎«Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici ni se contenter de cela. Le désir crée un excès. Il excède, passe et perd les lieux. Il fait aller plus loin, ailleurs.»

-- Michel de Certeau
«L'étoile divine est intérieure et invisible ; elle éclaire l'âme du voyageur et non le chemin où il marche ; elle nous donne assez de foi pour aller au-delà de tout, mais elle ne dispense de rien.»

-- Gustave Thibon, L'ignorance étoilée
Dans le désert, n’y eût-il
qu’une seule goutte d’eau qui rêve tout bas,
n’y eût-il dans le désert
qu’une graine volante qui rêve tout haut,
c’est assez.

-- Aimé Césaire
Un seuil qu'on franchit pour la dernière fois, une porte qui se referme pour toujours, c'est toujours un peu soi qui finit, une page qui se tourne.
Encore et toujours dans le même café, je découvre que celui que je pensais être le patron ne l'est pas, mais que ce rôle est tenu par ce jeune homme plein d'allant qui entre en scène et va saluer chacun de ses collègues avec la fluidité d'une truite poussée par le courant des nombreuses affaires à régler. Au passage, il s'empare d'un geste leste d'une agrafeuse et va s'isoler à une table pour potasser un gros classeur. 

Etonnamment, le sous-chef ne fait plus aucune allusion à la demoiselle.
Toujours dans le même café, trois serveurs pour une petite quinzaine de tables et un nom qu'ils prononcent tous tous azimuts:

- Danilo! Danilo!

Danilo, dont j'ai deviné en le voyant sortir un instant de son antre, qu'il était le cuisinier, la pièce centrale de cette petite scène de théâtre quotidienne qu'est un café.

Et lui, Danilo, il a tout le monde derrière lui, même si on sent bien qu'il ne préférerait pas.
Le patron qui dit à son attrayante employée:

- Je ne peux pas être toujours derrière toi, même si ça ne me dérangerait pas.

Et ceci, sans se rendre compte - ou avec l'intention - d'être entendu de tous, et même des clients, dont moi. Qui en prend aussitôt bonne note.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a un certain flou dans leurs relations professionnelles qui, quand elles viennent à coller à l'épiderme du collègue, promettent de devenir vite très compliquées.
J'aimerais écrire comme Rachmaninov vocalise.
Ne rien faire, ne rien dire: un des principes de Lao Tseu. Un grand, beau principe contre lequel s'appuyer comme contre un arbre.
Celui qui sait faire face à une attaque, une irritation, une agression en la désarmant, à commencer par les attaques qu'on se fait à soi-même, à tout compris.
Ce qui compte, ce n'est pas de donner un avis de plus au milieu de milliards d'autres, mais de veiller sur cette petite flamme tout simple dont nous avons la charge et de la laisser rayonner. Tout le reste n'est qu'arguties.
Dire ou écrire «le but de la spiritualité est de...», c'est déjà desservir la spiritualité. Le but sied à tout ce qui est rentable et, là, précisément, ce n'est pas ce qui est recherché.
«La discipline, c'est d'aimer ce qu'on aime.»

- Georges Perros -

Il faudrait vivre avec cette phrase chevillée à l'âme, tatouée sur le cœur. Elle dit l'essentiel qui est de se donner entièrement pour ce qu'on aime, pour ceux qu'on aime et de ne pas perdre de temps avec l'accessoire qui nous détourne si souvent d'eux.
J'ai toujours trouvé que la tranche de mes livres était plus intéressante que ma tronche.
«Un amour qui n’a pas le sentiment d’être éternel n’a jamais commencé.»

- André Frossard -

Heureux celui qui ne pourrait pas dire s'il rencontre ou retrouve l'être aimé, et qui ne peut s'imaginer son amour au futur jouissant pleinement du présent.
Je n'ai pas les moyens de ma bibliothèque. Il me faudrait une belle maison, avec un cerisier au pied duquel venir lire en été.
‎«Chacun de nous naît avec une tâche solitaire à remplir et ceux qu'il rencontre l'aident à l'accomplir ou la lui rendent encore plus difficile : malheur à qui ne sait pas distinguer les uns des autres.»

- Christian Bobin -

Encore faut-il savoir quelle est cette tâche.
J'ai consenti à donné 500 livres afin de pouvoir m'acheter une nouvelle bibliothèque. Allez comprendre.
J'étais étonné de constater que le rayonnage de ce kiosque n'ait pas pris feu...


Pollueur payeur: expression bête et avilissante désignant une taxe visant à transférer le coût des entreprises qui ne font rien pour emballer leurs produits proprement sur le consommateur qui a la charge de les déballer. Désigne également les pays où le citoyen est obligé de peigner ses poubelles, de faire de la cosmétique des déchets quand il n'est pas invité à dénoncer ceux qui ont autre chose à faire.
«Rester ici sans autre responsabilité que l'accueil du quotidien comme don de Dieu.»

- Christian de Chergé -

Une belle, grande et forte phrase qui me nourrira toute la sainte journée.


«Sache souffrir. Mais ne dis rien qui puisse troubler la souffrance des autres.» (Léon-Paul Fargue)
On aimerait tant être sûr de voir l'être aimé de la manière la plus précise possible, sans les filtres de nos projections, nos attentes et nos désirs, le voir pleinement, rayonnant de sa pleine présence. Mais y parvient-on?
Oui, on peut vivre de sorte qu'on en vient à oublier jusqu'au sentiment de l'essentiel de notre vie, on en éprouve plus le besoin, quand bien même cet essentiel lui ne disparaît pas.
Il y a des morts bouleversantes d'autant plus qu'elle touche des êtres proches qui se sont battus toute leur vie pour tenter de se réconcilier avec eux-mêmes, pour trouver un peu d'une paix qui n'est jamais venue. Une vie de tourments.
Une personne qui m'était chère est partie, ou plutôt elle s'est éteinte comme si elle n'en pouvait plus des déchirements intimes qui l'assaillaient, ne lui laissant que de trop rares moments de sérénité. Alors sa vie s'est endormie, pour la laisser enfin en paix. Et je l'imagine maintenant heureuse, rayonnante de liberté et d'allégresse, déchargée du fardeau qui la meurtrissait. Elle, qui avait un don d'Enfance que j'ai rarement rencontré.
Au réveil, je conseille quelques pages du journal de Jules Renard pour allumer les lanternes intellectives.
C'est con la mort. Elle fait mal au vivant, et personne n'est jamais venu nous expliquer pourquoi.
« Je me moque de savoir beaucoup de choses : je veux savoir des choses que j'aime.»

-- Jules Renard, un ami que j'ai
Le quotidien est une convocation à comparaître.
J'ai fait ma liste de résolutions 2013 plus tôt cette année, afin de pouvoir allégrement la piétiner en me jurant de n'en tenir aucune. En fait, je n’ai pas fait une liste: j’en ai fait une dizaine, histoire de m’amuser à projeter des portraits de ma petite personne auréolés de vertus diverses et variées par-dessus le mur de la nouvelle année, conscient qu’ils se désagrégeront en moins de temps qu’il ne faut pour les écrire sitôt qu’auront retenti les douze coups de minuit.

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.» (Carl Gustav Jung)
Le 1er janvier est une leçon d’humilité, un retour au bas de l’échelle calendaire au sommet de laquelle nous venions d’arriver.
Des buts, se fixer des buts comme des mousquetons sur le calendrier, comme un filet jeté sur les 365 jours à venir pour ne pas patiner sur le grand planning vitrifié de la nouvelle année. Parce que nous ne pouvons pas rester là, en attendant le 1er janvier prochain, même s’ils se ressemblent tous. Et finalement, c’est une bonne chose de se sentir contraint à une certaine productivité dont nous tirons avant tout une satisfaction personnelle, et le plaisir d’être dans le coup, d’avoir aussi quelque chose à raconter, de montrer que nous avançons. Vers quoi? La grande affaire! Mais nous avançons. Chacun aura sa propre unité de mesure pour faire sa pesée de l’année prochaine et évaluer sa valeur. Le séducteur comptera en nombre de conquêtes à faire, l’anxieux en nombre d’angoisses surmontées, le cupide en argent gagné, le lecteur en livres lus, l’ambitieux en projets menés, l’écrivain en pages écrites, le paresseux en vaisselles pas faites, l'inspiré en siestes accomplies, et ainsi de suite. Chacun aspirera à ses victoires annuelles, ses rencontres, ses surprises, ses échecs.
Jésus était jeune. Ce n'était pas un vieux sage barbu, il était dans la pleine force de l'âge. Ce n'est pas anodin.
Il y a le gagnant qui vous dira qu'il recommence l’année sur les chapeaux de roue, histoire d’impressionner le piéton. Lui, il en redemande, il remonte sur le ring, il sautille déjà et se fait rebondir dans les cordes. C’est un conquérant. Il y a le forçat pour qui c’est reparti pour un tour. Lui vous dira que ça va comme un lundi, quand bien même nous serons mardi. Il y a le dépressif qui se ronge à l’idée qu'il ne sera pas absous de ses humeurs noires au jours de l’an. Il y a le contemplatif qui examinera la composition de la jointure entre l’année écoulée et celle à venir, et qui n’y verra qu'une mise en scène des heures et des jours. Pourtant, la nouvelle année nous donne toujours un peu le sentiment de repartir à zéro, quand bien même nous ne faisons que continuer:

- Cette année, vraiment, je vais... Faire du jogging, perdre du poids, rencontrer le prince charmant, écrire un livre, déménager...

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?