Vieillir ne corrompt en rien l'adolescence émerveillée d'un homme ravi par les jeunes filles en fleurs, bien que l'ombre du temps qui approche à pas lents se fasse sentir. Tout commentaire fait sur ses éblouissements devient petit à petit déplacé. Et pourtant, pourtant, la fraîcheur de ce ravissement, lui, n'a pas pris une ride, n'a pas d'âge. Comme les jeunes filles en fleurs.
Cette cheffe de guichet seule avec une stagiaire. Tandis que le téléphone sonne, la cheffe qui est déjà avec un client dit:
- Est-ce que quelqu'un peut répondre?
Ce «quelqu'un» à l'intention d'une personne qui est présente est d'une accablante vulgarité. Certainement que la stagiaire n'a pas encore acquis toute la dextérité nécessaire. Et alors? Est-ce une raison pour s'adresser à elle de biais? On sent la mobbeuse qui s'est astiquée la langue pour rendre la vie de ses subordonnés insupportable.
- Est-ce que quelqu'un peut répondre?
Ce «quelqu'un» à l'intention d'une personne qui est présente est d'une accablante vulgarité. Certainement que la stagiaire n'a pas encore acquis toute la dextérité nécessaire. Et alors? Est-ce une raison pour s'adresser à elle de biais? On sent la mobbeuse qui s'est astiquée la langue pour rendre la vie de ses subordonnés insupportable.
Tablette - Voici un bon exemple d’un mot qui illustre à quel point la langue est vivante. Il n’est pas très éloigné le temps où une tablette évoquait bien des objets sauf un iPad, un Kindle, etc. Personnellement, la première chose à laquelle me fait penser le mot tablette, c’est l’hôtesse dans l’avion qui vient vous dire :
Techniquement, cette petite planche horizontale n’est pas ce qu’il y a de plus révolutionnaire, mais tout de même, que de repas mangés dans des conditions acceptables grâce à elles. Mes études de lettres devraient me faire songer aux tablettes sumériennes, 3000 avant Jésus-Christ – on ne prenait pas encore l’avion à cette époque. Mais j’en sais encore moins sur ce sujet que sur la tablette padeuse, et je ne peux m’empêcher de me demander si les scribes mangeaient dessus... Ce qui me fait penser aux tablettes de chocolat, les deux, celles qui sont emballées dans un joli papier aluminium scandaleusement polluant, et celles, musclées, dont on se prend à rêver lorsqu’on devient un peu bedonnant, sâgesse oblige. Il y a également la tablette de médicaments qui protège dans ses petites alcôves pelliculées des remèdes divers et variés. Le mot tablette appartient à la famille étymologique de table, et que de repas me reviennent aussitôt en mémoire, pris à la table de la cuisine, et des tablées d’amis, des réunions, puis on songe à une table plus sérieuse, la table de travail, ou plus grave, la table d’opération. Au fil des sens, on trouverait également le tablier de cuisine, le tabloïd sans cesse critiqué, mais toujours parcouru, le tabulateur jamais au bon endroit, voire même dialectalement la taule. En tant que scribe fédéral, j’affectionne plus particulièrement le sens de la tablette sur laquelle on peut écrire quelques mots, prendre des notes. Et il est récent pour moi que ce mot se soit mis à désigner avant tout ce qui ressemble à la Porte des Étoiles de Stargate, avec au centre l’i-ni-ma-gi-na-ble il y a peu, c’est-à-dire un monde que je peux toucher du bout du doigt - que de souris sauvées. Ce qui ne nous économise pas, table ou tablette, de la nettoyer de temps à autre, sans quoi la finesse de l’objet est dégradée par des maculatures grasses qui, loin de rappeler les nobles ratures manuscrites, témoignent du passage de l’animal-humain qui laisse l’empreinte de son passage, comme un escargot ses bavures diamantées, sur les voies fulgurantes de l’univers virtuel.
- Nous allons atterrir, pouvez-vous relever votre tablette ?
Techniquement, cette petite planche horizontale n’est pas ce qu’il y a de plus révolutionnaire, mais tout de même, que de repas mangés dans des conditions acceptables grâce à elles. Mes études de lettres devraient me faire songer aux tablettes sumériennes, 3000 avant Jésus-Christ – on ne prenait pas encore l’avion à cette époque. Mais j’en sais encore moins sur ce sujet que sur la tablette padeuse, et je ne peux m’empêcher de me demander si les scribes mangeaient dessus... Ce qui me fait penser aux tablettes de chocolat, les deux, celles qui sont emballées dans un joli papier aluminium scandaleusement polluant, et celles, musclées, dont on se prend à rêver lorsqu’on devient un peu bedonnant, sâgesse oblige. Il y a également la tablette de médicaments qui protège dans ses petites alcôves pelliculées des remèdes divers et variés. Le mot tablette appartient à la famille étymologique de table, et que de repas me reviennent aussitôt en mémoire, pris à la table de la cuisine, et des tablées d’amis, des réunions, puis on songe à une table plus sérieuse, la table de travail, ou plus grave, la table d’opération. Au fil des sens, on trouverait également le tablier de cuisine, le tabloïd sans cesse critiqué, mais toujours parcouru, le tabulateur jamais au bon endroit, voire même dialectalement la taule. En tant que scribe fédéral, j’affectionne plus particulièrement le sens de la tablette sur laquelle on peut écrire quelques mots, prendre des notes. Et il est récent pour moi que ce mot se soit mis à désigner avant tout ce qui ressemble à la Porte des Étoiles de Stargate, avec au centre l’i-ni-ma-gi-na-ble il y a peu, c’est-à-dire un monde que je peux toucher du bout du doigt - que de souris sauvées. Ce qui ne nous économise pas, table ou tablette, de la nettoyer de temps à autre, sans quoi la finesse de l’objet est dégradée par des maculatures grasses qui, loin de rappeler les nobles ratures manuscrites, témoignent du passage de l’animal-humain qui laisse l’empreinte de son passage, comme un escargot ses bavures diamantées, sur les voies fulgurantes de l’univers virtuel.
Quand je suis aux côtés de ma Bien-Aimée, je n'ai pas besoin de théologiens pour comprendre que c'est Ève qui a donné vie à Adam, et que c'est lui qui a croqué la pomme de la discorde ne sachant pas assumer cet extraordinaire bonheur qu'elle lui offrait: être les premiers à vivre l'aventure extraordinaire du couple. Il n'a pu s'empêcher d'aller aux fraises - d'ailleurs, cette histoire de pomme ne me convainc pas, car "an apple a day keeps the doctor away"!
Ce jeune abruti gominé devant sa porche qui ne trouve rien de mieux que d'insulter et de menacer un couple de personnes âgées qui lui prie de ne pas jeter ses déchets sur le trottoir. Quel bel exemple de réussite! Ah, pour sûr, il a des chevaux sous le capot, mais lui, je ne peux le voir autrement que comme un âne.
La nullité sidérale de certains vendeurs me donne à penser qu'ils n'ont pas besoin de clients. Ainsi ce magasin d'articles de montagne et de sport. Deux vendeurs et une vendeuse qui font Holiday On Ice autour de moi sans me voir, discutant comme s'ils allaient finir par me vêtir comme un mannequin pour me mettre dans la vitrine. La vendeuse campée devant moi finit enfin par me regarder pour me demander si elle peut m'aider. Ne serait-ce que la manière dont elle s’exprime me hérisse et, lorsque j'ai formulé ma question, elle me répond d'une manière nette qui ne me laisse aucun doute quand à la possibilité que je remette les pieds dans cette boutique.
- Non.
Bien. Et alors, imaginons que tu aies peut-être une autre marque à me proposer qui aurait pu faire l'affaire? Non? Toujours pas? Tu ne te dis pas que, au-delà de ma question qui n'était pas de te demander le chemin ou si je pouvais utiliser les commodités, tu aurais pu faire ton métier, qui pourrait par exemple consister dans le fait que tu as une marque similaire qui ferait tout aussi bien l'affaire que celle que je recherche et que, me laissant convaincre par tes compétences, je pourrais passer à l'acte, déboursant un pécule anodin, mais qui participe à ton salaire qui te permet aujourd'hui d'être là à m'ignorer. Ou alors, tentant de faire quelque chose d'intéressant de ce métier qui est le tien, tu aurais pu m'indiquer où je pourrais les trouver, comme la vendeuse du magasin précédent qui n'a, elle non plus, pas eu l'idée de me draguer le pied - car je cherchais des chaussures, mais qui m'a au moins suggéré d'autres enseignes où, peut-être, je pourrais les trouver, et m'a conseillé le tien. Mais toi, rien. Pas une once d'imagination. La stérilité commerciale. Juste ce «non» qui est tombé comme un couperet définitif qui m'invitait à rejoindre la sortie en songeant que, décidément, la manière dont on fait une chose compte largement autant que ce qu'on fait et confère sens, dignité, intérêt à celui qui s'y adonne. Mais bon, au moins tu pourras reprendre ta conversation avec ton collègue dont le regard morne me signifiait qu’il attendait que tu en aies fini avec l’importun que j’étais.
- Non.
Bien. Et alors, imaginons que tu aies peut-être une autre marque à me proposer qui aurait pu faire l'affaire? Non? Toujours pas? Tu ne te dis pas que, au-delà de ma question qui n'était pas de te demander le chemin ou si je pouvais utiliser les commodités, tu aurais pu faire ton métier, qui pourrait par exemple consister dans le fait que tu as une marque similaire qui ferait tout aussi bien l'affaire que celle que je recherche et que, me laissant convaincre par tes compétences, je pourrais passer à l'acte, déboursant un pécule anodin, mais qui participe à ton salaire qui te permet aujourd'hui d'être là à m'ignorer. Ou alors, tentant de faire quelque chose d'intéressant de ce métier qui est le tien, tu aurais pu m'indiquer où je pourrais les trouver, comme la vendeuse du magasin précédent qui n'a, elle non plus, pas eu l'idée de me draguer le pied - car je cherchais des chaussures, mais qui m'a au moins suggéré d'autres enseignes où, peut-être, je pourrais les trouver, et m'a conseillé le tien. Mais toi, rien. Pas une once d'imagination. La stérilité commerciale. Juste ce «non» qui est tombé comme un couperet définitif qui m'invitait à rejoindre la sortie en songeant que, décidément, la manière dont on fait une chose compte largement autant que ce qu'on fait et confère sens, dignité, intérêt à celui qui s'y adonne. Mais bon, au moins tu pourras reprendre ta conversation avec ton collègue dont le regard morne me signifiait qu’il attendait que tu en aies fini avec l’importun que j’étais.
Un joli texte tout de pudeur et de tendresse, par Christophe Sanchez, à lire sur son blog, fut-il.net: Force tranquille.
On m'a annoncé que, depuis hier, elle dit «oui». La grande nouvelle! Je m'étais évertué depuis des semaines à tenter de le lui faire dire, mais cela se soldait presque toujours par un «non» ou, après des semaines de radotage par un «ouah!». C'est donc une grande victoire. On voulait me faire la surprise, mais il paraît que la répétition était peu fructueuse, enfin voilà, maintenant je le sais, et j'attends un moment où, seul avec elle, je vais l'entendre le dire. Ce moment ne tarde pas à venir. Ce matin, je l'assieds sur mes genoux, et je lui demande non sans une petite émotion:
- Louise, dis «oui» à papa!
J'attends que ses lèvres forme l'ovale affirmatif qui laissera exploser dans l'air le petit adverbe, ce que, à n'en pas douter, elle a bien compris, puisqu'elle me regarde et me réponds, bien évidemment:
- Non.
- Louise, dis «oui» à papa!
J'attends que ses lèvres forme l'ovale affirmatif qui laissera exploser dans l'air le petit adverbe, ce que, à n'en pas douter, elle a bien compris, puisqu'elle me regarde et me réponds, bien évidemment:
- Non.
Interview télévisée de Raymond Aron à propos de Galbraith - Comme il n'était pas tout de suite filmé, et tandis qu'il parlait, j'ai tout d'abord cru qu'il lisait un texte qu'il avait écrit et qui était d'une brillante facture. Mais je me suis vite rendu compte que je me trompais: il écrivait verbalement, sans rature, un propos d'une clarté nourricière.
Jean Guitton était-il vraiment un sympathique et brillant vieillard vaniteux ou jouait-il un rôle? Pensait-il vraiment qu'on allait prendre au pied de la lettre son hagiographie de Marthe Robin où il ne fait que se sanctifier lui-même, affirmant avec le plus grand sérieux qu'elle n'avait rien mangé ni bu pendant quarante ans, qu'elle lévitait, qu'elle avait les stigmates et qu'il avait mis les doigts dans les trous - comme il le dit lui-même. Je me demande si Bergson, dont il mentionne au cas où nous l'aurions oublié, qu'il était l'héritier, aurait reconnu son disciple dans ce fabulateur talentueux.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...
