Si Richard Millet avait eu un de ses enfants massacrés par le tueur norvégien, aurait-il relevé «la perfection formelle» et «la dimension littéraire». Je pense que ce Millet est autant voire encore plus malade que le tueur...
Vieillir ne corrompt en rien l'adolescence émerveillée d'un homme ravi par les jeunes filles en fleurs, bien que l'ombre du temps qui approche à pas lents se fasse sentir. Tout commentaire fait sur ses éblouissements devient petit à petit déplacé. Et pourtant, pourtant, la fraîcheur de ce ravissement, lui, n'a pas pris une ride, n'a pas d'âge. Comme les jeunes filles en fleurs.
Cette cheffe de guichet seule avec une stagiaire. Tandis que le téléphone sonne, la cheffe qui est déjà avec un client dit:

- Est-ce que quelqu'un peut répondre?

Ce «quelqu'un» à l'intention d'une personne qui est présente est d'une accablante vulgarité. Certainement que la stagiaire n'a pas encore acquis toute la dextérité nécessaire. Et alors? Est-ce une raison pour s'adresser à elle de biais?  On sent la mobbeuse qui s'est astiquée la langue pour rendre la vie de ses subordonnés insupportable.
Titre lu: «Leçon de bonheur». Les deux mots ne sont-ils pas antithétique?
J'ai parfois l'impression que l'âge venant on se met à nuancer notre propos, à le tempérer, parce qu'on a peur. Et en même temps, je ne peux m'empêcher de voir le manque de finesse, dont je ne suis que trop coutumier, comme un signe de raideur.
Ce sont souvent les esprits exigus qui nous reproche d'être ambigus.
Tablette - Voici un bon exemple d’un mot qui illustre à quel point la langue est vivante. Il n’est pas très éloigné le temps où une tablette évoquait bien des objets sauf un iPad, un Kindle, etc. Personnellement, la première chose à laquelle me fait penser le mot tablette, c’est l’hôtesse dans l’avion qui vient vous dire :

- Nous allons atterrir, pouvez-vous relever votre tablette ?

Techniquement, cette petite planche horizontale n’est pas ce qu’il y a de plus révolutionnaire, mais tout de même, que de repas mangés dans des conditions acceptables grâce à elles. Mes études de lettres devraient me faire songer aux tablettes sumériennes, 3000 avant Jésus-Christ – on ne prenait pas encore l’avion à cette époque. Mais j’en sais encore moins sur ce sujet que sur la tablette padeuse, et je ne peux m’empêcher de me demander si les scribes mangeaient dessus... Ce qui me fait penser aux tablettes de chocolat, les deux, celles qui sont emballées dans un joli papier aluminium scandaleusement polluant, et celles, musclées, dont on se prend à rêver lorsqu’on devient un peu bedonnant, sâgesse oblige. Il y a également la tablette de médicaments qui protège dans ses petites alcôves pelliculées des remèdes divers et variés. Le mot tablette appartient à la famille étymologique de table, et que de repas me reviennent aussitôt en mémoire, pris à la table de la cuisine, et des tablées d’amis, des réunions, puis on songe à une table plus sérieuse, la table de travail, ou plus grave, la table d’opération. Au fil des sens, on trouverait également le tablier de cuisine, le tabloïd sans cesse critiqué, mais toujours parcouru, le tabulateur jamais au bon endroit, voire même dialectalement la taule. En tant que scribe fédéral, j’affectionne plus particulièrement le sens de la tablette sur laquelle on peut écrire quelques mots, prendre des notes. Et il est récent pour moi que ce mot se soit mis à désigner avant tout ce qui ressemble à la Porte des Étoiles de Stargate, avec au centre l’i-ni-ma-gi-na-ble il y a peu, c’est-à-dire un monde que je peux toucher du bout du doigt - que de souris sauvées. Ce qui ne nous économise pas, table ou tablette, de la nettoyer de temps à autre, sans quoi la finesse de l’objet est dégradée par des maculatures grasses qui, loin de rappeler les nobles ratures manuscrites, témoignent du passage de l’animal-humain qui laisse l’empreinte de son passage, comme un escargot ses bavures diamantées, sur les voies fulgurantes de l’univers virtuel.
Le pari de la fidélité est une gageure dans une société qui fait l’éloge de la dispersion et du portable de dernière génération.
Quand on me fait visiter un logis et qu'on m'explique qu'on a pu faire d'une pièce un dressing, je songe:

- Et pourquoi pas une bibliothèque.
Mon voisin n'arrête pas de répéter à qui veut bien l'entendre qu'il n'aime pas lire. Quel châtiment!
Il abordait chaque jour nouveau avec les pantoufles de la veille. Alors, évidemment...
Plusieurs vies ne me suffiraient pas à épuiser tout ce qu’à travers toi j’ai à apprendre de la Vie.
Quand je suis aux côtés de ma Bien-Aimée, je n'ai pas besoin de théologiens pour comprendre que c'est Ève qui a donné vie à Adam, et que c'est lui qui a croqué la pomme de la discorde ne sachant pas assumer cet extraordinaire bonheur qu'elle lui offrait: être les premiers à vivre l'aventure extraordinaire du couple. Il n'a pu s'empêcher d'aller aux fraises - d'ailleurs, cette histoire de pomme ne me convainc pas, car "an apple a day keeps the doctor away"!
Ce jeune abruti gominé devant sa porche qui ne trouve rien de mieux que d'insulter et de menacer un couple de personnes âgées qui lui prie de ne pas jeter ses déchets sur le trottoir. Quel bel exemple de réussite! Ah, pour sûr, il a des chevaux sous le capot, mais lui, je ne peux le voir autrement que comme un âne.
«Travailler comme témoin d'une lumière humaine à l'intérieur de l'homme contre les besoins de puissance, de profit d'écrasement et de guerre c'est un travail d'humanisation contre les forces qui nous déshumanisent.» (Georges Haldas)
Une miette de vie, comme le relève Georges Haldas, peut nous ouvrir un monde.
On ne remercie pas assez ce qu'il y a de bon en nous, on ne le fête jamais suffisamment.
«La redoutable faculté de se déplaire.» (Père Ambroise-Marie Carré)
La soumission au réel est un exercice de liberté.
La nullité sidérale de certains vendeurs me donne à penser qu'ils n'ont pas besoin de clients. Ainsi ce magasin d'articles de montagne et de sport. Deux vendeurs et une vendeuse qui font Holiday On Ice autour de moi sans me voir, discutant comme s'ils allaient finir par me vêtir comme un mannequin pour me mettre dans la vitrine. La vendeuse campée devant moi finit enfin par me regarder pour me demander si elle peut m'aider. Ne serait-ce que la manière dont elle s’exprime me hérisse et, lorsque j'ai formulé ma question, elle me répond d'une manière nette qui ne me laisse aucun doute quand à la possibilité que je remette les pieds dans cette boutique.

- Non.

Bien. Et alors, imaginons que tu aies peut-être une autre marque à me proposer qui aurait pu faire l'affaire? Non? Toujours pas? Tu ne te dis pas que, au-delà de ma question qui n'était pas de te demander le chemin ou si je pouvais utiliser les commodités, tu aurais pu faire ton métier, qui pourrait par exemple consister dans le fait que tu as une marque similaire qui ferait tout aussi bien l'affaire que celle que je recherche et que, me laissant convaincre par tes compétences, je pourrais passer à l'acte, déboursant un pécule anodin, mais qui participe à ton salaire qui te permet aujourd'hui d'être là à m'ignorer. Ou alors, tentant de faire quelque chose d'intéressant de ce métier qui est le tien, tu aurais pu m'indiquer où je pourrais les trouver, comme la vendeuse du magasin précédent qui n'a, elle non plus, pas eu l'idée de me draguer le pied - car je cherchais des chaussures, mais qui m'a au moins suggéré d'autres enseignes où, peut-être, je pourrais les trouver, et m'a conseillé le tien. Mais toi, rien. Pas une once d'imagination. La stérilité commerciale. Juste ce «non» qui est tombé comme un couperet définitif qui m'invitait à rejoindre la sortie en songeant que, décidément, la manière dont on fait une chose compte largement autant que ce qu'on fait et confère sens, dignité, intérêt à celui qui s'y adonne. Mais bon, au moins tu pourras reprendre ta conversation avec ton collègue dont le regard morne me signifiait qu’il attendait que tu en aies fini avec l’importun que j’étais.
L'amnésie est au désir ce qu'une aube après une nuit où il a neigé est à un paysage: une vague de fraîcheur.

(C'est un peu kitsch, mais tout de même...)
Paisible confiance.

Mettez une L a une voiture et voilà qu'elle étend sa voilure.
Le jour où nous traiterons nos ergoteries égocentrique par le mépris, tout ira mieux.
Je déteste l'objectif avoué de mon voisin qui est de finir de monter sa véranda à grands coups de perceuses qui ne manqueront pas de finir non pas la véranda mais de réveiller ma fille.
J'aime l'homme qui est capable de prendre une année de sa vie pour aller voir qu'il n'y avait rien là où il pensait qu'il ... n'y avait rien. (Théodore Monod par exemple.)
Une crèche, c'est comme une ribambelle d'escargots qui auraient la bougeotte.
Théodore Monod a passé toute sa vie sans connaître facebook. Le malheureux!
Un joli texte tout de pudeur et de tendresse, par Christophe Sanchez, à lire sur son blog, fut-il.net: Force tranquille.
J'ai longtemps légitimer la valeur d'une chose par la souffrance qu'elle engendrait. Je ne suis pas sûr d'avoir eu entièrement raison.
Les seules choses qui s'expliquent sont absolument inessentielles.
Épouse - Lorsque vous cherchez ÉPOUSE dans le dictionnaire en ligne du Petit Robert, il vous renvoie à ÉPOUX. Comme si finalement le féminin n'était qu'une conséquence du masculin.
On m'a annoncé que, depuis hier, elle dit «oui». La grande nouvelle! Je m'étais évertué depuis des semaines à tenter de le lui faire dire, mais cela se soldait presque toujours par un «non» ou, après des semaines de radotage par un «ouah!». C'est donc une grande victoire. On voulait me faire la surprise, mais il paraît que la répétition était peu fructueuse, enfin voilà, maintenant je le sais, et j'attends un moment où, seul avec elle, je vais l'entendre le dire. Ce moment ne tarde pas à venir. Ce matin, je l'assieds sur mes genoux, et je lui demande non sans une petite émotion:

- Louise, dis «oui» à papa!

J'attends que ses lèvres forme l'ovale affirmatif qui laissera exploser dans l'air le petit adverbe, ce que, à n'en pas douter, elle a bien compris, puisqu'elle me regarde et me réponds, bien évidemment:

- Non.
Comment un Michel Tournier face à Mitterrand peut-il se comporter comme un tout petit laquais? Mystère...
Les expériences qui vont révolutionner la face de la Terre et de l'Univers sont toujours faites en Amérique. Mon oncle aussi...
Je réalise que la première fois que je l'ai rencontrée, c'était au jardin du souvenir, alors qu'on versait ses cendres dans l'urne commune.

Autant dire que pour ce qui est de tisser des liens, c'était pour le moins compromis.
Nous avons envoyé notre stagiaire photographier la tombe du fondateur de l'institution pour laquelle nous travaillons. Réponse du personnel du cimetière:

- Jules? Il n'est plus là.

Bien. Mais alors... Où est-il?
Un chêne est considéré comme adulte à 90 ans. ABE salut!
Je rêve d'un sorbet à la lavande des champs de l'Abbaye de Sénanque.
«Aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder dans la même direction.» (Antoine de Saint-Exupéry)

C'est donc pour ça que tant de couples regardent la télévision ensemble durant plusieurs heures chaque soir. Pour s'aimer.
Dresser - Étrange toutes ces sinuosités dans un mot qui commande la droiture. Tous ces S me font penser à des fouets qui viennent stimuler celui qui viendrait à s'assoupir.
La pantoufle est à l'homme ce que le bœuf est au taureau.
Cet instant de désertion de soi que constitue l’endormissement devant les solitudes intergalactiques de son téléviseur. Cette activité peut également se pratiquer à deux, afin de se sentir encore plus seul.
Puisé dans la mine d'or ina.fr - Une rencontre Galbraith/Aron. Splendide. Mais quelle hauteur de vue, quel intelligence, quelle fine clairvoyance et ... quels orateurs. Je suis complètement séduit. Je me réveillerai, plus tard, peut-être, mais pour le moment, mot-eur!

Interview télévisée de Raymond Aron à propos de Galbraith - Comme il n'était pas tout de suite filmé, et tandis qu'il parlait, j'ai tout d'abord cru qu'il lisait un texte qu'il avait écrit et qui était d'une brillante facture. Mais je me suis vite rendu compte que je me trompais: il écrivait verbalement, sans rature, un propos d'une clarté nourricière.
Des nuages élevés contrairement à des nuages grossiers ne font pas preuve d'incontinence sur leur passage.
Même le hasard était nécessaire afin que nous nous rencontrions.
La marche calibre mon métronome psychique.
Jean Guitton était-il vraiment un sympathique et brillant vieillard vaniteux ou jouait-il un rôle? Pensait-il vraiment qu'on allait prendre au pied de la lettre son hagiographie de Marthe Robin où il ne fait que se sanctifier lui-même, affirmant avec le plus grand sérieux qu'elle n'avait rien mangé ni bu pendant quarante ans, qu'elle lévitait, qu'elle avait les stigmates et qu'il avait mis les doigts dans les trous - comme il le dit lui-même. Je me demande si Bergson, dont il mentionne au cas où nous l'aurions oublié, qu'il était l'héritier, aurait reconnu son disciple dans ce fabulateur talentueux.
Soit dit en passant, cette phrase crucifiante de Jean Guitton: «Si le mal n'était pas beau, il ne nous tenterait pas».
Prier pour Judas, c'est prier pour le traître qui pourrait à tout moment par un baiser d'amour trahir son idéal.
Jean Markale: quel homme étrange, on dirait un héron cendré fait homme.
Je n'aime pas les fanatiques parce qu'on sent qu'ils ne sont pas poreux au monde, mais cloîtré dans une idée du monde.
Jean Guitton qui parle de Marthe Robin: miracles, stigmates, pas mangé ni bu durant 40 ans, des visions, etc. Il loue son génie pour ne parler que de lui. Et on a envie de lui rétorquer: bien: et la charité dans tout ça?
Ma fille est incontestablement la personne qui me fait le plus progresser.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?