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«Il avait retrouvé son entrain, il était lancé.

- Christ est né, mon gratte-papier, mon grand savant. Ne cherche pas la petite bête: il est né ou il n'est pas né? Mon vieux, il est né, ne sois pas idiot! Si tu prends une loupe pour regarder l'eau qu'on boit - c'est un ingénieur qui m'a dit ça - tu verras que l'eau est pleine de vers, tout petits, qui ne se voient pas à l'œil nu. Tu verras les vers et tu ne boiras pas. Tu ne boiras pas et tu crèveras de soif. Casse la loupe, patron, casse-la, que les petits vers disparaissent tout de suite et que tu puisses boire et te rafraîchir!»

- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki
Tableau - Rembrandt, Le Christ dans la tempête.



Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 8, versets 23 à 27:
«Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il s'éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s'étant approchés le réveillèrent, et dirent: Seigneur, sauve-nous, nous périssons! Il leur dit: Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme. Ces hommes furent saisis d'étonnement: Quel est celui-ci, disaient-ils, à qui obéissent même les vents et la mer?» (Bible Louis Segond)

Il dort. C’est la panique à bord, les disciples sont certains que leur dernière heure est arrivée et qu'ils vont tous mourir noyés. La tempête sévit, la mer se déchaîne, le ciel se zèbre d’éclairs, les bourrasques menacent de faire chavirer l’embarcation et lui, il dort, comme si de rien n’était. Et de fait, ces violents fracas l’importunent si peu qu'ils doivent le réveiller!

Les Évangiles ne sont pas un catalogue de recettes magiques pour modifier le réel, mais une parole de vie pour croître et faire face à la réalité qui est la nôtre dans des dispositions intimes renouvelées.
La miséricorde, c'est le cœur sensible à l'autre.
«Paul écrit à propos de son ministère: Nous ne voulons pas être maîtres de votre foi, mais serviteurs de votre joie.» (2 Co 1,18-24)

Serviteurs de la joie, quelle belle charge!
Cette histoire de figuier stérile qui pourtant ne pouvait pas donner du fruit vu que ce n'était pas la bonne saison me turlupine.
Interprétation possible de la croix issue de l'hindouisme - La croix, c'est la mort de l'ego et la résurrection la réalisation de l'être, sa métamorphose.

Interprétation qui me séduit intellectuellement et me donne l'impression d'avoir raisonnablement compris le mystère. Mais quelque chose résiste, qui me fait bien sentir que quand bien même la croix serait la métaphore d'un passage, ce n'est en tout cas pas par la raison qu'elle se produira. 



«Il se produisit en Nekhlioudov le même phénomène qui se reproduit fréquemment chez les êtres entraînés à la vie spirituelle. Une pensée qui d'abord leur a paru étrange, paradoxale, voire comique, trouve dans la vie des confirmations de plus en plus nombreuses et devient pour eux la vérité la plus simple et la plus évidente.» (Tolstoï, Résurrection, Folio, p. 547)
«Il ne venait à l'idée de personne, à commencer par le prêtre et le directeur pour finir par Maslova, que ce même Jésus, dont le prêtre répétait avec un sifflement le nom un nombre incalculable de fois en l'accompagnant de louanges bizarres, que ce même Jésus avait précisément défendu ce bavardage insensé et ces incantations sacrilèges prononcées par les prêtres ses disciples sur le pain et le vin, mais il avait interdit de la façon la plus formelle que des gens appellent d'autres gens leurs maîtres, interdit les prières dans les temples et ordonné de prier dans la solitude, interdit ces temples mêmes et proclamé qu'il était sur terre pour les détruire et qu'il fallait prier non pas dans les temples, mais en esprit et en vérité. Par-dessus tout, il avait défendu aux hommes de juger leurs semblables, de les enfermer dans des prisons, de les tourmenter, de les déshonorer, de les châtier, ce qui se pratiquait ici. Il avait interdit toute violence, car il était venu pour rendre la liberté à ceux qui en étaient privés.

Il ne venait à l'idée d'aucun des assistants que ce qui se déroulait devant eux était un monstrueux sacrilège, une farce aux dépens du Christ, au nom duquel tous ces actes s'accomplissaient. Que cette croix dorée, décorée à ses extrémités de médaillons émaillés, n'était autre chose que la représentation de ce gibet sur lequel fut sacrifié le Christ., justement parce qu'il avait interdit ce qui se faisait maintenant en son nom, à cela nul ne pensait. Il ne venait à l'idée de personne que ces prêtres, qui s'imaginent sous l'espèce du pain et du vin manger le corps et boire le sang du Christ, mangent réellement son corps et boivent son sang non pas dans les morceaux de pain ni dans le vin, mais parce que tout en scandalisant "ces petits" auxquels le Christ s'identifiait, ils les privent en outre du bien suprême et les soumettent aux plus cruelles souffrances, en dissimulant aux hommes la Bonne Nouvelle qu'il leur a apportée.

Le prêtre remplissait son office avec une conscience tranquille, parce que dès l'enfance, on lui avait inculqué que c'était là la seule vraie foi, à laquelle avait cru jadis tous les saints et à laquelle croyaient maintenant toutes les autorités spirituelles et temporelles. Il ne croyait certes pas que le pain se transformait en chair et qu'il était bon pour l'âme de prononcer un certain nombre de mots, ou que véritablement il avait mangé un petit morceau de Dieu - cela on ne peut le croire - mais dans cette croyance, c'est que l'exercice de ses fonctions religieuses lui avait, depuis dix-huit ans déjà, procuré un revenu qui lui permettait de faire vivre sa famille, d'envoyer son fils au lycée et sa fille dans une institution religieuse.»

(Tolstoï, Résurrection, édition Folio, pp. 202-203)
«Arrivé au mont des Oliviers, Jésus dit à ses disciples: Priez, pour ne pas entrer en tentation.» (Luc 22,39-46)
«Voyez les oiseaux du ciel: Ils ne sement, ni ne moissonnent, ni ne recueille en des greniers, et votre Père celeste les nourrit. Ne valez vous pas plus qu'eux?» (Matthieu 6, 26)

Non.
Révélateur. Sur la barque menacée par une tempête (Luc 8, 22-25), le Christ dort tandis que les disciples sont morts d'angoisse. Mais au Mont des Oliviers, où le Christ est saisi d'angoisse en vue de la Passion à venir, les disciples s'endorment alors qu'il leur avait demander de veiller une heure, une petite heure avec lui. Toujours le même souci de l'intégrité physique, immédiate, primale, tandis que l'intégrité psychique, spirituelle est tenue pour mineure.
Les Evangiles sont une parole profondément incarnée, concrète, pas de chichi, de blabla, c'est oui, oui, non, non, tu as un problème avec un ami, ne raconte pas d'histoires, va te réconcilier, tu veux prier et jouer au saint, très bien, mais d'abord du concret, arrête ton cinéma, tu sais que tu dois agir.
Très beau rappel de Jean Sulivan: l'Evangile est issu d'un monde de paysans et de marins.
Venez-vous à mentionner la Bible dans un de vos textes, on vous demande aussitôt si vous êtes croyant, comme si on vous demandait vos papiers d'identité, votre attestation de ferveur. Croyant? Non, tout simplement vivant, et trouvant dans les Evangiles des paroles de vie propre à soutenir un parcours humain.
Georges Haldas note très justement que le sublime côtoie toujours le dérisoire. Exemple: le Christ priant au jardin des Oliviers alors que ses disciples n'arrivent même pas à veiller une heure avec lui, s'endormant par deux fois! Le dérisoire complétant la grandeur d'un jour humain, si humain. Pensons à Don Quichotte. Et si je peux donner un exemple plus personnel: moi-même adolescent, à Taizé, me promettant de prier toute la nuit dans l'église et m'endormant au bout d'un quart d'heure d'un profond sommeil bienfaisant...

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?