« Le journalisme, c'est porter la plume dans la plaie» (Albert Londres).

Voilà un métier auquel il incombe une haute responsabilité. D'aigle, on peut vite devenir charognard. 
On dit d'une idée qu'elle nous est venue «sous la douche ». C'est bien plus qu'une manière de s'exprimer: le contact avec l'eau qui s'écoule sur le corps emportant avec elle les tensions, la chaleur qui détend les muscles ou le froid qui les stimule, l'action même de se nettoyer. Les idées sont passées au tamis et parfois on repère une pépite.
Reportage de Yann Arthus Bertrand sur les Dogons. Ce peuple vit au Mali dans une des régions les plus sèches: 60 jours de pluie par an, des nappes phréatiques on ne peut plus précieuses. Ils font la culture des oignons, plante qui demande beaucoup d'eau. Ce sont même les premiers producteurs d'oignons rouges d'Afrique. Avec quelle intelligence leur société s'est organisée autour de l'eau, du dieu eau. De génération en génération, ils se transmettent le respect de cette ressource qui vaut plus que de l'or. 

Le jour où l'eau viendra à nous manquer, à nous, les occidentaux, nous ne saurons pas faire face et nous ferons crever les autres sans merci pour en obtenir. Pour sûr.
Nous devons être le fruit d'un ratage cosmique qui s'est accroché et a résisté alors qu'il aurait dû être évacué. 

Comment explique-t-on que nous soyons si peu autonomes et si naturellement destructeurs? Et que, en toute conscience, nous ne fassions rien?
Qu'est-ce que « être humain»?

Ne serait-ce pas le souci, la préoccupation de l'autre? La bienveillance envers autrui?
C'est difficile à croire, mais certains individus prennent du temps pour être méchant. Ça occupe une partie de leur journée.
Il y a des fossiles humains, protozoaires émotionnels, vivants. Je veux dire vivants là, maintenant, de nos jours. Si seulement les archéologues s'en rendaient compte.

Le "oui" pourrait être une bonne mesurette de vie.

Etre en mesure de dire "oui" à ce qui vient, à ce qui nous est proposé que ce soit au travail, en famille, avec des amis, en société ou avec soi-même. La capacité à accueillir la nouveauté, le changement en confiance, qu'il soit agréable ou contraignant, sans devoir être tout le temps sur ses gardes. 

Pouvoir accepter au lieu de rejeter parce que le contexte dans lequel on se trouve est sain, favorable, constructif. C'est une vraie liberté. Une liberté qu'on reçoit, une liberté qu'on offre, chacun d'entre nous étant un acteur clé pour créer ce contexte, le nourrir.
Atmosvers! Atmosvers! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosvers?
Je connais si bien ma plume, que je perçois son faiblissement d'encre presque avant qu'il n'arrive.
Parfois on s'assoit un «maître » sur la tête, s'il est un peu trop lourd, c'est franchement écrasant, s'il se tortille trop ça vous écrabouille le crâne, c'est terrible, on n'arrive plus à penser à autre chose. Et lorsqu'il se lève enfin, comme on se sent soulagé, si on arrive à reprendre ses esprits.
A défaut de pouvoir travailler pour la postérité, on pourra laisser une empreinte écologique. Le bon citoyen sera celui qui aura laissé le moins de traces.
Il me vient parfois comme une énorme envie de mâcher du français!
«Ça me prend la tête », disait-il. 

Vous pouvez toujours le faire venir pour qu'il s'explique votre Monsieur Ça, vous verrez comment il ressemble à vos élucubrations pchitpchiques avec sa gueule d'hurleur de munchien! Alors ça, pour sûr, avec une tronche pareille, l'affreux, il ne va pas nous rassurer. Même qu'on s'angoisse un peu à l'idée d'avoir pu le porter dans son pudding crânien hyperconnecté, que vous verrez même que vous allez commencer à vous excuser quand il va débarquer, vous serez tout poli et tremblant, parce que c'est le genre de moment où on commence à croire, l'effroi et les cyclones, c'est toujours bon pour la foi, qu'on aimerait bien pouvoir s'adresser à quelqu'un qui n'est pas Ça parce que là, c'est trop horrible ce truc qui n'est personne et à qui j'en veux dans le même temps que je le tricote avec mes frustrations Monsieur Ça et quand vous le montrerez à vos proches vous manquerez pas de frémir en lisant dans leurs regards qu'ils trouvent qu'il vous ressemble quand même beaucoup, Sir Ça, ouh qu'il ne fait pas bon faire neutre aujourd'hui, qu'on va vite prendre ses responsabilités avant d'autogénérer une nouvelle bête épouvantable. 
Entre havre et citadelle.
Qui suis-je pour entraver la joie en moi?
Penser, ce désherbant humain.
Il serait bon de se demander qui on est pour se croire le droit de s'instrumentaliser, d'empêcher la vie en soi.
Il se rendit compte que ce qu'il considérait comme du petit chenil intérieur, du tout-venant ne méritant aucune attention, c'était, peut-être, son trésor.
Parfois on découvre en soi un monstre avide de reconnaissance, une hydre avec tout le studio de tournage intégré qui hurle d'atroces moimoimoimoi.
Quand on patine en soi, quand on tourne à vide ou qu'on patauge dans la semoule, voir si on est toujours en train d'adhérer à soi-même, à son terrain psychique. On aurait même tendance à accélerer dans ces cas-là. Pas bon pour le moteur.

Parfois il s'agit juste de re-coller à sa route. D'autres fois, il est nécessaire de changer les pneus. A chacun d'agir en conséquence.


Emprisonné pour incitation à la joie.
Peut-être que les êtres qui sont les plus libres sont ceux qui sont le plus proche de Dieu.
Nazim Hikmet qui parle de la Suisse comme «un petit jardin au milieu du désert ensanglanté».
«O mia madre di gioia, o tu cui devo la dorata letizia onde il mio canto si vena.» (Umberto Saba)

(«Ô mère  de joie, à qui je dois l'or d'allégresse dont se veine mon chant.» (Traduction de Franc Ducros).
Déjouer les pièges de la publicité, c'est un pas vers nos libertés fondamentales.
Bien sûr que personne n'y croit, aux qualités des produits vantés par les publicités. Personne n'est dupe. Non, ce que les gens ont envie de croire, c'est qu'on a envie de prendre soin d'eux, de leur faire plaisir, de leur porter attention à travers les produits. Qu'on a pensé à eux. Comme le nouveau-né le sein de sa mère ou plus tard sa tétine.

La pub, c'est la vache qui rit des adultes.
Oui, peut-être bien que c'est une traduction, que ce n'est pas l'original. Mais une traduction de Gustave Roud ou de Philippe Jaccottet, excusez du peu, c'est une oeuvre à elle seule.
Épanouissement: encore un mot qui dit "oui".
Si on me demandait maintenant quelle est la chose la plus importante à entretenir, à partager dans la vie, je répondrais sans hésiter une seule seconde: la joie. La joie, c'est de la lumière dans toutes les pièces de notre vie et même celle des autres.

(Il se trouve qu'on ne me demande rien. Mais je ne peux pas m'empêcher de le noter.)
Il était aux fraises quand on mangeait les marrons chauds.
Il y a des textes que j'aime savoir près de moi. Alors je les apprends par coeur.
La boîte aux lettres dont je rêve est végétale. Le lierre s’en est emparé. On dirait qu’il tend les bras pour prendre le courrier. Elle est de guingois et n’a pas de serrure. Les oiseaux viennent s’y poser. Parfois un chat lui fait un chapeau. Elle est en conflit avec tout ce qui est un peu trop officiel. La commune lui écrit souvent pour signifier qu’il faudrait qu’elle se tienne comme il faut. Mais comme ni elle, ni moi ne lisons les courriers estampillés, nous ne le savons pas. Un facteur, nouveau venu dans le village, pourrait passer devant un certain nombre de fois avant de la trouver. Ni clocharde, ni ermite, elle est discrète. Elle ne ressemble en rien aux boîtes aux lettres sans caractère des immeubles-paquebots qui ont toutes la même forme, la même couleur, avec une plaque similaire et qui composent un grand mur d'indifférence comme les casiers d'une morgue.
Au royaume des identités virtualisées, écrire une lettre, c'est donner corps aux échanges. Recevoir une lettre, c'est entrer en relation avec une matière souvent sensuelle, le papier, une écriture, peut-être un parfum. La matérialité du support offre un contact intime avec l’expéditeur. Je ne me souviens d'aucun courriel qui ait eu autant d'importance dans le temps, qui se soit inscrit ainsi dans la durée. Comme si leur virtualité les conservait dans un état vaporeux et ne leur permettait pas de faire corps avec moi. Tandis que certaines lettres m’accompagneront toute une vie. Parfois, en chinant dans la brocante de mes souvenirs, je retrouve dans un tiroir un courrier reçu il y a une vingtaine d'années. En le sortant de son enveloppe et en le dépliant, j'ai  l'impression que je le lis pour la première fois. Les émotions ressuscitent et avec elles toute un part de ma vie. Une lettre est une part vivante de l'histoire de chacun, innervée de souvenirs. Elle fait corps avec un être. C'est une extension naturelle de la mémoire. Correspondre: quel joli verbe. J'aimerais entretenir une relation épistolaire avec tous les êtres qui me sont chers. 
J'ai horreur d'être considéré comme quelqu'un de "cultivé". Je ne suis pas un champ de pommes de terre. 
Se méfier des désherbants psychiques.
J'ai pu constater en une dizaine d'années que des références dites "culturelles" - je dirais tout simplement: humaine - sont passées du stade "oui, ça me dit vaguement quelque chose, de nom du moins" à "non, ça ne me dit rien".

Je découvre jour après jour que ce qui a été pour moi un événement dans ma vie n'évoque rien, mais alors rien du tout pour certains. Au pire, même, on me traitera d"'intellectuel", par facilité, par paresse. Par sentiment d'infériorité parfois. On parlera de "culture pouvoir".

Pas évident dans ces conditions de partager quelques fleurs de son jardin, quand il n'y a plus de racine commune.
J'aimerais pouvoir écrire qu'il n'y a que des coïncidences, qu'il n'y a pas de hasard. Qu'on rencontre ce qu'on attendait, qu'on est ouvert à la rencontre au moment où elle arrive. Qu'on s'y préparait, souvent même malgré soit. 

Mais il y a aussi la mort, pas celle du dernier souffle, non, celle violente de l'enfant accidenté ou d'un village dévasté par un tremblement de terre. La mort brutale, la mort massive, elle, j'ai du mal à la caser dans mon espoir.
Je préfère le mot "coïncidence" à celui de "hasard". 

Coïncider, c'est tomber ensemble en un même point, se produire ensemble, arriver au même moment. Ce que suggère le tréma sur le "i", alignement de deux points sur un même axe, coordonnées exactes. 

On pourrait parler de "coïncidences électives". 

Le "hasard" signifie à l'origine un coup de dés et même un coup de dés défavorable. Ce mot est sans direction déterminée, sans évolution prévisible. Il est balloté par les vents. Le hasard est inhumain comme un cyclone qui passe sur la trajectoire de votre maison. 

La coïncidence est de l'ordre de la rencontre. Le hasard de l'ordre du ballottement. 


Le langage est totipotent.
Les préludes et fugues de Shostakovich: le dolby surround pianistique.
Albinoni dans son Adagio a fait le pari d'aimanter son auditeur jusqu'à la limite où ce dernier viendrait à se débattre pour sortir du champ d'attraction mélancolique qui s'est emparé de lui.

La valeur des objets les plus simples (une boîte aux lettres, un banc, la canne d'une personne âgée) se mesure aux résonances, aux échos qu'ils ont en chacun d'entre nous. Mes chroniques ne se sont rien d'autre que des petits cailloux lancés sur la mémoire de petits poucets rêveurs.  
«Une bonne part de l'écriture contemporaine, romanesque ou théorique,  est devenue conviviale - elle marche au forfait, références et clins d'oeil à l'appui, clefs en main, message en prime. Elle a cessé de vivre en intelligence avec le lecteur, dans cette complicité "exotique" qui se fonde sur le sentiment aigu de la distance, de la séparation, de la rupture, "une digue qui barre le fleuve de la conscience pour en élever le niveau, intensifier la force et accumuler l'énergie". La connivence dans l'écriture n'est que le solde de la facilité.» Jean Baudrillard, Cool Memories IV.
Quand on pense qu'on peut courir et traverser la route au péril de sa vie pour ne pas manquer son bus et avec quel indolence on traite ce qui pourrait nous faire manquer notre vie!
Rouge vif la vie!
J'aime les personnes âgées pour tout le lest qu'ils ont dû faire dans leur vie, de gré ou de force.
Cette vieille dame, dans le bus, qui dit toujours gentiment «au revoir» au chauffeur, mais si doucement - elle n'a plus toute sa voix- qu'il doit croire qu'elle ne le salue jamais.
Au royaume du voir, apprendre à toucher.
De combien de vos amis connaissez-vous l'écriture?
Il n'osait pas renoncer à son téléphone portable de peur de se rendre compte que, très rapidement, les gens se déshabitueraient à l'appeler. Qu'il serait seul et déconnecté.
Se dépouiller, c'est certainement tout autre chose que de jeter avec mépris ce que l'on a.
Il est bon de poser de temps à autres des questions abracadabrantesque à notre entourage, notre famille, nos amis: est-ce que tu as peur de mourir? Quelle est ta couleur préférée? Quelle est ta vocation? C'est quoi la joie? C'est dynamisant, ça favorise le dialogue et l'émulation même si souvent, au départ, ça dérange un peu. Et au moins, ça évite de parler de choses complètement nases comme les pneus d'hiver.
Bobin, Jollien: le poète et le philosophe. Tous les deux travaillent à dire le réel.
Adolescent, je participais à un groupe de jeunes chrétiens. Je me souviens que, lors de la prière, chacun formulait quelques mots, demandant à Dieu de l'aider pour ceci ou cela. Mon tour venu, par pur esprit de contradiction, je remerciais le Seigneur de me permettre d'avoir la chance de pouvoir passer des examens, d'avoir la santé. Et tous se mettaient à revenir sur leurs paroles pour exprimer à leur tour leur gratitude, regretter d'avoir demandé alors que le Père leur donnait déjà tant. 

J'étais un hypocrite, pour sûr, mais ma mesquinerie avait au moins le mérite de mettre le holà à ce lamento juvénile!

Vingt ans plus tard, avec des sentiments ô combien différents, mes dispositions intérieures n'ont pas changé: prier est toujours synonyme de gratitude, de reconnaissance.
La parole ouvre, la parole soigne. Parlez! Parlez! Parlez! Dites des âneries, peu importe! Exprimez-vous, ne restez pas muet! 
Cet homme, asiatique, employé dans une ferme de chez nous. Condition précaire s'il en est. Et, à la fin de la journée, je le vois encore sarcler le bord d'un muret pour enlever la mauvaise herbe, arroser les fleurs, faire en sorte que le domaine soit beau à travers de petites choses, avec minutie, simplicité. Il pourrait être expulsé du jour au lendemain. Mais il agit comme si c'était sa ferme et que c'était son devoir d'en prendre grand soin.
L'horreur: ne plus avoir la capacité de s'enthousiasmer.
Tous ces alinéas, ces scories, ces points 349 alinéa 2108 ... C'est bien la preuve, tout ça, que la philosophie n'est pas faite pour les petits cerveaux!
Il me manque tant de choses. Alléluia!
Lui - Tu crois que ça continuera?
Moi - Je n'en sais rien. Mais une chose dont je suis sûr, c'est qu'on aura vraiment fait que passer!
C'est parce que chacun de nous, un jour, sera nu de sa seule humanité, frère et soeur de tous, que personne ne peut être jugé.

(Même si à l'heure actuelle il m'est extrêmement difficile voire impossible de m'imaginer frère de certains).
L'éthologie a démontré qu'on pouvait leurrer des canetons et leur faire prendre un arrosoir pour leur mère.

C'est atroce.

En va-t-il de même pour les fumeurs qui prennent les cigarettes pour le sein maternel?
Surtout ne quittons pas nos canapés et restons devant nos téléviseurs. 

Il paraîtrait que 25% des américains qui effectuent une recherche sur Google veulent trouver un contenu qui se trouve sur Youtube, un site présentant des vidéos, des images, enfin, en gros ce qu'on voit à la télévision.

Donc, à moins que vous souhaitiez gagner de l'argent avec les nouvelles technologies, ne quittez pas votre canapé. Les internautes fatigués de leur petit écran d'ordinateurs finiront par s'en lasser. La télévision et le cinéma ont de beaux jours devant eux.


Denis Grozdanovitch lors d'un entretien radiophonique: incroyable prétention qu'il a de classer les intellectuels à la manière des joueurs de tennis. L'écriture revers, service, "les joueurs sont prêts, éteignez vos portables s'il vous plaît". Il règle sur la ligne de fond les penseurs introvertis qui ne peuvent pas goûter au bonheur. On aimerait comprendre pourquoi, mais apparemment ça ne se discute pas. C'est ainsi. 

Il parle de Dieu, de l'univers et de la mort comme on prendrait le thé sur le bord du court central à Roland Garros. Et il en parle sur un ton si pédant. Quel fat!
Un site, c'est un maximum de surface pour un minimum d'informations. Un blog, c'est un minimum de surface, pour un maximum d'informations.

Spectacle intime de la Pensée

Le  Musée Bodmer, à Genève, réunit des manuscrits exemplaires du monde entier et de toutes les époques comme autant de traces écrites lumineuses des génies de l’esprit, le visiteur évolue au milieu des textes de Galilée, Newton ou Einstein qui côtoient Dante, Shakespeare, Goethe ou … Ramuz. De quoi se sentir visité. Sa vocation n’est pas de montrer de beaux livres ou de belles pages – bien qu’ils soient souvent sublimes    mais de donner à voir des monuments de l’esprit, des moments clés de notre civilisation et de les faire entrer en résonance, de tisser d’heureuses conjonctions entre eux. Martin Bodmer, le fondateur, formulait en ces termes les principes qui l’ont guidé dans la formation de sa bibliothèque connue aussi sous le nom de Bodmeriana: « […] il suffisait de s’en tenir aux tout grands, aux esprits et aux œuvres qui avaient conquis leur place dans l’histoire – plus, qui avaient formé l’histoire ! Ainsi, l’idée directrice se cristallisait peu à peu dans la formule suivante : montrer le développement de l’esprit humain grâce à un ensemble de documents, qui seraient ou bien des originaux, ou qui s’en rapprocheraient le plus possible. C’est dire que la pièce contemporaine, le manuscrit, l’autographe, l’édition princeps y jouent un rôle prépondérant. »

 Il fallait un écrin à la mesure de la collection pour exposer quelques-unes des  150'000 pièces que compte la Bodmeriana.  La tâche fut confiée à Mario Botta. Charles Méla, directeur de la Fondation Bodmer, décrit  le projet ainsi : « La description technique que Mario Botta a donné du musée est révélatrice des défis qu’il rencontrait : excavation complète entre bâtiments existants, au nu de leur façade, construction à l’envers des habitudes (du haut vers le bas, de l’extérieur à l’intérieur), jeu de perspective en fonction du paysage, puits de lumière pour un espace de pénombre, contrastes rythmés entre matériaux utilisés, envol aérien d’objets qui semblent en apesanteur et que des détecteurs de présence offrent et dérobent tour à tour aux regards ».

Pour conclure, rappelons brièvement que, durant la Deuxième Guerre mondiale, Martin Bodmer dirigea les « secours intellectuels » de la Croix-Rouge qui étaient chargés de procurer de la lecture aux prisonniers de guerre. C’est ainsi un million et demi de livres qui furent distribués. Des milliers de détenus en captivité purent poursuivre leurs études. Cette action s’inscrit dans la droite ligne du projet du collectionneur : le livre fut le véhicule privilégié de la culture et peut-être aussi d’espoir et de confiance au cœur de la tourmente. S’en souvenir, au moment de visiter le musée, c’est permettre à la rumeur des siècles de venir frapper comme des vagues sur les vitrines des œuvres suspendues en majesté, hors du temps. Et ne pas oublier que chacune d’entre elles a été conçue dans le tourbillon d’une époque et… d’un esprit.


- Sources -
Toutes les citations sont tirées du magnifique ouvrage de Charles Méla, La Légende des siècles – Parcours d’une collection mythique aux éditions Cercle d’Art.

Le site de la Fondation Bodmer.

Image: ©Fondation Bodmer.

La laitière de Jean


La fable de La Fontaine, La laitière et le pot au lait, conte les misères de Perrette qui, imaginant tant et si bien le profit qu'elle pourrait tirer de la vente de son lait, tressaille de joie et fait tomber le pot qu'elle portait sur la tête.

La morale de l’histoire ? Il ne sert à rien de bâtir des édifices mentaux qui risquent de s'effondrer au contact de la réalité en moins de temps qu'il ne faut pour les énoncer (c’est faux et archi-faux, je n’en pense pas un mot ! Au contraire, rêvons, tombons, relevons-nous et continuons à rêver). Remarquons le pot de lait brisé, qui matérialise la matière grise de Perrette qui phosphorait, répandue sur le sol avec ses projets et ses espoirs. Bien. L’explication de texte format baccalauréat étant faite, entrons dans le vif du sujet.

Avec le mari qu'elle a, Perrette, (elle risque de récolter des coups pour sa mésaventure), on comprend qu'elle veuille s'évader, songer éveillée à un bonheur bien mérité: une étable prospère. D'autant qu'elle ne désire pas de parures de bijoux, de carrosses, de prince charmant, que nenni! Ce n’est pas une bourgeoise rutilante notre Perrette. Elle a des plaisirs simples. Elle rêve d'avoir des poulets, un cochon, un veau qui s'ébaudit dans les prés.

Et puis, Perrette, c'est un de ces bouts de femme à la Brassens. Elle est printanière, « légère et court vêtue » dit la fable. On l'imagine avec son petit jupon (son cotillon), allant d'un pas joyeux vers la ville, le lait sur la tête et la poitrine relevée, un peu naïve et inconsciente du doux spectacle qu'elle offre. L'ami Jean esquisse en quelques traits, quelques gorgées, la douce laitière « ainsi troussée ». Les rimes nous font de grands signes: « troussée », « pensée », « couvée »: on irait bien l’aider à porter son trésor, à Perrette.

Le commentateur de mon édition note très sérieusement que Perrette est « ... habitée par un désir de pouvoir, comme la Mouche puis le Curé ». Quel désir de pouvoir? Perrette n'est pas une trader dans une salle de bourse en train de négocier le prix du lait à la hausse. Elle ne cherche à tromper personne. Elle ne veut qu’une chose: que Renard le rusé laisse ses poules tranquilles afin de pouvoir acheter un cochon. C'est le critique qui joue la mouche du coche avec sa lecture triste de la fable. A croire que la morale serait le code-barre qui validerait le poème.

La laitière de Jean, c'est un peu la brave Margot de Georges qui dégrafe son corsage pour donner la goutoutte à son chat ou la laitière de Vermeer qui s’encanaille, malgré son front trop grand, beaucoup trop grand.

Je soupçonne le moraliste d'avoir bâclé les deux tiers du poème pour le simple plaisir de décrire Perrette qui va à la ville, son pot de lait sur la tête. Car c'est évident, ce n'est pas Perrette qui bâtit des châteaux en Espagne, mais bel et bien le poète qui se rêve dans les bras de la laitière.

-Un pas de plus –
La Laitière et le pot de Lait.

Image: La laitière, Vermeer.


Profane: professionnel du fané.
Biométrique, anthropométrique, rien, rien n'échappera plus aux gouvernements, tout, il sauront tout de nous jusqu'à la densité de nos intestins. Il s'agira d'être en règle, sinon gare!
Rien ne ressemble autant à un terroriste qu'un homme ordinaire.
Les Trente-six stratagèmes sont un recueil d'aphorismes chinois de l'époque Ming, rédigés dans le même esprit que l'Art de la guerre de Sun Zu. L'éditeur indique que ces textes éclaireront tout responsable désireux de mener en finesse une action stratégique. Je veux bien le croire! Je n'y vois que de la méchanceté, de la cruauté. Comment mettre l'autre en déroute? Comment s'en faire un ami pour ensuite l'écraser? Comment cultiver l'art de la duperie?  C'est machiavélique! Le manuel du parfait salopard.

Mais je lis ces maximes avec beaucoup d'attention car je les trouve extrêmement pertinentes: celui qui les a écrites avait une connaissance profonde de la nature humaine et de ses travers naturels. 
Qu'y a-t-il de plus urgent qu'un visage?
Matière grise, matière grise, on dirait qu'on parle d'un gros pudding gélatineux alors que je m'imagine qu'un feu d'artifice de fusées éclairantes, rayonnantes, anime cet organe extraordinaire, si incompréhensible, ce bout de Tout dont on peine à comprendre la mécanique.
Il y a comme ça parfois des amitiés qu'on continue à porter avec un sourire bonhomme alors qu'elles sont devenues un vrai fardeau.
Pourquoi certaines personnes font-elles tant d'histoires et semblent jubiler à l'idée de pouvoir touiller un brouet insipide?

Parce qu'ils ont le temps. Tout simplement parce qu'ils ont beaucoup de temps. C'est une manière de ne pas se sentir totalement inutile.
La fragrance du glauque.
Il se vantait avec tant de morgue d'aller de l'avant qu'on ne lui souhaitait qu'une chose: ne pas avoir à se retourner. Car il se sentirait bien seul.
Cette jeune femme qui sous les atours les plus attrayants s'avère être, au fond, une personne brutale.
Et si la crise actuelle menait à la guerre?
Ne jouons pas les oiseaux de mauvaise augure, surtout pas!
Mais il importe de rester très vigilant.
De cultiver avec encore plus de passion la fleur de bienveillance.
De faire signe à la joie.
Hormone, aumône, or môme, homo, ... Il doit y avoir autre chose que de la chimie dans ce mot-ci.
J'en veux au Créateur de nous avoir donné tant de beautés et tant de souffrances. On n'a le temps de ne s'occuper bien d'aucune d'entre elles.
J'imagine la psyché comme végétale (et chez certains comme végétative).
Zoopenser la fleur est un contresens.
La joie est active et féminine. Le bonheur est passif et pastis.
Robinson Crusoblog.
- «Tu te rends compte qu'à la place de tous les livres que tu achètes, tu aurais pu prendre un leasing pour la dernière Mini Cooper?»
Je m'étonnais de tous ces adultes qui venaient voir le jeune Alexandre (Jollien) présenter le sujet de son prochain livre. Mais à mon tour, en moins d'une heure mon luth était à nouveau accordé, j'étais recentré. Je pouvais repartir sur mon propre terrain avec quelques repères nouveaux. C'est à croire que ce bougre s'est travesti dans corps tout tordu pour nous rappeler ce que signifie «marcher debout».
On se découvre parfois un impérieux parent intérieur, débarquant dont ne sait trop où, mais qui nous attendait et avait des choses à nous dire qu'on a comprise aussitôt et dont personne jusqu'alors nous avait parlé.
Quand Alexandre Jollien dit qu'il est possible d'accepter de vivre avec une blessure et qu'il ajoute que «ce n'est pas un problème », j'ai vraiment l'impression que comme par magie, sous mes yeux, le problème s'évanouit. 

Mais cette petite phrase n'est pas le résultat d'une suppression, bien au contraire, mais d'une acceptation assumée. 
Pour certains, ça va mieux en le disant. Pour moi, ça va mieux en l'écrivant.
Celui qui a une voix, quelque chose à faire entendre, aussi petit cela soit-il, ne devrait pas se taire. C'est une chance inouïe.
Je ne juge les goûts littéraires de personne. Mais je connais certaines oeuvres qui permettent de se former un goût sûr.
Le quotidien, c'est la tige.
Bobin a bien raison. Ce qu'on pense ou ce qu'on sait des autres font écran à ce qu'ils sont vraiment. Il faudrait se libérer de cette connaissance, du visage et laisser parler les mains ou le dos ou se concentrer sur la musique d'une voix. Envisager l'autre autrement. 
On ne dit pas "un beau blond ténébreux". Les blonds souffriraient-ils d'une absence d'ombre? Que donnerait une photo d'un Baudelaire ou un tableau de Byron blonds?
Le beau, le désir, la curiosité, l'attention naissent de l'ombre. 
Une prise de conscience est-elle réversible?
Les leçons de séduction proposées par la marque de lingerie sont bien pires que celles de H&M contre lesquelles les féministes partent en guerre. Elles ne font de la femme qu'un paquet de bonbons (hors de prix) pour la gente masculine. Tandis que celles de H&M les présentent dans toute leur beauté, sans leur imposer une destination.
Ces médecins qui en appellent au bon sens des citoyens pour les pousser à adopter les nouvelles décisions pour réduire le coût de la santé en nous abreuvant "bien entendu que ceux qui auront besoin de ... pourront toujours ...". 

Je me demande s'ils nous prennent vraiment pour des débiles de corps et d'esprit?
J'apprends des poèmes par coeur pour les oublier presque aussitôt... Mais ils sont là, pas très loin, car lorsque j'écris, je les vois apparaître parfois en filigrane sous mes mots. 
Quel joli verbe que "folâtrer": on y entend la folie, mais aussi l'âtre et son feu. C'est un verbe plein d'étincelles un peu folles qui tourbillonnent emportées par la brise.
Depuis que j'ai découvert le pipa chinois, je n'en finis plus de galoper à travers des contrées inconnues.
Je soupçonne Lingling Yu de cacher un orchestre entier dans son pipa chinois! 
Le pipa chinois est un instrument d'une frénétique sérénité.

La boutique de lingerie


Ce couple dans la boutique de lingerie. Visiblement mal à l'aise, il lui dit maladroitement, pendant qu'elle regarde les différents sous-vêtements:

- «Alors, je dois faire quoi moi? Dire oui ou non?»

Et sa compagne de lui faire cette réponse en apparence toute simple, mais lumineuse:

- «Pas du tout. Il s'agit juste de découvrir...»

Découvrir... Quel bonheur! Tâtonner. Se donner le temps de voir ce qui s'accordera le mieux ensemble. S'amuser d'une erreur ou s'étonner d'une bouture particulièrement harmonieuse. Partir en quête de la pièce-lierre qui enserrera au mieux le corps, qui assurera une rebondissante emprise ou qui se coulera fauvement le long d'une courbe. Celle qui saura le mieux raconter une histoire qu'on prolongera avec plaisir. Trouver la couleur qui, par contraste, signalera un recoin obscur en attente d'aventurier. La lingerie est une ligne astucieuse du plaisir, à mi-chemin entre le souffle et le corps.

Seulement, voilà: l'homme, lui, prend peur face à tout ce flou, face à toute cette indétermination. Et on le comprend. Il la veut clé en main, toute option, velours à tous les étages. Il demande à être séduit et il ne veut pas devoir choisir. Tandis qu'elle, elle l'invite à abolir le temps, privilégiant la recherche sur le résultat. Le bonhomme, lui, quoi qu'il en dise, a des désirs nettement plus courts et, soi-disant, plus directs. Il serait la ligne droite et elle une arabesque qu'il ne tient pas à déchiffrer. Autant dire qu'ils ont peu de chances de se rencontrer (ils ont peu de chances de se rencontrer). Impatient, il l'est surtout vis-à-vis de cet autre sexe qui se distingue bien plus par sa manière que par son physique, ce dernier ne faisant que signaler l'écart.

- «Alors, je dois faire quoi moi? Dire oui ou non?»

Cette phrase illustre bien la mâle assurance qui se sent le besoin de cacher son malaise en mettant en avant son droit à disposer d'elle. Car c'est un fait: la femme ne se déguise en paquet de bonbons que pour son bon plaisir. Mais s'il se met à sonder un tant soit peu ce possessif, «son», il pourrait venir à douter qu'il en soit pleinement le propriétaire. S'il n'était qu'une toute petite partie de ce «tout pour toi» qu'elle lui a susurré à l'oreille? Sa baronnie voit ses contours débordés comme sur un dessin colorié par un tout petit enfant. Sa belle se fait belle, mais ce pourrait ne pas être uniquement pour lui sans être forcément pour un autre. Oui, il n'avait pas envisagé l'éventualité qu'elle trouve aussi du plaisir à se faire plaisir nonchalant de son avis. De celui qui devait choisir, il devient celui qui est choisi, ce qui est flatteur, mais relativement inconfortable dans la mesure où il pourrait ne plus être choisi.

- «Alors, je dois faire quoi moi?»

Il a quelque peu rompu le charme, non verbal, qui lui permettait de se retrouver dans cette intimité toute féminine sans avoir eu à faire ses preuves. Découvrir... Cet Indiana Jones de la dentelle sera-t-il à la hauteur de l'épreuve qui lui est offerte? Suite à sa question, la règle du jeu a été précisée comme une évidence qu'il n'avait apparemment pas saisie. Né à une autre époque, il n'a eu la chance de voir une exposition qui-dit-tout-comment-les filles-elles-fonctionnent comme le Zizi sexuel. Zep et Hélène - pas du tout de Troie - n'étaient pas encore passés par là. Lui, il a dû se contenter des films pornos de papa qui, convenons-en, ne faisaient pas une large place à l'intimité féminine et sa mère, trop occupée à folâtrer n'était pas là pour lui fournir une marche à suivre. Ce qui le laisse très seul dans cette savane de petites lianes-bretelles. Sa position de décideur ne lui sert à rien vu qu'il s'agit, précisément, de ne pas trancher. La poésie qu'il raillait comme étant de la «lecture pour homos» ne lui a pas permis d'apprendre par coeur ces vers de Rimbaud qui auraient pu l'aider...

«Puis tu te sentiras la joue égratignée...
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou...

Et tu me diras: "Cherche!" en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup...»

La Muse de Brancusi qu'il avait prise pour l'oeuf en or d'une poule ne lui a pas permis de pousser plus loin sa connaissance de l'ovale.

Pour le coup, il se trouvait face à une béance énorme: la sienne.

- «Il s'agit de découvrir...»

A travers les mailles de la dentelle, ce n'était pas moins de deux visions du monde qui se dévoilaient.

Bien que plus âgé et apparemment assez fier, le regard du poilu de Cro-Magnon chercha le mien, afin d'avoir un complice masculin, de ne plus se sentir abandonné dans cette moelleuse douceur colorée qui commençait à l'écoeurer et de pouvoir amenuiser cette écrasante supériorité féminine. Style «On se comprend!». Mais je ne lui en fournis pas l'occasion, n'ayant pas envie, à mon tour, de révéler que j'étais tout aussi benêt que lui avec mon bonnet... d'âne.


Image: Toulouse Lautrec, "Femme mettant son corset".
On parle d'une crise alimentaire à ceux qui n'avaient déjà rien. Peut-on vraiment continuer à faire comme si de rien n'était ici, en Suisse?
L'inspiration est sans condition, elle peut se trouver partout, même assis sur la cuvette des WC.
Je suis assidu en zigzag.
J'ai une rose jaune sur ma table de travail qui, depuis une quinzaine de jours, fait admirablement son travail de rose.
Il ne viendrait à l'esprit de personne d'essayer de faire obéir un chat. Cependant, il vient à l'idée de certains de faire obéir un bouledogue parce qu'il aurait l'aspect d'un chien. Lourde erreur...
Elle m'a présenté sa meilleure amie, ce qui a considérablement changé l'image que j'avais d'elle lorsque j'entendis cette dernière m'expliquer qu'elle votait pour l'extrême droite et qu'il n'y avait de couleurs que blanche.
Lequel des deux jumeaux est le plus ressemblant?
Brassens ou Renaud qui chante le roi des cons. Même souffle.
Il avait passé toute son adolescence à critiquer les "bourgeois", il avait mis quinze bonnes années à le devenir avant de pouvoir dire: "Le bourgeois, c'est moi".
On se demande parfois pourquoi certains s'acharnent surtout qu'il n'est écrit nulle part qu'un homme et une femme sont tenus de rester ensemble plus longtemps que le temps nécessaire à un coït.

 «Une gonzesse de perdue, dix copain qui reviennent »(Renaud).

On entend bien, à la manière dont une jeune personne dit "ma mère", que le père est absent. 
Magnifique humour et foi du maître verrier Yoki. Cette douceur et cette intimité pudique avec laquelle il parle de son métier.

A son interlocuteur qui lui demande s'il veut écouter l'Incarnatus de Schubert, il répond en riant:

- «Si c'est plaintif, ça vaut la peine.»
Le monstre, le vrai, nous trouble dans son rapport qu'il a avec nous, parce qu'il n'est pas tout à fait autre, il ne nous est pas tout à fait étranger.
Un humain, c'est symétrique au dehors, deux bras, deux yeux, deux jambes. Mais plus on s'enfonce à l'intérieur, moins on voit de logique ou du moins la compréhension de ce qui l'anime devient de moins en moins explicable.
Il ne s'agit pas de rester dans le coup, mais de devenir soi-même.
Synonyme de "s'informer": "s'abreuver".
Ils vous disent que c'était pour rire. C'est leur manière à eux de retirer sans trop d'encombre le couteau qu'ils vous avaient planté dans le dos.
La tragédie racinienne chante l'amour comme un mal incurable. Mais on n'a pas encore trouvé les mêmes accents pour mettre en scène le Temps, cette brosse à récurer du couple.
Un homme vous dit qu'il n'y a qu'une seule chose à savoir dans cette vie, c'est que nous n'y sommes jamais abandonné. Et on le croit volontiers. Parce qu'on a envie d'y croire. Mais pas uniquement.
Le bouledogue n'a de loin pas la souplesse du chat. Ainsi, lorsqu'il veut se nettoyer les pattes arrière, il fait un demi tour sur lui-même et finit tout étonné de se trouver à nouveau en train de lécher ses pattes avant.
Un auteur qui pose sur la première page d'un couverture d'un livre qu'il a intitulé "La crise de l'intelligence" ne peut pas avoir l'air idiot.
Chaque époque à son intonation, son accent. Y prêter attention. S'adapter.
Au-delà du coût, si je ne pouvais plus faire le geste simple de boire au robinet, j'aurais l'impression de commencer à vivre sous respiration artificielle. Avec mes bouteilles. Et puis un jour un quota de bouteilles par jour. L'eau potable du robinet, c'est une liberté formidable. On ne s'en rendra compte que lorsqu'elle viendra à nous manquer.
J'allais écrire que la poésie de Khalil Gibran était trop moralisatrice, que ce poète était un donneur de leçon, que son ton était trop solennel. Je lis quelques vers pour confirmer ce sentiment et... Non, c'est beau, c'est vraiment très beau...  

«Chaque pensée que j'ai emprisonnée dans la formulation, je dois la libérer par mes actes.» Khalil Gibran.
Eveline Widmer-Schlumpf: fille d'un ancien conseiller fédéral. Elle avait un réel avantage dans sa course au conseil fédéral. Jeune femme, elle avait déjà intégré tous ces codes tacites, ces savoirs non formulés qui rendent l'expérience si féconde.
La beauté entraperçue est toujours une issue.
J'ai conscience, lorsque j'écris à l'aide d'un ordinateur, que je compose mes textes sur ce qui reste avant tout une calculatrice. 
Les marchands de bien-être et de zen occidentalisé partent du principe que nous avons perdu le sens de notre chemin intérieur. Rien de moins sûr!
Barack Obama: verticalité et souplesse.
Epargner? Alors que je ne peux retenir aucun de ces printemps que j'aime tant, ni aucun automne, ni aucun sourire, ni aucun baiser. 
La fourmi de Jean est rasoir au possible avec ses petites joies mesquines, sa prévoyance et c'est elle qui ira peupler les maisons de retraite pleine d'hiver, assise sur son pécule. A tout prendre, je préfère chanter les moissons et le soleil, quitte à finir sous un pont.
Rien de pire que des abrutis brutaux.
Admettons que ce n'était pas une très noble d'annoncer que l'homme, fleuron de la création, était frappé de grippe porcine. Cela nous donnait l'impression d'avoir vainement tenté de nous redresser sur nos deux pattes arrière pour rien.

Alors les gens du marketing ont décidé que cette grippe s'appellerait dorénavant la grippe A. Oui, c'est moins avilissant de dire qu'on est contaminé par la première lettre de l'alphabet plutôt que de dire qu'un cochon nous a eu!

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?