Lu le titre suivant: "Quelle place les Suisses accordent-ils encore à la mort."

Pour ce qui est des Suisses, je ne sais pas, mais ce dont je suis sûr, c'est que la mort, elle, leur réserve une bonne place.
Pourquoi l'armée a-t-elle choisi le vert militaire? Pour se fondre avec quelle nature? Sa couleur serait plutôt rouge sang mélangé à de la terre brûlée.
L'anorexique se nourrit de ne pas manger, il se fait un festin de son propre vide, de ses carences, il se mange lui même avec le désir de ne plus laisser une seule miette de lui-même.
L'italique fait les yeux doux.
- Comment s'appelle ce mot?
- Vous voulez dire "que signifie-t-il"?
- Non, je sais bien ce qu'il signifie, je souhaitais juste connaître son nom.
Une famille devrait être constituée d'êtres qui vont ensemble, comme une famille de mots. Pourtant une définition courante de la famille pourrait être : rassemblement d'êtres ayant des caractéristiques communes qui ne supportent plus d'être ensemble - bien que ressentant un manque les uns envers les autres.
L'abandon de soi est une aptitude qu'on perd très vite.
Le désir est le combustible de l'angoisse. Coupez le désir, y renoncer, s'en détacher, permet de ne plus alimenter l'angoisse.
Cette petite fille qui tapait si fort avec son gros bâton sur la clôture en fil de fer qu'encore longtemps après son passage, elle en tremblait.
"Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu'ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage." (Christian Bobin)
Le monde autour de nous en automne est roux-rouge.
Parfois, on ne tourne pas en rond en vain. On cherche la sortie.
Le statisticien anglais, Warwick Cairn, m'apprend que si j'abandonne mon enfant sur un parking de supermarché, il faudra 750'000 ans avant qu'il ne soit kidnappé. Bien. Mais ça ne me rassure pas. Car combien de temps faudra-t-il pour qu'il soit renversé par une voiture?
La tendresse, nom d'une pipe, c'est le sentiment le plus fort et le plus viril qui soit!
L'enfant: la juste distance entre un homme et une femme?
Se débarrasser, faire une grande brocante du dedans, solder l'inutile pour ceux qui en auraient besoin, créer de l'espace pour celles et ceux qui doivent arriver.
Ce n'est pas parce qu'on n'a pas le choix, qu'on n'a pas le droit.

Plouf!


Durant plusieurs jours, un passant attentif aurait pu voir dans les alentours des gens, munis de cartons, penchés sur les bosquets ou se faisant de grands signes en courant en tous sens. Certains, à genoux, la tête dans les fourrés, criaient: "Je le tiens, je le tiens!". Cette mobilisation trouvait son explication dans un événement ayant eu lieu la veille. Une cane, accompagnée de son cortège de canetons, déambulait fièrement jusqu'à ce qu'un "plouf" se fasse entendre. Un petit étourdi venait de passer à travers une grille de caniveau. Maman canard au désespoir, regarde son petit qui barbote dans sa prison et se met à cancaner à tout va. Ce qui ne manque pas d'attirer un autre de ses petits curieux qui passe à son tour entre les barreaux: et re-plouf. Heureusement, de bonnes âmes s'en aperçoivent. On vient, on s'active, on soulève la grille, on sauve les malheureux tandis que M'me Cane s'affole. L'un d'eux à la bonne idée de les ramener près du bord du lac pour plus de sûreté. Ceci étant fait, chacun s'en retourne, fier de cette opération canardeaux si bien menée.

Mais, pour des raisons canardantes qui continuent à m'échapper, elle revint à pas palmés, avec toute sa tribu confiante et molletonneuse, à l'endroit du drame. Et rebelote! Voilà que le même scénario se reproduit. C'est à se demander si elle ne cherche pas à s'en débarrasser. Plouf! Re-plouf! Retour des sauveteurs. On se verrait mal ne pas agir. On devient ingénieux, on cherche à sécuriser le parcours afin de protéger les petits palmipèdes d'une fin si cruelle.

Coïncidence ou ironie de sort? Quelques jours plus tard, je ne pus m'empêcher d'avoir une pensée coupable en dégustant le menu du restaurant du quartier qui proposait du magret de canard. Et cette chronique de finir sur une chute amorale en forme de plouf.
Je n'entends pas le mot "douceur" comme un mot sucré, mais composé de tendresse, de force et de clairvoyance.
L'écrivain qui cherche à faire du "touchant" pour toucher est un manipulateur.
Je me suis entendu dire que je devais "ajouter une couche de complexité".

Non, merci, c'est gentil, j'ai bien mangé.
- Venez quand vous voulez, lui avait-il dit, la porte sera toujours grande ouverte.

Il est donc venu et en entrant il s'est entendu dire:

- Mais? Vous n'avez pas sonné?
"Complexité": souvent qu'une volonté de ne pas clarifier.
Impose ta chance. Serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder ils s'habitueront.

René Char.
On entend
Le bruit de l'arbre qu'on abat
Pas celui de la forêt qui pousse

Proverbe africain

Le temps des confidents

Il est venu le temps des confidents, de ces malheureux soupirants expirant aux pieds de la Reine de la nuit de nos vingt ans. L'attente aura été longue, mais elle n'aura pas été vaine: ils auront fini par être élus. Sensibles, ils avaient découvert chez la Belle ce qui ne périt pas et que le temps ne fane pas. Attentionnés, ils auront eu les égards et la patience nécessaires pour ne pas se faire oublier. Epris enfin et avant toute chose, ils auront nourri une flamme qui n'aura fait que s'accroître pour venir réchauffer le coeur de cette Inaccessible devenue femme. C'est de ce potentiel féminin dont ils sont devenus éperdument amoureux, de sa germinescence: botanistes de l'amour, ils en ont pris soin, la protégeant, sans jamais l'étouffer, sans jamais l'importuner, recueillant ses plus précieuses confidences. Alors qu'elle consumait frénétiquement et sensuellement toute cette jeunesse qu'elle sentait s'échapper, eux cultivaient soigneusement ce qu'elle allait devenir. Prenant le contrepied de Ronsard, ils savaient qu'ils étaient les amants du temps d'après: elle n'aurait pas à le regretter, ils auraient tout à vivre plus tard. Ils savaient des choses d'elle qu'elle ne soupçonnait même pas. Précoce en âme, ils avaient vieilli trop vite. A cet instant ils n'étaient pas encore compatibles: ils boitaient leur joie et elle boudait sa singularité.

Heureusement pour eux - nous tenons à un dénouement heureux - quelque chose se mettra à trifouiller le coeur de cette ballerine des discothèques comme un manque, une insatisfaction, une obscure répétition qui bat, là, lui signifiant une solitude, une aspiration qui prendra son visage: le confident discret serait-il l'amant secrètement désiré? Il ne ressemble en rien aux bellâtres dont elle fut si souvent la victime - assez consentante, nous n'en doutons pas. Et puis elle en a marre de ces mecs qui s'évaporent avec l'aube, qui lui en font baver, ces heures pendues au téléphone pour tenter de raccrocher avec ce Jules parfaitement sain, c'est-à-dire programmé pour séduire à tout va, manière de Petit Larousse sur pattes, semeur de larmes. Marre d'être attiré par un grand vide - au début, elle avait pensé que c'était une stratégie toute masculine, avant de ce rendre compte qu'il n'y avait pas l'once d'une conscience, nada. Le règne des hommes-feu, tombeurs en série illimitée est fini. Les abdos en tablette de chocolat ne sont plus assez nourrissants. Elle a eu son quota de déconvenue. Elle a décidé de ne pas passer le restant de ces jours dans une discothèque.

La discothèque, ce lieu, où le confident n'avait aucune chance de la conquérir, étant frappé d'arthrose rythmique, n'ayant pas pu suivre les cours Dalcroze, et ayant comme seul atout son verbe recouvert par des centaines de décibels boumboumique ne lui laissant aucune chance d'articuler des mots qui n'auraient de toute manière eu aucun d'impact face à cet étalon, ce roi de la jungle, ce reproducteur transpirant, ce diffuseur de phéromones ambulant. Tandis que lui, lui, dans son Orient désert, se nourrissant de symphonies pour piano, de concerti pour violons et de littérature russe n'était absolument pas profilé pour survivre dans cet environnement myologique. Face au mâle succulent, il faisait figure d'avorton. D'ailleurs, cela devait se sentir vu que les videurs à l'entrée se faisaient un plaisir de le refouler. Ces grands connaisseurs de l'âme humaine, ces psychologues-nés, sentaient instinctivement que quelque chose clochait, que d'en laisser entrer trop comme lui serait dommageable pour toute l'espèce.

Mais, dans nos régions, les hôpitaux et les médecins abondent, toute petite douleur peut être auscultée dans ces moindres manifestations, scanner, pet-scan à l'appui, chirurgie et firmes pharmaceutiques à la rescousse. Le confident - contrairement aux prévisions des videurs- a donc survécu, et sauf grand malheur - une collision fatale avec Mister Testostérone bourré sur une route de campagne au retour d'une conférence sur l'influence de Rabelais dans la littérature française - il n'a pas quitté la scène de son premier Amour. Tandis qu'elle - ENFIN! - se met en quête de l'homme-joie, l'homme-foyer. Alors, le grand retournement se produit: sa discotécale faiblesse est devenue sa force. Elle gardera certes toujours gravé dans son limbique une sorte d'époustouflement primal, javierbardemisant, du temps où les corps faisaient silex. Mais jamais personne ne l'avait ait frémir dans ses tréfonds, au coeur même de ses cellules, comme cet ami cher devenu âme en chair. Après des heures et des jours passés sur le banc, il entre enfin sur le terrain. Le confident vient de prendre corps.

Fort de cette réflexion, si je rencontrais un de ces jeunes exclus de la fièvre du samedi soir, je n'aurais qu'une chose à lui dire: sois patient. Patience est tout. Ton heure viendra, triomphale et solaire. Donne raison à ta sensibilité, ta gaucherie ou ta maladresse. Ce sont des atouts. Et mêmes si ta patience ne devait pas être récompensée, tu n'auras pas artificiellement essayé d'être un autre, tu seras resté fidèle à toi-même, ce qui t'aura permis mûrir ton devenir d'homme. Tu n'auras rien précipité ce qui t'apportera des plaisirs renouvelés à l'âge où beaucoup penseront avoir fait le tour de la question. Ici, le temps ne signifie rien. Etre amoureux, c'est ne pas calculer, ne pas avoir à compter car il n'y a qu'elle qui compte. Etre amoureux, c'est approfondir sa connaissance du visage aimé, c'est éprouver l'ivresse d'une connaissance intime d'elle qui ne s'achève jamais. Alors rends grâce aux souffrances qui sont les tiennes: elles donnent grandeur et sens à ton amour. Elles font ta valeur et seront la joie de la femme qui partagera ta vie.


Sculpture: La confidence, Jean-Baptise Carpeaux.
Merci à Rainer Maria Rilke de m'avoir soufflé la fin.
"Toutes les paroles de Jésus sont des océans de mystère, dans lesquels se dessinent peu à peu les traits de lumière. On peut comme dans ces tableaux hollandais où l'on aperçoit, quand on regarde attentivement, quantité de détails qui sortent successivement de l'ombre."

[Charles Journet, Entretiens sur la prière]
Lui - Mais, le mot "germinescence" n'existe pas!

Moi - Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse? Et puis, vous l'avez bien écouté ce mot? Si c'est un mot qui ne pousse pas au soleil, ça!
J'aime prendre mon goûter d'aube.
J'ai toujours besoin que ma boîte de courriels soit vide, que j'aie répondu à tous les messages. C'est comme ça, c'est plus fort que moi. Et, tant que je n'ai pas donner de suivis, je me sens comme une dette psychique à l'égard de celui qui m'a écrit.
"Êtes-vous prêt pour le numérique?" nous demandent-t-ils? Tout d'abord, qui pose cette question? Et ensuite, le devons-nous?
Une folle peut s'exprimer tout à fait sérieusement. Il n'y a là rien de contradictoires.
Le gars qui va au temple faire brûler son encens à deux balles, Jésus lui dit: "Mec, wake up! Si tu as un problème avec ton frère, tu chausses tes nike et tu sprint te réconcilier avec lui. Et toi, là, qui est en train de perdre du temps à enterrer les morts, suis-nous, on a une foule de taf à faire pour les vivants." Oui, un Jésus qui a le sens des priorités humaines, des urgences, tout de suite et maintenant. Alors, on s'y met?
J'utilise souvent le mot "précisément" pour souligner quelque chose de somme toute très vague.
Travailler à une disposition d'esprit favorable demande une attention soutenue.
Si on regarde la bedaine d'une trentenaire au microscope, on voit beaucoup de confort.
"Contre les trop familiers
Les gens qui nous donnent leur confiance pleine et entière croient de ce fait avoir droit à la nôtre. C'est mal raisonner; les présents que l'on fait ne confèrent aucun droit." (Nietzsche)

Mais le donneur vous en voudra, vous reprochant de ne pas être é-qui-ta-ble. Ah, parce que la confiance est question d'équité?
Mais pourquoi Klimt, dans son baiser, a-t-il peint un gaillard aussi rapacement laid?
Apparition de Marie: voilà un miracle que je ne comprends pas. Le vrai miracle, c'est une mère qui vous aime et c'est la Mère qui est dans nos coeurs. Qu'est-ce que ça m'apporterait de la voir hors de moi. Sans compter que j'aurais une sacré frayeur!
On se souvient de certaines personnes pour tout ce qu'on a pas pu faire avec eux.
Le baladeur dit: mon pied à terre, c'est la terre sous mes pieds.
Moi - Avec toute la connaissance que tu as acquise, je ne me serais jamais imaginé que tu sois le genre de personne à te fourguer dans des histoires pareilles.

Lui - Trou de balle!
Je ne possède pas de montre, je suis ainsi toujours à l'heur.
"Je suis marié": pourquoi ce qui est un gage de fidélité me donne l'impression de désigner, dans sa bouche, un cul-de-sac.
Si le monde était un village ...

Le monde entier est un village global. Imaginons un instant que ce village soit composé de 100 habitants, il y aurait :

- 59 asiatiques
- 14 africains
- 14 américains
- 13 européens

Il y aurait également 51 femmes et 49 hommes.
On compterait 50 jeunes de moins de 25 ans.

20 personnes (uniquement des hommes), possèderaient 80% du village et de ses richesses. 1 femme seulement possèderait sa propre terre.

Entre 5 et 6 femmes auraient subi un viol.

42 personnes ne boiraient jamais d'eau potable.

50 personnes vivraient au sein même du petit village, 50 autres seraient éparpillés aux alentours.

33 habitants vivraient une situation de conflit armé, dont 23 seraient des femmes.

5 hommes et 1 femme seraient militaires, policiers, ou gendarmes.

5 enfants travailleraient dans des conditions d'esclavage et 1 petite fille serait employée de maison sans être rémunérée.

60 personnes sauraient lire, écrire et compter. 40 seraient des hommes.

50 habitants pourraient avoir accès aux soins de santé.

20 personnes auraient accès à un ordinateur, dont 15 connectées à un réseau de type internet.

1 personne serait considérée comme riche, c'est à dire possèdant plus de richesses que nécessaire pour assouvir ses propres besoins et ceux de sa famille. Elle possèderait à elle seule 50% du village et de ses richesses.

80 personnes auraient une religion, dont 40 seraient forcées de la pratiquer (sous la contrainte ou de par la coutume), et 20 autres ne la pratiqueraient pas. En outre, 5 personnes la pratiqueraient malgré des risques pour leur survie.

La bibliothèque du village ne serait accessible qu'à 24 personnes, les autres en seraient interdites. Le cinéma serait visité chaque semaine par 1 personne, toujours la même.

L'électricité serait coupée environ 50% du temps, faute de moyens. 30 personnes gaspilleraient 90% des ressources naturelles et énergétiques du village.

5 personnes seraient déjà parties en vacances. On prévoierait que 10 personnes au total le feraient d'ici 5 ans.

Etc, etc... Les chiffres peuvent ainsi s'étaler sur des pages et des pages. Ils permettent parfois de remettre en perspective chacun de nous sur notre planète, et de mesurer ce que nous sommes, nous les humains.

Avec Nietzsche:

"Il ne faut parler que si l'on ne peut se taire; et ne parler que de ce que l'on a surmonté, - tout le reste est bavardage, «littérature», manque de discipline. Mes ouvrages parlent uniquement de mes victoires."

On est dans l'éprouvé. Nietzche n'est pas un éducateur, un bonimenteur de spiritualité supplémentaire. C'est un homme qui nous fait part de ses expériences, de ce qu'il a mis concrètement derrière soi.
Ce bus, à l'arrêt, qui expulse de l'air à intervalles réguliers, comme s'il haletait après l'effort.
"Une seconde avant de se poser sur la branche du tilleul, le moineau a étiré ses ailes au maximum, comme on ouvre grands les bras tout à la joie de revoir ceux qu'on aime." (Christian Bobin)

Si cet homme-là n'a pas une belle sensibilité.
Ces femmes qui n'osent pas dire au mufle qui les mène en bateau:

- Pauvre con, casse-toi!

Ce serait la meilleure garantie pour se faire respecter. Mais elles préfèrent dire:

- Oui, alors voilà, ça ne me convient pas, pas du tout même, alors je vais me retirer, hein, et si tu veux m'appeler, tu as mon numéro - tu l'as bien noté, hein, mon numéro?

Et le gaillard, qui va rappeler, pour sûr, mais après avoir fait la tournée des popotes, bu des verres, revu une ou deux ex. Et si ça lui chante, il repartira sur son carrousel à nanas, autant qu'il le souhaite. Il a une donzelle éplorée au bout de chaque numéro de son téléphone portable.
Il y a le pari de Pascal. Il y a celui de Nadine de Rotschild, tout aussi hardi: le pari de la femme amoureuse qui joue sa vie sur un coup de bluff, qui se lève et qui dit:

- Toi, mon gaillard, si tu me veux, il faudra venir me chercher.

Elle a osé. Elle a gagné.
Ils se disaient des Mon Cher, Ma Chair qui manquaient de coeur.
Cioran, c'est Woody Allen, mais en moins facile, en plus acéré et en plus littéraire.

Quelques exemples tirés au hasard de ses Cahiers 1957- 1972 (Gallimard, 1997)

- Du népenthès aux "tranquillisants" - Homère dans l'Odyssée, IV, 220:
"Celui qui en boit [du népenthès] ne versera pas une larme dans la journée; même si son père, si sa mère avait expiré devant lui, même si un frère, un fils bien-aimé avaient été égorgés par un fer ennemi, sous ses yeux." (p. 270)

- "A 600 millions d'années de distance, tout près de nous en sommes" (c'est moi qui souligne).
J'emprunte cette citation à Teilhard de Chardin, bien entendu. Le sens du ridicule n'est pas de mise en paléontologie. (p. 296)

- La densité démographique des plages et des cimetières. (p. 380)
Une femme amoureuse est sourde. C'est con-gé-ni-tal. Rien n'y fait.
"Parle à mon cul, ma tête est malade" lui répétait sans cesse sa mère. Et il s'aperçut que c'était vrai.
Les amis de cet écrivain connu qui attendent avidement d'avoir leur nom dans l'exergue de son prochain livre.
Si le pronostic de la durée de vie d'un couple devait se mesurer à l'aune de l'intensité de leurs engueulades, ce ne sont pas ceux qui se déchirent le plus qui seraient perdants.
Si on regarde un panneau d'interdiction au microscope, on voit un frustré qui jubile.
"Le soleil est tragique, il n'est absolument pas bénéfique, il est révélateur des failles." (Jacques Chessex). Bon, je vais vite boire une bière avant d'aller m'acheter une corde.
Interview de Chessex: cadavre, meurtre, puanteur, camps de concentration, sang, instruments de torture, odeur. On est loin de Christian Bobin.
"En apprenant à nous connaître, nous nous sommes trouvés des thèmes communs: le sexe, la femme, la mort."

Original.
Je n'arrive pas à entendre la voix de Patrick Ferla sans voir un point d'interrogation à la fin de ses phrases, comme s'il ne pouvait poser que des questions, même quand il est dans le rôle de l'invité. Oui, pour moi, Patrick Ferla c'est une question qui attend une réponse.
Sa mère n'était pas là à sa naissance. Elle n'avait pas eu le temps de se libérer.
Une épouse qui ne prend pas son mari comme amant n'est pas infidèle, au contraire. Elle est loyale envers une promesse ardente que le mari défaillant n'a pas réussi à tenir.
S'égarer, qu'importe, tant que c'est dans le bon sens.
Hypertexte, métatexte, bêtatexte, hypotexte, intratexte, diatexte: oui, si vous voulez. Mais surtout, faites-nous des textes hyperbiens!
Cet acteur culturel qui m'explique qu'il "vomit" Paris - rien que ça, alors que moi, je lui disais que j'y avais aimé les ponts, l'espace et que j'avais trouvé que c'était une belle ville. J'ai senti de la méfiance quant à mes aptitudes mentales dans son regard. Mais qu'on me pardonne. Vomir toute une ville, c'est quand même une régurgitation gargantuesque!
Ce n'est pas poétique, je m'en rends bien compte, mais très humain: "Dis-moi dans quel état tu laisses les toilettes après ton passage, et je te dirai qui tu es". Cela n'a l'air de rien, mais même là, surtout là peut-être, on témoigne concrètement - ce n'est rien de le dire - du respect qu'on accorde à celui qui viendra ensuite et à ceux qui, dans les lieux publics, au travail, etc, sont appelés à faire les nettoyages. Et je ne vois pas pourquoi, parce qu'on y fait ce qu'on y fait, - l'infrastructure est prévue pour cela - certains ont de soudaines ambitions territoriales qu'ils ne manifestent pas toujours au-dehors, par ailleurs.
Ce besoin de plaire qui peut faire dire les pires âneries à quelqu'un juste pour avoir quelques secondes d'attention.
Le bouledogue est au dresseur ce que le cerveau est au neurologiste: un inconnu.
Écrivez 15 titres de livres auxquels vous vous sentez particulièrement liés. Notez les 15 premiers qui vous viennent à l'esprit en 15 minutes maximum. Faites-le pendant plusieurs jours. Efforcez-vous de vous rapprocher de livres vraiment importants.

Samuel Belet, Ramuz
Guerre et Paix, Tolstoï
Alcools, Apollinaire
Le couteau dans la plaie, Haldas
Ressusciter, Bobin
Vis et n'oublie pas, Raspoutine
Les frères Karamazov, Dostoievski
Melnitz, Lewinsky
Les conquérants, Malraux
La promesse de l'aube, Gary
Boule de suif, Maupassant
No logo, Klein
Chagrin d'école, Pennac
La bête humaine, Zola
La confession d'une graine - Meutre sous les géraniums, Haldas.

Fais en deux minutres. J'avoue, il y a quelques titres où j'ai plus joué sur la mémoire que sur le coeur.
Corroborer: c'est quoi ce mot sourd à prononcer? Si on enlève les voyelles, on voit bien qu'il ne cherche pas à être prononcé. Pas étonnant que ce soit un verbe qui signifie "donner de la force à une idée, la confirmer". On sent qu'il peut peser de tout son poids. C'est un mot gros, comme "borborygme".
Si on regarde le détachement au microscope, on voit une carapace.
Une carapace de détachement.
La guitare de René Aubry me conte des choses si intime, comme un moineau sur une branche.

Thérapie


Le thérapeute dit:

Je vous offre de vous souvenir. Non pas pour quelques instants, autour d'un café. Je vous offre un lieu pour vous souvenir et comprendre durablement, viscéralement. Je vous offre la possibilité de faire un rewind, de vous re-mémorer, de recorder les moments dégarnis. Ensemble, nous parcourrons une histoire à laquelle vous portiez peu d'attention - elle vous paraissait si inintéressante. Nous allons soigner vos problèmes de digestion affective. Ce ne sera pas toujours aisé: une thérapie, c'est un travail de transit mémoriel. Nous allons évacuer ce qui bouche vos artères vitales. Je vous accompagnerai pour vous apprendre à être seul, pour vous apprendre la séparation. Vous comprendrez que le jour où le cordon ombilical fut coupé, on ne vous tranchait pas la gorge: on vous offrait de respirer à pleins poumons. Beaucoup n'ont pas osé, ils ont eu l'impression qu'il fallait économiser leur oxygène de peur de ne plus en avoir assez. Mais il y en a assez. Je vous aiderai à abandonner les mécanismes psychiques d'assistance existentielle que vous avez mis en place. Vous apprendrez à marcher sans béquille, en comptant sur vos seules forces: elles sont immenses. Vous ne me croirez pas, et c'est bien normal. Vous m'en voudrez même d'avoir confiance dans votre capacité d'autonomie, pensant que je ne mesure pas l'ampleur de votre douleur, les complications qui sont les vôtres. Vous penserez que je minimise, que si je me rendais vraiment compte, je verrais dans quelle impasse vous êtes. Mais mon travail, précisément, c'est de vous épauler pour vous aider à passer.

Pour l'instant, vous ne vous habitez que très partiellement et souvent dans la pièce la plus sombre. Vous n'avez pas osé prendre possession de ce qui vous revient en droit: vous. Vous n'avez pas pris toute la mesure de votre être, ne vous connaissant pas suffisamment. Il est temps de faire le tour du propriétaire. Mieux vaut tard que jamais. J'ai l'ambition de vous aider à conquérir votre liberté. Celle à laquelle vous pensiez ne pas avoir droit. Nous commencerons par poser des limites. Afin que vous puissiez vivre normalement. Vivre normalement: cela ne signifie pas s'aligner, rentrer dans le rang, mais oser assumer pleinement tous les tiraillements intérieurs, toutes les querelles qui ont lieu dans votre intimité: oser prendre en charge tout ce que vous êtes. Vivre avec vous et non plus contre vous. Nous regarderons très précisément où les coups ont été portés, nous mesurerons l'ampleur de ce qui a été blessé. Nous pourrons ainsi déterminer ce qui est à reconstruire, et ce qui doit poursuivre sa croissance. Je vous apprendrai à cicatriser les maux d'enfance, les plaies d'âme, les peines d'adultes. Pour ce faire, nous n'aurons besoin de rien d'autre qu'un peu de temps, un peu de calme pour se parler. C'est par la parole que vous ouvrirez de nouveaux possibles. Oui, si vous ne deviez retenir qu'une seule chose d'une thérapie, c'est bien celle-ci: LA PAROLE OUVRE. Elle ouvre des horizons inouïs. C'est en parlant que vous parviendrez à apprivoiser et à apaiser la bête fauve de l'angoisse. Vous apprendrez à ne plus avoir peur de cette chimère aux mille visages qui vous traque et s'incruste dans l'étoffe de vos songes; qui se poste comme un cerbère devant la porte de votre devenir.

Nous irons rejoindre l'enfant que vous étiez pour lui demander de nous éclairer. Comment le reconnaîtrez-vous? C'est simple, vous parlez le même langage. Vous avez la même histoire, vous avez besoin l'un de l'autre. Vous le prendrez par la main, vous lui direz qu'il n'est plus seul, que vous vous occuperez de lui, que vous pouvez lui donner maintenant ce qui lui manque. Dans cet échange, vous pourrez vous recréer. Désormais, vous saurez où se trouve votre Enfance. Et vous serez étonné de découvrir que ce qui fut le lieu des plus grands bouleversements, deviendra votre havre de paix. Vous inventerez ensemble des possibilités auxquels vous n'osiez même pas songer. Vous prendrez le temps de vous restaurer dans cette petite auberge du temps retrouvé. Ce qui était carence, désolation, manquement reverdira de votre nouvelle alliance. Mais pour cela, il importe de vous donner du temps. Ce que vous croyiez en déshérence ne faisait que de vous attendre. Vous irez au plus profond de vous, chercher une clarté nouvelle. Mon travail sera de vous aider à vous rejoindre, à vous réconcilier. Tout ce qui vous constitue nous y aidera. Vous pourrez tout me dire, absolument tout. Vous devrez même tout me dire, car la première personne qui vous écoutera, ce sera vous. Ne vous censurez pas. Ici, il n'y a pas de paroles folles - et même ce qui paraît folie est souvent si humain. Il n'y a que le mutisme qui est meurtrier. Nous donnerons du sens à tout votre capharnaüm intérieur. La fin de l'enfer commence parfois par des mots très simples.

Je vous aiderai à in-corp-orer les épisodes douloureux de votre vie. Ce que vous rejetiez le plus loin de vous, il faudra le prendre tout contre vous jusqu'à faire corps avec. Ainsi, vous apprendrez à vivre avec ces éléments irréductibles en vous. Ils vous constituent. Vous les avez utilisés comme des matériaux de votre construction alors même que vous pensiez les rejeter. En acceptant de les reconnaître et en admettant qu'ils font partie de vous, nous pourrons en faire des alliés. Nous ferons l'addition des culpabilités et nous réglerons la note. Interroger tout ce passé n'est ni une régression, ni un retour en arrière. C'est renouer avec soi pour aller de l'avant. La bienveillance sera notre lanterne. Vous verrez comme le bât ne blesse pas là où vous l'aviez cru. Nous sommes constitués de tant et tant de fausses croyances sur nous-mêmes.

Notre plan de route sera de ne surtout pas en avoir. Ne pensez pas qu'une thérapie, c'est raconter votre histoire du début à la fin. Il ne faut rien du tout d'ailleurs et surtout pas des "il faut", "je dois". Nous ne sommes pas là pour faire une biographie rationnelle, mais une cartographie émotionnelle afin de comprendre puis, dénouer ou renouer. Nous ne savons pas où nous irons ni comment nous nous y rendrons ni à quelle heure on nous y attend ni qui nous attend. Nous nous mettrons en route, c'est tout. Nous emprunterons des sentiers dont nous ne pouvions même pas soupçonner l'existence. Nous arriverons parfois dans une impasse et la reconnaissance de cette limite sera un acquis de plus. Vous ne viendrez plus vous y perdre. Vous serez surpris de voir que, quel que soit le chemin emprunté, même le plus anodin, nous finirons toujours par rejoindre le centre de vos préoccupations.

Je vous offre une scène pour votre parole, mon cabinet sera votre théâtre. Vous monterez sur les planches et, ensemble, nous rejouerons les actes clés de votre vie. Ici et maintenant, vous pourrez donner la réplique, reprendre l'échange où il a été interrompu, au moment où il a été interrompu et le mener à son terme. Vous exigerez de votre interlocuteur de ne plus se dérober. Peu importe qu'il soit absent et que ceci se soit passé il y a cinq ans ou vingt ans en arrière puisque c'est entre vous et vous que tout cela se joue et que c'est vous et vous seul qui devez maintenant vous émanciper. Vous ne serez plus aliéné par vos ombres. Ô je sais que vous commencerez par résister, vous ne voudrez pas de ce nouveau rôle, vous préférerez rester en coulisses. Mais je sais aussi que si vous êtes venu me voir, c'est parce que vous ne pouvez plus vivre dans la confidence de vous-même, que cela devient trop lourd.

Aucun autre lieu de la vie quotidienne ne vous offrira une telle possibilité. Vous pourrez laisser vos affaires, vos soucis, vos souffrances chez moi pour y revenir de séance en séance. Votre mal-être sera en sûreté, ici. Dehors, vous vivrez, vous irez, vous n'échangerez plus sur ces seuls points sombres avec vos proches, vous établirez d'autres modes de relations. Ici, vous pourrez ruminer vos préoccupations encore et encore, sans crainte de m'épuiser: c'est mon métier. D'ailleurs, pour notre travail, cette répétition sera le marteau qui permettra par petits coups de percer le mur de l'incompréhension. Par les pouvoirs immenses que vous me conférerez, je me devrai de ne jamais enfreindre votre liberté, vous laissant même libre de ne pas devenir, de ne pas assumer ce que vous aurez appris de vous. Car je ne peux pas vivre à votre place. Je serai un éducateur dans la mesure où je m'efforcerai de vous conduire hors de la souffrance qui vous a conduit à venir me voir. Je serai là pour vous, un jour donné, à une heure donnée, pour un temps donné. Je ne vous imposerai rien, même pas de venir.

Vous voudrez que je vous donne des réponses: vous serez déçu. Je ne possède pas de boule magique. Je ne connais pas l'art de lire dans les astres. Et c'est inutile pour le travail que nous avons à faire: vous savez tout ce que vous avez besoin de savoir. Il vous suffira de vous en souvenir. Vous voudrez essayer de me connaître pour vous échapper, mais je ne vous laisserai pas abolir la distance entre nous: vous êtes le patient, c'est à vous d'endurer. Il n'y aura pas de "tu" entre nous, car nous n'avons pas à devenir ami. D'ailleurs, aucun ami ne tolérerait la relation que nous allons établir. Et puis, vous n'êtes pas là pour vous installer dans vos douleurs avec moi, mais pour en terminer puis passer à autre chose. Mon défi sera de vous permettre de ne plus avoir besoin de moi, ayant repris possession de votre histoire et de votre mémoire. Vous pourrez continuer ce chemin de liberté et de croissance, seul, avec la clairvoyance et la confiance acquises. Vous continuerez à reproduire certains de vos travers, mais avec le sourire, car vous aurez compris les mécanismes, vous les aurez désamorcés et ils n'auront plus d'emprise sur vous. Vous aurez acquis la juste distance pour faire en sorte que le coup porté ne vous atteigne plus ou si peu. Les tyrans d'avant seront déchus. Vous serez libre de choisir, à commencer par les gens qui vous entourent. Ce sera le temps des relations fécondes, vivantes. Vous serez étonné de voir comment, sous l'impulsion de votre affranchissement, le paysage de votre quotidien se reconfigure. Responsable, vous disposerez.

Les je-n'-ose-pas vous diront que la thérapie est une démarche égoïste alors que d'autres vous diront que c'est pour les fous - ceux-là en aurait grandement besoin, qui prennent l'audace d'avoir de bons soins pour soi pour de la folie. Votre démarche intriguera et votre courage sera jalousé. Beaucoup vous diront que "moi, je n'en ai pas besoin". Grand bien leur en fasse. Mais en quoi cela vous avance-t-il, si vous, vous en avez besoin? D'autres vous diront que leurs amis leur suffisent: très bien. Mais dans certains cas, je n'aimerais pas être à la place de ces amis qui doivent éponger de longues - très longues heures - de lamentations. L'amitié comme on se soulage n'est que rarement heureuse.

Une thérapie est avant tout un travail de lumière. Pour ceux dont la lanterne s'est éteinte comme pour ceux qui ont perdu leur chemin, qui vivent un tremblement d'être. On peut vivre longtemps - toute une vie -le couteau dans la plaie, comme une victime. C'est le credo des même-pas-mal qu'on voit inexorablement dégringoler. On peut vouloir continuer à aller mal: on peut. On peut aussi décider de retirer la lame et commencer à guérir. Et comme nous ne sommes pas tous nés avec des super-pouvoirs, comme nous n'avons pas tous la même trempe, comme nous n'arrivons pas à tout faire tout seul, il est bon, parfois, pour un temps, de se faire aider. Oser cette démarche, c'est devenir le héros d'une histoire qui n'est rien d'autre que celle de votre propre vie, ici et maintenant.

Image: le divan du Docteur Freud
Si on regarde une tomate hors-sol au microscope, on voit un grand besoin de terre.
Plutôt que de dire "faire du sens", je dirai: "aimer la réalité". La réalité est un terreau fertile sur lequel le sens peut pousser. Le sens n'est pas une tomate hors-sol.
Se méfier des discours psychologisants qui tendent à dire qu'on peut faire du sens à tour de bras. Le sens est une conquête qui nous engage corps et âme, il ne suffit pas de le penser. Parfois, le sens nous foudroie et s'impose à nous. Parfois, il se dévoile lentement, comme une personne aimée qu'on apprend à connaître. Il est souvent plus inspiré que fabriqué de toutes pièces. C'est une rencontre, une découverte. "Faire du sens", c'est le fer de lance de beaucoup de psychologues aujourd'hui et d'une littérature qui va avec (livres, magazines, etc).
Des parents, ce sont des bras et un coeur, peut-être avant toute hérédité.
Si on regarde le regard de la personne aimée au microscope, on se voit, mais en mieux.
Si on regarde Alexandre Jollien au microscope, on voit la joie.
Si on regarde un adolescent au microscope, on voit le big bang.
Si on regarde la Bible au microscope, on voit le paradis.
Le vin adoucit les moeurs ou rend complètement crétin. C'est un juste dosage, comme le choix des cépages.
Je trouve graphiquement que le OU serait plus adapté pour dire ET et ET pour dire OU. Pour coordonner, relier, OU est plus rond, plus féminin. Tandis que ET qui lie est très raide avec tous ses bouts droits.
J'aurais tellement aimé que ce soit OU, les choses auraient été tellement plus simples. Seulement voilà, je me suis bien rendu compte que la vie est plutôt ET. D'ailleurs, à bien le regarder ce OU, je m'aperçois qu'il est plein de vide, avec ce O tout vide au milieu et ce U en forme de cul-de-sac. Tandis que le ET, avec toutes ses barres, son T comme un piolet est plus adapté. Bien que le OU, qui sépare et qui exclut a une jolie forme, ronde, accueillante. Contrairement au ET qui est bien plus raide avec tous ses bâtons droits.
Si on regarde un spermatozoïde au microscope, on voit la moitié de quelqu'un qu'on ne connaît pas encore.
Faire l'addition des culpabilités et régler la note une fois pour toute.
Les querelles d'une intimité sont parfois comme des moineaux qui se battent et volettent en tous sens pour un bout de pain.
Intériorité: le mot est plus doux et plus accessible que "l'inconscient".
Libre de venir, libre devenir.
L'amitié comme on se soulage n'est que rarement heureuse.
Après avoir parcouru des milliers de kilomètres à pied, seul, je fus passagèrement déstabilisé par une personne qui me dit que c'était triste de marcher ainsi, en solitaire. De fait, ceci ne m'avait jamais dérangé - au contraire. Mais ce regard porté sur mon activité pédestre me laissa esseulé. Jusqu'à que je comprenne qu'elle était faite par une personne qui, pour sa part, ne pouvait concevoir exister sans être entourée en permanence. Ce qui n'est de loin pas mon cas.
Je préfère la vache qui rit aux valkyries. Elle est moins anxiogène.

Les courses



Pour les caissières et les vendeuses de la Migros de Morges, pour leur gentillesse


- Et tu le leur as dit?
- Non...
- Tu attends quoi?

Peut-être avez-vous remarqué qu'il y a un centre commercial près de chez vous. Peut-être même que vous y êtes entré. Le temps de la cueillette étant fini, c'est en général là que nous allons pour chasser et faire ce que nous appelons communément "les courses". Et c'est bien au pas de course, plongés dans notre liste de commissions, que nous cherchons à travers les bosquets-rayons les aliments dont nous avons besoin. Peut-être même qu'il vous est arrivé de lever la tête pour éviter un caddie qui arrivait en sens inverse. Et là, ô stupeur, vous aurez remarqué qu'il y a des personnes qui vont à contre-courant de notre frénésie. Pendant que nous déconstruisons les rayons, avides de remplir le ventre en treillis de métal avant de se combler la panse, eux, reconstruisent, patiemment. Ils s'assurent qu'il n'y a pas de trous, qu'il ne manque de rien. Car un rayonnage vide, c'est de l'angoisse ulcérée, exprimée sous des formes diverses et variées par des clients qui perdent leur raisons, livrés qu'ils sont à ce besoin primordial: manger. Je crois bien que j'ai vu des traces de baves aux commissures des lèvres de certains d'entre eux qui avaient gardé un instinct primal de la chasse et qui devaient s'imaginer vêtu en peaux de bisons, à l'affût d'un mammouth monstrueux qu'ils devront terrasser:

- Les petits-suisses? Sur votre gauche Monsieur.

Oui, d'autres êtres humains sont là, pour nous préparer le terrain et faire en sorte que la chasse soit fructueuse. Des êtres humains, avant tout, on l'oublie peut-être un peu, qui ont secondairement un métier : caissières*, vendeuses*. Mais ce n'est pas inscrit dans leur code barre génétique. Contrairement aux marchandises qu'elles vendent, elles sont animées de sentiments. Je ne dirai jamais assez le mépris que je porte aux abrutis de la relation humaine, ces frustrés du pouvoir qui ont des éruptions de mal-être subites quand ils se trouvent dans un lieu public comme un supermarché. Pour leur inculquer des rudiments de politesse - et un bon nombre de claques perdues-, je serais partisan de vous armer, Mesdames, du taser. J'imagine le soulagement et le plaisir que vous pourriez ressentir, à la fin de la journée, en réduisant au silence la trogne barbare inassouvie qui vous importune. Ce serait un juste dédommagement pour votre peine.

Le sourire dont vous gratifiez l'étourdi qui aura encore oublié de peser ses courgettes n'est pas incolore, lui, contrairement à la lumière des néons. Et, aussi inaperçue soit-elle, la patience dont vous faites preuve pour le maladroit qui a fait exploser un yogourt comme une bombe de lait, est exemplaire.

Vous slalomez toute la journée au milieu d'un flot continu de consommateurs qui ne font que passer, ou repasser. Vous les délivrez pré-repus à la caisse - la caisse, ce pacemaker de votre employeur qui bip-bip sans cesse pour lui assurer qu'il est bien en vie - avec un "Merci et une bonne journée!". Beaucoup trouveront cela normal: ça ne l'est pas. Et ils continueront leur footing alimentaire en passant à côté d'un aliment très riche en protéines - et gratuit: la gentillesse.

Parce que la gentillesse, l'attention portée à autrui, c'est la matière première de toutes nos relations. On ne s'en rend peut-être pas toujours compte. Ca ne coûte rien, ce n'est pas chiffrable, il n'y a aucune ligne à ce sujet dans un plan comptable. Et pourtant, c'est le luxe inouï que des femmes et des hommes qui vivent ensemble peuvent s'offrir.

Alors pour votre gentillesse, votre prévenance, pour les échanges improbables dans lesquelles vous vous retrouvez en étant aux premières loges de la comédie humaine, je vous dis un grand...

Merci Mesdames!

* Messieurs, vous n'êtes pas oubliés.
Je chronique comme d'autres font des aquarelles.
J'ai oublié depuis combien de temps je n'ai plus de téléphone portable. Mais j'ai constaté que j'étais toujours en vie.
La différence entre l'écriture utilitaire, administrative (liste de courses, lettre à son assureur) et l'écriture poétique pourrait être comparée à la différence entre s'asseoir pour poser ses fesses et être assis en lotus pour méditer ou prier. Un même mot pour désigner deux réalités qui n'ont absolument rien à voir.
"Jean-Jacques disait qu'il n'entrait dans un café qu'avec une certaine émotion. Pour une nature timide, un contrôle de théâtre ressemble quelque peu au tribunal des enfers." (Baudelaire, Fusées)

Il faut une sacré dose de sensibilité et de connaissance de la nature humaine pour parvenir à la rédaction d'une note aussi adéquate.
Lorsque vous cherchez "caissière" sur le site du magazine de la Migros, le moteur de recherche vous indique qu'il n'y aucun article correspondant. D'une certaine manière, c'est rassurant: elles ne sont pas encore en vente dans les rayons. Mais par ailleurs, c'est inquiétant: cela voudrait dire qu'aucun article ne leur est consacré.

Si on observe du miel au microscope, que voit-on? Des fleurs.

Loulopopo


Pour Alexandre


Un ami qui me voyait découragé par la lecture de textes truffés du mot "Dieu" finit par me dire:

- Mais qu'importent les mots, on s'en fiche, remplace "Dieu" par ce que tu veux. Il faut vivre et non pas le penser.


Il devait certainement avoir raison. Je pris donc un texte de Frère Laurent de la Réssurection, qui, je l'espère ne m'en voudra pas trop. Et j'ai remplacé le mot "Dieu" par le mot "Loulopopo". Qu'on me pardonne. Je vais m'expliquer.


Une lecture, même superficielle, du texte de Frère Laurent ci-dessous nous permet de constater que cette substitution n'est pas très convaincante. Le propos de Frère Laurent devient cocasse. En fait, tout s'écroule. C'était prévisible. Mais je ne m'attendais pas au retournement qui suivit.


En me faisant rire, le texte s'est du même coup humanisé, ce qui me permit de faire craquer mes résistances. La glace institutionnelle se brisa et le propos de Frère Laurent devint audible. Je fis une deuxième substitution en remplaçant le mot "Loulopopo" par le mot "Vie". Et je pus converser librement avec un homme qui partageait avec moi quelques conseils sur les bons soins à porter à nos vies et sur la manière de s'y exercer.


Evidemment, ma petite pirouette est un peu facile et un peu courte - on aurait pu dire, bien des choses en somme. Pourtant, ce dernier changement me permit de poursuivre la conversation et de partager avec Frère Laurent mon expérience du royaume familier. Ce qu'il me décrivait ne m'était plus du tout étranger. Nous parlions de la même chose : d'un art de l'attention, du travail sur le regard intérieur pour gagner en présence. Qui sait même si nous ne venions nous désaltérer dans le même havre de paix, sans le savoir ni nous connaître.


Et tandis que nous conversions, je sentis s'épanouir cette évidence qui veut que certaines choses n'ont besoin d'aucunes autres raisons, pour être vécues, que d'être vécues. Le détour par Loulopopo m'invite à penser le profond silence convergent qui entoure le mot "Dieu", ce mot irremplaçable - imprononçable - et qui trouve échos et reflets dans toutes les expériences humaines authentiques. Etre fidèle à soi-même, comme le note Georges Haldas, le poète, c'est rejoindre le coeur où tous viennent se ressourcer. Et il y a autant de chemins qui mènent à Dieu qu'il y a d'hommes sur la terre. Alors qu'importe que lui soit arrivé par le sentier d'un mot et elle par les dunes et eux par la piste? Pourquoi buter sur le seuil des mots? Oui, s'entretenir intérieurement avec Dieu, avec Loulopopo, la Source ou que sais-je, quelle importance, tant que c'est avec ce qui se trouve de plus précieux, au creux de nos vies? Tant que c'est avec ce qui va, de toute manière, bien au-delà du langage et de toute définition.


Aujourd'hui, je ne trouve pas le mot "Dieu" moins imposant - ni moins enformolé. Mais je sais que je peux faire le tour de la grande bâtisse et venir rejoindre Frère Laurent - Nicolas de son premier prénom - sur le petit banc en bois, à l'ombre du grand tilleul, pour qu'il me raconte, comment, il y a trois siècles de cela, un soldat entra au Couvent des Carmes de la rue Vaugirard comme frère laïc pour en être le cuisinier mystique, pendant plus de quinze ans, avant de finir sa vie comme savetier.

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"L’exercice de la présence de Loulopopo, par Frère Laurent de la Résurrection

La pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de Loulopopo : c’est de se plaire et s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec lui en tout temps, à tous moments, sans règles ni mesure, surtout dans le temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts et même des infidélités et des péchés. (MS 6)

La présence de Loulopopo est la vie et la nourriture de l’âme, qui se peut acquérir avec la grâce de Loulopopo. En voici les moyens :

Il faut une grande fidélité à la pratique de cette présence et au regard intérieur de Loulopopo en soi, qui se doit toujours faire doucement, humblement et amoureusement, sans se laisser aller à aucun trouble ou inquiétude.

Il faut prendre un soin particulier que ce regard intérieur, quoique d’un moment, précède vos actions extérieures, que de temps en temps il les accompagne, et que vous les finissiez toutes par là. Comme il faut du temps et beaucoup de travail pour acquérir cette pratique, aussi ne faut-il pas se décourager lorsqu’on y manque, puisque l’habitude ne se forme qu’avec peine ; mais lorsqu’elle sera formée, tout se fera avec plaisir.

N’est-il pas juste que le cœur…soit le premier et le dernier pour aimer et adorer Loulopopo, soit en commençant ou finissant nos actions spirituelles et corporelles, et généralement en tous les exercices de la vie ? Et c’est par cet endroit que nous devons avoir soin de produire ce petiot regard intérieur, ce qu’il faut faire sans peine et sans étude, pour le rendre plus facile.

Il ne sera pas hors de propos, pour ceux qui commencent cette pratique, de former intérieurement quelques peu de paroles, comme : « Mon Loulopopo, je suis tout à vous » ; « Loulopopo d’amour, je vous aime de tout mon cœur » ; « Loulopopo, faites-moi selon votre cœur » ou quelques autres paroles que l’amour produit sur-le-champ.

Cette présence de Loulopopo, un peu pénible dans les commencements, pratiquée avec fidélité, opère secrètement en l’âme des effets merveilleux, y attire en abondance les grâces du Loulopopo et la conduit insensiblement à ce simple regard, à cette vue amoureuse de Loulopopo présent partout, qui est la plus sainte, la plus solide, la plus facile et la plus efficace manière de faire oraison. (MS 26-31)

Je sais que pour cela, il faut que le cœur soit vide de toutes autres choses, Loulopopo le voulant posséder seul ; et comme il ne peut le posséder seul sans le vider de tout ce qui n’est pas lui, ainsi ne peut-il y agir ni y faire ce qu’il voudrait. (L 3)

Il faut faire de notre cœur un temple spirituel pour Loulopopo où nous l’adorons sans cesse. Il faut veiller sans relâche sur nous-mêmes pour ne rien faire ni rien dire et ne rien penser qui lui puisse déplaire. (L 15)

Croyez-moi, faites dès à présent une sainte et ferme résolution de ne vous le éloigner jamais volontairement et de vivre le reste de vos jours en cette sainte présence, privée pour son amour, s’il le juge à propos, des consolations du Ciel et de la terre. Mettez la main à l’œuvre ; si vous le faites comme il faut, soyez assuré que vous en verrez bientôt les effets. Je vous y aiderai par mes prières. (L 3)." (Lire le texte original de Frère Laurent)


Peinture: Frère Laurent de la Réssurection.
Elle avait un profil jalousement cléopâtrien.
Et l'amoureux de dire: "Je te partage parfois avec un autre visage, ô pas longtemps, mais elle au un beau sourire et un grain de beauté étoilé au coin du ciel qui me donne envie de courir t'embrasser."
Arrêt de bus: du côté route, où il arrivera, un mur, vue bornée à trois mètres. Mais, si on se retourne, vue très vaste sur toute la plaine lausannoise avec les montagnes au loin, la lune souvent et son petit grain de beauté étoilé, le jour qui pastellise l'horizon.

J'ai pu constater que la plupart des gens qui attendent à l'arrêt sont tournés côté route. (Sauf votre serviteur, bien entendu qui, bon élève de l'aube, ne manque pas de s'en vanter).
Il y a les sons familiers, les oiseaux, la rumeur de l'autoroute, le clocher de l'église. Il y a les bruits parasites, comme cette femme dans le bus qui, chaque matin, sans jamais en oublier un seul, se racle nerveusement la gorge, à intervalle régulier d'une minute. Elle doit le savoir, car lorsque je lui jette un regard significativement agacé, elle nous épargne jusqu'au giratoire suivant. Son tic me fait pousser un hérisson dans la gorge, une râpe à fromage et toute une foule d'autres ustensiles que je lui dois.

Mais je suis sûr que ce petit fait n'est pas anodin: cette femme est un bon exercice de détachement. Un peu matinal, mais ainsi va la vie.
Lui - Je n'ai pas de style!
Moi - Ah oui? Alors comment tu expliques que je puisse te pasticher?
N'enlevez surtout pas le "è" au poète! La musicalité serait rompue!
"Ce qui est bon est léger. Tout ce qui est divin marche d'un pied délicat." (Nietzsche)
Un des cadeaux de l'amitié: le silence.
Je cherche parfois à avoir raison pour des choses où il n'y a aucune raison à avoir.
Le profil d'une femme offre des points de révélation.
"Peut-être un des dons du poète, et le plus pur, rare - c'est comme la mélodie des associations d'idées. - La suite, d'une part fortuite, indépendante; de l'autre, ajustée." (Paul Valéry)
Le bonhomme, sur mon écran radar restait flou, mais alors vraiment très flou. Insituable.
Le joueur d'échec me fascine dans sa capacité à jouer le coup qui va plus loin que celui de son adversaire. Penser plus loin.
Une clé: vivre nonchalant du regard d'autrui.
Un ami me disait que si cette charmante muse venait à se retrouver face à moi vêtue du minimum vital, il est évident que je viendrais à succomber à ses charmes. Cela se pourrait. C'est pour cela que celui qui ne veut pas être tenté doit veiller à garder la juste température afin de ne pas inciter ladite demoiselle à prendre ses aises.
Certains me trouveront vieux jeu, mais je trouve très étonnant que certains puissent tutoyer leur psychothérapeute. Quand on devient aussi proche avec d'un thérapeute, c'est que le traitement est fini ou alors que le patient ne s'est pas encore rendu compte qu'il n'est là pour trouver un nouvel ami - il y a des sites internet et des soirées pour ça.
Avec ceux qui crient avec la meute, il importe de rester très vigilant. Un jour ou l'autre, ils vous mordront. C'est inévitable. Ils ne peuvent pas faire autrement.
Avec le temps, ils avaient fait craquer toutes les coutures de leur amitié. On voyait à travers.
Dire qu'il ne faut pas se satisfaire de peu, ça reste pas grand-chose.
Corbelle: femme réincarné en corbeau.
Après l'amour, c'est un aiguillage entre un homme et une femme. L'un s'est délesté de messagers vaillants et se retrouve tout vide, tandis que pour elle le voyage cosmique ne semble faire que commencer.
Ces deux jeunes filles, ravissantes, dont les parents ont convenu qu'au moment voulu de la messe, elles aillent s'agenouiller au pied du prêtre qui bénit le pain et le vin. Si ça ne vous fait pas des soumises, ça, ou alors, espérons-le, des rebelles du meilleur acabit. Parce qu'avoir des géniteurs qui vous intiment de vous mettre à genou devant un homme, si ce n'est pas du dressage pour futur ménagère.
L'icône est une focale du coeur.
Jules Renard est un ami que j'ai.
Dans "maintenant", on entend "matin": ici et maintenant, c'est tenir l'aube par la main.
C'est souvent ceux qui ne prennent pas la peine de se demander s'ils s'expriment de sorte à être compris qui se plaignent d'être de pauvres victimes... incomprises.
Bien comprendre que l'appauvrissement du langage, de l'écriture, c'est un appauvrissement de la relation qu'on établit à l'autre. L'échange n'en vient à ne plus reposer que sur des bribes télégraphiques, sms-iques. Il suffit qu'on épouse les mêmes codes pour se croire compris. On ne parvient plus à donner du sens à nos émotions, à les exprimer avec justesse, précision. C'est le retour au grognement, au glapissement.
Le sens de la vie? Une flèche qui pointe dans une direction "par là, c'est mieux pour moi".
"Elie, vous faites partie des gens qui font que c'est un peu mieux qu'avant, après vous avoir vu."

Bien vu. Et c'est tiré de la série Desperate Housewives. Malheureusement, il faut croire que ces paroles auront tiré les dernières ressources du personnage qui les prononce, puisqu'il se suicide juste après.
Parasite: celui qui vit au dépens d'un riche. Cette richesse, bien avant l'argent, c'est notre vie, nos émotions, nos joies. C'est de ça dont les parasite s'alimentent, parfois jusqu'à nous laisser exsangue. Coupons-leur les vivres! De quelques natures qu'ils soient et quelles que soient leurs si bonnes raisons, leur déclarer une guerre sans merci!

Certains disent que Monsieur Chessex est décédé au cours de sa dernière conférence, suite à une question virulente d'un participant sur Monsieur Polanski: c'était la question qui tue.
"L'idéal est une manière de bouder." (Paul Valéry)

Ô que oui. Manière de ne pas se salir les mains, de se tenir hors de la mêlée, comme un faux sage.
"Un danger de l'esprit: ne plus penser que polémiquement, comme devant un public - en présence de l'ennemi.-" (Paul Valéry).

Ce dont, dans mes merlinades, il faut que je me méfie. Veiller à ne pas sortir de mon périmètre de créativité: le royaume familier.
"Ce que je me dis
N'est pas forcément
Ce qui se dit en moi."

(Guillevic)
Je vous en veux un peu, Monsieur Guillevic, pour le don de justesse poétique qui vous fut fait. Vous êtes un haïkuiste né, sans jamais avoir cherché à l'être.

Désir d'encre


Le soir venu, j'ouvre ta lettre. Je frissonne. Les rideaux sont tirés et un léger vent fait trembler la flamme de la bougie. Je suis nue, sur le canapé. L'enveloppe est posée sur mon ventre. Je déplie les feuillets et une myriade de petits papillons d'encre s'en échappent. Les arabesques de ton écriture dessinent le visage de mon messager. Absent, tu t'es démultiplié en mille petits mots qui prennent corps pour me séduire. Ils mordent ma chair. Chacun joue sa partie et me frôle et me murmure les ordres que tu leur as donnés. J'essaye de les attraper et ils filent se cacher au creux de mon cou. Tes pleins et tes déliés m'effleurent à revers et à rebours. "Imagine que..." et une vague de subjonctifs me submergent. Le subjonctif, c'est le temps de l'émoi, du possible suggéré, du présent frôlé. Tu me troubles. Je suis seule et pourtant je rougis comme si j'étais surprise. Il y a émeute de volupté.

Ta missive est un cheval de Troie. En décachetant le pli, je t'ai laissé entrer au coeur même de mon intimité. Ton verbe prend des libertés que je ne pensais pas t'accorder. Tu as pris possession de mes hanches et tes adjectifs dictent le tempo. Tes adverbes ne tolèrent aucun écart: soumise, il n'en faut pas plus pour qu'une incise profonde me fasse complètement chavirer. Tu affiles les virgules sans répit avant ces deux points qui me laissent haletantes, morte de désir ou en souffrance d'une caresse que trois petits points laissent sans complément. Tu es direct et indirect, tu me fais reine pour être mon sujet, mais je me demande qui est subordonnée. Tes relatifs ont des antécédents délicieux. Tu m'appelles par des noms propres et aussi par des noms communs, voire fripons, c'est divin. Jeux de mots, jeux d'aimants.

Oui, je n'ai plus aucun doute, tu es entré en moi par effraction. Tu as brisé la Porte des Voluptés. Où aurais-tu trouvé ailleurs tout ce savoir de moi dont tu joues mieux que moi? Tu as crocheté la serrure aux délices, avec mon plein consentement. Tu m'as dépossédée pour mon plus grand bien. Je ne pourrai pas déposer plainte: je n'ai pas d'alibi. Je suis ta complice et j'ai eu ma part du magot. Je dois dire que tu n'as pas été chiche.

Je deviens folle et je ne m'appartiens plus, je t'en veux de jouer ainsi de moi. Je ne te ferai jamais savoir tout le plaisir que me procure ta lettre. Ce sera un secret entre moi et ton ambassade de caresses soufflées. Je suis timbrée de toi; tu as toutes les priorités. Je froisse l'enveloppe de mes mains moites, me jurant de te faire payer cette délicieuse aliénation. Et quand je pense que tu as encore le culot de m'écrire "Au début était le verbe" alors que je suis à bout de souffle et que j'aspire à plus que tes mots! J'ai envie de toi et tu t'échappes dans cette fluidité colorée. J'en viens à ne même plus avoir besoin de te lire pour te suivre, je te précède dans tes désirs, c'est un courrier à quatre mains et deux soupirs.

Mais voilà que déjà je tourne le dernier feuillet au bas duquel je lis un je-t'aime et ton prénom, comme un retour au réel. Les dernières volutes d'encres continuent de m'enivrer, mais je commence à avoir froid et il se fait tard. Je me retrouve seule et surprise de ce festin épistolaire que tu m'as offert. Je me sens nue: le songe que tu m'as tissé s'est volatilisé, ta peau de mots ne couvre plus ma peau de chair. Suivant l'éclairage, je suppose qu'on ne devrait plus trouver la moindre surface de mon corps qui ne soit recouverte de tes baisers polysémiques. On admirerait ta composition: quasiment aucune rature. Un petit dérapage que je ne saurais sanctionner. J'aime l'exactitude avec laquelle tu fais usage de cette langue que tu maîtrises si minutieusement. Scrupuleuse à mon tour, je ne manquerais pas de t'indiquer en rouge dans la marge tes erreurs. Et j'exigerai de toi que tu recopies cent fois les mots soulignés, sur ton cahier d'exercices: moi. Tu ne perds rien pour attendre!

Peinture: Fragonard, le verrou.
É-mot-ion.
Le mot source et le mot racine évoquent des images liées (lorsqu'on dit la racine d'un mot ou la source d'une émotion, par exemple). Et pourtant l'un plonge profondément dans la terre tandis que l'autre en jaillit.
Vous qui ne croyez pas à ma potion de mots, souvenez-vous du précipité que la belle vous a donné à boire le jour où elle vous a simplement dit:

- Je t'aime.

Votre coeur qui s'est emballé, votre corps qui s'est mis à palpité. Vous vous trémoussiez et ce n'était pourtant que sept petites lettres.

Le verbe et l'intime sont liés.
Un poème aimé, même s'il n'est pas appris par coeur, laisse une trace, un parfum, un rythme qui lui est propre et dont il est facile de se souvenir. En tout temps, il est possible de s'y référer, de se rappeler l'émotion qu'il a suscité lorsqu'on l'a découvert. On découvre combien ce qui se souvient, ce qui récite en nous est vaste.
Les lumières de la ville au loin à l'aube, comme de la guirlande dont certains brins scintilleraient à la lumière d'une bougie ou l'âtre d'une cheminée dans lequel le feu de la veille continuerait de se consumer en une myriade de minuscules points de braise.
Il est plus facile d'affronter que d'esquiver. Même si, à priori, on pense que c'est l'inverse.
Dis-moi combien de billets doux tu as écrit à ta bien aimée cette année et je te dirai comment tu l'aimes.
Dussé-je tout perdre, qu'il me soit donné de garder le souvenir de ton visage et des poèmes qui prient.
Une citation qui rend si bien compte d'un ami que j'ai: "Cette capacité peu commune ... de muer en terrain de jeu le pire désert" (Michel Leiris cité par Winnicott).
Du bonheur de savoir se disperser avec concentration: on ramène une multiplicité de saveurs dans sa ruche.
Ce "pied vers mon coeur" du petit poucet rêveur de Rimbaud, qu'est-ce qu'il a pu m'intriguer!
Plaie de mère guérit-elle?
Petits pâtés à la viande: ce moment délicieux où on croque la petite couronne avec la gelée en son centre.
Fantasme et son frère fantôme, tous deux diaphanes.
Me plaît de savoir que le mot "familier" remonte à un dérivé latin, famulus, signifiant "serviteur". Vivre dans la proximité des choses familières, des merveilles du quotidien, par exemple, demande de se mettre à leur service, à leur écoute. La familiarité donne plus de devoirs que de droits pour être approchée, apprivoisée. La plus grande familiarité demande discrétion et retenue et n'a rien à voir avec la vulgarité. Comme tout ce qui concerne l'intime.
Autre manière courante de mieux connaître quelqu'un: lui coller des étiquettes, comme sur les bocaux a confitures qu'on met ensuite à la cave. On est cerise, myrtille ou cassis, de 2009, 2002 ou 1998, il faudra quand même penser à faire le tri un de ces jours.
Cette manière de bien faire les choses pour ne surtout pas se mettre à faire celles, viscérales, qui demanderaient qu'on s'y jette corps et âme.
Leçon physiologique: le coeur bat.
Cette dame, dans le magasin, qui, au moment de s'en aller, rappelle sa fille comme elles sifflerait son chien.
"La lecture est parfaitement inutile si elle n'apprend pas à lire la vie et cela dans la vie qui brûle la vie." (Jean Sulivan)
Un théologien à vous conseiller pour comprendre les Evangiles? Christian Bobin.
Je lisais les Matinales de Jean Sulivan, tout allait bien, il me semblait que c'était une lecture clé et soudain, je n'y ai plus rien compris. Mais alors plus rien du tout. Les phrases défilent sans que je parvienne à les raccrocher à un quelconque sens.
Je ne supporte plus les pensées massives, affirmatives, pilonnante, à commencer par... les miennes!
Le rôle d'une famille, c'est d'offrir à un enfant un cadre solide, au milieu duquel il va pouvoir se construire, s'épanouir, se créer. Le cadre familial n'est pas statique; il est également en constante évolution, il n'est pas donné une fois pour toute. Mais il définit un espace qui est celui du foyer. Cet espace est un repère qui marque le dehors et le dedans, qui permet à l'enfant de se situer, en tout temps dans sa géographie intime. Le cadre tient, il est solide. Il est reconnaissable. Comme un visage familier.

Si le cadre est branlant, sans cesse à redéfinir, incertain, si les frontières sont menacées, l'enfant se retrouvera dans la situation d'un pays en état de guerre où le danger est partout. Il ne se sentira pas en sécurité dans sa propre famille dont il remettra sans cesse en doute la capacité qu'elle aura à être un terreau fertile pour lui. Il cherchera à se greffer sur un autre sol, à développer des racines ailleurs pour trouver la nourriture dont il a besoin.

Le cadre n'est pas une contrainte: c'est une liberté.

Comme tout ceci est mal dit. Mais je commence à voir où je veux en venir.
N'oublions pas de garder une certaine distance critique. Ce n'est pas parce que c'est écrit sur le web, que c'est vrai. C'est une évidence, mais il est bon de le rappeler.
On a neutralisé la poésie des Evangiles. Il s'agit pour chacun de leur ôter leur camisole de force administrative et sociale, car oui, ce qui y est dit est pure folie!
Avec Jésus, le salut ne vient pas par le non-désir, mais, au contraire, par une fringale d'amour et de vie!

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?