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On est des naufragés, les uns et les autres. On vous apprend à être un sujet social dès que vous avez trois ans et demi ; plus ça va, pire c'est. On ne pense pas à votre bonheur, à votre personnalité ; à votre aisance dans le monde vis-à-vis des autres. Ça se traduit en termes de rivalité, de manque, de peur, c'est horrible. Mais c'est pas ça, putain, la vie, c'est pas ça ! La vie, c'est des fleurs, c'est des femmes, c'est le bien-être en soi, c'est l'amour, la passion. Tout le reste, on s'en fout ! Combien tu gagnes ? Combien tu vaux ? Mais on s'en fout ! Tiens, ce sont les mots du curé d'Ars : "On est ce qu'on est devant Dieu et pas plus." Le vrai, c'est ça, le reste, pffuit.
-- Louis Calaferte
Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à
la mesure de notre faible coeur. -- Nicolas Bouvier, L'usage du monde.
J.S. Bach - St. John Passion BWV 245 - 1h55 et 32 secondes de bonheur, gratuit, dans une des meilleures versions, et avec les sous-titre. Oui, le web a du bon.
Je me suis fait un très beau cadeau que je frémis de recevoir. Toute l'oeuvre romanesque de Bernanos, dans l'édition de la Pléiade qu'en avait fait Albert Béguin, préfacée par Gaëtan Picon. Dire que pour beaucoup, ces trois noms ne signifient absolument rien. Mais peu m'importe, moi, je suis enchanté.
(Bon, l'édition n'est qu'un détail pourtant coûteux, et peu pratique, je n'arrive jamais à annoter au crayon ces pages de fin velours.)
(Bon, l'édition n'est qu'un détail pourtant coûteux, et peu pratique, je n'arrive jamais à annoter au crayon ces pages de fin velours.)
Elle est toute tranquille. Elle est étendue, la tête contre moi, sur le canapé, en train de castoriser un de ces petits biscuits pour les sans-dent. Nous écoutons de la musique pour elle, mais nous rêvassons tous les deux. Le soir se couche. Dans la maisonnée, nous entendons les gens rentrer de leur travail. Chacun vaque à ses occupations. Bonheur.
Il est à envier celui qui se surprend à redécouvrir le corps de l'aimé avec une joie pleine d'adolescence et même d'enfance, comme quelque chose d'extraordinairement bon, et qui n'en revient pas que cette joie lui soit accordée, à lui, qui pensait qu'elle était toujours pour d'autres, et qui savoure ce bonheur rare d'étreindre celle qu'il avait tant désirée comme si c'était une toute première fois, une première fois riche de toute la profondeur d'une relation.
Et puis, je crois qu'on ne peut pas être heureux si on ne sait pas se réjouir du bonheur d'autrui. Et c'est loin d'être facile quand ce bonheur vient mettre en évidence nos manques, nos carences, nos frustrations. On se compare - on ne cesse de se comparer - ce qui n'a aucun sens. A ce que je sache, on n'a pas inventé un bonheuromètre! Une personne heureuse ne nous tend pas un miroir pour nous faire voir notre tristesse ou nos carences. On met en balance la joie comme des pommes de terre. On voit toujours ce qu'on n'a pas - et on néglige aussitôt ce qu'on a, ce sur quoi on peut faire fond. On oublie un peu vite que la joie des uns est une chance pour tous: c'est un élan vital qui nous encourage à donner plus, à donner mieux, pour lever des forces psychiques. Parce qu'un autre coeur bat fort et gaiement, je serai augmenté à mon tour d'un surplus de vie. L'allégresse est communicative. Une personne heureuse est un cadeau pour autrui. A défaut d'être heureux moi-même, je peux me réjouir de son bonheur et c'est en reconnaissant sa joie que je peux ressentir une émotion capable de susciter un début d'embrasement dans ma vie. Cette joie qui n'est pas mienne ne me laisse pas au bord du chemin, seul avec mes soucis, bien au contraire. Elle tient chaud à mon monde quand je n'arrive plus à l'habiter. Ce rayonnement, loin de me condamner ou de me rappeler à ma misère, mes angoisses ou mes soucis, est un phare qui me guide et m'aide à ne pas perdre le cap. Un ami qui cacherait son bonheur pour ne pas m'affliger, me blesserait en croyant m'épargner. Ce n'est pas prendre bon soin de quelqu'un que de le restaurer de sa pitié. Il a besoin d'aliments plus consistants, plus concrets. Lorsqu'on ne s'est pas alimenté depuis longtemps, ils sont difficiles à digérer. Mais c'est une question de survie. Et puis si tous les heureux se masquaient devant les malheureux, comment ces derniers sauraient-ils à quoi ressemble le bonheur. Le célibataire qui voit un couple se tenir tendrement par la main les enviera, bien sûr, mais peut-être désirera-t-il vivre la même chose. Après tout, pourquoi pas lui? Et le voilà qui ouvre la porte d'une rencontre possible.
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