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43'000 ans... C'est la longévité de l'arbre le plus verdoyant que l'homme ait trouvé... Je vous dis, ils sont immortels. Le même arbre peut être fait de mort, de printemps et de croissance, tout ceci en même temps! Le vieillard appuyé sur sa béquille prend soin du nouveau-né qui fleurit et pousse d'une feuille vert tendre, tandis qu'une part ancestrale ou foudroyée laisse entrevoir la béance du passé.
Ce séquoia géant que je vois depuis la porte fenêtre chambre où j'écris, et qui m'accompagne chaque jour, depuis 4 ans. Je me rends compte que je n'en ai jamais parlé, amoureux que je suis d'un chêne d'une autre campagne, qui a pris racine profondément en moi, il y a longtemps déjà, et qui devait lui faire un peu d'ombre. Pourtant, mon séquoia m'est indispensable. Lorsque je suis venu visiter cet appartement, la première fois, ce fut une belle surprise, un argument qui a pesé lourd dans mon choix. Je me suis réjouis à l'idée que j'allais vivre à côté de ce beau et jeune colosse de 7 ou 8 mètres qui joue avec le soleil entre le V que forment ces deux grandes branches - son tronc s'est dédoublé à sa base, mais de loin on ne s'en aperçoit pas, c'est en s'approchant qu'on découvre cette fourche végétale. Parfois, sa lourde toison verte est parsemée d'étoiles et la lune vient s'y cacher. Les oiseaux et mes pensées viennent s'y nicher aussi. Il fait son travail de séquoia, qui est de croître et de donner de l'ampleur au ciel. Il m'offre un lieu où poser mon regard, pour respirer plus profondément, plus calmement. Le vent berce doucement le plumeau de son houppier, et vient caresser mes rêveries. Si on venait à l'abattre, ce serait un drame, on ferait un épouvantable trou dans ma tête, un vide que je mettrais du temps à combler. On ne colmate pas si aisément la brèche que peut faire un séquoia géant dans un paysage intérieur.
C'est bien pire que ce que je m'imaginais. Le séquoia majestueux du coin de la rue, celui qui jouait la nuit avec la lune et les étoiles, et qu'un avion mettait plusieurs secondes à traverser, ils l'ont abattu. Quand je suis arrivé, le large branchage qui habillait le tronc avait presque été complètement saccagé, il ne lui restait plus qu'un petit houppier. On aurait dit un chat angora qu'on aurait tondu et qui était honteux de se retrouver nu devant tout le monde. On était en train de mettre à mort ce géant que j'aimais tant. En passant à côté de lui, j'aurais voulu le recouvrir de ma veste ridicule, faire quelque chose. Ses membres, gisant au sol, fleurait bon le sang frais de sa sève. Il n'était pas malade. On l'a massacré pour gagner un peu de terrain et faire pousser quelques plants de tomates supplémentaires.
Brigitte Celerier à propos des arbres: «[...] j'ai caressé des yeux, fraternellement et admirative, leurs dentelles dégarnies qui jouaient avec le bleu revenu. Désiré la puissance de leurs branches, ces aisselles d'où émergent la force des bras, chemin de sève, berceau de rêves, douceur solide, creusement où auraient pu se nicher les idées, les histoires que voulais.»
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