Les cabines téléphoniques n'ont rien de vieillot. Ce sont des lieux citoyens dans lesquels tout un chacun peut aller téléphoner. Comme les latrines le sont pour d'autres raisons. Est-ce que vous iriez faire vos besoins au milieu de la rue? Alors pourquoi les gens qui ont un téléphone portable se sentent le besoin de se répandre ainsi devant tout le monde?
Affaire du cochon tueur (suite): alors que j'écris ces lignes, le journaliste qui jubile dans son auge médiatique vient de toucher le fond. Il demande à la médecin qui est au micro:
- Combien de personnes POURRAIENT mourir si la pandémie frappait la Suisse?
Sous-entendu:
- S'il vous plaît, dites-moi que ce sera un carnage, faites-nous bien peur!
Ce jeune papa me réjouit: il ne dort plus, il ne jouit plus, il ne lit plus (mais alors plus du tout), bref, il n'a plus une minute à lui. Mais, le lange à la main, il a l'air tellement heureux. Cette abnégation totale pour cette petit motte rose qui mange, dort et fait ses besoins me laisse songeur.
Cette pandémie de grippe porcine rappelle les grands récits dévastateurs de la Bible.
Nous pourrions prier les Dieux Aztèques ou notre Dieu ou le Soleil. Nous sommes si petits face à une épidémie, une invasion de sauterelle, un ouragan.
Et pourtant, chaque fois, l'homme se relève, car c'est là sa position, et se remet en marche.
Quand on y pense, les Evangiles, c'est quand même une toute petite sortie, pas forcément repérable, à Bible Land. Hop, sur un gros tronçon, on est en route et zut, j'ai loupé la sortie! Voilà qu'on continue tout droit en direction de l'Apocalypse. Imaginez, une crèche au bord d'une autoroute où on passe à toute berzingue.
Evidemment, le lieu est connu, les touristes s'y pressent, le hameau est dévasté par les clichés. C'est tellement bien indiqué qu'on ne s'étonne pas de n'y voir aucun locaux. Avec un peu de chance, un apôtre du coin nous indiquera où crèchent les aborigènes.
Jean-Quentin Châtelain fait partie de ces acteurs du destin qu'on ne rencontre pas par hasard. Chaque fois, ce fut une fête, une course aux billets, une belle soirée en perspective, du palpitant dans la salle obscure et du rêve en débriefing.
Et, après l'avoir vu joué dans Mars, Exécuteur 14, Premier Amour, plus rien. J'erre sur le net, je désespère de le revoir en scène, rien. Alors j'attends. Je sais que son nom retombera dans mon escarcelle en temps voulu.
Voilà plus de deux mois que je n'ai plus de téléphone portable. Je suis encore en bonne santé. Je n'ai pas perdu mon travail. Les femmes ne me méprisent pas. Je ne suis pas moins protégé contre la rougeole ou la grippe porcine. On m'a même invité dîner. Je n'ai pas eu une crise d'angoisse à l'idée de ne pas pouvoir être atteignable. J'ai pu prévenir des agents de sécurité au moment où un accident aurait pu se produire. J'ai même été amusé lorsqu'un collègue m'a dit qu'il se sentait coupable lorsqu'il n'avait pas son appareil avec lui.
Il semblerait donc qu'on puisse survivre sans téléphone portable.
Je dois avouer que je me suis même rappelé que je n'avais plus cet ustensile dans ma besace.
Du dangers des téléphones portables, des ordinateurs et de tout autre type d'écrans durant une réunion de travail: la consolidation de la médiocrité.
Auparavant, l'auditoire mécontent de la prestation de l'orateur se manifestaient, grognait, l'interpellait, demandait son dû ou laissait bouillir la colère jusqu'à la fin de l'exposé pour se livrer, dans les coulisses, à une critique libératrice.
Aujourd'hui, chacun replonge dans son écran, comme dans un sommeil de l'esprit, attendant que le pensum finisse.
Je reconnais bien là ma commune.
Lors d'une promenade, je vois au loin un terrain de foot et, bien avant de voir le blason de ma commune, je vois un énorme panneau sur lequel il est écrit: TERRAIN DE FOOT. Puis, plus bas, comme il se doit en tout lieu public sur ce territoire: SOUS PEINE D'AMENDE. Et enfin, en plus petit, si besoin en était, les armoiries.
Je reconnais bien là ma commune.
Une scientifique m'a expliqué que lorsqu'on sourit à quelqu'un, aussitôt ses muscles du sourire s'activent, sans même qu'il ne s'en rende forcément compte. La zone du sourire s'active dans son cerveau. On ne sait pas expliquer pourquoi, mais on l'a clairement constaté.
C'est pour ça que les gens qui vous disent les pires vacheries avec le sourire sont des cons.
C'est pour ça que les gens qui vous disent les pires vacheries avec le sourire sont des cons.
Et si Van Gogh était un Giacometti en couleurs?
C'est l'impression angoissante que j'ai eue en regardant négligemment un de ses autoportraits l'autre jour. Ce visage me paraissait brûlé au troisième degré, ses yeux enfoncés dans des orbites sans sourcil et cette chevelure rousse comme le feu qui consume tant de ses paysages, quand il ne s'enroulent pas dans un cyclone. Les flammes lèchent l'image, la chaleur la trouble. Surgissement de l'étrange sous le familier, au coeur du familier, dans les contours même du familier.
Van Gogh, le feu, avant Giacometti, le calciné.
Je me disperse, mais je ne peux m'empêcher de relever que le 24 heures annonce aujourd'hui en "une"que Monsieur Rossellat renonce aux chemises à carreaux. Chacun notera la valeur informative de cette nouvelle qui a dû germé dans la tête d'une jeune chargée de communication ravie de son coup médiatique!
Et je dois dire que pour un coup, ça m'en fiche un grand!
Dans le bureau de Ramuz à la Muette les lourds barreaux aux fenêtres, les gros murs de cette maison vigneronne donnent l'impression d'être enfermé dans le monde du poète. On s'y sent comme dans une coquille, protégé des assauts du monde extérieur, voguant sur le reflet des vagues du lac qui dansent au plafond.
Une petite déception à la lecture de Gustave Thibon: le passéisme avec lequel il défend les valeurs "éternelles" auxquelles chacun pourrait se connecter pour croître.
A la suite des Propos d'Alain, des Cahiers de Cioran, des Notes de Hohl, des Carnets de Haldas, des Remarques de Ramuz, je m'attendais à quelque chose de plus vif de la part de Thibon. En tous cas à une morale moins pesante, moins vieillotte.
Je perçois bien la racine de vigueur paysanne qui a pu enthousiasmer ses lecteurs. Et je me demande s'il ne fait pas partie de ces êtres qui ont plus rayonné par leur parole et leur présence que par leurs écrits?
Faire comme font les Américains, toujours, car ils dictent la tendance de demain même quand ils n'ont pas la moindre idée d'à quoi elle ressemblera.
On va même jusqu'à envoyer aux Etats-Unis d'Amériques des Européens pour constater qu'ils n'en savent pas plus que nous et nous conseiller, donc, de faire comme eux.
On va même jusqu'à envoyer aux Etats-Unis d'Amériques des Européens pour constater qu'ils n'en savent pas plus que nous et nous conseiller, donc, de faire comme eux.
Ceci également qui est dangereux: l'hyper-disponibilité professionnelle. Je ne doute pas que dans certains cas, elle soit nécessaire: un chirurgien, un prêtre, un poète. Mais qu'on ne prenne pas exemples sur ces nécessaires laborieux pour dire ensuite que, quel que soit le domaine d'activités, tout le monde doit être sur le pont en tout temps. Il est nécessaire de se préserver une part d'inatteignabilité!
Mon bouledogue est un maître de vie.
Il m'a d'abord enseigné les dangers de la dispersion. Nous étions dans le bus et il était tout content à chaque arrêt de voir de nouvelles personnes monter comme si c'étaient des amis qui arrivaient. Mais ces amis ne lui prêtaient quasiment aucune attention. Ce jour-là, j'ai compris que le monde n'était pas rempli d'amis, de copains, que nous n'étions pas dans une grande famille d'humains.
Il m'a ensuite enseigné l'art du détachement. Un jour de marché, au beau milieu de la foule, il s'est couché et ne se laissait en rien perturber par les gens qui passaient, qui manquaient de trébucher sur lui ou qui s'arrêtaient pour le caresser. Imperturbable, il avait décidé de faire une pause, et personne ne l'en empêcherait. Ce jour-là, j'ai compris qu'il fallait vivre nonchalant d'autrui.
Il m'a d'abord enseigné les dangers de la dispersion. Nous étions dans le bus et il était tout content à chaque arrêt de voir de nouvelles personnes monter comme si c'étaient des amis qui arrivaient. Mais ces amis ne lui prêtaient quasiment aucune attention. Ce jour-là, j'ai compris que le monde n'était pas rempli d'amis, de copains, que nous n'étions pas dans une grande famille d'humains.
Il m'a ensuite enseigné l'art du détachement. Un jour de marché, au beau milieu de la foule, il s'est couché et ne se laissait en rien perturber par les gens qui passaient, qui manquaient de trébucher sur lui ou qui s'arrêtaient pour le caresser. Imperturbable, il avait décidé de faire une pause, et personne ne l'en empêcherait. Ce jour-là, j'ai compris qu'il fallait vivre nonchalant d'autrui.
Kenneth White: apparemment, à part son "oeuvre", il ne se fait pas grand-chose d'intéressant culturellement si on en croit ses affirmations. Je me demande s'il a le nombril en forme de cathédraleS.
On a découvert des organismes qui sont capables, lorsque quelque chose vient les contredire dans leur environnement, de se refermer et de ne plus donner aucun signe de vie, d'être mort d'une certaine manière, le temps que les conditions soient plus propices, c'est-à-dire parfois pendant plusieurs années, et, le moment venu, de ressusciter.
C'est épatant.
Gaston Bachelard écrit qu'il y a les valeurs qui écrasent et les valeurs qui luttent. Des valeurs qui écrasent. Des valeurs qui luttent. En répétant ces mots, on se sent basculer entre deux mondes, entre deux manières d'être. Les valeurs écrasantes descendent vers le sol de tout leur poids. Les valeurs «luttantes» s'élèvent, montent.
Certaines banques paient des caïds de la finance plusieurs millions - millions! - pour qu'ils viennent travailler dans leur établissement.
Ce n'est pas ce qui m'étonne le plus. Non. Ce qui m'étonne le plus, c'est que dans le contexte actuel, les caïds posent des conditions pareilles pour être débauchés.
Ce n'est pas ce qui m'étonne le plus. Non. Ce qui m'étonne le plus, c'est que dans le contexte actuel, les caïds posent des conditions pareilles pour être débauchés.
Cette scène du très beau film La Vie des autres où le poète demande à la fin au ministre pourquoi il n'avait pas été mis sur écoute alors que tout le monde l'était. Et le ministre de lui répondre:
- «Mais vous l'étiez. Il y avait des micros partout chez vous. Regardez derrière vos interrupteurs. D'ailleurs nous savions même que votre petite amie était mal baisée. »
La petite amie en question, Christa-Maria était également l'amante violée de force par ce même ministre. N'en pouvant plus d'être manipulée contre l'homme qu'elle aime, elle s'est suicidée. On s'attend à ce que le poète lui casse enfin la figure. On le souhaite et on sent bien que l'autre s'y attend. Mais au lieu de le frapper, il a cette réponse définitive:
- «Quand je pense que des hommes comme vous ont gouverné un pays...»
- «Mais vous l'étiez. Il y avait des micros partout chez vous. Regardez derrière vos interrupteurs. D'ailleurs nous savions même que votre petite amie était mal baisée. »
La petite amie en question, Christa-Maria était également l'amante violée de force par ce même ministre. N'en pouvant plus d'être manipulée contre l'homme qu'elle aime, elle s'est suicidée. On s'attend à ce que le poète lui casse enfin la figure. On le souhaite et on sent bien que l'autre s'y attend. Mais au lieu de le frapper, il a cette réponse définitive:
- «Quand je pense que des hommes comme vous ont gouverné un pays...»
Quelle force extraordinaire la terre déploie pour réaliser cette poussée de vie et de pétales chaque printemps! Et tout ça en silence, sans effort visible, avec un surplus d'énergie même, puisque tout a envie, tout est beau et joyeux.
Quand je vois comme je ronchonne au moindre effort supplémentaire...
Quand je vois comme je ronchonne au moindre effort supplémentaire...
Les poches

Oui, en effet, que pouvait-il bien y mettre?
Sans lui répondre, il commença tout d'abord à sortir de longs cigares dans de beaux tubes en aluminium sur lesquels il était écrit Roméo et Juliette. Il aimait la lenteur avec laquelle ils se consument, les épaisses volutes de fumée qui lui donnaient l'impression de traverser ses méditations confortablement installé sur le pont d'un paquebot, sous un ciel étoilé. Puis il déposa une belle boîte d'allumettes, petits lampions de soufre.
Il portait un de ces shorts aux multiples poches, parfaitement adaptés pour le baladeur-flâneur. Il pouvait emporter avec lui tout son nécessaire de balade et recueillir des objets trouvés en chemin. Tout ce matériau collecté constituait le patchwork de son univers intérieur. Ces petits objets servaient de supports à une image, un échange, une atmosphère qu'il conviendrait de développer plus tard, mais qu'il était impérieux de saisir sur-le-champ, vivants, pendant que le pouls de l'émotion bat encore. Ecrire, comme photographier, peindre ou aimer est un art de l'attention, de la plus grande attention. D'où les innombrables billets de cinéma, de théâtre, des tickets de tram ou de train qui remplissaient ses poches et au dos desquels étaient griffonnés à la hâte, dans une écriture hiéroglyphique, une phrase, quelques mots à partir desquels se constitueraient les textes à venir. Mais ces substrats pouvaient tout aussi bien prendre la forme d'une plume, d'un gland ou d'un coquillage. Il s'agissait toujours de conserver un repère, le tintement d'un instant où quelque chose avait surgi.
Et cette grosse boursouflure à gauche, qu'était-ce? Un livre.
- «Mais enfin, tu es impossible! Comment fais-tu pour stocker autant de choses?»
Tandis qu'en souriant, il continuait à sortir un épi de blé, un carnet, une toupie.
- «Tu es un vrai gosse!»
Et lui, de lui répondre:
- «Ce ne sont que quelques fragments de textes, de tout petits lopins d'imaginaire. Si tu fermes les yeux, tu verras tout au fond de mes poches une poignée d'étoiles filantes, le chant du merle, l'aube, une cour d'école retentissante du rire des enfants à la récréation, un tramway jaune, une petite fille qui mange sagement à la table de ses grands-parents. Alors, tu sais, quelques coquilles d'escargots désertées que j'ai choisi d'habiter encore quelque temps, ce n'est pas grand-chose.»
On aurait pu aisément reconstituer son portrait à la manière d'Arcimboldo à partir de ce bric-à-brac. C'était un adulte troglodyte qui avait les poches pleines d'enfances.
© Arcimboldo vu par Laurence Thurion.
Corps de patience

«Je l'apprends chaque jour, je l'apprends parmi des souffrances à qui je rends grâce: la patience est tout.» (Rainer Maria Rilke)
Un filet de lune illumine cette petite bosse qu'il va s'agir de défendre. Un petit monticule autour duquel il faudra à tout prix maintenir la paix pour que se fasse un grand travail. Le calme règne dans cette pièce baignée de lumière blanche. On distingue des ombres chinoises: la potence au-dessus de sa tête, le lit, un bouquet de fleurs. C'est la chambre 307 de la maternité.
On lui a dit de se coucher. Alors Marie s'est couchée. On lui a dit d'attendre. Alors, Marie s'est mise à attendre. De toutes ses forces.
- «Le col est déjà bien ouvert, avait dit le gynécologue. Et nous n'en sommes qu'à la douzième semaine. S'il vient à sortir avant la vingt-cinquième semaine, nous ne pourrions pas intervenir.»
On ne pouvait pas lui indiquer plus clairement quel serait son combat. On lui avait donc recommandé d'être hospitalisée, au lit strict comme ils disent, c'est-à-dire de s'étendre et de ne plus se relever. De faire la morte en somme, pour que lui puisse avoir une chance de vivre. Marie a donc commencé cette longue attente dont l'issue dépendait beaucoup du hasard et un peu d'elle aussi. Ce petit peu dans lequel elle allait se jeter toute entière et qui consistait à ne rien faire d'autre que de vouloir fort ce miracle qui prenait corps en elle.
Le petit muret au bas de son corps s'ébréchait, laissant trop tôt la porte s'entrouvrir. Marie était bien décidée de faire rempart de tout son espoir. Elle entamait sa première nuit de siège, quittant la surface des échanges quotidiens pour habiter pleinement son ventre à l'intérieur duquel chaque écho lui envoyait un message d'inquiétude ou de réconfort.
Parfois, elle disait qu'elle souhaitait hiberner comme une marmotte. Mais aussitôt elle se reprenait.
- «Non, il ne faut pas que je dorme. Je dois veiller.»
Marie s'installa donc sur son Mont des Oliviers.
Une fois, elle avait vu Ellen Mc Artur à la télévision et elle avait dit que, comme elle, elle se sentait embarquée sur une coquille de noix pour une grande traversée. Et elle ne semblait pas moins héroïque.
Tout en Marie était acceptation et confiance. Et c'est ainsi qu'elle passa le cap fatidique de la vingt-cinquième semaine, son Pot au noir à elle. La partie de son voyage sans escale ni assistance était terminée.
Image © Lumiina
Un des Contes cruels de Villiers de L'Isle-Adam m'a toujours fasciné. Il met en scène la rencontre à l'Opéra entre Félicien et une inconnue dont il devient éperdument amoureux. S'ensuit une conversation passionnée jusqu'à ce qu'elle lui révèle un détail pour le moins intrigant:
- Je suis... ah! je suis sourde!
Stupéfait, il refuse tout d'abord d'y croire:
- Oh! dit-il, est-ce que vous vous jouez d'un coeur qui vous aime à la désolation? Vous vous accusez de ne pas entendre et vous me répondez!.
Oui, elle lui répond tout en étant sourde car les mots de l'amour sont une ritournelle composés de lieux communs:
- Hélas, dit-elle, c'est que... ce que vous dites, vous le croyez personnel, mon ami! Vous êtes sincère; mais vos paroles ne sont nouvelles que pour vous. - Pour moi, vous récitez un dialogue dont j'ai appris, d'avance, toutes les réponses. Depuis des années, il est pour moi toujours le même. C'est un rôle dont toutes les phrases sont dictées et nécessitées avec une précision vraiment affreuse. Je le possède à un tel point que si j'acceptais, - ce qui serait un crime, - d'unir ma détresse, ne fût-ce que quelques jours, à votre destinée, vous oublieriez, à chaque instant, la confidence funeste que je vous ai faite. L'illusion, je vous la donnerais, complète, exacte, ni plus ni moins qu'une autre femme, je vous assure! Je serais même; incomparablement, plus réelle que la réalité. Songez que les circonstances dictent toujours les mêmes paroles et que le visage s'harmonise toujours un peu avec elles! Vous ne pourriez croire que je ne vous entends pas, tant je devinerais juste. - N'y pensons plus, voulez-vous?
Pour Villiers - à la suite d'Anaxagore? - avec le discours amoureux rien ne se perd, rien ne se crée et tout se répète.
- Je suis... ah! je suis sourde!
Stupéfait, il refuse tout d'abord d'y croire:
- Oh! dit-il, est-ce que vous vous jouez d'un coeur qui vous aime à la désolation? Vous vous accusez de ne pas entendre et vous me répondez!.
Oui, elle lui répond tout en étant sourde car les mots de l'amour sont une ritournelle composés de lieux communs:
- Hélas, dit-elle, c'est que... ce que vous dites, vous le croyez personnel, mon ami! Vous êtes sincère; mais vos paroles ne sont nouvelles que pour vous. - Pour moi, vous récitez un dialogue dont j'ai appris, d'avance, toutes les réponses. Depuis des années, il est pour moi toujours le même. C'est un rôle dont toutes les phrases sont dictées et nécessitées avec une précision vraiment affreuse. Je le possède à un tel point que si j'acceptais, - ce qui serait un crime, - d'unir ma détresse, ne fût-ce que quelques jours, à votre destinée, vous oublieriez, à chaque instant, la confidence funeste que je vous ai faite. L'illusion, je vous la donnerais, complète, exacte, ni plus ni moins qu'une autre femme, je vous assure! Je serais même; incomparablement, plus réelle que la réalité. Songez que les circonstances dictent toujours les mêmes paroles et que le visage s'harmonise toujours un peu avec elles! Vous ne pourriez croire que je ne vous entends pas, tant je devinerais juste. - N'y pensons plus, voulez-vous?
Pour Villiers - à la suite d'Anaxagore? - avec le discours amoureux rien ne se perd, rien ne se crée et tout se répète.
Dans un magasin qui vend des capsules de café:
- Bonjour, j'aimerais acheter trois tubes de capsules.
- Bien entendu. Est-ce que vous faites partie de nos clients privilèges?
- Non, j'aimerais vous acheter du café.
- Savez-vous qu'en faisant partie de nos clients privilèges, vous pouvez bénéficier de nombreux avantages, d'offres exceptionnelles et de notre newsletter vous informant de toutes les nouveautés?
- En fait, j'aimerais du café...
Et l'échange de se prolonger ainsi jusqu'à que la vendeuse, déçue et ne comprenant pas que je puisse simplement vouloir acheter du café, me serve.
- Bonjour, j'aimerais acheter trois tubes de capsules.
- Bien entendu. Est-ce que vous faites partie de nos clients privilèges?
- Non, j'aimerais vous acheter du café.
- Savez-vous qu'en faisant partie de nos clients privilèges, vous pouvez bénéficier de nombreux avantages, d'offres exceptionnelles et de notre newsletter vous informant de toutes les nouveautés?
- En fait, j'aimerais du café...
Et l'échange de se prolonger ainsi jusqu'à que la vendeuse, déçue et ne comprenant pas que je puisse simplement vouloir acheter du café, me serve.
Des années sont parfois nécessaires pour rectifier de quelques degrés une torsion intérieure. Quelques degrés qui peuvent paraître anodins et qui ont cependant comme conséquence de redresser toute l'armature psychique. C'est une forme d'orthopédie de l'esprit et des sentiments. Ces os là sont retors. Quelques degrés qui permettent de libérer l'artère mentale comprimée. Et ça circule à nouveau.
L'Office vétérinaire fédéral suisse impose des cours - coûteux par ailleurs - théoriques et pratiques aux gens qui détiennent un chien. Bien. Et à quand des cours de civisme obligatoires? Parce que mon bouledogue, lorsqu'il croise un autre canin, il le salue à la reniflette contrairement à son propriétaire dont je n'attends certes pas autant mais qui pourrait au moins répondre à mon salut.
Et ça n'a pas manqué. A nouveau, une dame, inconsciente de son acte, à le malheur de se garer sur LEUR place de parking (rappelons qu'aucun panneau ne signale qu'il s'agit d'une propriété privée). Ses enfants arrivent pour la rejoindre et c'est là que mon voisin se met à la fenêtre pour lui lancer un flot d'injures. C'est stupéfiant de le voir... il n'a plus rien d'humain, on dirait une machine à épandre le fumier.
En le regardant, je suis partagé entre l'envie de lui demander de descendre s'expliquer, de l'insulter à mon tour... mais non, ça ne servirait à rien. Je me contente d'expliquer à la fautive qu'il est complètement cinglé tandis que l'autre est presque en train de se défenestrer pour se faire entendre.
J'avoue que si je l'avais vu à cet instant se casser la figure du deuxième étage, je n'aurais pas éprouvé une immense compassion pour cet individu.
Visite du musée des métiers du bois, à l'arboretum d'Aubonne. Chaque outil présenté a eu une fonction, une utilité que tout un chacun peut comprendre. Ce qui n'est pas le cas de ce qu'on appelle les "nouvelles technologies" dont l'utilité n'est de loin pas toujours identifiable et auxquelles on donne un sens après coup.
J'écoutais cette dame expliquer à sa collègue la nourriture qu'elle donne à son chien qui est malade:
- Je lui cuisine chaque jour des carottes avec un peu de boeuf grillé. Je veille à bien varier son alimentation et d'ajouter des céréales. C'est un régime qui lui convient tellement mieux que les nourritures toutes faites...
On s'en doute... Ces menus-canins quotidiens, plus d'un enfant en raffolerait.
La meilleure chose est de ne donner aucune suite aux appels à la castagne des petits querelleurs - en particulier dans le monde du travail. Ces gens-là sont très fins et sous le couvert de propos venimeux, ils cherchent à vous faire sortir de vos gonds. Et alors là, c'est le pied géant pour eux. Ils se délectent. Mais si vous n'entrez pas dans leur petit stratagème, si vous ne leur laissez aucune prise, c'est vous qui soudain profitez du bénéfice de ne pas vous être épuisé en vain. Le querelleur est seul sur son ring, frustré de ne pas trouvé d'adversaire. Voire même, dans certains cas, le jour suivant, il aura oublié le motif de la querelle et n'y verra plus de mordant.
Et vous, vous aurez laissé glissé sur votre manteau d'indifférence les hameçons blessants et offensants qu'il vous destinait.
"Donnez, et l'on vous donnera; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on versera dans votre sein; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour" (Luc 6-45)
Je vais vite revoir ma mesurette, parce que j'arrive vite à ras le bol.
(Le ton de ce passage est merveilleux.)
"Lors des études qui sont faites, les femmes choisissent régulièrement les hommes dont le visage, les mains, les épaules et autres parties du corps sont symétriques. Il ne s'agit pas d'un choix purement esthétique. Un littérature médicale de plus en plus nombreuse montre que les individus symétriques sont en meilleure santé physique et mentale que les autres. C'est peut-être donc la nature qui parle quand une femme n'est pas attirée vers un homme à l'allure un peu tordue." (Dr Louann Brizendine, Les secrets du cerveau féminin, Grasset, 2008, page 152)
Ce n'est pas la nullité de la traduction qui m'a le plus interpellé dans ce passage que la démonstration que cette pseudo-neuro-psychiatre américaine. C'est la voie royale vers l'eugénisme. Mais cet éloge de la symétrie, de l'identique, du gauche pareil au droit n'est pas très étonnant. Le tordu, le sinueux, le chemin de traverse, le sentier qui n'est à soi appelle la méfiance instinctive des femmes qui préfère avoir du certifié conforme (et un amant qui la fait se tordre de plaisir et de rire). Un homme labellisé bio. Donc parfait selon la loi de l'espèce et ennuyeux à mourir sur le plan de l'esprit.
Et alors soyons rassuré que c'est à la pesée que la littérature médicale s'estime. La pertinence n'est plus un critère de choix.
Soyons critique et gardons notre bon sens.
Ce n'est pas la nullité de la traduction qui m'a le plus interpellé dans ce passage que la démonstration que cette pseudo-neuro-psychiatre américaine. C'est la voie royale vers l'eugénisme. Mais cet éloge de la symétrie, de l'identique, du gauche pareil au droit n'est pas très étonnant. Le tordu, le sinueux, le chemin de traverse, le sentier qui n'est à soi appelle la méfiance instinctive des femmes qui préfère avoir du certifié conforme (et un amant qui la fait se tordre de plaisir et de rire). Un homme labellisé bio. Donc parfait selon la loi de l'espèce et ennuyeux à mourir sur le plan de l'esprit.
Et alors soyons rassuré que c'est à la pesée que la littérature médicale s'estime. La pertinence n'est plus un critère de choix.
Soyons critique et gardons notre bon sens.
Il paraît que l'homme pense tout le temps au sexe. Contrairement à la femme.
Cependant, la femme qui n'y pense pas tout le temps serait volontiers disposée à s'ébattre si l'homme trouve les gestes et les mots adéquats pour lui rappeler qu'elle en a aussi envie - elle a simplement oublié qu'elle en avait envie. Il doit donc ranimer la flamme.
La courtoisie aurait donc encore de beaux jours devant elle.
Cependant, la femme qui n'y pense pas tout le temps serait volontiers disposée à s'ébattre si l'homme trouve les gestes et les mots adéquats pour lui rappeler qu'elle en a aussi envie - elle a simplement oublié qu'elle en avait envie. Il doit donc ranimer la flamme.
La courtoisie aurait donc encore de beaux jours devant elle.
Cette vieille dame qui maugrée sans cesse par devers elle qu'elle en a marre. Le disque s'est rayé et l'aiguille mentale ne poursuit plus sa course. Elle laboure le sillon d'une colère qui semble ne plus devoir finir qu'avec sa vie. J'espère que si cela doit m'arriver, mon aiguille butte sur une pensée heureuse.
Fut un temps où l'instinct de conservation psychique faisait défaut à beaucoup, plus soucieux de la réalité immédiate de leur corps. Les choses ont changé aujourd'hui. Les livres sur le sujet foisonnent, ainsi que les magazines et les émissions télévisées. On se rue dans le supermarché de l'âme en cherchant désespérément le produit miracle.
Le flot d'informations fait exploser ses petites digues que sont le point, la virgule et ce pauvre point-virgule. La ponctuation n'a pas été conçue pour des torrents mais de petite rivière. Elle marque le pas de la phrase. Elle nuance le lacet d'une idée, elle cadence l'écoulement d'une pensée. La ponctuation est une respiration, un discernement nécessaire.
On se prend à phantasmer sur une belle qu'on revoit quelques jours plus tard et on a du mal à renouer le fil de son désir. Qu'est-ce qui avait bien pu se nouer, se comprimer, se cristalliser pour soudainement nous plonger dans une fixité si active? Ah... Oui... peut-être profil... Mais quoi que je n'en suis plus très sûr.
A peine commencée la lecture de livre de Gustave Thibon, L'équilibre et l'harmonie, je suis ravi par cette citation de Victor Hugo placée en exergue:
Au-dessus de l'équilibre,
il y a l'harmonie.
Au-dessus de la balance,
il y la lyre.
il y a l'harmonie.
Au-dessus de la balance,
il y la lyre.
L'équilibre, ce seraient des forces antagonistes qui s'annulent. L'harmonie, ces mêmes forces qui travaillent ensemble.
Comment peut-on prétendre à une parole qui serait authentique au milieu de la rumeur générale? Ne sommes-nous pas toujours la rumeur de quelqu'un d'autre? Vouloir se prétendre phare au milieu du tumulte, c'est tout de même très prétentieux. J'ai toujours eu une méfiance singulière à l'égard de tous ceux qui se posent en bergers - prophètes.
Parfois on rencontre des couples et on s'étonne vraiment de les voir ensemble. Pourtant, ils se connaissent depuis vingt ans et ont deux enfants. L'alchimie ou les concessions faites entre un homme et une femme sont bien souvent incompréhensibles pour toute autre personne qu'eux. Et on serait mal placé d'apporter un quelconque jugement.
Je le croisais régulièrement dans la cuisine commune alors qu'il venait faire griller un steak, torse nu, après avoir fait littéralement grimper aux rideaux avec force hurlements l'hallucinante liane pulpeuse et blonde qui partageait son lit. Les cloisons vibraient de leurs ébats tonitruants. Tandis que moi, frustré et envieux, je venais chercher un yogourt nature dans le frigo.
Elle avait un timbre de voix qui me vrillait les nerfs et me tapait dans la tête. A quoi venait s'ajouter un débit logorrhéique et une certaine rigidité d'esprit. Discuter avec elle était un vrai cauchemar. Pourtant je l'appréciais. Mais rien n'y faisait. Pour mon oreille, elle était sur fréquence fuir!
Belle anecdote sur Berlioz qui, recevant un jeune compositeur venu lui présenter ses premières compositions, lui dit:
- C'est nul! Fichez-moi le camp!
L'homme s'en va, ses espoirs brisés, mais sitôt dans la rue, il entend Berlioz lui lancer depuis sa fenêtre:
- Jeune homme, on m'avait dit la même chose!
Qu'une jeune femme d'une vingtaine d'années recourt à la chirurgie esthétique pour faire une augmentation mammaire démesurée, ça me dépasse. Je ne peux m'empêcher de songer que quelque chose a été faussé dans ses coordonnées psychiques. Qu'on ne lui a pas tout dit pour qu'elle en vienne à bâtir des phares gigantesques à même son corps comme des signaux de détresse pour être repérée par les navires passant à l'horizon.
Petite île fragile perdue au milieu de la vie.
Petite île fragile perdue au milieu de la vie.
Je rentre chez moi, content de pouvoir me mettre à écrire, et voilà un courrier de la régie auquel il est nécessaire de répondre car il est inexact. Et alors c'est tout de suite beaucoup de temps et d'énergie perdus. Ce genre d'inévitables parasites me fait parfois enrager. Mais je me console en pensant qu'aussitôt ma lettre faite, mon coup de spray verbal donné, je pourrai passer à autre chose.
Le propre du mariage est de faire de l'homme et de la femme des puddings. C'est un vrai combat de tenter de garder un tant soit peu sa consistance originel. Mettez-y encore une télévision, deux enfants, des charges financières idiotes, brassez le tout et il ne vous reste plus rien. Ce n'est ni la faute à elle, ni la faute à lui. C'est ainsi. C'est une fatalité. Seuls quelques-uns, les Farouches, ne flan-chent pas.
J'ai d'abord pensé que Manon Lescaut était un personnage équivoque et que le pauvre des Grieux en était la victime. Il le fut, c'est un fait. Mais je suis persuadé qu'il l'a assassinée et que tout son récit ne vise qu'à le disculper. Trouvez moi une seule scène dans ce roman où on voit Manon, où elle est décrite. Il n'y en a pas. Elle se dérobe à tout instant car elle n'a plus de fondement que fictif.
"C'est l'organisation du monde tout entière en réalité, avec son matérialisme omniprésent, ses idéaux sordides de réussite sociale, d'argent, de pouvoir, de plaisir immédiat, son exhibitionnisme et son voyeurisme, sa dépravation en tout genre, son adoration des nouvelles idoles, des machines infrahumaines, de tout ce qui est moins que l'homme, la réduction de celui-ci à du biologique et, à travers celui-ci, à de l'inerte - c'est tout cela (dont l'enseignement est devenu le reflet tour à tour scandaleux, aveugle ou burlesque), ce tumulte incessant de l'actualité avec ses événements sensationnels et ses bateleurs de foire, qui recouvre à jamais le silence où parle la parole que nous n'entendons plus."
[Michel Henry, Paroles du Christ, Seuil, 2002]
Un instituteur, il semblerait irréprochable, en voie d'être condamné pour avoir dit en souriant à un petit de sa classe qui se promenait tout nu: "la prochaine fois, je coupe tout ce qui dépasse".
Et l'enfant de répéter, et les parents de porter plainte, puis de le lever et le procureur de s'acharner. En tous cas, chez ces derniers, ce n'est pas la matière grise qui dépasse.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...
