Mon ambition? Notre amitié.
Qui peut juger la sensibilité d'autrui? «Ne mépriser la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie.» Charles Baudelaire. 

N'empêche que certaines personnes m'ont donné l'impression d'être une gerbe de fils électriques noyés dans un coulée de béton. 
Défense de la nature, écologie, droit de l'environnement. Mais la nature n'a besoin de personne, pas même ceux qui prétendent la défendre.
Les cabines téléphoniques n'ont rien de vieillot. Ce sont des lieux citoyens dans lesquels tout un chacun peut aller téléphoner. Comme les latrines le sont pour d'autres raisons. Est-ce que vous iriez faire vos besoins au milieu de la rue? Alors pourquoi les gens qui ont un téléphone portable se sentent le besoin de se répandre ainsi devant tout le monde?
Il avait des urgences d'être comme une vache se met à galoper dans un champ: loufoques.
Je n'ai jamais déserté mon jardin intérieur.
Affaire du cochon tueur (suite): alors que j'écris ces lignes, le journaliste qui jubile dans son auge médiatique vient de toucher le fond. Il demande à la médecin qui est au micro:

- Combien de personnes POURRAIENT mourir si la pandémie frappait la Suisse?

Sous-entendu: 

- S'il vous plaît, dites-moi que ce sera un carnage, faites-nous bien peur! 
Notre tique qui est en forêt
Notre cochon qui est dans l'auge
Notre oiseau qui est dans le ciel
Notre sexe qui est dans notre pantalon
Préservez-nous de vos maladies!
Si je dois mourir de la grippe porcine, j'aimerais qu'on sache combien j'ai aimé la poésie.
Ce jeune papa me réjouit: il ne dort plus, il ne jouit plus, il ne lit plus (mais alors plus du tout), bref, il n'a plus une minute à lui. Mais, le lange à la main, il a l'air tellement heureux. Cette abnégation totale pour cette petit motte rose qui mange, dort et fait ses besoins me laisse songeur.
Cette pandémie de grippe porcine rappelle les grands récits dévastateurs de la Bible. 

Nous pourrions prier les Dieux Aztèques ou notre Dieu ou le Soleil. Nous sommes si petits face à une épidémie, une invasion de sauterelle, un ouragan. 

Et pourtant, chaque fois, l'homme se relève, car c'est là sa position, et se remet en marche.
Préserve-moi du vomitus matutinus blablatus mediaticus.
Déjà que nous n'étions pas au coeur du système solaire, que notre conscient se trouve à la fine pointe du continent de l'inconscient et maintenant voilà que nous sommes à la merci des cochons! 

Mais c'est Animal farm au pouvoir...
Discours planétaire de la directrice de l'OMS, en anglais (la langue de la planète, du marketing, de la science, de l'informatique). On dirait le discours de l'ancien président Bush le 11 septembre. Il faut lutter contre la "threat": "We will get them!"
Il y a des courriels, il est bon de les imprimer pour les piétiner, les froisser, les déchirer dans une colère libératrice. C'est très infantile, ça ne sauve pas les arbres, mais bon sang ce que ça fait du bien.
Mon impatience m'a déjà fait manqué tant de rendez-vous importants.
Quand on y pense, les Evangiles, c'est quand même une toute petite sortie, pas forcément repérable, à Bible Land. Hop, sur un gros tronçon, on est en route et zut, j'ai loupé la sortie! Voilà qu'on continue tout droit en direction de l'Apocalypse. Imaginez,  une crèche au bord d'une autoroute où on passe à toute berzingue.

Evidemment, le lieu est connu, les touristes s'y pressent, le hameau est dévasté par les clichés. C'est tellement bien indiqué qu'on ne s'étonne pas de n'y voir aucun locaux. Avec un peu de chance, un apôtre du coin nous indiquera où crèchent les aborigènes.
A quoi sert quelque chose qui ne se partage pas. 
Jean-Quentin Châtelain fait partie de ces acteurs du destin qu'on ne rencontre pas par hasard. Chaque fois, ce fut une fête, une course aux billets, une belle soirée en perspective, du palpitant dans la salle obscure et du rêve en débriefing. 

Et,  après l'avoir vu joué dans Mars, Exécuteur 14, Premier Amour, plus rien. J'erre sur le net, je désespère de le revoir en scène, rien. Alors j'attends. Je sais que son nom retombera dans mon escarcelle en temps voulu.
Elle trouvait qu'il n'était pas assez bien pour son chien. Et elle le quitta.
Voilà plus de deux mois que je n'ai plus de téléphone portable. Je suis encore en bonne santé. Je n'ai pas perdu mon travail. Les femmes ne me méprisent pas. Je ne suis pas moins protégé contre la rougeole ou la grippe porcine. On m'a même invité dîner. Je n'ai pas eu une crise d'angoisse à l'idée de ne pas pouvoir être atteignable. J'ai pu prévenir des agents de sécurité au moment où un accident aurait pu se produire. J'ai même été amusé lorsqu'un collègue m'a dit qu'il se sentait coupable lorsqu'il n'avait pas son appareil avec lui.

Il semblerait donc qu'on puisse survivre sans téléphone portable. 

Je dois avouer que je me suis même rappelé que je n'avais plus cet ustensile dans ma besace.
Vu comme on traite les poules et les cochons, on comprend qu'ils se vengent.
Un acteur de film pornocinématographique est-il moins sujet à la grippe porcine?
C'est formidable! On indique qu'un virus cochon et mortel commence à tuer à l'autre bout du monde et il faut qu'un crétin chez nous se promène avec des fioles dudit virus et qu'il les casse dans le train manquant de contaminer tous les passagers. 
Rester vigilant avec ceux qui ont besoin d'édicter des règles et de vous les rappeler à tout bout de champ. C'est le signe d'une raideur psychique, quand ce n'est pas une crampe.
- «Comment, vous n'avez pas de natel? Et vous vous éclairez à la bougie peut-être?»

Justement...
Du dangers des téléphones portables, des ordinateurs et de tout autre type d'écrans durant une réunion de travail: la consolidation de la médiocrité.

Auparavant, l'auditoire mécontent de la prestation de l'orateur se manifestaient, grognait, l'interpellait, demandait son dû ou laissait bouillir la colère jusqu'à la fin  de l'exposé pour se livrer, dans les coulisses, à une critique libératrice.

Aujourd'hui, chacun replonge dans son écran, comme dans un sommeil de l'esprit, attendant que le pensum finisse.
Grippe porcine: cette maladie épargne-t-elle ceux qui auraient choisi de faire un effort d'humanité?
Tout passe, rien ne s'efface, tout se renouvelle.
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs,
Tout petit Prince a des Ambassadeurs,
Tout Marquis veut avoir des Pages.

Ainsi va le monde qu'on ne peut être à l'abri de toutes ces ambitieuses enflures.
Je reconnais bien là mon village dont les couleurs du blason, rouge et blanc, rappellent celles des panneaux d'interdiction qui fleurissent un peu partout dans la commune.
Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute.

«Flatteur» pourrait tout aussi bien être remplacé par «séducteur».
C'est fou le temps qu'on peut passer avec un caillou dans sa chaussure.
Je reconnais bien là ma commune.

Lors d'une promenade, je vois au loin un terrain de foot et, bien avant de voir le blason de ma commune, je vois un énorme panneau sur lequel il est écrit: TERRAIN DE FOOT. Puis, plus bas, comme il se doit en tout lieu public sur ce territoire: SOUS PEINE D'AMENDE. Et enfin, en plus petit, si besoin en était, les armoiries. 

Je reconnais bien là ma commune.
Lorsque j'écoute des entretiens, des lectures, des émissions en anglais, j'ai l'impression soudain d'être si agréablement et si douillettement bien câlé en moi-même, comme lorsque je lis un bon livre.

Cette langue est une pure merveille. 
Je ne crois pas une seule seconde à la graphologie. C'est de la gagologie. Comme l'astrologie.

Par contre, j'adore plongée dans la poésie d'une écriture et comprendre ce qu'elle évoque pour moi d'une personne ou d'un auteur aimé.
Un écureuil qui tombe sur un écueil perd son air.
Une scientifique m'a expliqué que lorsqu'on sourit à quelqu'un, aussitôt ses muscles du sourire s'activent, sans même qu'il ne s'en rende forcément compte. La zone du sourire s'active dans son cerveau. On ne sait pas expliquer pourquoi, mais on l'a clairement constaté.

C'est pour ça que les gens qui vous disent les pires vacheries avec le sourire sont des cons.
Après avoir gagné du temps, nous gagnons de la place. Mais ce temps et cette place, à qui profitent-ils? 
On passe beaucoup de temps à ne pas oser aimer ce qu'on aime. 
«On a qu'une seule occasion de faire bonne impression.»

Paroles de consultants en ressources humaines. Dans la vie, on a mille occasions de faire mille impressions!


La première impression est toujours la bonne. Je le sais, j'en suis certains. 

Pour ceux qui penseraient après m'avoir rencontré que ce n'est pas le cas, je répondrai alors ceci:

- Je n'ai pas dû être à la hauteur de moi-même. 
Certains s'intéressent au développement durable. D'autres à la poésie durable. Les uns comme les autres se retrouvent face à un sacré défi.
Quelques notes peuvent donner le ton d'un individu, le révéler dans le solide de son être, sa poésie intime.
Jonathan, 8 ans:

- Pourquoi on dit "nichnon"? On devrait dire "nichoui"!
«Aventurier du proche»: très belle expression de Pierre Corajoud.
On peut payer les autres de mots, mais vient un jour, si c'était à crédit, où on vous demande des comptes.
Et si Van Gogh était un Giacometti en couleurs? 

C'est l'impression angoissante que j'ai eue en regardant négligemment un de ses autoportraits l'autre jour. Ce visage me paraissait brûlé au troisième degré, ses yeux enfoncés dans des orbites sans sourcil et cette chevelure rousse comme le feu qui consume tant de ses paysages, quand il ne s'enroulent pas dans un cyclone. Les flammes lèchent l'image, la chaleur la trouble. Surgissement de l'étrange sous le familier, au coeur du familier, dans les contours même du familier. 

Van Gogh, le feu, avant Giacometti, le calciné.
Je suis tout entier infini.
Je me disperse, mais je ne peux m'empêcher de relever que le 24 heures annonce aujourd'hui en "une"que Monsieur Rossellat renonce aux chemises à carreaux. Chacun notera la valeur informative de cette nouvelle qui a dû germé dans la tête d'une jeune chargée de communication ravie de son coup médiatique!

Et je dois dire que pour un coup, ça m'en fiche un grand!
Pucelage, plus sage, pelage, plus l'âge.
Lire, c'est prendre sa place.
Certaines personnes n'ont pas la curiosité des autres. C'est ainsi. Il ne faut pas leur en vouloir ou chercher à les changer. Ces connexions-là ne sont tout simplement pas établies chez eux.
Haruki Murakami aimerait que son épitathe soit: "Au moins jusqu'au bout il n'aura pas marché". Alors que je rêverai que le mien soit: "Au moins jusqu'au bout il aura marché".
Magnifique Agnès Varda qui dit qu'elle va "attaquer ses 80 ans"!
"Verticalité" est un mot très droit. On ne doit pas l'écrire le dos voûté.
"Voûté": avec un circonflexe, dessinant un dos courbé. Circonflexe qui lui-même, historiquement, est venu remplacé un "s", l'affaire ne se redresse pas.
Dans le bureau de Ramuz à la Muette les lourds barreaux aux fenêtres, les gros murs de cette maison vigneronne donnent l'impression d'être enfermé dans le monde du poète. On s'y sent comme dans une coquille, protégé des assauts du monde extérieur, voguant sur le reflet des vagues du lac qui dansent au plafond. 
- «Tu développes un regard sur le quotidien. Bien. Mais concrètement, tu ne fais rien, tu ne mènes pas d'actions.»

Comment répondre à cela sans commencer à s'expliquer? Ou à chercher à se justifier intellectuellement? 
Une petite déception à la lecture de Gustave Thibon: le passéisme avec lequel il défend les valeurs "éternelles" auxquelles chacun pourrait se connecter pour croître.

A la suite des Propos d'Alain, des Cahiers de Cioran, des Notes de Hohl, des Carnets de Haldas, des Remarques de Ramuz, je m'attendais à quelque chose de plus vif de la part de Thibon. En tous cas à une morale moins pesante, moins vieillotte. 

Je perçois bien la racine de vigueur paysanne qui a pu enthousiasmer ses lecteurs. Et je me demande s'il ne fait pas partie de ces êtres qui ont plus rayonné par leur parole et leur présence que par leurs écrits? 


«La poésie peut être comprise avant d'être transmise.» T.S. Eliot.
Vers ondoyant.
Dans ma corbeille poétique du printemps, j'ai ajouté Pierre Hadot et son Qu'est-ce que la philosophie, Alain et son Propos sur le Bonheur, Marc-Aurèle et ses Pensées pour moi-même et Stanislavski et son La formation de l'acteur.
C'est quand même ce sale gosse de Rimbaud qui m'annonce le mieux l'été!
Etant dysorthographique, je m'appuie parfois sur l'aide d'un logiciel pour corriger mes textes. Mais quel ne fut pas mon désarroi lorsqu'en le configurant on me demanda si j'utilisais l'orthographe "rectifiée" (sic) sans me préciser ce qu'il fallait entendre par "rectifiée".
Je n'ai encore jamais entendu quelqu'un dire:

- «Le printemps, vous savez, ce n'est plus à la mode.»
Instinctivement, le mot «liturgie» ne m'inspire rien si ce n'est une cérémonie religieuse, pompeuse, officielle. Ce qu'un bref carottage étymologique n'a fait que confirmer.
«La grandeur progresse dans le monde à mesure que l'intimité s'approfondit. » Gaston Bachelard, La poétique de l'espace.
Certains seraient étonnés de savoir comme ils nous habitent à notre insu.
Lorsque j'écris, je me détache de moi.
Lettres et pirouettes: il y a des sonorités qui ne doivent rien au hasard.
Twit, pouit, pouêt pouêt, pouitch, pif, paf, poum, fècebook!
Je parle oueb!
Faire comme font les Américains, toujours, car ils dictent la tendance de demain même quand ils n'ont pas la moindre idée d'à quoi elle ressemblera.

On va même jusqu'à envoyer aux Etats-Unis d'Amériques des Européens pour constater qu'ils n'en savent pas plus que nous et nous conseiller, donc, de faire comme eux.
Inatteignabilité: fait de ne pas être atteignable en tout temps pour n'importe quoi.
Ceci également qui est dangereux: l'hyper-disponibilité professionnelle. Je ne doute pas que dans certains cas, elle soit nécessaire: un chirurgien, un prêtre, un poète. Mais qu'on ne prenne pas exemples sur ces nécessaires laborieux pour dire ensuite que, quel que soit le domaine d'activités, tout le monde doit être sur le pont en tout temps. Il est nécessaire de se préserver une part d'inatteignabilité!
Qu'est-ce qu'ils ne vont pas trouver pour justifier très rationnellement leurs balivernes.
Toujours cette logique du plus, du plus fort, du plus visible, du plus reconnu, du meilleur... Mais je ne ferai pas l'éloge du moins, sinon je participerai à mon tour à cette rhétorique de l'entassement, du plus moins. Je ferais plus volontiers l'éloge de l'autrement.
Il est bon paraît-il de créer du bruit médiatiques autour de ses activités pour se faire connaître sur internet. Il y a même des gens très sérieux qu'on paie pour ça. Moi je veux bien faire bruiteur sur toile et secouer un trousseau de clé ou taper sur des casseroles.
Mon bouledogue est un maître de vie.

Il m'a d'abord enseigné les dangers de la dispersion. Nous étions dans le bus et il était tout content à chaque arrêt de voir de nouvelles personnes monter comme si c'étaient des amis qui arrivaient. Mais ces amis ne lui prêtaient quasiment aucune attention. Ce jour-là, j'ai compris que le monde n'était pas rempli d'amis, de copains, que nous n'étions pas dans une grande famille d'humains.

Il m'a ensuite enseigné l'art du détachement. Un jour de marché, au beau milieu de la foule, il s'est couché et ne se laissait en rien perturber par les gens qui passaient, qui manquaient de trébucher sur lui ou qui s'arrêtaient pour le caresser. Imperturbable, il avait décidé de faire une pause, et personne ne l'en empêcherait. Ce jour-là, j'ai compris qu'il fallait vivre nonchalant d'autrui.
Fiable, faible, friable.
Kenneth White: apparemment, à part son "oeuvre", il ne se fait pas grand-chose d'intéressant culturellement si on en croit ses affirmations. Je me demande s'il a le nombril en forme de cathédraleS.
L'équilibre de l'arbre sur le flanc de la colline était précaire tant et si bien que, le printemps venu, il s'est écroulé, déraciné par un surpoids de pétale.
Le ciel qui était hier comme une plaque de métal lisse et éblouissante s'est mis à fondre ce matin en flocons d'un bleu tendre.
Heureux celui qui comme Botticelli a vu Vénus apparaître au coin de la rue dans le quartier d'Ognissanti.
On a découvert des organismes qui sont capables, lorsque quelque chose vient les contredire dans leur environnement, de se refermer et de ne plus donner aucun signe de vie, d'être mort d'une certaine manière, le temps que les conditions soient plus propices, c'est-à-dire parfois pendant plusieurs années, et, le moment venu, de ressusciter. 

C'est épatant.
C'est «s t'es tic»: non mais dites-moi d'abord ce que veut dire ce mot.
Si les américains le font, alors...
En écrivant de gauche à droite, j'ai toujours eu l'impression de monter vers le haut. Du sol à gauche, vers le ciel à droite.

Peut-être est-ce dû au fait que le retour à la ligne, au point de départ d'une nouvelle phrase se fait à gauche et que le terrain conquis se fait en allant vers la droite.
Gaston Bachelard écrit qu'il y a les valeurs qui écrasent et les valeurs qui luttent. Des valeurs qui écrasent. Des valeurs qui luttent. En répétant ces mots, on se sent basculer entre deux mondes, entre deux manières d'être. Les valeurs écrasantes descendent vers le sol de tout leur poids. Les valeurs «luttantes» s'élèvent, montent.
Certaines banques paient des caïds de la finance plusieurs millions - millions! - pour qu'ils viennent travailler dans leur établissement.

Ce n'est pas ce qui m'étonne le plus. Non. Ce qui m'étonne le plus, c'est que dans le contexte actuel, les caïds posent des conditions pareilles pour être débauchés.
Cette scène du très beau film La Vie des autres où le poète demande à la fin au ministre pourquoi il n'avait pas été mis sur écoute alors que tout le monde l'était. Et le ministre de lui répondre:

- «Mais vous l'étiez. Il y avait des micros partout chez vous. Regardez derrière vos interrupteurs. D'ailleurs nous savions même que votre petite amie était mal baisée. »

La petite amie en question, Christa-Maria était également l'amante violée de force par ce même ministre. N'en pouvant plus d'être manipulée contre l'homme qu'elle aime, elle s'est suicidée. On s'attend à ce que le poète lui casse enfin la figure. On le souhaite et on sent bien que l'autre s'y attend. Mais au lieu de le frapper, il a cette réponse définitive:

- «Quand je pense que des hommes comme vous ont gouverné un pays...»
Je reconnais immédiatement à sa typographie et à l'emplacement des fenêtres sur l'enveloppe une lettre provenant de l'office cantonal des impôts.

Je ne suis pas toujours capable de reconnaître l'écriture manuscrite d'une main amie.
Quelle force extraordinaire la terre déploie pour réaliser cette poussée de vie et de pétales chaque printemps! Et tout ça en silence, sans effort visible, avec un surplus d'énergie même, puisque tout a envie, tout est beau et joyeux.

Quand je vois comme je ronchonne au moindre effort supplémentaire...
Sauter du coq à l'âne n'est pas trop déroutant: on reste dans l'univers familier de la cour de ferme.
Des dangers hypnotiques de toute forme d'écrans qui vous captivent et abolissent votre volonté.

Les poches



«Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées» (Arthur Rimbaud)

- «Mais enfin, que mets-tu dans toutes ces poches?»

Oui, en effet, que pouvait-il bien y mettre?

Sans lui répondre, il commença tout d'abord à sortir de longs cigares dans de beaux tubes en aluminium sur lesquels il était écrit Roméo et Juliette. Il aimait la lenteur avec laquelle ils se consument, les épaisses volutes de fumée qui lui donnaient l'impression de traverser ses méditations confortablement installé sur le pont d'un paquebot, sous un ciel étoilé. Puis il déposa une belle boîte d'allumettes, petits lampions de soufre.

Il portait un de ces shorts aux multiples poches, parfaitement adaptés pour le baladeur-flâneur. Il pouvait emporter avec lui tout son nécessaire de balade et recueillir des objets trouvés en chemin. Tout ce matériau collecté constituait le patchwork de son univers intérieur. Ces petits objets servaient de supports à une image, un échange, une atmosphère qu'il conviendrait de développer plus tard, mais qu'il était impérieux de saisir sur-le-champ, vivants, pendant que le pouls de l'émotion bat encore. Ecrire, comme photographier, peindre ou aimer est un art de l'attention, de la plus grande attention. D'où les innombrables billets de cinéma, de théâtre, des tickets de tram ou de train qui remplissaient ses poches et au dos desquels étaient griffonnés à la hâte, dans une écriture hiéroglyphique, une phrase, quelques mots à partir desquels se constitueraient les textes à venir. Mais ces substrats pouvaient tout aussi bien prendre la forme d'une plume, d'un gland ou d'un coquillage. Il s'agissait toujours de conserver un repère, le tintement d'un instant où quelque chose avait surgi.

Et cette grosse boursouflure à gauche, qu'était-ce? Un livre.

- «Mais enfin, tu es impossible! Comment fais-tu pour stocker autant de choses?»

Tandis qu'en souriant, il continuait à sortir un épi de blé, un carnet, une toupie.

- «Tu es un vrai gosse!»

Et lui, de lui répondre:

- «Ce ne sont que quelques fragments de textes, de tout petits lopins d'imaginaire. Si tu fermes les yeux, tu verras tout au fond de mes poches une poignée d'étoiles filantes, le chant du merle, l'aube, une cour d'école retentissante du rire des enfants à la récréation, un tramway jaune, une petite fille qui mange sagement à la table de ses grands-parents. Alors, tu sais, quelques coquilles d'escargots désertées que j'ai choisi d'habiter encore quelque temps, ce n'est pas grand-chose.»

On aurait pu aisément reconstituer son portrait à la manière d'Arcimboldo à partir de ce bric-à-brac. C'était un adulte troglodyte qui avait les poches pleines d'enfances.

© Arcimboldo vu par Laurence Thurion.
Merlinologue: chercheur en émotions quotidiennes.
Luca, 7 ans:

- Je ne peux pas y aller, il y a une étoile d'araignée.
Psychisme sous assistance inspiratoire.
Tout ce sport qu'ils doivent faire pour être bien parce que leur esprit crie famine.

Corps de patience



«Je l'apprends chaque jour, je l'apprends parmi des souffrances à qui je rends grâce: la patience est tout.» (Rainer Maria Rilke)

Un filet de lune illumine cette petite bosse qu'il va s'agir de défendre. Un petit monticule autour duquel il faudra à tout prix maintenir la paix pour que se fasse un grand travail. Le calme règne dans cette pièce baignée de lumière blanche. On distingue des ombres chinoises: la potence au-dessus de sa tête, le lit, un bouquet de fleurs. C'est la chambre 307 de la maternité.

On lui a dit de se coucher. Alors Marie s'est couchée. On lui a dit d'attendre. Alors, Marie s'est mise à attendre. De toutes ses forces.

- «Le col est déjà bien ouvert, avait dit le gynécologue. Et nous n'en sommes qu'à la douzième semaine. S'il vient à sortir avant la vingt-cinquième semaine, nous ne pourrions pas intervenir.»

On ne pouvait pas lui indiquer plus clairement quel serait son combat. On lui avait donc recommandé d'être hospitalisée, au lit strict comme ils disent, c'est-à-dire de s'étendre et de ne plus se relever. De faire la morte en somme, pour que lui puisse avoir une chance de vivre. Marie a donc commencé cette longue attente dont l'issue dépendait beaucoup du hasard et un peu d'elle aussi. Ce petit peu dans lequel elle allait se jeter toute entière et qui consistait à ne rien faire d'autre que de vouloir fort ce miracle qui prenait corps en elle.

Le petit muret au bas de son corps s'ébréchait, laissant trop tôt la porte s'entrouvrir. Marie était bien décidée de faire rempart de tout son espoir. Elle entamait sa première nuit de siège, quittant la surface des échanges quotidiens pour habiter pleinement son ventre à l'intérieur duquel chaque écho lui envoyait un message d'inquiétude ou de réconfort.

Parfois, elle disait qu'elle souhaitait hiberner comme une marmotte. Mais aussitôt elle se reprenait.

- «Non, il ne faut pas que je dorme. Je dois veiller.»

Marie s'installa donc sur son Mont des Oliviers.

Une fois, elle avait vu Ellen Mc Artur à la télévision et elle avait dit que, comme elle, elle se sentait embarquée sur une coquille de noix pour une grande traversée. Et elle ne semblait pas moins héroïque.

Tout en Marie était acceptation et confiance. Et c'est ainsi qu'elle passa le cap fatidique de la vingt-cinquième semaine, son Pot au noir à elle. La partie de son voyage sans escale ni assistance était terminée.

Image © Lumiina
C'est une balançoire si peu utilisée que, lorsqu'un enfant vient y jouer, elle grince fort sur ses gonds rouillés, comme une vieille dame.
C'est la plume à la main que j'écris le mieux, le plus minutieusement, surpris au détour d'une phrase par un plein ou un délié.

L'écriture mécanique n'est qu'une finalisation de la composition.
Que fait un Portugais en vacances? Il travaille.
Pour beaucoup, la seule chose qui ressuscite du dimanche de Pâques, c'est un lundi férié.
Ce printemps est sous le signe de Gustave Thibon, le paysan-philosophe.
J'ai tant et si bien perdu le sens de Pâques que j'ai dû en regarder la définition dans le dictionnaire.
Repasser du chiffre à l'être, de l'économique au moral, de la masse au citoyen, du numéro au visage.
Nous vivons dans une société formidable. Si vous vous protégez du stress, vous êtes considéré comme suspect. Si vous ne vous en protégez pas et que vous tombez gravement malade, vous êtes viré.
Un des Contes cruels de Villiers de L'Isle-Adam m'a toujours fasciné. Il met en scène la rencontre à l'Opéra entre Félicien et une inconnue dont il devient éperdument amoureux. S'ensuit une conversation passionnée jusqu'à ce qu'elle lui révèle un détail pour le moins intrigant:
- Je suis... ah! je suis sourde!

Stupéfait, il refuse tout d'abord d'y croire:
- Oh! dit-il, est-ce que vous vous jouez d'un coeur qui vous aime à la désolation? Vous vous accusez de ne pas entendre et vous me répondez!.

Oui, elle lui répond tout en étant sourde car les mots de l'amour sont une ritournelle composés de lieux communs:
- Hélas, dit-elle, c'est que... ce que vous dites, vous le croyez personnel, mon ami! Vous êtes sincère; mais vos paroles ne sont nouvelles que pour vous. - Pour moi, vous récitez un dialogue dont j'ai appris, d'avance, toutes les réponses. Depuis des années, il est pour moi toujours le même. C'est un rôle dont toutes les phrases sont dictées et nécessitées avec une précision vraiment affreuse. Je le possède à un tel point que si j'acceptais, - ce qui serait un crime, - d'unir ma détresse, ne fût-ce que quelques jours, à votre destinée, vous oublieriez, à chaque instant, la confidence funeste que je vous ai faite. L'illusion, je vous la donnerais, complète, exacte, ni plus ni moins qu'une autre femme, je vous assure! Je serais même; incomparablement, plus réelle que la réalité. Songez que les circonstances dictent toujours les mêmes paroles et que le visage s'harmonise toujours un peu avec elles! Vous ne pourriez croire que je ne vous entends pas, tant je devinerais juste. - N'y pensons plus, voulez-vous?

Pour Villiers - à la suite d'Anaxagore? - avec le discours amoureux rien ne se perd, rien ne se crée et tout se répète.

- Un pas de plus -
L'inconnue , in Contes cruels, Villiers de L'Isle-Adam, Wikisource .

"Conscience et flamme ont le même destin de verticalité." (Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle).
N'attendons pas Pâques pour ranimer notre quotidien.
Dans un magasin qui vend des capsules de café:

- Bonjour, j'aimerais acheter trois tubes de capsules.

- Bien entendu. Est-ce que vous faites partie de nos clients privilèges?

- Non, j'aimerais vous acheter du café.

- Savez-vous qu'en faisant partie de nos clients privilèges, vous pouvez bénéficier de nombreux avantages, d'offres exceptionnelles et de notre newsletter vous informant de toutes les nouveautés?

- En fait, j'aimerais du café...

Et l'échange de se prolonger ainsi jusqu'à que la vendeuse, déçue et ne comprenant pas que je puisse simplement vouloir acheter du café, me serve.
Le point-virgule est une virgule plus forte que les autres qui dit qu'elle n'en a pas encore fini.
Cette vieille dame dans le bus qui note minutieusement un rendez-vous dans son agenda. Geste source. Que ce soit le quotidien de chacun ou celui d'un homme d'Etat avec son armée de ministre, tout est là, dans le soin qu'on porte à organiser son ordre du jour.
Dieu n'est pas caché, c'est nous qui ne nous baissons pas assez bas.
"Notre Père qui êtes au Cieux..." Mais mon père à moi, n'est pas aux cieux, il est bien là, sur terre, vivant, sans quoi je serais orphelin. Et au cieux, il y a mon grand-père.
Si le quotidien est le tue-l'amour du couple, alors sur quoi fonder une relation? Sur les cinés, le sexe et les restaurants?
Des années sont parfois nécessaires pour rectifier de quelques degrés une torsion intérieure. Quelques degrés qui peuvent paraître anodins et qui ont cependant comme conséquence de redresser toute l'armature psychique. C'est une forme d'orthopédie de l'esprit et des sentiments. Ces os là sont retors. Quelques degrés qui permettent de libérer l'artère mentale comprimée. Et ça circule à nouveau.
Il y a des baisers qui s'étirent si loin dans le temps et l'espace qu'on ne pensait pas que des lèvres puissent ainsi s'allonger.
Je peux relire ou revoir plusieurs fois de suite un film, un livre ou une musique que j'ai aimée. De même que je peux laisser tinter un vers aimé durant des heures ou être heureux d'une simple sonorité, d'un regard.

Pas très rentable tout ça!
Lorsque que je vois comme certains hommes se comportent avec les femmes, j'ai certains doutes sur mon appartenance générique.
Les femmes devraient avoir droit à une exonération d'apesanteur.
Il est du devoir de l'homme d'arracher par moments la femme à son enracinement biologique.
Si les femmes cessait d'avoir l'impression de se dégager du passé en faisant la pousse-hier dans des endroits absolument inouïs, bien des querelles seraient évitées.
L'Office vétérinaire fédéral suisse impose des cours - coûteux par ailleurs - théoriques et pratiques aux gens qui détiennent un chien. Bien. Et à quand des cours de civisme obligatoires? Parce que mon bouledogue, lorsqu'il croise un autre canin, il le salue à la reniflette contrairement à son propriétaire dont je n'attends certes pas autant mais qui pourrait au moins répondre à mon salut.
Leur couple ne tenait plus que par les mille et un petits crocs quotidiens avec lesquels l'un mordait dans l'autre.
Chose rare qu'un film soit si subtil qu'il vous laisse entendre les résonances du roman dont il s'inspire. Voir Le Liseur.
La multiplication de son regard souligné d'une simple mèche dessine l'aigrette d'un paon.
Au royaume de la procédure, les procès sont durs.
Les mains d'une personne vous en racontent des histoires. C'est un deuxième visage.
Et ça n'a pas manqué. A nouveau, une dame, inconsciente de son acte, à le malheur de se garer sur LEUR place de parking (rappelons qu'aucun panneau ne signale qu'il s'agit d'une propriété privée). Ses enfants arrivent pour la rejoindre et c'est là que mon voisin se met à la fenêtre pour lui lancer un flot d'injures. C'est stupéfiant de le voir... il n'a plus rien d'humain, on dirait une machine à épandre le fumier.

En le regardant, je suis partagé entre l'envie de lui demander de descendre s'expliquer, de l'insulter à mon tour... mais non, ça ne servirait à rien. Je me contente d'expliquer à la fautive qu'il est complètement cinglé tandis que l'autre est presque en train de se défenestrer pour se faire entendre.

J'avoue que si je l'avais vu à cet instant se casser la figure du deuxième étage, je n'aurais pas éprouvé une immense compassion pour cet individu.
Visite du musée des métiers du bois, à l'arboretum d'Aubonne. Chaque outil présenté a eu une fonction, une utilité que tout un chacun peut comprendre. Ce qui n'est pas le cas de ce qu'on appelle les "nouvelles technologies" dont l'utilité n'est de loin pas toujours identifiable et auxquelles on donne un sens après coup.
Quand on aime trop les bêtes, disait Sartre, c'est contre les hommes. Voir Hitler avec son chien Blondie.
Il y a un âge où il est bon de vieillir. J'y suis.
On s'occupe mieux de nos chiens, de nos voitures que de nos vieux.
J'écoutais cette dame expliquer à sa collègue la nourriture qu'elle donne à son chien qui est malade:

- Je lui cuisine chaque jour des carottes avec un peu de boeuf grillé. Je veille à bien varier son alimentation et d'ajouter des céréales. C'est un régime qui lui convient tellement mieux que les nourritures toutes faites...

On s'en doute... Ces menus-canins quotidiens, plus d'un enfant en raffolerait.
Notre Père la Vie.
La meilleure chose est de ne donner aucune suite aux appels à la castagne des petits querelleurs - en particulier dans le monde du travail. Ces gens-là sont très fins et sous le couvert de propos venimeux, ils cherchent à vous faire sortir de vos gonds. Et alors là, c'est le pied géant pour eux. Ils se délectent. Mais si vous n'entrez pas dans leur petit stratagème, si vous ne leur laissez aucune prise, c'est vous qui soudain profitez du bénéfice de ne pas vous être épuisé en vain. Le querelleur est seul sur son ring, frustré de ne pas trouvé d'adversaire. Voire même, dans certains cas, le jour suivant, il aura oublié le motif de la querelle et n'y verra plus de mordant. 

Et vous, vous aurez laissé glissé sur votre manteau d'indifférence les hameçons blessants et offensants qu'il vous destinait. 
Ceux qui se montrent hautains envers les soit-disants "petits" projets créatifs (que ce soit en écriture, en peinture, en musique) sont souvent ceux qui avaient les plus hautes ambitions artistiques pour eux-mêmes. 
Les "moi-je-n'-ai-pas-peur-de" sont souvent des "moi-je-n'-ai-pas-peur-de" tant qu'ils ne sont pas personnellement impliqués. 
Ils sont tout sourire et, à la moindre contrariété, il vous plante un couteau dans le dos. Il n'y a que mon chien pour croire à la gentillesse des gens qu'il croise.

La Liberté de Delacroix a pris le temps de s'épiler les aisselles avant de guider le peuple. Quelle coquette.
La question est de se tenir debout et une fois qu'on se tient debout, de se tenir droit. Sitôt cet effort réalisé, on peut se recoucher pour l'éternité.
"Donnez, et l'on vous donnera; c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on versera dans votre sein; car de la mesure dont vous mesurez on mesurera pour vous en retour" (Luc 6-45)

Je vais vite revoir ma mesurette, parce que j'arrive vite à ras le bol.


(Le ton de ce passage est merveilleux.)
J'ose à peine évoquer la voix du printemps qui s'amplifie de chants et de fleurs... 
Enfant, j'étais biblio-cleptomane. Mais je n'avais pas l'impression de léser qui que ce soit en volant des ouvrages sur les nids d'oiseaux ou une vieille édition de la bibliothèque rose du début du XXe siècle (Les malheurs de Sophie et Don Quichotte si je me souviens bien).
Je me souviendrai toute ma vie du conseil amicale que Jean Starobinski me donna alors que je sortais de son bureau:

- Et surtout, restez critique!
"Lors des études qui sont faites, les femmes choisissent régulièrement les hommes dont le visage, les mains, les épaules et autres parties du corps sont symétriques. Il ne s'agit pas d'un choix purement esthétique. Un littérature médicale de plus en plus nombreuse montre que les individus symétriques sont en meilleure santé physique et mentale que les autres. C'est peut-être donc la nature qui parle quand une femme n'est pas attirée vers un homme à l'allure un peu tordue." (Dr Louann Brizendine, Les secrets du cerveau féminin, Grasset, 2008, page 152)

Ce n'est pas la nullité de la traduction qui m'a le plus interpellé dans ce passage que la démonstration que cette pseudo-neuro-psychiatre américaine. C'est la voie royale vers l'eugénisme. Mais cet éloge de la symétrie, de l'identique, du gauche pareil au droit n'est pas très étonnant. Le tordu, le sinueux, le chemin de traverse, le sentier qui n'est à soi appelle la méfiance instinctive des femmes qui préfère avoir du certifié conforme (et un amant qui la fait se tordre de plaisir et de rire). Un homme labellisé bio. Donc parfait selon la loi de l'espèce et ennuyeux à mourir sur le plan de l'esprit.

Et alors soyons rassuré que c'est à la pesée que la littérature médicale s'estime. La pertinence n'est plus un critère de choix.

Soyons critique et gardons notre bon sens.
Il paraît que l'homme pense tout le temps au sexe. Contrairement à la femme.
Cependant, la femme qui n'y pense pas tout le temps serait volontiers disposée à s'ébattre si l'homme trouve les gestes et les mots adéquats pour lui rappeler qu'elle en a aussi envie - elle a simplement oublié qu'elle en avait envie. Il doit donc ranimer la flamme.

La courtoisie aurait donc encore de beaux jours devant elle.
Il y a le principe et la capacité de l'appliquer avec nuance et intelligence, au cas par cas. S'en tenir à la lettre revient à casser du bois mort. 
Aux tonalités prophétiques de la voix de Maurice Zundel, je préfère celle, non moins inspirée et si familière de Christian Bobin.
Cette vieille dame qui maugrée sans cesse par devers elle qu'elle en a marre. Le disque s'est rayé et l'aiguille mentale ne poursuit plus sa course. Elle laboure le sillon d'une colère qui semble ne plus devoir finir qu'avec sa vie. J'espère que si cela doit m'arriver, mon aiguille butte sur une pensée heureuse.














Le royaume familier est un lieu commun peuplé de merles.
A l'école, enfant, nous devions nous lever pour réciter le Notre Père lors de la première période de cours. C'était une petite corvée pour beaucoup - dont moi. Pourtant, avec le recul, je vois tout le bienfait de ce petit rite, que l'on soit ou non croyant, peu importe. 
Fut un temps où l'instinct de conservation psychique faisait défaut à beaucoup, plus soucieux de la réalité immédiate de leur corps. Les choses ont changé aujourd'hui. Les livres sur le sujet foisonnent, ainsi que les magazines et les émissions télévisées. On se rue dans le supermarché de l'âme en cherchant désespérément le produit miracle. 
ATD Quart Monde, organisation non gouvernementale qui oeuvre pour lutter contre la pauvreté dans les villes. Avec, comme premier objectif, d'amener la culture, le savoir là aux personnes qui n'y ont pas accès, où les gens sont psychiquement sous-alimentés. 
Egalité femme - homme, ou, harmonie homme-femme?
Le flot d'informations fait exploser ses petites digues que sont le point, la virgule et ce pauvre point-virgule. La ponctuation n'a pas été conçue pour des torrents mais de petite rivière. Elle marque le pas de la phrase. Elle nuance le lacet d'une idée, elle cadence l'écoulement d'une pensée. La ponctuation est une respiration, un discernement nécessaire.
Elle avait cru qu'il le lui avait demandé sans conviction, ne se rendant pas compte que ce qui pouvait passer pour de la froideur était le signe d'une sensibilité exacerbée qui cherchait à se protéger. Mais cela, elle ne l'apprendrait que plus tard.
Cette jeune femme blonde, sur les quais, qui me dépasse à toute berzingue, tirée par son bouledogue qu'elle tient en laisse. Je pense que, sans s'en rendre compte, elle vient de battre le record du monde de vitesse féminin des blondes bouledo-tractées.
Certaines femmes feront payer cher aux hommes qu'elles rencontreront les zones d'ombres de la relation avec leur père.
M'intéresse entre les êtres: les points de soudure.
Certaines personnes sont si gentilles, si serviables, qu'on en vient - misérable! - à se demander si c'est une stratégie minutieusement élaborée afin qu'on ne vienne plus les déranger. Ou peut-être que leur fond d'humanité va bien au-delà du nôtre. Et alors, ce sont des êtres extraordinaires!
On se prend à phantasmer sur une belle qu'on revoit quelques jours plus tard et on a du mal à renouer le fil de son désir. Qu'est-ce qui avait bien pu se nouer, se comprimer, se cristalliser pour soudainement nous plonger dans une fixité si active? Ah... Oui... peut-être profil... Mais quoi que je n'en suis plus très sûr.
Elle avait très vite compris qu'il prenait ses seins pour sa tête, leur attribuant toutes les fonctions mères et joyeuses.
A peine commencée la lecture de livre de Gustave Thibon, L'équilibre et l'harmonie, je suis ravi par cette citation de Victor Hugo placée en exergue:

Au-dessus de l'équilibre,
il y a l'harmonie.
Au-dessus de la balance,
il y la lyre.

L'équilibre, ce seraient des forces antagonistes qui s'annulent. L'harmonie, ces mêmes forces qui travaillent ensemble.
Parfois il s'agit simplement de guérir de ne pas avoir de maladie.
Les larmes sont les rivières atmosphériques de l'âme.
Comment peut-on prétendre à une parole qui serait authentique au milieu de la rumeur générale? Ne sommes-nous pas toujours la rumeur de quelqu'un d'autre? Vouloir se prétendre phare au milieu du tumulte, c'est tout de même très prétentieux. J'ai toujours eu une méfiance singulière à l'égard de tous ceux qui se posent en bergers - prophètes.
Parfois on rencontre des couples et on s'étonne vraiment de les voir ensemble. Pourtant, ils se connaissent depuis vingt ans et ont deux enfants. L'alchimie ou les concessions faites entre un homme et une femme sont bien souvent incompréhensibles pour toute autre personne qu'eux. Et on serait mal placé d'apporter un quelconque jugement.
Je le croisais régulièrement dans la cuisine commune alors qu'il venait faire griller un steak, torse nu, après avoir fait littéralement grimper aux rideaux avec force hurlements l'hallucinante liane pulpeuse et blonde qui partageait son lit. Les cloisons vibraient de leurs ébats tonitruants. Tandis que moi, frustré et envieux, je venais chercher un yogourt nature dans le frigo.
Elle avait un timbre de voix qui me vrillait les nerfs et me tapait dans la tête. A quoi venait s'ajouter un débit logorrhéique et une certaine rigidité d'esprit. Discuter avec elle était un vrai cauchemar. Pourtant je l'appréciais. Mais rien n'y faisait. Pour mon oreille, elle était sur fréquence fuir!
L'information en continu, breaking news, no comment. Et moi: merlinades perpétuelles.
Bien sûr que l'arbre a pris feu et a parlé à Moïse. Regardez les forsytsia en fleurs!
Chandelle, chant d'Elle, au coeur de la flamme, petite lueur bleue et dansante.
Belle anecdote sur Berlioz qui, recevant un jeune compositeur venu lui présenter ses premières compositions, lui dit:
- C'est nul! Fichez-moi le camp!

L'homme s'en va, ses espoirs brisés, mais sitôt dans la rue, il entend Berlioz lui lancer depuis sa fenêtre:
- Jeune homme, on m'avait dit la même chose!
Adolescent, je suis descendu dans les jardins d'Hamilcar, brûlant d'y apercevoir Salammbô dansant lascivement avec le python. 
Les amoureux de L'Education sentimentale doivent être des fervents des punitions languissantes.
Craignant qu'on lui rende la monnaie de sa pièce, il tardait à écrire.
Mon David, c'est le merle.
Monsieur Jacques Chessex demande à ce que Payerne pose une plaque commémorative en mémoire du crime de Payerne. Mais pourquoi n'a-t-il pas simplement osé demandé une plaque commémorative à son nom? Il aurait fait gagné du temps à tout le monde. 
Tolérance zéro? Que nenni! Tolérance maximale!

"svp je veux savoir comment une fille peut etre sur k elle est encore viérge??? moi je flirte avec mon copain et c 'est un peu rpoussé mais je ne sais pas si je suis encore viérge ou non?? svp aidez moi."

Lu sur le forum de wikipédia. Cette personne a en effet besoin d'aide.

L'effondrement d'un mythe fondateur ne remet pas en cause sa valeur puisqu'il a permis de fonder ce qui l'amènera à s'écrouler.
Et si, contrairement à la légende, Newton avait découvert la loi de la gravité en soupesant le sein d'une douce? Certaines découvertes nous font tomber dans les pommes.
A merlinade a day keeps the spleen away.
Qu'une jeune femme d'une vingtaine d'années recourt à la chirurgie esthétique pour faire une augmentation mammaire démesurée, ça me dépasse. Je ne peux m'empêcher de songer que quelque chose a été faussé dans ses coordonnées psychiques. Qu'on ne lui a pas tout dit pour qu'elle en vienne à bâtir des phares gigantesques à même son corps comme des signaux de détresse pour être repérée par les navires passant à l'horizon.

Petite île fragile perdue au milieu de la vie.
On s'éveille, vaporeux, il fait encore nuit partout mais ça pépie déjà fort le printemps dehors, si fort que c'est même la seule chose qu'on entend, la rumeur du jour n'a pas encore recouvert ces petites étincelles de joie. 
Je rentre chez moi, content de pouvoir me mettre à écrire, et voilà un courrier de la régie auquel il est nécessaire de répondre car il est inexact. Et alors c'est tout de suite beaucoup de temps et d'énergie perdus. Ce genre d'inévitables parasites me fait parfois enrager. Mais je me console en pensant qu'aussitôt ma lettre faite, mon coup de spray verbal donné, je pourrai passer à autre chose.
Notre évolution a voulu que nos parties génitales se trouvent au milieu du corps. Imaginez qu'elles se soient trouvées sur l'oreille. Les canons de la lingerie auraient été bien différents.
Certaines entreprises et institutions interdisent à leurs employés d'utiliser facebook au travail.

S'ils savaient comme ils leur rendent service.
Le propre du mariage est de faire de l'homme et de la femme des puddings. C'est un vrai combat de tenter de garder un tant soit peu sa consistance originel. Mettez-y encore une télévision, deux enfants, des charges financières idiotes, brassez le tout et il ne vous reste plus rien. Ce n'est ni la faute à elle, ni la faute à lui. C'est ainsi. C'est une fatalité. Seuls quelques-uns, les Farouches, ne flan-chent pas.
L'ingéniosité des philosophes pour complexifier ce qu'ils ne comprennent pas. Des choses simples souvent.
Je ne connais pas d'autre tamis que les mots pour retenir le temps.
La vie nous demande parfois d'avoir un pied de biche pour rebondir et fuir.
Mieux qu'arrêter de fumer.

Mieux que d'arrêter de boire.

Arrêter le natel.

Tiens, d'ailleurs, pourquoi n'y a-t-il pas de campagnes de prévention contre l'abus de natel?

J'imagine le slogan:

AVOIR LA TÊTE DANS L'OREILLE EST DANGEREUX POUR LE REGARD.
J'ai d'abord pensé que Manon Lescaut était un personnage équivoque et que le pauvre des Grieux en était la victime. Il le fut, c'est un fait. Mais je suis persuadé qu'il l'a assassinée et que tout son récit ne vise qu'à le disculper.  Trouvez moi une seule scène dans ce roman où on voit Manon, où elle est décrite. Il n'y en a pas. Elle se dérobe à tout instant car elle n'a plus de fondement que fictif.
"C'est l'organisation du monde tout entière en réalité, avec son matérialisme omniprésent, ses idéaux sordides de réussite sociale, d'argent, de pouvoir, de plaisir immédiat, son exhibitionnisme et son voyeurisme, sa dépravation en tout genre, son adoration des nouvelles idoles, des machines infrahumaines, de tout ce qui est moins que l'homme, la réduction de celui-ci à du biologique et, à travers celui-ci, à de l'inerte - c'est tout cela (dont l'enseignement est devenu le reflet tour à tour scandaleux, aveugle ou burlesque), ce tumulte incessant de l'actualité avec ses événements sensationnels et ses bateleurs de foire, qui recouvre à jamais le silence où parle la parole que nous n'entendons plus."

[Michel Henry, Paroles du Christ, Seuil, 2002]
Viendra un jour où il faudra s'exprimer selon un mode 1 - 0.  Hors de ce schéma, nous serons condamnables.
Un instituteur, il semblerait irréprochable, en voie d'être condamné pour avoir dit en souriant à un petit de sa classe qui se promenait tout nu: "la prochaine fois, je coupe tout ce qui dépasse".

Et l'enfant de répéter, et les parents de porter plainte, puis de le lever et le procureur de s'acharner. En tous cas, chez ces derniers, ce n'est pas la matière grise qui dépasse.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?