«S'il y a une vie après la parole, c'est ce qu'elle fait naître. La trace de ce que je viens de dire, c'est ce que j'ai ensemencé.»
-- Marc Bonnant
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«Anco», encore... Ce petit mot, presque rien, qu'elle prononce en me tendant son biberon, marque un pas aussi important que le jour où elle s'est mise debout toute seule. C'est une entrée dans le monde du langage, qu'elle utilise comme levier pour obtenir ce qu'elle veut sans avoir à s'exprimer avec tout son corps pour se faire comprendre. Comme le «oui» qu'elle a acquis récemment - auparavant elle tirait la langue en haletant pour le dire, et qui vient contraster le «non» monolithique dont elle usait par plaisir de déguster ce nouveau pouvoir, mais aussi parce qu'elle n'arrivait pas encore à le contrebalancer par l'affirmative. A une vitesse prodigieuse, elle a acquis la capacité à distinguer et à faire savoir ce qu'elle veut de manière très précise. «Anco», «oui», «non»: trois couleurs fondamentales sur une palette expressive qu'elle va élargir, affiner pour apprivoiser le monde dans lequel elle vit et participer à le créer.
Interview télévisée de Raymond Aron à propos de Galbraith - Comme il n'était pas tout de suite filmé, et tandis qu'il parlait, j'ai tout d'abord cru qu'il lisait un texte qu'il avait écrit et qui était d'une brillante facture. Mais je me suis vite rendu compte que je me trompais: il écrivait verbalement, sans rature, un propos d'une clarté nourricière.
«Lorsqu'ils eurent joui des plaisirs de l'amour,
ils s'adonnèrent aux plaisir de la parole.»
(Homère, L'Odysée, traduction de Philippe Jaccottet)
Tant il est vrai que les deux sont intimement liés, des mots aux baisers, qui n'a éprouvé cette évidente continuité, lorsque la personne aimée parle et qu'on se sent une irrépressible envie de l'embrasser, de l'étreindre au lieu de lui répondre, car ses paroles font corps avec ce qu'on ressent et ce qu'on éprouve et puis l'ébat passer, reprend le débat, la vive discussion pleine de vie et d'amour.
ils s'adonnèrent aux plaisir de la parole.»
(Homère, L'Odysée, traduction de Philippe Jaccottet)
Tant il est vrai que les deux sont intimement liés, des mots aux baisers, qui n'a éprouvé cette évidente continuité, lorsque la personne aimée parle et qu'on se sent une irrépressible envie de l'embrasser, de l'étreindre au lieu de lui répondre, car ses paroles font corps avec ce qu'on ressent et ce qu'on éprouve et puis l'ébat passer, reprend le débat, la vive discussion pleine de vie et d'amour.
L'enfant qui demande d'où vient la vie ne s'attend pas à ce qu'on lui fasse un cours de biologie, mais qu'on donne la parole à ce grand mystère dont nous sommes tous issus. Une parole qui n'est qu'une réponse possible parmi tant d'autres, mais qu'il devra s'approprier pour devenir à son tour humain.
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