Tout ce qui n'a pas la richesse d'une vie intérieure est profondément ennuyeux.
L'ivresse de voir nuit au plaisir de lire.
On habite la voix de l'autre comme un palais aux merveilles, mystère d'une présence.
Le français est du latin parlé qui s'est fait des copains et a tant et si bien causé que la latine s'est tue.
Le français est du latin parlé qui s'est fait des copains et a tant et si bien causé que la latine s'est tue.
"Il était une fois..." augure des plaisirs immédiats!
"Il était une fois..." augure des plaisirs immédiats!
La douce atmosphère capitonnée d'une chambre d'enfant.
"Contre le goût qu'il avait des femmes, la vieillesse, ni la leur, ni la sienne, ne pourrait rien jamais."

-- Erik Orsenna
Il serait normal qu'en cas de divorce pour cause d'ennui, le coupable verse un dédommagement.

Les violents sont souvent ceux à qui les mots manquent.
«Ma confiance en l'avenir de la littérature repose sur la certitude qu'il y a des choses que seule la littérature peut nous donner.»

-- Italo Calvino

La mort du tchacaïon

Pour Jean-Pierre

Stupéfaction de découvrir que le tchacaïon (terme désignant un charcutier allant de ferme en ferme) nous a quittés. Il venait de fêter ses 80 ans au mois de juillet. Déjà très malade - diabète, je le voyais régulièrement assis sur son banc, devant sa ferme, lorsque je rentrais du travail. Dès qu'il y avait un rayon de soleil, il était là. Nous discutions toujours quelques instants du climat qui a perdu la boule et des dictons météorologiques qui ont perdu le nord. De nos dames aussi. La sienne est une toute vaillante. Et il me faisait remarquer comme nous avions de la chance d’avoir des femmes qui prennent si bien soin de nous - et nous avons de la chance. Nous regardions son magnifique rosier. Malgré son grand âge et ses soucis de santé, il avait gardé l’esprit vif et un beau sens de l’humour. J’aimais la fraîcheur de ses étonnements. Comme mon grand-père, il me disait:

- Mais la vie quand même, quel mystère, hein?

Parfois, son épouse venait aussi s'asseoir, après avoir fermé le poulailler, et alors c'était l'occasion de les faire se souvenir, de me dire comment c'était avant - et Dieu sait que c'était très différent. Et quel automobiliste le saluant en passant devant chez lui pourrait ne pas se souvenir de la manière dont il était vigoureusement hélé en retour.

L'automne est arrivé, et avec lui le froid. Les gens ici sont de moins en moins dehors - c’est un pays où on se recroqueville vite. Et puis la nuit vient de bonne heure. Je ne le croisais donc plus. Mais j'avais remarqué que les volets du rez-de-chaussée restaient ouverts plus longtemps que d'habitude en fin de journée. Je ne m'en étonnais pas plus que ça, jusqu'à que j'apprenne, allongé sur la table de la physiothérapeute du village, qu'il était décédé. Je n'arrivais pas à le croire! Je demandais si nous parlions bien de la même personne. Je faisais remarquer qu'il ne pouvait pas s'agir de lui, car je l'avais vu encore récemment - mais trois bons mois avaient tout de même passé. J’avais également vu son épouse s’activer dans le jardin en début de semaine, et rien ne trahissait dans son attitude qu’elle venait de le perdre. Bref, je n'en revenais pas. J’espérais qu’elle s’était trompée, qu’il s’agissait d’un autre Monsieur, sur un autre banc, d’une autre ferme, d’un autre village sur une autre route que je ne connaissais pas.

Malheureusement, elle ne se trompait pas. Après quelques recherches, je dus me rendre à l’évidence. Et je lui en ai voulu à mon tchacaïon d’être parti sans m’avertir. Ne le connaissant pas autrement qu’à travers ces brefs échanges, je m’étonnais de m’être attaché à sa présence comme un repère vivant sur le chemin de la maison. Et je fais toujours ce même constat que ce qui nous apparaît sur le moment comme peu de choses, presque rien, compte souvent beaucoup plus que ce que nous voulons bien croire. Bien plus en tout cas que tout ce qui se veut exceptionnel et pourtant ne nous en reste pas moins extérieur, ne fait pas partie de nous, car nous ne l’habitons pas, nous ne cheminons pas ensemble. Et je me répète cette phrase de Bernanos que j’aime tant:

«Les petites choses n’ont l’air de rien, mais elles donnent la paix. Dans chaque petite chose, il y a un ange.»

Je ne lui dis donc pas «Adieu!», convaincu que les êtres ne disparaissent pas avec la mort, mais qu’ils rayonnent de la qualité de la présence qu’ils ont su diffuser tout au long de leur existence. Et, quelque part dans les palais de ma mémoire, le tchacaïon est assis sur son banc. Je le vois. Il me suffit d’écarter une branche de rosier.

Photographie - La ferme des rosiers, ©Diegojack.
«Aujourd'hui j'écris pour substituer à mon angoisse majeure une angoisse moindre: celle de l'artisan inquiet de faire au mieux.»

-- Michel Leiris


Pour certains les enfants sont une addiction. Pour d'autres une contradiction.
Une famille, c'est peut-être avant toute chose des individualités tolérées, voire acceptées et reconnues - mais ne fabulons pas trop.
Ne pas mettre la télévision trop fort pour ne pas réveiller sa fille alors... Qu'elle n'est pas là!
La fidélité a un prix et heureusement, sinon que serait-elle?
"Dès que quelqu'un me parles d'élites, je sais que je me trouve en présence d'un crétin."
-- Cioran
Plage - Sur une plage surpeuplée, les corps sont dépersonnalisés, distincts par des signes tout extérieurs, un peu de muscle, une rondeur, un tatouage, etc., comme des coquilles qui cuisent au soleil. Bref, du sable.
Plage - Cette jeune femme étendue sur le dos dont les seins restent dressés comme deux tourelles de sable.
Plage - Tous ces corps tatoués d'une encre verdâtre, oxydée, comme du vert-de-gris.
"Ta volonté est ton Ève." 
-- Saint Bonaventure
Souvent celui qui dit ne jamais être angoissé ne perçoit même pas qu'il puisse l'être.
J'agresse mes chroniques et du coup elles font grève, manière de me signifier qu'on n'instrumentalise pas l'écriture.
Je découvre qu'aujourd'hui c'est la Saint Calimero, évêque milanais du IIe siècle.
Un cadeau que j'aime entre tous: un chapelet offert par un ami. Je le garde toujours dans ma poche pour égrener des souvenirs heureux, passés et à vivre.
Je suis un rêveur du quotidien.
Je lis Bobin et Cioran en même temps, et je n'y vois aucune contradiction. Au contraire, c'est comme si l'un équilibrait l'autre.
Humaine tendresse.


«As a writer, I tolerate error, poor performance, failure. So what if I fail some of the time, if a story or an essay is no good? Sometimes things do go well, the work is good. And that’s enough.

It’s just this attitude I don’t have about sex. I don’t tolerate error, failure—therefore I’m anxious from the start, and therefore I’m more likely to fail. Because I don’t have the confidence that some of the time (without my forcing anything) it will be good.

If only I could feel about sex as I do about writing! That I’m the vehicle, the medium, the instrument of some force beyond myself.

I experience the writing as given to me — sometimes, almost, as dictated. I let it come, try not to interfere with it. I respect it, because it’s me and yet more than me. It’s personal and transpersonal, both.

I would like to feel that way about sex, too. As if “nature” or “life” used me. And I trust that, and let myself be used.

An attitude of surrender to oneself, to life. Prayer. Let it be, whatever it will be. I give myself to it.

Prayer: peace and voluptuousness.

In this, no room for shame and anxiety as to how the little old self rates in the light of some objective standard of performance.

One must be devout about sex. Then, one won’t dare to be anxious. Anxiety will never be revealed for what it is — spiritual meanness, pettiness, small-mindedness.»

Susan Sontag, Journal & Notebooks


La plus que vive que chante Christian Bobin est un amour disparu qui dura une quinzaine d'années avant que la mort les sépare.
L'écriture d'Irène Némirovsky: quelle belle découvre.
Dans l'effondrement d'un couple, le coup de couteau crucifiant que reçoit celui qui voit l'autre revivre.
La vérité est incendiaire: c'est pour cela qu'on ne la trouve quasiment nulle part.
"La plus grande vertu du langage, c'est le  silence." 
-- Christian Bobin
Sur la scène du monde, je ne vois aujourd'hui que l'écrivain qui ait quelque chose de différent à dire.
Être parents, c'est découvrir dans les premières années du petit enfant quelqu'un à qui il ne peut pas mentir. C'est complètement déconcertant, ça. Être mis à nu au plus nu de soi-même. Puis le langage et les conventions créent une croûte autour de ces grands voyants qui leur font oublier ce don de vie. Oui, ce qu'on imagine être de l'éducation n'est bien souvent rien d'autre qu'une ruse des parents, de la société, pour échapper à cette insoutenable clairvoyance. Certains y échappent. Je crois qu'on les appelle les poètes.
J'aimerais écrire comme on parle par amitié.
Tous ceux qui sont là, autour de nous, étrangement absents. À commencer par soi-même. Parfois les absents eux-mêmes perçoivent combien ils sont absents. Oui, combien d'entre nous sont vraiment présents?
Le soleil de l'aube fait des ventres d'or aux oiseaux.
Chaque jour nourrit ma faim de regard.
Je ne peux pas faire autrement qu'écrire sans avoir le désir de publier mes petits papiers éphémères sur la toile. S'ils croisent un regard complice, c'est tout mon bonheur.
Crypte romane de l'abbaye de Saint-Savin sur Gartempe (aux abords du Limousin...).


Chaque fois que je dessine une accolade je dois me concentrer pour ne pas lui rater le nez.
Est-ce que vous accepteriez de masser Himmler pour sauver des malheureux des griffes d'un des plus malheureusement célèbres tortionnaires de l'histoire?

À lire dans Les mains du miracle de Kessel.
Un petit trésor: La sociologie est un sport de combat, sur le sociologue Pierre Bourdieu.
Une des meilleures choses que j'ai faite durant ce mois de juillet? Lire Dans la grande nuit des temps de l'écrivain espagnol Antonio Muños Molina. Et la traduction, superbe, laisse deviner une langue subtile, proustienne de remémoration. Salut à toi Ignacio Abel aux prises avec l'Espagne de Caïn de 1936. Salut à toi hemingwayenne Judith Biely. Salut à toi, Docteur Negrin, combattant de l'impossible. Salut à toi Docteur Rossman, banni de la terre.
Comme Bobin, j'aime les auteurs qui sont maquisards, qui sont entrés dans une résistance douce pour défendre ce que nous avons de plus précieux.
"Le bon sens, c'est travailler dans le sens de la vie." 
-- Christian Bobin
Je ne sais pas si j'aimerais tant être le berger sur le cœur duquel s'abat la vérité divine. Je préfère le désirer.
Nous sommes tous vivants et pourtant nous nous donnons tant de peine à perpétuer de mortes conventions, habitudes, idées.
Veiller à ne pas désenchanter le monde sous prétexte de "réalisme".
Pourquoi les anglais mettent-ils des points sur les i s'il ne mettent pas d'accents?
Le bruit que fait un pigeon qui vole ressemble à celui des pales d'un hélicoptère.
Le quotidien est une grâce et pourtant, bien souvent, le couple n'y résiste pas. Pourquoi?

Je suis une dinde. On m'a élevée, on m'a égorgée, on m'a mise dans un long tube pressurisé nommé "canon à poulet" qui m'a projetée à 400 km/h sur le vitre du cockpit d'un avion sur lequel j'ai explosée de toute ma masse, de toute ma chair, de tous mes viscères. Puis on est venu voir le résultat dont on était fort satisfait. La vitre n'avait pas cédé. Un des ingénieurs n'a pas manqué de souligner que c'était un bel impact quand bien même je le jure sur mon âme qu'à regarder l'éclaboussure qui restait de moi, je fus prise de nausée. Toute dinde que je suis, je ne doute pas que d'un point de vue technologique, l'expérience est probante. Je ne doute pas que ça pose un tas de problèmes si le capitaine de l'avion se fait décapiter en plein vol par de la volaille. Mais malgré tout, je ne peux pas m'empêcher de songer que l'humain est quand même une sacrée dinde!

J'aimais l'expression "ordre du jour" et pourtant j'ai le sentiment aujourd'hui que ce n'est pas l'ordre des tâches à accomplir qui importe, mais le centre. Vivre au cœur, et les choses viendront prendre leur place d'elles-mêmes autour de ce cœur. Il ne s'agit donc plus de faire son ordre du jour, mais de rester attentif au cœur du jour.

Penser sans agir est le pire de tous les maux comme le fait remarquer Alain tout au long de ses Propos sur le bonheur.

Le problème avec une religion dominante, c'est précisément qu'elle... domine.
Le travail, c'est la santé? Oui, bien que souvent ce soit à la santé de celui qui fait travailler.
"L'imbécile est d'abord un être d'habitude et de parti pris." (Georges Bernanos)

Ce que je suis à 75%, si je veux être bon avec moi-même.
Modiano: un spécimen typique du je suis là mais je ne sais pas trop alors bon quant à faire j'ai développer un regard hors du commun sur tout cet embarras dans lequel je suis quant à faire vu que je suis là.
Le surnaturel n'est pas un phénomène psychédélique, un mirage, un miracle, mais un refus de l'état de nature qui est un état de meurtre. Meurtre biologique, mais bien plus, sous nos latitudes, meurtre social.
Émission de Temps Présent bouleversante sur la dépendance des toxicomanes qui n'en finissent pas de faire naufrage, qui n'arrivent plus à se relier à la part féconde d'eux-mêmes, dont le discours patine à la surface de l'être, ils radotent, ils radotent d'épuisement d'être encore et encore et encore meurtris par des blessures qui n'en finissent pas de ne pas cicatriser, par de mystérieux tréfonds qui les happent comme un supplice. Alors leur rêve d'être remis sur des rails, d'avoir du temps, qu'on leur fiche la paix, un peu de paix, un peu de repos, ne plus être dévastés. Dur, dur dans une société propre en ordre qui porte sur ces hommes et ces femmes un regard souvent meurtrier.

Voir l'émission de Temps Présent, SOS toxicomanes.
Dire qu'il a existé, que pour une fois un siècle a pu croire au Père Noël...


Montherlant n'écrit pas pendant vingt-cinq ans et lorsqu'il sort son nouveau livre celui-ci s'intitule: Le chaos et la nuit. Sur la seule base du titre, on ne peut pas vraiment dire qu'il émergeait du silence.
«Le devoir est une série d'acceptation.» (Victor Hugo)
Une qualité que j'apprécie et qui fait la différence dans une relation? Le don d'expression. Et alors, lorsque ce don tend vers la lumière, bonheur!
Henri Guillemin: quel merveilleux orateur. Ici, dans sa plaidoirie pour défendre les choix qu'il a faits pour aborder les hommes, les écrivains, les penseurs dont il a parlé.

http://www.rts.ch/archives/tv/culture/en-appel/3448614-defense-de-guillemin.html
Dire qu'il y eut dans l'histoire de l'humanité un auteur qui pouvait signer de ces deux colossales initiales: V.H.. Deux initiales comme le pressentiment d'un univers.
Lorsque deux interprètes hors du commun jouent ensemble.

http://www.youtube.com/watch?v=Hi5ep_ksZ7I&list=RD02B92ZH1_8Hvo
Blok. Vallejo. Trakl. [Silence]
Une pièce habitée laisse transparaître une lumière dorée la nuit dorée, auréolée. Une pièce vide, une lumière blanche, froide et crue.
La rose se nourrit de fumier. «Donnez-moi de la boue et j'en ferai de l'or.» (Baudelaire)
La culture n'est pas démonstration du talent mais partage.
L'écriture n'est pas évasion du réel, mais infiltration, capillarisation.
Ce grand nuage qui avance comme un navire de cendre brûlé par le crépuscule.
Georges Haldas dit régulièrement dans ses entretiens: "Nous en reparlerons..." ou "Nous aurons à en reparler...", comme dans un repas un plat de prédilection qu'il se réjouit de partager un peu plus tard avec ses convives. Et Dieu sait que cet homme-là savait régaler l'être.
Nous avons besoin d'amour, oui, bien sûr mais nous avons également tant besoin d'humour. Et puis l'amour fait battre le palpitant, mais le rire stimule le diaphragme, on respire mieux, on se secoue l'humeur, les durillons psychiques se ramollissent, le visage s'éclaire, bref, comme on se sent bien. Rien de tel qu'une tendre ironie à notre égard, ce petit pas en arrière qui nous laisse mieux entrevoir notre petit théâtre intime.
«Ma sœur la vie.»  (Boris Pasternak)
On écrit dans l'espoir d'ouvrir une petite fenêtre, mais il n'y a plus de murs.
Gestes de peu, de presque rien, sans gloriole ni désir d'être sus ou vus, vous êtes l'or du monde, des petites pépites d'humanité tissées de ciel bleu. Comme cette vieille dame vêtue d'un pauvre imperméable qui se rend au bord du lac, avec son sachet rempli de pain sec qu'elle a pris le soin de couper en petites hosties carrées pour le distribuer à un public roucoulant, cancanant sous le regard souverainement dédaigneux des cygnes qui, expérience faite, préfèrent renoncer à la mêlée. Puis, repliant son sac, elle regagne son logis. Aux yeux du monde, il ne s'est passé. Et pourtant...
Un de mes pires souvenirs de mon séjour à l'université: ces longues après-midi d'été en bibliothèque assis à une table baignée de soleil avec l'espoir de rester assis à ma table pour travailler mes examens tandis que j'étais entouré de nymphes toutes plus belles les unes que les autres, dévoilant d'abyssales profondeurs penchées studieusement sur le livre ouvert, jouant d'un doigt insouciant avec une mèche de leur chevelure qui venait se mêler aux lignes du texte que je lisais. Pétrifié, oubliant même la raison qui faisait que je me trouvais là, gonflé comme une montgolfière par l'éther du désir, je n'attendais que de trouver la force de couper les amarres et de m'arracher de ma chaise pour fuir ces démones, comme un Saint-Jérôme submergé par la tentation.


Ma quête vers la lumière n'a de cesse, même si c'est celle du lampadaire.
Mais c'est bien sûr! J'avais toujours trouvé dans la parabole de la brebis égarée que c'était tout de même vache que le berger laisse les nonante-neuf autres pour celle qui n'avait pas de GPS, les abandonnant à leur destin. Pourquoi n'avais-je donc jamais songé que ce berger n'était peut-être seul, qu'il avait des associés qui se chargeaient du troupeau en son absence, peut-être même un ou deux chiens qui n'avaient de cesse de les ficeler d'air dans leur course circulaire autour d'eux.


Nous sommes tous parfaitement capables de faire ce que nous récusons à hauts cris chez autrui. Ainsi va la vie.
Sancho n'est pas moins près du soleil, il en jouit à hauteur d'âne. On tombe de moins haut quand on monte un âne. 

Giono, c'est Ramuz libre, Ramuz en bras de chemise qui plonge ses mains dans la sève du vivant.
À quel moment la science moderne ne s'est-elle pas considérée comme moderne?


Comment il n'y a pas de soleil? Et le chant tonitruant des merles?
«Le secret de l'action, c'est de s'y mettre.»

-- Alain.

Le secret de la contemplation aussi.
«Et maintenant, foutez-moi la paix.» -- Paul Léautaud.


«La sagesse humaine apprend beaucoup, si elle apprend à se taire.»

-- Jacques-Bénigne Bossuet
«Le temps presse, il est temps de comprendre qu'il n'est de fête aucune qui ne soit la fête de tous.»

-- Père Joseph Wresinski


Donner un visage aux généralités, et elles deviennent singulières.
Enrichissant d'apprendre que le mot SÉCURITÉ remonte au latin CURA, AE, le soin. La sécurité, c'est prendre bon soin d'autrui, créer un lien de confiance qui abolit le danger.
«La nature est de droite. L'homme est de gauche.»

-- Charles-Ferdinand Ramuz

« Je ne savais pas que c'était si simple de faire son devoir quand on est en danger. »

-- Jean Moulin
C'est terrible de dire que ce le temps de ce printemps est pourri. Le temps est encore et toujours ce qu'on en fait. Je me suis calé contre mon âtre intérieur et je regarde les couleurs du ciel, les percées du soleil, la fraîcheur qui précède l'éclaircie, tout ce jeu fascinant que n'offre jamais une journée de ciel bleu écrasant.
«Vous êtes tous les mêmes. Vous avez soif d'éternité et dès le premier baiser vous êtes verts d'épouvante parce que vous sentez obscurément que cela ne pourra pas durer.»

-- Jean Anouilh, Eurydice
«Il faut écrire des choses très folles en ayant une vie très rangée.»

-- Gustave Flaubert
Le père de Marie (cette toute jeune femme assassinée par un criminel récidiviste): un homme radieux de douceur. C'est bien dans l'épreuve qu'on mesure la profondeur d'un cœur.

Voir le reportage


L'âge venant on voit la vie des amis se peupler de greffons joyeux qui petits à petits se redressent et se mettent à marcher comme tout ce qui croît dans le sens de la vie.

Hildegarde de Bingen, vous êtes ma Madone!

Bon de fidélité - Bon envoyé par un commerçant quand vous commencez à lui être infidèle.
On tire notre vigueur de la qualité de ce qu'on ingère. Aussi de notre capacité à le métamorphoser.
C'est une pure merveille qui tient toutes les promesses, toutes les attentes, tous les espoirs. Quel homme! Quel combat! Quel acteur!

(Euh? J'ai écrit que j'avais aimé?)


Toute cette pluie va provoquer une poussée de petite robe à fleurs mes amis, on va en prendre plein les mirettes! Alléluia!

La guerre froide, c'est douze millions de morts.
Croître, s'épanouir, s'embellir et puis mourir en laissant le parfum d'une vie accomplie.
«Les principes n'ont jamais sauvé personne, amico mio. Ils sont nécessaires comme les panneaux indicateurs sur les routes ou comme les barrages dans les vallées, mais les bornes ne sont pas la route, les barrages n'ont jamais produit une seule goutte d'eau»

-- Jean Sulivan, D'amour et de mort à Mogador.
Dieu révélé dans un bout de pain.
L'anxieux devrait se rappeler de tous ses illustres prédécesseurs (Cioran, Valéry, Ionesco, pour ne citer qu'eux). Il se sentirait moins seul.
Sur les pavés, l'entorse.
«Les jours commencent et finissent dans une heure trouble de la nuit. Ils n'ont pas la forme longue, cette forme des choses qui vont vers des buts: la flèche, la route, la course de l'homme. Ils ont la forme ronde, cette forme des choses éternelles et statiques; le soleil, le monde, Dieu. La civilisation a voulu nous persuader que nous allons vers quelque chose, un but lointain. Nous avons oublié que notre seul but, c'est vivre et que vivre nous le faisons chaque jour et tous les jours et qu'à toutes les heures de la journée nous atteignons notre but véritable si nous vivons. Tous les gens civilisés se représentent le jour comme commençant à l'aube ou un peu après, ou longtemps après, enfin à une heure fixée par le début de leur travail; qu'il s'allonge à travers leur travail, pendant ce qu'ils appellent "toute la journée"; puis qu'il finit quand ils ferment les paupières. Ce sont ceux-là qui disent: les jours sont longs.
Non, les jours sont ronds.»

-- Jean Giono, Rondeur des jours.
La peur de perdre est une perte de temps.
Le bruit de l'activité de la femme aimée qui prépare à manger dans la cuisine. Bonheur.
Un ami me racontait que le philosophe Vladimir Jankélévitch avait placé un feu de signalisation devant la porte de son bureau et que personne, y compris son épouse, n’avait le droit d’entrer si le feu était rouge. L’anecdote ne nous dit pas si l’épouse en question avait installé le même stratagème dans sa chambre à coucher. Mais l’histoire est instructive. Sans aller jusqu’à baliser son appartement avec des panneaux de signalisation routière, il y a un code de conduite du couple qui permet de mieux vivre ensemble et qui est tout à fait explicite, si nous y faisons attention. Qui n’a pas brûlé le feu rouge que son conjoint signalait clairement afin d’éviter une confrontation stérile? Qui ne s’en est pas voulu de ne pas avoir respecté un cédez-le-passage qui aurait facilité bien des choses? Qui n’a pas roulé à contresens du bon sens ou encore qui n’a pas aimé trop vite sur une petite route de campagne amoureuse et romantique qui aurait nécessité de la lenteur?

Oui, il y a quelques signes qu’il est bon de respecter pour qui veut prendre soin de son couple. Qui plus est lorsqu’il y a des enfants qui déboulent à toute berzingue, chauffards en herbes brûlants de vitesse et de funambulisme auxquels il faudra apprendre à tenir compte d’autrui, à descendre de son trône pour se mettre au niveau d’un échange. Et dans ce domaine, le meilleur apprentissage qui soit, c’est l’exemplarité.


Voilà bientôt deux ans que je m'apprête à écouter à nouveau le Requiem de Mozart sans me sentir prêt. Alors je renonce. J'aimerais être à la hauteur, et avoir su créer des dispositions intérieures propre à accueillir cette musique avec une extrême dignité. Autant dire que le morceau a le temps de moisir dans les bacs.
La merlette est tout à son grand travail de printemps.


Les quelques récentes froidures n'ont pas arrêté le grand travail du printemps.


Une chose dont j'aimerais vraiment me passer (et je sais déjà que je n'y parviendrais pas): facebook.
Un an que j'ai arrêté de fumer et c'est précisément le moment où la tentation me revient de ce petit plaisir sournois de rêvasser en contemplant la fumée s'évanouir dans le ciel.
«Réjouissez-vous dans le Seigneur, alléluia!»

-- Sœur Sourire
«Cela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté.»

-- Rimbaud
Elle m'a demandé ce qu'était cette coquille d'escargot vide que j'ai sur ma table de travail. Je lui ai expliqué que c'était la maison de l'escargot. Et elle m'a bien entendu demandé:

- Iléoù? 

Et d'ajouter:

- Pas là.

En l'écoutant, je me suis dit que oui, l'Enfance, c'est ça, cette relation spontanée avec le réel, une curiosité qui  fouille poétiquement le monde.

Une technique devient un art quand le cœur est présent.
À travers les fissures, la joie.


Être comme un simple bol en bois qui reçoit humblement son aumône de vie quotidienne.
"Non, papa! Non! Pas d'accord!", me dit-elle de sa petite voix perchée dans les cimes de l'enfance. Et moi, je m'exécute, heureux.
La grâce, c'est peut-être aussi quand nos blessures deviennent louanges.
Donner trop de pouvoir à une personne revient à prendre le risque d'être détruit par son laser hyper-bionique.
Parmi les impasses dans lequel le conjoint peut très vite se retrouver coincé bien malgré lui, la coupe de cheveux de sa Dulcinée constitue un goulet d’étranglement de choix. C’est un lieu commun du couple. Elle arrive dans la pièce tandis qu’il est occupé à on ne sait trop quoi (oui, c’est très masculin d’être toujours sérieusement occupé à on ne sait trop quoi). Et, une main tenant ses cheveux relevés, elle lui dit:

- Tu ne trouves pas que ça m’irait bien si je me coupais les cheveux comme ça?

L'impasse du Tif


Parmi les impasses dans lequel le conjoint peut très vite se retrouver coincé bien malgré lui, la coupe de cheveux de sa Dulcinée constitue un goulet d’étranglement de choix. C’est un lieu commun du couple. Elle arrive dans la pièce tandis qu’il est occupé à on ne sait trop quoi (oui, c’est très masculin d’être toujours sérieusement occupé à on ne sait trop quoi). Et, une main tenant ses cheveux relevés, elle lui dit:

- Tu ne trouves pas que ça m’irait bien si je me coupais les cheveux comme ça?

Echec et mat. Quoi qu’il fasse, il-est-cuit.

- Comme ça, euh? Tu veux dire comme ça? Mais tu ne le ferais pas toi-même?

Ce qui lui vaut derechef tout de go illico un:

- Ah! Alors ça c’est sûr! Ce n’est pas avec des types comme toi qu’on ferait les révolutions!

Est-il besoin de préciser que cette femme est devenue maman et quadra? Donc, pour de mystérieuses raisons que la science n’a pas encore décryptées, cela coïncide souvent avec un besoin de “changer de tête”, ce qui à l’heure actuelle, sans entreprendre de chirurgie lourde, signifie: changer de coupe de cheveux.

Son problème, à lui, c’est que même si la coupe qu’elle lui suggère est attrayante, rendant vulnérable une nuque qu’il s’imagine déjà couvrir de baisers, il sait qu’il y a un paramètre qui échappe à tout contrôle: la coiffeuse. Oui, vous savez, celle qui vous jure de ne couper qu’un tout petit peu, si peu qu’on n’y verra rien du tout et qui, pourtant, vous offre généreusement un 20% de cheveux en moins sur ce qui avait été convenu, manière de dire: vous voyez, je suis honnête, j’en ai enlevé pour votre argent. De plus, durant la nanoseconde de réflexion qui lui est laissée, il se rend compte qu’il les aime bien ses longs cheveux ondulés qui viennent lécher ses épaules comme de belles flammes blondes. Mais, on l’aura compris, peu importe ses préférences: là, immédiatement, il est sommé de prendre position, et de faire preuve d’engagement. Car, s’il traîne c’est qu’il doute, et s’il doute, c’est qu’il n’aime pas, et s’il n’aime pas, elle n’osera pas le faire et, par sa faute, elle manquera ce renouveau qui veut que par le capillaire l’avenir peut s’annoncer carrément radieux. Bien sûr, il est entendu également que si la coupe vient à être un fiasco, et la tigresse métamorphosée en mémère à cabas, il en sera tenu responsable. Nous ne sommes pas en démocratie, mais en couple:

- C’est toi qui m’as encouragée à le faire parce que tu ne m’aimais plus comme j’étais! lui reprochera-t-elle. Tu avais besoin de te donner l’impression de vivre avec une autre!

Ce qui l’amènera à rétorquer, ou plutôt à balbutier:

- Mais je pensais que ça te faisait plaisir...

C’est dire s’il est démuni. Et au fond, il n’est ni pour, ni contre, il n’en sait même rien, mais alors strictement rien, et voilà qu’elle pose sa tête sur un plateau, la sienne, quand bien même c’est elle qui va se couper les cheveux, et elle lui demande comme à une Madame Irma boule de cristal et tout le tintouin

- Dis-moi que ça m’ira bien. Mais ne t’avise pas de te tromper!

Fort heureusement, par un coup de génie qui lui permettra de s’auto-congratuler dès qu’elle aura quitté la pièce (“Je suis génial!”), il va répondre:

- Tu sais, tes extensions à notre mariage, c’était quand même fantastique...

- C’est vrai? Tu avais aimé, demandera-t-elle, étonnée qu’il évoque ce souvenir qui lui est cher.

Très cher même, car ces extensions, si elles permettent de prolonger son temps de réponse, grèveront immanquablement le budget. Et, à moins d’avoir de la famille du côté d’une tribu de Powhatans, on ne devient Pocahontas que grâce au travail minutieux d’une coiffeuse qui est de mèche avec un rêve, peut-être aussi avec une marque qui vous assure qu’il s’agit de cheveux de sirènes finlandaises récoltées à la lune de mars, au passage d’une pluie d’étoiles filantes. Mais peu importe: il y a des démêlés au sein d’un couple dont l’homme ne sort de toute manière jamais indemne. Il le sait. Et il se doit de l’accepter avec toute la courtoisie nécessaire.
J'aime bien ne pas être avec toi pour penser à toi.
Je suis étonné que les oiseaux appartiennent au règne animal.

Lui: Et vous êtes devenus inculte à partir de quel âge?
Moi: Dès que je me suis inscrit sur facebook, et ça s'est accéléré dès que j'ai eu un iPhone.
"Exister en soi et non uniquement comme miroir de nos propres émotions."

-- Antoine Bloom
Psychanalyste: un mot qui compte deux i grecs promet d'infinies complications.
La pointe des bourgeons de pommiers ont percé l'écorce dans le verger, comme des petites balles chargées dans chaque branche et prêtes à tirer leur salve de printemps. Tout ceci va aller vite, si vite.
Dégénérescence: tous ces accents aigus pour un mot qui tire vers le bas.
"Ne le connaissait-il donc pas, l'Évangile? Que de fois il l'avait entendu depuis son enfance, mais le Livre a ceci de particulier qu'on peut l'entendre tout au long des années et qu'il arrive une minute où il sort de ces pages une voix silencieuse, mais assourdissante, et qu'on ne pourra jamais faire taire."
-- Julien Green, Frère François
Comment Frère François a-t-il commencé sa quête? En mendiant des cailloux pour reconstruire une église, un église de pierre avant celle de chair.
Journal d'une âme du bon pape Jean XXIII: je me délecte!
Le printemps nous regarde.


Le royaume familier: Est-ce que tu aimes?: Est-ce que tu aimes? Quelle belle question! Celle posée à l’enfant qui goûte À soi-même qu’on explore À l’amant qu...
Nous lisons mieux un livre que nous annotons, même si nous ne relirons jamais nos notes.
Je suis pleinement quand je cesse de penser.
En Suisse, quand un avion de chasse passe dans le ciel on dit: 

- Ce sont nos impôts.
Je suis un chroniqueur du dimanche, et avec quelle impatience je l'attends, ce dimanche.
Si la fidélité n'était qu'une question de durée, elle serait vaine et pathétique.
Tout ce qui dit nous et les autres m'insupporte.
Un mot qui me fait prendre instinctivement la fuite: surnaturel.
L'infidélité n'est pas toujours une arythmie de la fidélité, mais parfois un choc salutaire.
Je suis chaque fois surpris de voir comme la nature est paisible en l'absence de nous.


Comme il est à mériter le beau temps de ce printemps.
«L'homme intérieur exigeait quelque chose de plus que le monde visible ne lui donnait pas ce jour-là.»

-- Julien Green, Frère François
«Loin du français, je meurs.»

--Céline
«J'ai des questions à toutes vos réponses.»
-- Woody Allen
Mais comment? Comment? Nous pourrions être enfantés autrement que par la seule voie biologique? Eh oui! C'est la magie d'une relation vivante au monde.
Femme et enfant, une somme de détermination dans la vie d'un flâneur.
«Certains ne savait pas pourquoi l’évêque de Rome a voulu s’appeler François. Certains ont pensé à Francesco Saverio, Saint François de Sales et aussi à Saint François d’Assise. Je vais vous raconter l’histoire ». Face aux journalistes, le Pape leur fait faire un voyage inattendu. Il leur faire revivre le conclave pendant un instant : « Pendant l’élection, dit-il en improvisant, j’avais à mes côtés l’archevêque émérite de Sao Paolo et préfet émérite pour le clergé, le cardinal Claudio Hummes : un grand ami. Et quand les choses ont commencé à devenir un peu “dangereuse” pour moi , lui m’a réconforté. Et quand nous sommes arrivés aux deux tiers de votes (nrdl, en sa faveur) et que tous se sont mis à applaudir comme c’est l’usage, il m’a embrassé et a dit « n’oublie pas le pauvres ! ». Cette parole est entrée là (il indique sa tête du doigt) : les pauvres… les pauvres… Et soudain, j’ai pensé à François d’Assise. Puis aux guerres alors que le scrutin se prolongeait jusqu’à ce que le décompte s’achève. François est l’homme de la paix, l’homme qui aime et protège la Création, et en ce moment où nous avons une relation qui n’est pas si bonne avec la Création... Il est l’homme qui nous donne cet esprit de paix, l’homme pauvre… Ah comme je voudrais une église pauvre, pour les pauvres!»
Une parole née d'un terreau de silence nourri par une relation familière et paisible avec le meilleur de soi pourrait être plus authentique.
Évidemment qu'un chameau ne passe pas à travers le chat d'un aiguille ni une lasagne ne fait de l'équitation.
On dit d'un enfant qu'il grandit d'un adulte qu'il vieillit.
On dit "au sein de" et finalement peu importé au sein de quoi tant on a besoin de réconfort.
Le merle est le guide le plus sûr au sein du royaume familier.
Il y a des bleus d'aube qui sont des bains de sérénité.
Un enfant est un faiseur de roi quand il dit à son père qu'il est "son papa à moi".
J'avais jusqu'à présent un iPhone 3gs. J'ai maintenant un iPhone 5. On m'a dit:

- Ah! Tu verras, le grand saut.

Alors depuis, je suis assis sur ma chaise, et j'attends.
Ce n'est pas à la fidélité qu'il faut être fidèle mais à l'appel mystérieux entendu un jour, à ce qui nous a convoqué et fait palpiter.
Lu dans un journal: «Les jeunes ne rêvent plus de voiture: désormais, le symbole de la réussite sociale serait plutôt le dernier iPhone.»

Raconte-moi le mystère d'être vivant sur Terre, sous la voûte étoilée...
Ce qui est essentiel dans nos vies est tout sauf efficace.
Ce sont souvent les personnes âgées qui donnent à manger aux oiseaux en hiver. On voit bien qu'ils savent ce qui est important.
Être présent pour le printemps qui crocus discrètement un peu partout.
C'est vache de dire au cheval qu'il ne vaut pas un bœuf.
Une vache, toute cette viande à travers laquelle l'herbe devient du lait. Remarquez, c'est valable avec une jument, sauf que le consommateur préfère meugler que hennir.
- L'homme de grande paix est homme de longue vie - 

Pour vivre, laisse vivre. Non seulement les pacifiques vivent, mais ils règnent. Il faut ouïr et voir, mais avec cela se taire. Le jour passer sans débat fait passer la nuit en sommeil. Vivre beaucoup, et vivre avec plaisir, c'est vivre pour deux; et c'est le fruit de la paix intérieure. Celui-là a tout, qui ne se soucie point de tout ce qui ne lui importe point. il n'y a rien de plus impertinent que de prendre à cœur ce qui ne nous touche point, ou de n'y pas laisser entrer ce qui nous importe.

-- Baltasar Gracián, L'art de la prudence, maxime 192
«Que tu lui donnes un crayon et l’enfant bâtit sa maison.»
-- Claude Nougaro
Pornographia de l'autre Amo et le porc de l'incube... Mais quelle société mes amis! Et la tendresse, bordel!
Elle file, file, file avec ses deux ailes la fille.
Le nombril ne se trouve pas au niveau du ventre et il a la forme d'un gros pudding gris peu ragoûtant.


«Je sais bien que je dirai le contraire tout à l'heure; oui, mais tout à l'heure est tout à l'heure, et ce n'est pas maintenant.» -- Charles-Albert Cingria
«Hegel : si l'on peut tuer des hommes en particulier on ne peut rien contre l'homme en général. Me plaît que tranquillement l’Évangile dise exactement le contraire, l'importance infinie de la vie singulière, du corps, de la joie à l'instant même.»

-- Jean Sulivan
Les bons sentiments sont le cancer de l'émotion.
«La vérité est désarmée. Elle naît enfant dans une mangeoire, elle survient montée sur un âne, elle pend sur une croix, s'efface dans l'humilité du pain et du vin. Il n'avait prestance ni éclat. Méprisé, abandonné des hommes, Pareil à celui dont on détourne le visage.»

-- Jean Sulivan
Je sais, c'est idiot, mais je ne peux m'empêcher de me demander à quoi ressemble ce Désiré dont le répondeur me dit toujours qu'il est absent mais qu'il a de bonnes capacités d'adaptations vu qu'il est mobile.
Scandale de la lasagne de cheval = (augmentation du chiffre d'affaire des boucheries chevalines + qualité nutritive vantées un peu partout) - (manière immonde dont les chevaux sont abattus x on s'en fiche si c'est bon pour nous)
- J'aimerais un steak de cheval, ai-je innocemment demandé.

Et aussitôt le cuisinier de me regarder d'un air effondré, et les gens autour de moi de simuler un malaise, parce que le pauvre garçon, il ne sait pas, mais enfin, Monsieur, les chevaux ON LES TUE!

- Ah, pardon... Bon, alors donnez-moi une entrecôte de bœuf.
«Quand on peut souffrir et aimer, on peut beaucoup, on peut le plus qu'on puisse en ce monde.»

-- Charles de Foucauld
Elle s'est arrêtée en la voyant, elle a ouvert son sac et lui a dit:

- Tiens, tu peux choisir, je tricote toujours des couvertures que je donne aux petites filles. Comment t'appelles-tu?

- Louise, lui répond l'enfant.

- Comme moi s'exclame-t-elle!

Puis, sur le ton de la confidence, à la maman, en riant:

- Vous savez comment on me surnommait, moi? Loulou ou Louloute...

Elle a bientôt cent ans: elle vient tout juste d'en avoir deux, et deux petits miracles de femmes se sont face, dans un même esprit d'enfance et de joie, l'une et l'autre ont les yeux qui brillent de donner et de recevoir, comme un contrat tacite entre elles. Pour la petite, c'est un trésor, cette petite couverture, et c'est à cette occasion qu'elle a appris un nouveau beau et grand verbe: offrir.

- Offert à moi, Louise, offert..., me dit-elle le matin au réveil.

Elle me le dit avec beaucoup d'importance et de sérieux, parce qu'elle sait, elle, qu'elle a reçu ce que je ne peux appeler autrement qu'un petit bout de paradis, d'une mère grande de générosité, qui sait, un ange peut-être?

En tout cas à n'en pas douter, on ne m'a rien raconté de plus beau depuis le début de cette année.


En 1963, William Bruce Cameron écrivait : « il serait agréable si toutes les données dont les sociologues ont besoin pouvait être énumérées, car alors nous pourrions les utiliser sur des ordinateurs IBM et dessiner des graphiques comme les économistes font. Cependant, tout ce qui peut être compté ne compte pas, et tout ce qui compte ne peut pas être compté. »

Excellent!


Des êtres qui sont condamnés à ce que tout aille bien, toute leur vie, ça doit bien exister.
La fidélité est une question de répondant. Réponse à une voix, un appel, qui un jour nous a traversé avec la force d'une certitude que rien ne semble devoir démentir. Une voix avec laquelle on a commencé à s'entretenir comme pour toute la vie, comme au-delà de la vie. Et souvent cette voix est trahie par le mutisme, la paresse, la facilité, le bavardage avec une autre oreille séduisante mais qui n'a pas l'importance d'une vocation.
Pourquoi parle-t-on de parachute doré lorsque le montant perçu permet d'acheter un avion?
Depuis le début de l'année, la taxe au sac poubelle a été introduite dans les différents villages environnants et, avec elle, l'obligation pour chacun de s'initier à la cosmétique du déchet, et de peigner avec soin ses ordures sous peine d'être lourdement amendable. Cette mesure fut accompagnée par l’apparition d'un sac légal, blanc, remplaçant le traditionnel sac noir.

La main dans le sac


Depuis le début de l'année, la taxe au sac poubelle a été introduite dans les différents villages environnants et, avec elle, l'obligation pour chacun de s'initier à la cosmétique du déchet, et de peigner avec soin ses ordures sous peine d'être lourdement amendable. Cette mesure fut accompagnée par l’apparition d'un sac légal, blanc, remplaçant le traditionnel sac noir.

Or, il se trouve que pas plus tard qu'hier un crime fut commis dans mon lotissement: un locataire avait osé jeter un sac noir dans le container au milieu des autres cornets blancs! Les employés de la voirie ne l'ont pas pris et l'ont laissé sur le bas-côté. Mais qui était ce malotru qui osait faire tache au milieu des sacs immaculés? Notre concierge ne s'en remettait pas et, avec une détermination poirotéenne, elle avait bien l'intention de mettre la main sur le coupable! Tant et si bien qu'en arrivant jusqu'à moi, notre détective me dit:

- Fred, je sais bien que ce n'est pas toi, mais quelqu'un a jeté un cornet noir au milieu des cornets blancs, c'est dé-goû-tant!

Et ce avec tant de fermeté que, sur le moment, j'eus un doute, et je me mis à rougir et à bafouiller comme si j'étais le coupable. Et, dans ma confusion, je ne fis qu'attiser ses soupçons en me lançant dans une diatribe contre ces principes prétendument écologiques qui nous amène à passer plus de temps à nous s'occuper de nos poubelles que d'autrui, que c'est se faire une vertu à bon compte (deux francs le sac) que d'obéir comme des moutons tandis que des personnes âgées meurent de solitude dans des maisons de retraite, et que dans les pays voisins des enfants fouillent dans les décharges pour se nourrir (la poubelle des riches, mieux que la charité).

Elle acquiesça genre cause toujours et, inflexible, me redit illico qu'elle trouverait le responsable tout en me regardant avec insistance, car après tout, aussi bonnes que fussent nos relations, je pouvais être le délinquant vu ma réaction. Pour sûr, elle n'allait pas en rester là. Elle allait signaler le cas à la régie qui ne manquerait pas de nous écrire une lettre débilitante et infantilisante. Sans compter qu’une dénonciation à la commune entraînerait l’examen minutieux dudit sac qu’on éventrerait afin d’explorer les viscères pour trouver une trace livrant l’identité du coupable et pouvoir le traquer.

Du coup, quelle ne fut pas ma surprise un plus tard dans la soirée, tandis que je sortais le chien, de tomber nez à nez avec un voisin qui revenait en tenant l'objet du délit dans une main et un sac blanc de l'autre. Nous nous croisâmes, lui un peu embarrassé, moi faisant comme si de rien n’était pour ne pas l’importuner. Et je me demandais si notre concierge avait débusqué le malfrat qui s'acquittait de son devoir ou si ce dernier avait pris les devants, auquel cas elle ne saurait jamais par quel miracle la poubelle hors norme s'était évanouie.

Quoi qu’il en soit, au pays des géraniums aux balcons et des sacs de luxe, il faut peu de choses pour devenir un pestiféré.
Parole d'une chanson de Jean-Louis Aubert, «Maintenant je reviens pour ce que je suis fait». Imaginez le coup que prendrait le système si tout le monde se mettait à vouloir devenir ce qu'il est, ce qu'il se sait devoir être au plus intime de sa personne, mais qu'il n'ose pas devenir, parce qu'il faut ceci et on doit cela.
Bonheur de voir le jour se dévoiler à l'aube par une belle journée de février et de songer que dans un tout petit peu plus d'un mois, c'est le printemps!
«Parole de Tzadok Hacohen de Lublin: "Les vraies racines d'un homme se trouvent là où il se réfugie quand il se trouve en détresse.»

-- Cité par Victor Malka dans Petites étincelles de sagesse juive.
Heureux l'homme qui peut se dire qu'il a quelques certitudes aussi claires que le chant des oiseaux à l'aube.
Y a-t-il une vie après la mort d'un enfant?


- Photo de l'année 2012 du World Press Photo prise dans la ville de Gaza (territoires palestiniens) le 20 novembre 2012. (AP Photo/Paul Hansen, Dagens Nyheter - Suède)
«S'il y a une vie après la parole, c'est ce qu'elle fait naître. La trace de ce que je viens de dire, c'est ce que j'ai ensemencé.»

--  Marc Bonnant
Il vaut mieux parfois perdre la face que sa sérénité.

#caressembleadelasagesse
C'est jouissif de se mettre en conformité avec la représentation qu'une collègue de travail peut se faire de vous, dans ce cas particulier d'être un demeuré, et de s'efforcer, par respect pour elle, de coller à ce rôle au plus près de sa conscience afin qu'elle soit pleinement satisfaite. Je crois remarquer d'ailleurs que c'est en train de se retourner contre elle, car elle considère tout le service de la sorte et comme les gens se parlent...
Il faut vraiment avoir peur de rien pour écrire coach sur sa carte de visite.
Je connais peu de cadeaux à faire à une personne chère que ce Journal. En le feuilletant, j'ai souvent eu l'impression que Jules Renard voulait consoler son lecteur des misères de la vie en pointant du doigt une merveille du quotidien, ou en le faisant sourire, comme un enfant qu'on divertit de sa peine en faisant une grimace ou en lui disant:

- Regarde, tu ne l'avais pas vu celui-ci, hein?

Oui, ce Journal fait partie des livres qu'il est bon d'avoir à portée de cœur.

(J'insiste sur l'édition Bouquins, les autres versions étant largement expurgées des passages les plus savoureux par la famille de l'auteur.)


L'écriture est dépassement de soi. On se relit et on se découvre, au-delà de soi-même, à la fine pointe de soi-même.
C'est bien souvent en faisant distraitement attention que nous faisons les plus belles découvertes.
Lu dans une étude de planétologie: «Le chercheur est formel: cet évènement survenu il y a un milliard d'année a transformé, etc.»

Dire que si j'arrive à être formel sur un évènement survenu la semaine dernière, c'est déjà pas si mal...
Si la fidélité n’était qu’un mur de vertu érigé pour ne pas céder à la tentation, elle serait pathétique.
«Ne fais jamais peur à quelqu'un, n'inspire jamais la peur à un autre être humain.» 

-- Proverbe égyptien
Un ami louait mon détachement parce que j'ai réussi à me séparer d'une grande quantité de livres que j'ai donné. Mais au prix de quels autres attachements? Ai-je vraiment fait du lest? Se détache-t-on vraiment ou crée-t-on de nouveaux liens, peut-être un peu plus solides, peut-être un peu plus nourriciers?
«Il avait retrouvé son entrain, il était lancé.

- Christ est né, mon gratte-papier, mon grand savant. Ne cherche pas la petite bête: il est né ou il n'est pas né? Mon vieux, il est né, ne sois pas idiot! Si tu prends une loupe pour regarder l'eau qu'on boit - c'est un ingénieur qui m'a dit ça - tu verras que l'eau est pleine de vers, tout petits, qui ne se voient pas à l'œil nu. Tu verras les vers et tu ne boiras pas. Tu ne boiras pas et tu crèveras de soif. Casse la loupe, patron, casse-la, que les petits vers disparaissent tout de suite et que tu puisses boire et te rafraîchir!»

- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki
Après avoir retrouvé la tête, on pourrait chercher l'assassin.
Courbe, l'origine du monde

Je n'aurais à priori pas pensé être ému à ce point par une jarre et pourtant, là, je regarde, c'est somptueux, rare, humain, si humain.

Pottery jar, from Mesopotamia Late Prehistoric period, about 3000-2500 BC

Le journal en miettes de Ionesco, une pure merveille. Mon préféré avec le journal de Jules Renard et les Cahiers de Cioran, sans oublier les notes de Ludwig Hohl, le journal de Ramuz, et les Carnets de l'état de poésie de Georges Haldas - et j'en oublie certainement d'autres. En les lisant, j'ai l'impression de vivre le privilège d'une conversation intime avec des auteurs dont la voix me semble proche, si proche que j'ai bien souvent l'impression de lire des pensées qui auraient pu être les miennes - je sais, c'est prétentieux, mais peut-être parfois qu'en me mettant sur la pointe des pieds à la faveur d'un alignement astral très favorable et d'un bordeaux à nul autre pareil... Et puis cet humour tendre, ce don d'autodérision qui est la signature d'être rare, qui vivent au plus près de leur essentiel.
Phrase de chair de poulante, allégrissante de ce Cher Zorba:
«La vie, c'est un embêtement, poursuivit Zorba; la mort, non. Vivre, sais-tu ce que ça veut dire? Défaire sa ceinture et chercher la bagarre.»
Merveille!
«Je ne parlais pas. Je sentais, en écoutant Zorba, se renouveler la virginité du monde. Toutes les choses quotidiennes et décolorées reprenaient l'éclat qu'elles avaient au premier jour, quand elles sortaient des mains de Dieu. L'eau, la femme, l'étoile, le pain, revenaient à la mystérieuse source primitive, et le divin tourbillon se déclenchait de nouveau dans les airs.»

-- Alexis Zorba, Nikos Kazantzaki

Zorba the greek

Dire qu'il fut un temps où j'idéalisais les bourreaux de travail. Fort heureusement, j'avais eu la sagesse de relire mes Gaston Lagaffe à la même période, véritable antidote à toute forme de surmenage martyrisant.
Prudence est prévoir et pourvoir, clé de sagesse, fourmi pour s'encigaler sans risquer l'infarctus.
Bonne remarque de Cioran dans ses Cahiers (qu'il emprunte à je ne sais plus qui): la flatterie est la politesse du mépris. Mille fois d'accord. Les gens qui vous sucrent l'oreille vous jettent des dragées comme à leur chien-chien et s'amusent que ce vil stratagème suffisent à faire tortiller l'interlocuteur qui ne sait plus comment se dépêtrer de compliments gluants qu'il sait par ailleurs être totalement inadéquats (chacun connaît son mérite). En vous flattant, ils stérilisent toute possibilité d'avoir un échange véritable, d'être concernés par ce que vous avez à dire, ou d'être amenés à parler de manière plus personnelle. Ce que vous êtes les indiffèrent, au pire pourrait constituer une menace. Alors tout sourire, ils vous flattent la croupe. Avec de tels individus, je n'ai qu'une recommandation à donner: RUEZ!
À la question du sens de la vie, ne surtout pas répondre par des idées, mais pointer du doigt ce qu'on aime.
«Si tu veux sauver ton âme, le moins de temps possible devant un écran tu passeras.»

-- Adage Sioux
Sioux - s'écrit toujours avec un X. On exclut donc qu'un jour un Siou ait pu être tranquille, seul, sur terre.
La mort étant l'horizon de tout, on peut comprendre l'acharnement que nous mettons à vouloir lui donner un avenir.
Certains ont une manière de fumer leur clope qui donne l'impression qu'ils subissent leur existence, qu'ils s'y ennuient à mourir.
Tracy Chapman, une voix qui me porte d'un pas balancé vers une joyeuse mélancolie.
J'ai compris comment procède mon médecin: par é-li-mi-na-tion, non pas des symptômes ou des maladies possibles, non, non, non, mais du patient lui-même. Il compte sur le fait que le malade qui vient à plusieurs reprises pour une question précise qu'il juge d'une importance sanitaire moindre finisse par:

- Se lasser de sa douleur.
- Renoncer à venir l'importuner.
- Décède.

Je ne désapprouve pas moi tout à fait cette manière de faire un peu rustique dans une société où le moi cotonneux triomphe.
Sa mère lui confia peut-être la chose la plus sincère de sa vie le jour où elle lui dit qu'il n'était pas son genre.
Celui qui se croit libre parce qu'il s'est libéré de tous les poncifs à encore du chemin à faire. Après avoir décapé l'évidence, il faut passer à l'obscur, c'est-à-dire soi-même, et là, c'est souvent du costaud.
Le jour où sa mère est décédée, ce qui l'étonna le plus, ce ne fut pas de ne plus avoir de mère, mais que cette femme avec laquelle il ne se reconnaissait aucun point commun, n'avait plus rien partager pendant un quart de siècle, ait pu être sa mère.
Film surréaliste, mais fantastique!


J'ai entendu la rose sur la table de travail pousser un soupir et relâcher ses pétales comme une paupière qui se ferme.
Allégresse vendredi dernier d'entendre à nouveau le chant des oiseaux, non plus le seul chant d'une sentinelle, mais des trilles groupés. Mes compagnons d'âme sont de retour.
Chose méprisable: les membres d'une famille ou les amis qui ressoudent leurs liens en faisant la peau à un ou des tiers qui leur servent d'exutoire, de support à toute la morve affective qui les pétrit. Ils jubilent de l'illusion de s'être retrouvés sur fond de couleur rouge sang haine, en les tailladant à vif. Et ils ne tarderont pas à s'écharper à leur tour.
Significatif qu'il n'y ait pas de masculin à ménagère. L'homme se fait ménager par sa Significatif qu'il n'y ait pas de masculin à ménagère. L'homme se fait ménager par sa ménagère. ménagère.
Ce matin, j'ai découvert à ma grande surprise dans la poche de ma jaquette un tube de colle qui ne m'appartient pas. Elle l'a discrètement glissé tandis que nous dînions chez son parrain. Ce petite geste plein d'enfance fait fondre le père de tendresse excessive.


Ce conflit en Syrie m'horrifie depuis le début en 2011. Je vis dans un monde où il est normal que des dizaines et des dizaines d'hommes et de femmes meurent chaque jour sans que personne ne fasse rien parce que c'est du sang qui ne vaut pas du pétrole ou de l'uranium et qu'à la table des négociations certains estiment que les choses vont se résoudre d'elles-mêmes.

J'admire celles et ceux qui ont le courage de donner à leur vie la hauteur d'un destin en allant porter secours sur place, malgré le danger, malgré la peur (les médecins sont torturés...). Même si eux ne cherchent pas à être admirés, car ils sont mus par un impératif, un appel intérieur auquel ils ne peuvent pas se dérober.

Et moi, si on me demandait demain d'accueillir deux enfants syriens le temps qu'ils trouvent une famille d'accueil, qu'est-ce que je ferais? Est-ce que je me confondrais en arguties pour expliquer que cela m'est difficile, vous comprenez, etc.? Ou bien est-ce que j'aurais le courage d'agir?

Voir le reportage de Temps Présent du 24 janvier 2013:
«Chacun suit sa pente, l’homme accompli en montant, l’homme fruste en la descendant.»

-- Confucius

Moi, évidemment, je la dévale.
Le silence des Chartreux tout à leur grand travail de n'être rien, de devenir transparent pour refléter l'amour et la joie.
La Bible, ce bon vieux gros livres qui brûle.
«Moine est celui qui est séparé de tout et uni à tous.»
-- Evagre le Pontique

Et,

«La vie du poète est celle de tous.»
-- Gérard de Nerval


Tu es en train de tricoter. Tu me prépares une écharpe qui ne me quittera pas de l’hiver. Je t’observe, et c’est avec émerveillement que je me découvre séduit par tes gestes simples, à mille lieues de tout érotisme. Tu me convies à un moment de paix et de tendresse. Tu dessines des boucles de laine avec habileté et rapidité. Cette image familière, tellement banale, me fait penser à nous et me donne profondément confiance. Un couple ne se bâtit pas sur de l’extraordinaire, mais bien au contraire sur des petits liens tissés au quotidien.

Paul Ricoeur et Frère Roger: une somme de bonté et d'intelligence hors du commun.


Rajoutez un je t'M à faille et vous faites une famille d'une faiblesse.
L’être humain étant naturellement doté d’une langue fourchue, il conquiert l’autre, la langue humaine, de haute lutte.
Le lien nous lie, ce qui peut nous effrayer, d’où notre goût immodéré des liens virtuels qui ne nous engagent pas au-delà de la surface lisse d’un écran plat. Autrui en mots et en images, mais surtout pas de chair.
C'est grâce aux faux pas que la bonne direction se trouve confirmée.
Commencé la lecture de Zorba le Grec de Kazantzakis. Je pressens que ce sera un de ces livres qui comptent dans une vie.
‎«Est mystique celui ou celle qui ne peut s’arrêter de marcher et qui, avec la certitude de ce qui lui manque, sait de chaque lieu et de chaque objet que ce n’est pas ça, qu’on ne peut résider ici ni se contenter de cela. Le désir crée un excès. Il excède, passe et perd les lieux. Il fait aller plus loin, ailleurs.»

-- Michel de Certeau
«L'étoile divine est intérieure et invisible ; elle éclaire l'âme du voyageur et non le chemin où il marche ; elle nous donne assez de foi pour aller au-delà de tout, mais elle ne dispense de rien.»

-- Gustave Thibon, L'ignorance étoilée
Dans le désert, n’y eût-il
qu’une seule goutte d’eau qui rêve tout bas,
n’y eût-il dans le désert
qu’une graine volante qui rêve tout haut,
c’est assez.

-- Aimé Césaire
Un seuil qu'on franchit pour la dernière fois, une porte qui se referme pour toujours, c'est toujours un peu soi qui finit, une page qui se tourne.
Encore et toujours dans le même café, je découvre que celui que je pensais être le patron ne l'est pas, mais que ce rôle est tenu par ce jeune homme plein d'allant qui entre en scène et va saluer chacun de ses collègues avec la fluidité d'une truite poussée par le courant des nombreuses affaires à régler. Au passage, il s'empare d'un geste leste d'une agrafeuse et va s'isoler à une table pour potasser un gros classeur. 

Etonnamment, le sous-chef ne fait plus aucune allusion à la demoiselle.
Toujours dans le même café, trois serveurs pour une petite quinzaine de tables et un nom qu'ils prononcent tous tous azimuts:

- Danilo! Danilo!

Danilo, dont j'ai deviné en le voyant sortir un instant de son antre, qu'il était le cuisinier, la pièce centrale de cette petite scène de théâtre quotidienne qu'est un café.

Et lui, Danilo, il a tout le monde derrière lui, même si on sent bien qu'il ne préférerait pas.
Le patron qui dit à son attrayante employée:

- Je ne peux pas être toujours derrière toi, même si ça ne me dérangerait pas.

Et ceci, sans se rendre compte - ou avec l'intention - d'être entendu de tous, et même des clients, dont moi. Qui en prend aussitôt bonne note.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a un certain flou dans leurs relations professionnelles qui, quand elles viennent à coller à l'épiderme du collègue, promettent de devenir vite très compliquées.
J'aimerais écrire comme Rachmaninov vocalise.
Ne rien faire, ne rien dire: un des principes de Lao Tseu. Un grand, beau principe contre lequel s'appuyer comme contre un arbre.
Celui qui sait faire face à une attaque, une irritation, une agression en la désarmant, à commencer par les attaques qu'on se fait à soi-même, à tout compris.
Ce qui compte, ce n'est pas de donner un avis de plus au milieu de milliards d'autres, mais de veiller sur cette petite flamme tout simple dont nous avons la charge et de la laisser rayonner. Tout le reste n'est qu'arguties.
Dire ou écrire «le but de la spiritualité est de...», c'est déjà desservir la spiritualité. Le but sied à tout ce qui est rentable et, là, précisément, ce n'est pas ce qui est recherché.
«La discipline, c'est d'aimer ce qu'on aime.»

- Georges Perros -

Il faudrait vivre avec cette phrase chevillée à l'âme, tatouée sur le cœur. Elle dit l'essentiel qui est de se donner entièrement pour ce qu'on aime, pour ceux qu'on aime et de ne pas perdre de temps avec l'accessoire qui nous détourne si souvent d'eux.
J'ai toujours trouvé que la tranche de mes livres était plus intéressante que ma tronche.
«Un amour qui n’a pas le sentiment d’être éternel n’a jamais commencé.»

- André Frossard -

Heureux celui qui ne pourrait pas dire s'il rencontre ou retrouve l'être aimé, et qui ne peut s'imaginer son amour au futur jouissant pleinement du présent.
Je n'ai pas les moyens de ma bibliothèque. Il me faudrait une belle maison, avec un cerisier au pied duquel venir lire en été.
‎«Chacun de nous naît avec une tâche solitaire à remplir et ceux qu'il rencontre l'aident à l'accomplir ou la lui rendent encore plus difficile : malheur à qui ne sait pas distinguer les uns des autres.»

- Christian Bobin -

Encore faut-il savoir quelle est cette tâche.
J'ai consenti à donné 500 livres afin de pouvoir m'acheter une nouvelle bibliothèque. Allez comprendre.
J'étais étonné de constater que le rayonnage de ce kiosque n'ait pas pris feu...


Pollueur payeur: expression bête et avilissante désignant une taxe visant à transférer le coût des entreprises qui ne font rien pour emballer leurs produits proprement sur le consommateur qui a la charge de les déballer. Désigne également les pays où le citoyen est obligé de peigner ses poubelles, de faire de la cosmétique des déchets quand il n'est pas invité à dénoncer ceux qui ont autre chose à faire.
«Rester ici sans autre responsabilité que l'accueil du quotidien comme don de Dieu.»

- Christian de Chergé -

Une belle, grande et forte phrase qui me nourrira toute la sainte journée.


«Sache souffrir. Mais ne dis rien qui puisse troubler la souffrance des autres.» (Léon-Paul Fargue)
On aimerait tant être sûr de voir l'être aimé de la manière la plus précise possible, sans les filtres de nos projections, nos attentes et nos désirs, le voir pleinement, rayonnant de sa pleine présence. Mais y parvient-on?
Oui, on peut vivre de sorte qu'on en vient à oublier jusqu'au sentiment de l'essentiel de notre vie, on en éprouve plus le besoin, quand bien même cet essentiel lui ne disparaît pas.
Il y a des morts bouleversantes d'autant plus qu'elle touche des êtres proches qui se sont battus toute leur vie pour tenter de se réconcilier avec eux-mêmes, pour trouver un peu d'une paix qui n'est jamais venue. Une vie de tourments.
Une personne qui m'était chère est partie, ou plutôt elle s'est éteinte comme si elle n'en pouvait plus des déchirements intimes qui l'assaillaient, ne lui laissant que de trop rares moments de sérénité. Alors sa vie s'est endormie, pour la laisser enfin en paix. Et je l'imagine maintenant heureuse, rayonnante de liberté et d'allégresse, déchargée du fardeau qui la meurtrissait. Elle, qui avait un don d'Enfance que j'ai rarement rencontré.
Au réveil, je conseille quelques pages du journal de Jules Renard pour allumer les lanternes intellectives.
C'est con la mort. Elle fait mal au vivant, et personne n'est jamais venu nous expliquer pourquoi.
« Je me moque de savoir beaucoup de choses : je veux savoir des choses que j'aime.»

-- Jules Renard, un ami que j'ai
Le quotidien est une convocation à comparaître.
J'ai fait ma liste de résolutions 2013 plus tôt cette année, afin de pouvoir allégrement la piétiner en me jurant de n'en tenir aucune. En fait, je n’ai pas fait une liste: j’en ai fait une dizaine, histoire de m’amuser à projeter des portraits de ma petite personne auréolés de vertus diverses et variées par-dessus le mur de la nouvelle année, conscient qu’ils se désagrégeront en moins de temps qu’il ne faut pour les écrire sitôt qu’auront retenti les douze coups de minuit.

«La clarté ne naît pas de ce qu'on imagine le clair, mais de ce qu'on prend conscience de l'obscur.» (Carl Gustav Jung)
Le 1er janvier est une leçon d’humilité, un retour au bas de l’échelle calendaire au sommet de laquelle nous venions d’arriver.
Des buts, se fixer des buts comme des mousquetons sur le calendrier, comme un filet jeté sur les 365 jours à venir pour ne pas patiner sur le grand planning vitrifié de la nouvelle année. Parce que nous ne pouvons pas rester là, en attendant le 1er janvier prochain, même s’ils se ressemblent tous. Et finalement, c’est une bonne chose de se sentir contraint à une certaine productivité dont nous tirons avant tout une satisfaction personnelle, et le plaisir d’être dans le coup, d’avoir aussi quelque chose à raconter, de montrer que nous avançons. Vers quoi? La grande affaire! Mais nous avançons. Chacun aura sa propre unité de mesure pour faire sa pesée de l’année prochaine et évaluer sa valeur. Le séducteur comptera en nombre de conquêtes à faire, l’anxieux en nombre d’angoisses surmontées, le cupide en argent gagné, le lecteur en livres lus, l’ambitieux en projets menés, l’écrivain en pages écrites, le paresseux en vaisselles pas faites, l'inspiré en siestes accomplies, et ainsi de suite. Chacun aspirera à ses victoires annuelles, ses rencontres, ses surprises, ses échecs.
Jésus était jeune. Ce n'était pas un vieux sage barbu, il était dans la pleine force de l'âge. Ce n'est pas anodin.
Il y a le gagnant qui vous dira qu'il recommence l’année sur les chapeaux de roue, histoire d’impressionner le piéton. Lui, il en redemande, il remonte sur le ring, il sautille déjà et se fait rebondir dans les cordes. C’est un conquérant. Il y a le forçat pour qui c’est reparti pour un tour. Lui vous dira que ça va comme un lundi, quand bien même nous serons mardi. Il y a le dépressif qui se ronge à l’idée qu'il ne sera pas absous de ses humeurs noires au jours de l’an. Il y a le contemplatif qui examinera la composition de la jointure entre l’année écoulée et celle à venir, et qui n’y verra qu'une mise en scène des heures et des jours. Pourtant, la nouvelle année nous donne toujours un peu le sentiment de repartir à zéro, quand bien même nous ne faisons que continuer:

- Cette année, vraiment, je vais... Faire du jogging, perdre du poids, rencontrer le prince charmant, écrire un livre, déménager...

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?