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Il me suffit de penser à une lampe pour qu'elle s'allume dans mon souvenir. Ma mémoire est faite de pièces sombres que je peux décider d'éclairer, personne ne peut m'en empêcher.
Chaque matin, à l'école, nous étions obligés le Notre Père, et le Je vous salue Marie debout, avant de commencer les cours. Je venais d'une école publique, de quartier, et je devais avoir 8 ans. Je me souviens très nettement du sentiment d'étrangeté que j'éprouvais en récitant ces prières. Je ne me sentais pas concerné. On n'avait d'ailleurs jamais pris la peine de m'expliquer pourquoi je devais les réciter - vu qu'il s'agissait de Dieu, on n'allait pas encore lui demander de s'expliquer. Ce fut une première tentative d'endoctrinement qui explique peut-être la difficulté que j'éprouve face à l'autorité sourde, celle qui s'impose sans prouver, celle qui somme de faire sans engager l'être - le flic qui vous demande vos papiers sans raison, juste pour le plaisir d'exercer son pouvoir. Je ne l'avais bien entendu pas perçu comme tel, enfant. Mais je me souviens bien de ce que je ressentais, de cette impression chaque matin d'assister à un rituel comme on arrive à une fête par erreur. Il me reste nettement le sentiment qu'on me forçait la main et que quelques exercices physiques ou de respiration abdominale eussent été bien mille fois plus appropriés pour un enfant. Alors, chaque matin, je récitais ma fable sans savoir pourquoi. Etonné qu'on me fasse prier un autre père alors que j'en avais déjà un, qui s'occupait de moi. Et je ne comprenais pas pourquoi j'étais un pauvre pécheur. Certes, j'étais régulièrement avant-dernier de classe, mais je ne devais pas tant progresser toutes les années où je récitais ces prières. Et je devais découvrir ma profonde aversion pour le groupe, le groupe soumis à un mentor qui lui dicte sa conduite. Ce qui devait me faire quitter sur-le-champ un spectacle de Michel Boujenah ou ce dernier demandait au public de dire en chœur que je ne sais plus quelle émission télévisée était un épouvantable navet. Et le public de répéter. Et moi d'avoir très peur face à ce phénomène ou le singulier s'efface, abdique toute forme de volonté face à un autre qui lui dit ce qu'il doit faire, dût-t-il être un comique.
Un souvenir de catéchisme à l'école catholique à laquelle j'allais enfant: Père Colomb qui nous apprenait à gratter une allumette autour de la table de la petite bibliothèque dont je dévorais tous les volumes de la fameuse bibliothèque rose. Souvenir risible pourrait-on croire. Et pourtant, apprendre à allumer un feu, si ce n'est pas un des premiers pas humains d'importance!

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?