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À l'heure des charniers, Matisse continue à peindre des fleurs. Mais y avait-il autre chose à faire? 
La première fois que je l’ai vue, c’était sur ce tableau de John Singer Sargent, à la Fondation Beyeler. Elle traversait cette ruelle. C’était une fin de journée de septembre. Rien ne m’avait préparé à la fulgurance de cette rencontre. Lorsque je l’ai aperçue, le temps s’est mis en suspension, l’espace s’est aboli, j’étais entièrement captif de ce face à face avec elle qui n’en finissait pas de s’apprêter à me dépasser. Sa présence discrète, ponctuée d’une grosse fleur rouge dans les cheveux, me ravissait. Et, sans que je parvienne encore aujourd’hui à m’expliquer pourquoi, je fus saisi d’un impérieux besoin de l’aborder. Je voulais qu’elle sache qu’elle était pour moi la passante selon mon cœur.

Cette naissance de Vénus de Cabanel illustre à merveille le ravissement suscité par la femme convoitée, perlée de sensualité, étendue sur la vague d'un ardent désir, émoustillante. Un instant qui, comme le suggère les angelots, a le goût du jeu, de la découverte, d'un délicieux abandon.


Lorsque je regarde le lac Léman qui se pastellise en fin de journée, je ne sais plus si je regarde un tableau de Ferdinand Hodler ou un paysage.
Belle image trouvée dans les chroniques de Jon Fergusson, où il compare les couleurs des maillots de deux équipes de sport et les couleurs des tableaux de Miró. Dans le sport, les couleurs sont dissociées et s'affrontent, tandis que chez Mirò elles s'allient et dansent ensemble.
J'ai mis du temps à comprendre tout l'intérêt que je pouvais tirer d'un tableau que je n'aimais pas, qui m'offre de confronter mes goûts au lieu de les conforter, qui me force à réagir en exprimant ce qui me déplaît. Ce qui est aussi une manière de m'ouvrir à quelque chose de différent, que je rejette de prime abord, mais qui pourra me faire découvrir d'autres chemins que ceux que j'emprunte familièrement. Et préciser ce qui vient me déranger dans une œuvre, c'est aussi une manière d'approfondir et de fortifier ma relation aux choses que j'aime, de mieux comprendre et sentir pourquoi j'y tiens tant, pourquoi je m'appuie sur elles plutôt que sur d'autres.
La technologie nous permet de nous approcher au plus près du mouvement que fit le pinceau de l'artiste. Une merveille!
Monsieur Degas a dû aimer les femmes avec une rare clairvoyance pour parvenir à peindre avec autant de justesse leurs gestes les plus intimes et les plus simples. Regardez bien cette femme qui se coiffe. Toutes les femmes se coiffent ainsi, en dégagent leur nuque sous le mouvement du peigne. Mais quel regard, quelle sensibilité il faut pour rendre compte avec autant de précision d'un geste aussi singulièrement féminin. En contemplant ce tableau, je vois toutes les femmes du monde en train de se coiffer. Degas a su pénétrer un univers qui n'était pas celui de son sexe. Il a rendu sensible le verbe «se coiffer». Le mouvement du bras est exact. Le dos se redresse pour faire contrepoids à la main qui tire sur les cheveux. Le muscle de l'épaule est saillant. Les heures passées à peindre des ballerines lui ont permis d'affiner son regard, de saisir la grâce des mouvements du corps dansé. Oui, il nous fait entrer dans l'intimité du monde féminin. Tout ceci a l'air très simple, anodin, routinier. Et pourtant, imaginez vouloir rendre avec autant de tact et de simplicité le tableau d'une femme qui se coiffe. Degas m'offre d'entrevoir à la dérobée l'atelier de la féminité en mouvement. Là, sans s'en rendre compte, elles répètent des gestes immémoriaux qui pourraient nous conduire à la source de la première femme qui a forgé le verbe «se coiffer». Et c'est précisément parce qu'elles ne sont pas conscientes de ce geste qu'il est si beau.

Degas, jeune femme se coiffant
- Une noix de coco peinte par Cézanne est plus réelle qu'une vraie noix de coco!
- Mais... Cézanne n'a jamais peint de noix de coco...
- Vous en êtes sûr? Et quand bien même? Lorsque je vois ses poires, si savoureuses, je doute que c'est une noix de coco qui l'aurait arrêté!
J'ai toujours trouvé que la laitière de Vermeer avait un front anormalement grand.

Le baiser de Klimt: quand je regarde bien le gaillard qui embrasse la demoiselle, et que j'imagine la tête qu'il aurait s'il venait à se tourner vers moi, je prends peur. Et ces paluches monstrueuses tandis qu'on ne sait pas si les doigts de la jeune fille se contorsionnent pendant qu'il l'étouffe.

Depuis que j'ai revu les ailes des anges de Fra Angelico, elles battent continuellement sous mes paupières.
Mais pourquoi Klimt, dans son baiser, a-t-il peint un gaillard aussi rapacement laid?

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?