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| Magnifique Pierre Bonnard |
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La première fois que je l’ai vue, c’était sur ce tableau de John Singer Sargent, à la Fondation Beyeler. Elle traversait cette ruelle. C’était une fin de journée de septembre. Rien ne m’avait préparé à la fulgurance de cette rencontre. Lorsque je l’ai aperçue, le temps s’est mis en suspension, l’espace s’est aboli, j’étais entièrement captif de ce face à face avec elle qui n’en finissait pas de s’apprêter à me dépasser. Sa présence discrète, ponctuée d’une grosse fleur rouge dans les cheveux, me ravissait. Et, sans que je parvienne encore aujourd’hui à m’expliquer pourquoi, je fus saisi d’un impérieux besoin de l’aborder. Je voulais qu’elle sache qu’elle était pour moi la passante selon mon cœur.
J'ai mis du temps à comprendre tout l'intérêt que je pouvais tirer d'un tableau que je n'aimais pas, qui m'offre de confronter mes goûts au lieu de les conforter, qui me force à réagir en exprimant ce qui me déplaît. Ce qui est aussi une manière de m'ouvrir à quelque chose de différent, que je rejette de prime abord, mais qui pourra me faire découvrir d'autres chemins que ceux que j'emprunte familièrement. Et préciser ce qui vient me déranger dans une œuvre, c'est aussi une manière d'approfondir et de fortifier ma relation aux choses que j'aime, de mieux comprendre et sentir pourquoi j'y tiens tant, pourquoi je m'appuie sur elles plutôt que sur d'autres.
La technologie nous permet de nous approcher au plus près du mouvement que fit le pinceau de l'artiste. Une merveille!
Monsieur Degas a dû aimer les femmes avec une rare clairvoyance pour parvenir à peindre avec autant de justesse leurs gestes les plus intimes et les plus simples. Regardez bien cette femme qui se coiffe. Toutes les femmes se coiffent ainsi, en dégagent leur nuque sous le mouvement du peigne. Mais quel regard, quelle sensibilité il faut pour rendre compte avec autant de précision d'un geste aussi singulièrement féminin. En contemplant ce tableau, je vois toutes les femmes du monde en train de se coiffer. Degas a su pénétrer un univers qui n'était pas celui de son sexe. Il a rendu sensible le verbe «se coiffer». Le mouvement du bras est exact. Le dos se redresse pour faire contrepoids à la main qui tire sur les cheveux. Le muscle de l'épaule est saillant. Les heures passées à peindre des ballerines lui ont permis d'affiner son regard, de saisir la grâce des mouvements du corps dansé. Oui, il nous fait entrer dans l'intimité du monde féminin. Tout ceci a l'air très simple, anodin, routinier. Et pourtant, imaginez vouloir rendre avec autant de tact et de simplicité le tableau d'une femme qui se coiffe. Degas m'offre d'entrevoir à la dérobée l'atelier de la féminité en mouvement. Là, sans s'en rendre compte, elles répètent des gestes immémoriaux qui pourraient nous conduire à la source de la première femme qui a forgé le verbe «se coiffer». Et c'est précisément parce qu'elles ne sont pas conscientes de ce geste qu'il est si beau.
Degas, jeune femme se coiffant
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...




