«Le suprême effort de l'écrivain comme de l'artiste n'aboutit qu'à soulever partiellement pour nous le voile de laideur et d'insignifiance qui nous laisse incurieux devant l'univers.» (Marcel Proust)
J'ai déjà relevé cette citation qui me touche particulièrement parce qu'elle exprime la limite de tout travail d'écriture. Ecrire, c'est susciter, suggérer, et puis ensuite, il convient de faire silence, de ne surtout pas tout dire, ce serait fatal. Il y a un bout de chemin, que l'écrivain connaît, et souvent même fort bien, mais il ne peut cependant pas faire l'économie à son lecteur de ces quelques pas qui le mèneront à une révélation, à plus de compréhension ou de lumière.
«La lecture est au seuil de la vie spirituelle; elle peut nous y introduire: elle ne la constitue pas.» (Marcel Proust)
Prétendre le contraire serait mentir, même si, avec beaucoup de bonne volonté, on aimerait aider le lecteur à franchir le gué - on reconnaît facilement ces textes qui aimeraient porter leur lecteur, ils s'amollissent à force de vouloir convaincre, sentir ou penser à la place du lecteur - on tombe dans les bons sentiments. C'est la voix douloureuse de l'aimant qui n'arrive plus à se faire entendre de son amour, et plus il en rajoute, moins il y parvient, plus les portes d'un possible se ferment. Ne nous leurrons Il y a des expériences que nous sommes seuls à pouvoir faire.