J'estime être un intime de Jules Renard du point de vue de ... la paresse.
Le poète n'est pas fait pour survivre dans un environnement myologique, sauf René Char, peut-être, et Brassens, parce qu'ils ont des tailles de gorille.
Heureusement qu'il y a des femmes pour qui les abdos en tablette de chocolat ne sont pas assez nourrissants, sinon j'étais perdu.
Prenant le contrepied de Ronsard, je savais que je serais l'amant du temps d'après.
Certaines choses, une fois sue, abolissent notre confort qui ne nous est plus d'aucun réconfort. Nous sommes sommés d'aller de l'avant.
- Non, non, je t'assure, les films pornographiques ne font pas une large place à l'intimité.
Jérémie, le prophète, n'est pas un brillant polytechnicien ni un rhéteur-frimeur, mais un homme qui supplie Dieu de faire passer cette coupe loin de lui car il ne sait pas... parler.
Ces crétins, au bord du lac, qui non content d'avoir pêché deux poissons pour les suspendre à un arbre dans un sac en plastique rempli d'eau, ont quitté la plage, ivres en les oubliant là. Ils ont tournés toute la nuit dans cette petite poche éclairée par un filet de lune, victimes de l'incommensurable idiotie du joyau de la création.
Il est impérieux de saisir certaines images sur-le-champ, vivantes, pendant que le pouls de l'émotion bat encore.
En amour, comme en amitié, la durée n'est pas un présent, mais réussir à construire ensemble, quel cadeau!
L'infidélité est une fraise qui mûrit sur le fumier des couples en  décomposition.
"Combien il est de choses qu’on juge impossibles, jusqu’au jour où elles se trouvent faites." (Pline, Hist. nat., VII, 1.)
Arlette, 7 ans:

- Quand il n'y aura plus de pétrole, il n'y a qu'à en prendre un autre [pétrole].
J'ai retrouvé les photos de Benoît Lange comme on se souvient soudainement qu'on avait oublié un trésor.
On m'a offert la Bible d'une vieille Dame que j'ai bien connu et j'aime promener mes doigts sur les pages jaunies, chercher des filons de joie ou de réconfort là où peut-être, elle aussi, les cherchait.
Le cauchemar des tags que j'ai choisi pour les merlinades et qui se propagent la rouille sur une vieille bagnole. Je n'avais qu'à y réfléchir avant, oui, seulement voilà, avant, je n'y avais pas pensé...
Sa foi pesait le poids de sa bibliothèque. Tout allait bien. Il ne risquait pas de s'élever.
Quand je vois comme ce seul carré de chocolat noir au piment rouge a fondu sur ma langue en s'étirant délicieusement sur mes papilles, les tapotant comme les olives sur les cordes d'un piano, en prenant langoureusement tout son temps, oubliant même qu'il eût convenu de cesser me trémousser si longuement, revenant brutalement à lui pour me planter une dernière pic comme le matador dans le cou du taureau avant de me lancer un Ciao bello du fond du palais qu'il s'apprête à quitter, je me demande comment j'ai pu croire un seul instant que j'éprouverais un quelconque plaisir à me décharger une plaque entière au fond de la bidoche, comme un camion les poubelles le lundi matin. Et ce qui m'inquiète, c'est qu'il y a tant d'autres choses envers lesquelles je dois avoir la même négligence.
Joli mot que celui de bibliodiversité.
Merveilleux Jacques Ellul: "J'ai participé à la résistance, un peu."
"Je suis parlé..." Fichtre, je m'en vais te le fiche dehors tout de go celui qui prétend "se parler" à ma place.
J'ai enfin compris que celui qui se procure un animal pour l'engraisser et le manger le respecte bien plus que celui qui l'achète au rayon des surgelés d'un supermarché.
La lignée des bipèdes aboutit au main libre.
- Mais tout de même, pour votre culture personnelle, vous ne pouvez pas ignorer cela...

Précisément, surtout si c'est pour ma culture personnelle, je me dois de l'ignorer, afin de ne pas m'encombrer.
J'ai recueilli toute une pile de petits agendas d'une vieille Dame maintenant partie. Il y en a de toutes les sortes, de toutes les couleurs, et lorsque je les empile les uns sur les autres, j'ai l'impression que chacun d'entre eux constitue une vertèbre de la colonne vertébrale d'un temps révolu.
Evelyne, 6 ans, en train de manger du poulet:

- Il n'y a pas d'assiette pour les osseries?
Jean Follain parle d'un "monde touffu". Pas d'un monde compliqué, mais d'un monde touffu, ce qui rend compte de sa densité, de son épaisseur, de sa complexité, au sein de laquelle on peut s'engager, et qui explique qu'on puisse en revenir hirsute.
Une des grandes leçons de la Bible, c'est de se méfier de tout ce qui se tortille. Ces convulsions frétillantes signalent qu'il y a anguille sous roche, et les anguilles, c'est bon dans une soupe, mais pas dans nos affaires courantes.
Tout texte qui me parle de la vie contemplative en me listant des arguments à grand renfort de listes à puces me semble suspect.
Si je devais tenter d'expliquer la tendresse à un enfant, je lui parlerais du goûter qu'il mange à la récréation, de la personne qui le lui a préparé, qui l'a peut-être fait maison, qui a pris le soin de l'emballer et de le mettre dans son sac.
De la chance inouïe d'avoir quelqu'un a qui on peut manquer quelque part.
La saga familiale de Henri Troyat, Les semailles et les moissons, raconte l'existence ordinaire d'une famille française du début du XXe siècle, à travers les destinées de deux héroïnes: Amélie et Elisabeth, sa fille. L'auteur restitue avec talent l'atmosphère d'une époque, grâce un fourmillement de petits détails réalistes. ... [+]

Les semailles et les moissons - Henri Troyat


We are such stuff
As dreams are made on; and our little life
Is rounded with a sleep.
(Shakespeare, The Tempest)


La saga familiale de Henri Troyat, Les semailles et les moissons, raconte l'existence ordinaire d'une famille française du début du XXe siècle, à travers les destinées de deux héroïnes: Amélie et Elisabeth, sa fille. L'auteur restitue avec talent l'atmosphère d'une époque, grâce un fourmillement de petits détails réalistes. On y est: le village de la Chapelle-au-bois et la forge du maréchal-ferrant Jérôme, le père d'Amélie - l'odeur de la corne de sabot brûlée; le Paris d'avant-guerre, avec ses calèches; le café Le Cycliste couronné dont le jeune couple, Amélie et Pierre, deviendra propriétaire - avec sa clientèle d'habitués, comme l'équipe des gaillardes lavandières du mardi; l'attente à l'arrière durant la Première Guerre mondiale - les courriers reçus avec angoisse, les tentatives pour se rejoindre sur le front; le pensionnat religieux de Mlle Quercy - les premiers questionnements d'Elisabeth sur la mort suite à la perte de sa camarade de classe, Françoise, et de la petite grive retrouvée morte; les cousins instituteurs - une famille d'enseignants de province, laïques, passionnés de pédagogie. Troyat compose son récit à partir de ce qu'il y a de plus familier. On participe au quotidien de la famille Aubernat-Mazalaigue au jour le jour, dans ce qu'il a de plus banal, usuel, coutumier. Les questions que se posent les personnages, leurs préoccupations concrètes, sont celles de tout chacun: le repas du soir, le choix d'une robe, la recherche d'un métier, mariages et enterrements, les coups durs de la guerre, l'éducation d'un enfant, la découverte de l'amour. Troyat se refuse à l'extraordinaire alors que lui-même a si bien su nous le conter. Pensons à ses biographies de Pierre le Grand, Ivan le Terrible, Tolstoï, Dostoievski ou encore Verlaine. Le rabelaisien, l'hugolien ne lui sont pas étrangers. Cet homme connaît la complexité de l'âme humaine, la splendeur et la déchéance qui peuvent se mêler dans un même cœur. Je trouve même extraordinaire d'avoir réussi à faire un récit aussi peu spectaculaire, qui s'attache à décrire ce qui nous est le plus familier, le plus proche.

J'ai englouti les centaines de pages de ce livre, comme on dévorerait les kilomètres sur une autoroute la nuit, avec, au fil des jours, ce plaisir de savoir que j'aurais des heures heureuses, pas très compliquées, ce roman n'étant pas foudroyant, mais douces. C'est un des grands bonheurs de la lecture de nous permettre de vivre avec, de se prolonger au-delà de soi-même par un surplus de réalité, de vivre à d'autres époques, dans d'autres lieux, d'être confronté à des situations inédites. Lire, c'est s'augmenter. Avec Les semailles et les moissons, je me suis souvenu de l'odeur de la corne brûlée, j'étais assis dans la forge de Jérôme Aubernat, j'ai partagé quelques heures de son travail. Je me suis retrouvé avec Elisabeth sur les bancs d'école de Mlle Quercy ou de l'oncle Julien, me remémorant la lumière printanière qui éclairait la grande salle d'études surveillées de mon enfance. J'ai frémi en imaginant que je n'aurais peut-être pas su résister à une passion destructrice comme celle qu'elle vit avec le séducteur-esthète Christian Walter. Je me suis accoudé au bar du café Cristal, l'autre café des Mazalaigue, en me rappelant à mon tour d'un certain café algérien à Genève, "Chez Saïd", où, adolescent, j'ai rencontré un scribe, cher entre tous, Georges Haldas. La littérature est un pétrin dans lequel on se mélange pour enrichir nos saveurs et nos savoirs. Ils vont s'incorporer à notre propre essence, se digérer et se métaboliser - le plaisir de lire se charge de tout le processus. Le roman, la poésie nous éprouve bien avant de nous donner à penser. La lecture est organique, elle est une faculté vitale - qui a malheureusement tendance à s'altérer dans notre société de la dispersion, avec les réseaux sociaux et autres ennemis probables du temps intime, du rapprochement de soi. Quand je lis, j'écris l'histoire une nouvelle fois, je la tresse autour de mon vécu et surtout ma sensibilité. Dans son roman, l'écrivain n'aura pas besoin de m'en dire trop, je lui sais même gré qu'il ne m'en dise pas trop. J'imaginerai à ma guise que cette héroïne est blonde ou la forme des lettres d'or de l'enseigne d'un restaurant, l'atmosphère qui règne dans cette petite chambre proprette où les amoureux se retrouvent pendant une trêve sur le front. Un des dons de la littérature consiste à mettre en branle notre grande machine à sentir pour nous souvenir, pour extraire et partager nos propres histoires, découpées dans le tissu de notre vie qui contient toujours un bout de celle de tous. Et, pourquoi ne pas se mettre à raconter à notre tour, avec les moyens du bord? Peu importe que ce soit fait de bric et de broc. Penser que notre petite histoire n'intéresse personne, c'est gravement se fourvoyer - j'irai même jusqu'à dire que, parfois, c'est une lâcheté, une solution de facilité pour s'effacer, se nier, se dévaloriser. Ce qui compte, c'est de broder un bout de soi sur la grande tapisserie des travaux et des jours, des douleurs et des joies. Ce qui compte, c'est de ne pas laisser passer en vain.




On arrive déjà à la fin du mois de juin. Il va falloir que je pense à préparer mes invitations pour la Saint Sylvestre.
Bach: a eu beaucoup d'enfants, ce qui prouve que la paternité et la musique peuvent aller de concert.
Satie = gymnopédies + embryon désséché + avait un piano chez lui mais le mettait clavier face au mur + se serait fait tordre le bras par Jacques Maritain à la fin de sa vie.
On ne rencontre le grand amour qu'une fois dans sa vie.

- "Mais comment peut-on être sûr que c'est lui", demanda-t-il.
"Je préfèrerai qu'on me tire une balle dans la tête plutôt qu'on me plaigne", aimait-il à répéter. Et son entourage de s'en émouvoir, qui est une autre manière de le plaindre.
Une définition de la religion: s'abandonner au meilleur de soi.
Simon, 6 ans: "Le féminin de coquelicot, c'est coquelicote?"
Apprendre à écrire et surtout à développer un style demande impérativement de faire ses gammes, encore et encore et encore, chaque jour.
Le grognement goinfre du bouledogue se régalant équivaut à une séance de relaxation.
Ses parents lui répétaient sans cesse: "Lit". Alors il allait se coucher.
Parfois je parle fort à mon chien, en articulant bien chaque son, comme si c'était une personne âgée, très sourde, qui serait tout de même encore susceptible de me comprendre.
J'écris pour me suivre et si au jour le jour j'ai l'impression parfois de me répéter, avec le temps je me rends compte que j'ai parcouru du chemin.
Parfois je me demande si je fais exprès d'ignorer où se trouve la clarté en moi.
Graffiti lu sur le mur d'une gare: "You're my pine up!" Je me suis demandé pendant un instant si c'était une faute d'orthographe.
Séraphin, 5 ans: "Mais alors, un poirier poirit?"
Il est fort dommage que nos programmes télévisés n'intègre pas dans sa grille horaire des informations aussi importantes que: jour de lune, lever du soleil, cerises mûres.
Il allait se coucher tôt, manquant du coup toutes les séries télévisées, pour être au premier rang lors du lever du jour.
L'aube est rose et or. Je l'ai déjà écrit. Je l'écrirai encore des centaines de fois, tant c'est merveilleux que la teinte d'un début de journée puisse être si douce.
"De vive-voix" dit-on. J'émets quelques doutes quand à la fraîcheur de cette voix.
A la manière courtoise, les monstres en moins...

Je serai chaste
Tout le jour
Et la course du soleil
Echauffera mon désir de toi
Jusqu'au soir venu
Où je t'offrirai
La récolte d'amour
Qui en toi seule
Peut fleurir.
"Lao Dan valorisait la faiblesse", résume le Lüshi Chunqiu. Jésus ne fait pas autre chose.
Un homme écrit pendant quatre ans un livre sur Facebook et au moment où il le sort, il dit que c'est une révolution, il compare son fondateur, Montagne de Sucre, à Bill Gates, il dit que c'est une révolution. Evidemment. Il n'a pas autant travailler pour dire que somme toute, Facebook, ce sont trois malheureux isolés dans la facebook.
"Mais tu vois, me disait-il, les choses sont pourtant simples, si tu fais comme je veux."
J'aime lire un roman de plusieurs centaines de pages comme on engloutit les kilomètres sur une autoroute la nuit.
Les semailles et les moissons - Malgré le fait que j'aie apprécié cette saga familiale, je n'ai pas ri en plus de 2000 pages. C'est tout de même étonnant.
Découverte du jour: Biréli Lagrène. Les notes s'arabesquent sur sa guitare comme des moineaux joyeux. Avec Django, tout proche.
Le bouledogue a une trompette dans sa truffe.
Ai-je suffisamment libéré de sauvagerie pour me traverser vers mon or intime?
Ça ne s'annonçait déjà pas très bien lorsque j'ai entendu qu'il était bardé de diplômes et de prix. Et ça n'a fait que se confirmer lorsqu'il s'est mis à parler pédagogiquement de l'accomplissement de soi, de l'épanouissement personnel.
Il aurait bien aimé être un grand pécheur, à ma manière de Saint Augustin, de Tolstoï, mais il ne savait pas trop comment si prendre.
Jeanne, 8 ans, observant un champ clairsemé de coquelicots:

- Il a la scarlatine?
Vagues de blé formées par le vent sur un champ qui s'étend à perte de vue. La force de la terre qui donne me met en respect.
Que devient un jouer de football qui n'a pas de but?
Quel peut bien être le quotidien d'un goûteur de parmesan?
"Comment devenir fin sans devenir fou." (San Severino) Comme c'est vrai.
Découverte du jour: San Severino, Le tango des gens, conseillé par le facteur, lui-même contrebassiste valdo-manouche, alors qu'il poursuit sa tournée.
Mon voisin m'invite à regarder le prochain match de football avec lui, non sans me dire auparavant qu'un ami à lui qui était venu faire de même est décédé le lendemain. Du coup, j'hésite.
"Les paroles sincères ne sont pas élégantes. Les paroles élégantes ne sont pas sincères." (Le Tao)

Ce qui me fait penser à Freud: "La vérité n'a pas à être belle."
"Les choses les plus grandes du monde ont nécessairement commencée à être petites. Le Saint ne cherche pas à faire de grandes choses et c'est pour ça qu'il parvient à faire de grandes choses." (Le Tao)
"Celui qui sait se suffire est toujours content de son sort." (Le Tao)
Le danger avec les esthètes, c'est qu'ils ne nouent pas de rapports, mais disposent des êtres comme des objets qui s'intègrent dans leur univers mental. Ils évitent les fautes dites de goût.
Vision extatique de la vie: tout est génial, tout se vaut, rien est grave. Terrible.
"Il fait ses expériences...", dit-on souvent d'un adolescent qui s'éprouve. Bien. Mais jusqu'où faut-il le laisser aller avant de lui faire faire une expérience tout aussi salutaire pour son propre développement: celle de ses limites.
Décaler de quelques millimètres vos doigts sur le clavier, et votre texte ne veut plus rien dire, la mélodie est inaudible.
"On est vaincu que lorsqu'on s'avoue vaincu." (Maréchal Foch)

Qui fait écho à Nazim Hikmet: "Etre captif, là n'est pas la question, il s'agit de ne pas se rendre."
"La conscience n'est rien d'autre que le penchant prononcé de notre cerveau en faveur de ce qui est stable, continu, raisonnable et racontable." (Nancy Huston, L'espèce fabulatrice).

Pas mal.
Peut-être pire que le tourisme culturel: le tourisme spirituel.
Société de la dispersion: on se divertit avec tout, on n'entre en relation avec rien.
J'ai fait fortune à dix ans, quand ma mère ma transmis son goût de la lecture.
Est-on condamné au sien? Oui.
Pour qui n'aurait pas le temps, j'aurais conseillé de lire Bobin et Guillevic, parce que c'est direct et essentiel. Mais en écrivant cela, je réalise bien que d'accéder à ces clairières nécessite pas mal de détours.
La lumière
N'épargne pas.

Guillevic
Tu veux trouver ta voie? Arrête de vouloir.
Il avait la culture façon "question pour un champion": sportive.
Le silence vu par la religion est une source de fraîcheur, par la psychologie, un rideau derrière lequel se cache un drame.
Quelqu'un qui aurait appris à écrire sur un clavier saurait-il écrire à la main? Sa pensée se structure-t-elle la même chose?
Bonne question des Blérots de R.A.V.E.L: si on naît avec trois jours de retard, est-ce qu'on a pris du retard?
Qu'on me dise qu'on aime bien mes petits papiers, ça me papillonne - c'est du soleil. Qu'on vienne à me dire que c'est bien, je (ne) réponds (pas) que je n'y peux que pouic - c'est pas mal.
"L'imposteur défend l'imposture comme ça vie, parce qu'elle est sa vie." (Bernanos, Les enfants humiliés)
Comme elle ne savait jamais si on lui parlait sérieusement, elle demandait à tout va: "Pour de bon?"
Je me suis trop souvent rassuré d'un échec en me disant que j'avais sûrement raison, alors qu'il s'agissait d'arracher la conviction de mon auditoire!
J'ai pour mission d'exaucer un rêve né avec moi.
L'autre jour je faisais une sieste tandis que se jouait le premier match de coupe du monde de mon pays. Lorsqu'il  y eut un goal, je ne pus deviner, depuis ma couche qui avait marqué, car les supporters heureux vociféraient leurs joies en émettant des cris qui n'avaient pas de colorations nationales.
Qu'est-ce qui me tient en joie? Voilà la grande question, à partir de laquelle on peut commencer à travailler?
Le quotidien est la plus belle chose qui me soit arrivée.
Je suis un amoureux transi du quotidien.
"Il n'est pas besoin de beaucoup toucher le ballon pour marquer un goal." (Proverbe d'Uli, le paysan suisse)
La jeune femme qui se croit fatale alors que sa beauté doit tout à sa jeunesse et si la dynamo intérieure ne prend pas le relais tout soudain, ça va très rapidement se remarquer.
Il avait des fourres de duvet carmin afin que sa bien-aimée puisse s'enrouler dans un pétale de rose.
J'ai bien vu le séquoia du jardin avaler gober le pigeon, puis j'ai entendu un ramdam de battements d'ailes alors que des branches s'agitaient puis, plus rien. Si on m'avait dit qu'il existe des arbres carnivores.
La littérature ne peut rien, ne doit rien, ne sert à rien, c'est pour ça qu'elle est indispensable. (Cette merlinade est adolescente, j'en  conviens, mais justifie-t-on pourquoi on respire. On peut le faire, mais c'est du temps perdu. Mieux vaut respirer amplement.)
Interview Roger Pol Droit sur son livre sur l'éthique. Je suis étonné lorsqu'il affirme que, si une thérapie pour sauver une personne coûte le même prix qu'une thérapie qui peut en sauver 100'000 personnes, alors, il faut sauver les 100'000, aussi dur cela soit-il pour celui qui reste sur le carreau. Je ne suis pas chercheur au CNRS, mais enfin, intuitivement, je me demande s'il ne prend pas le problème un peu rapidement en posant déjà comme acquis que la question de la santé d'un être humain doit être abordée sous un angle économique. Toutes les réalités humaines doivent-elles être prise par le petit bout de la lorgnette? Et au point de vue éthique - pour le peu que je comprends à ce mot - je pense qu'il y aurait pas mal d'autres domaines de la vie économique qui pourraient être revus avant qu'on en arrive à faire un ratio quantitatif que je trouve naturel, mais très peu humain.

Au lieu de dire "je gère", dire "je lâche". On verrait tout de suite comme les choses vont mieux.
Expression communément utilisée: "Je gère..." Foutaise! A part la cuison des pâtes, et encore, on ne gère pas grand chose.
J'ai connu un célibataire pour qui c'était une obsession de trouver le canapé qui lui conviendrait le mieux, et aucun ne convenait. Il dépensait une énergie délirante à aller les essayer, les comparer, voire même à dépenser une fortune pour en acquérir un pour finalement le mettre à la cave. J'ai compris qu'aucun ne lui conviendrait jamais tant qu'il ne comprendrait pas que c'était sa manière à lui d'éluder une autre question, ô combien plus cruciale me semble-t-il dans une vie humaine: la recherche de la personne avec qui il pourrait enfin s'asseoir, apaisé, sur son canapé.
C'est terrible d'être animateur d'une chaîne de radio privée. Il faut parler, même lorsqu'on a rien à dire, quitte à avoir l'air ridicule en donnant son avis sur des sujets qu'on ne connaît pas, parce qu'on est payé pour ça.
Remarque crétine, lue sur amazon.fr, d'un internaute qui nous met en garde contre des traductions du Tao qui seraient empreintes d'un "relent de christianisme". Mais si cette traduction à mauvaise haleine, c'est peut-être bien parce qu'elle n'a pas sur trouvé son élan pour nous donner à sentir le tressage de deux traditions si riches, soeurs peut-être même dans leur différence. Parce que le traducteur a été trop hésitant à confirmer le sentiment qu'il y avait là des points communs troublants. Deux sœurs différentes, mais d'une même lignée d'humanité.
La stratégie détermine un cap, une direction. La tactique gère les aléas en cours de route.
Un bouquet de fleurs en plastique dans un intérieur est le signe d'une momification des habitants du lieu.
Le geste d'abandonner un livre sur un banc en rêvant d'une inconnue qui viendra à le trouver et le lire à plus de prix si c'est un ipad.
"Chacun a sa tare cachée et qui le ronge. Moi, c'est la paresse, mais elle m'est agréable à gratter." (Jules Renard)
Le profil de notre société est d’aplatir tout ce qui prend de la place - contrairement à l'obscur Moyen-Âge qui dressait ses cathédrales encombrantes vers le ciel. Plus c’est plat, plus c’est classe. Ce qui est quasiment invisible, ce qui ne prend pas de place dénote un goût sûr. C’est l’ère du bourré-de-technologie-mine de rien. Faudrait être une pomme pour prôner le volume alors que l’idéal est un corps filiforme. L’appartement vide ne sera plus un signe de pauvreté - "je ne peux pas", mais de richesse d'intérieures - "j'ai tant que je ne peux même plus te le montrer".
Le reportage de Raymond Depardon, "Profil paysan". Une fresque minutieuse et tendre sur le monde rural de haute montagne, accidenté, isolé. Un documentaire qui prend le temps de filmer le silence et le regard d'hommes et de bêtes qui tendent à se confondre dans une immense patience laborieuse.
J'ai l'intuition béotienne et injustifiable que les Evangiles et le Tao sont l'œuvre d'un même luthier.
Foudroyer: un verbe qui nous tient en respect. D'une manière ou d'une autre, et même pour une issue heureuse, commercer avec lui ne nous laisse pas intact.
Notre avenir est du côté du fragile.
J'observe depuis ce matin mes nouveaux écouteurs sans fil qui non seulement n'ont pas de fil pour acheminer le son, mais n'en n'ont pas non plus pour se recharger - et ils se rechargent. Quel miracle! Je me demande si, en mettant ma tête à côté, le support chargeur pourrait en faire de même pour mes batteries.
Tout ce qui compte, c'est que la gousse de ma carcasse ait donné le plus de suc possible avant d'être compostée.
Du lait tourné dans le premier café du matin, c'est vache!
J'ai l'écriture jubilatoire - enfin, moi je jubile, c'est déjà pas mal - et lente. Je peux mettre deux heures ou deux ans pour écrire une chronique. Par exemple, j'en ai une en tête depuis 7 ans, "L'arbre à logis", qui raconte l'histoire de la cage d'escalier d'un immeuble. Mais rien ne presse. De toute manière, une cage d'escalier ne disparaît pas comme ça.
Il m'est arrivé de mettre plusieurs mois à comprendre une de mes phrases qui était partie en éclaireur à tire-d'aile.
Même au désert on peut avoir besoin de s'isoler. Ce n'est d'ailleurs certainement pas le lieu où il est le plus facile de s'oublier.
Bien que n'aimant pas la trompette, il avait acheté l'intégrale de Miles Davis.
Durant les guerres on s'affole que notre espèce soit exterminée, mais le reste du temps on ne s'inquiète guère de liquider tout ce qui n'est pas humain.
Le bruit des pneus des voitures qui roulent sur une route mouillée.
Je ne pense pas que la méfiance soit un défaut.
On mange avec son assiette en face de soi. Et lorsqu'on se ressert, on quitte sa zone sur la table, sa portion de territoire, pour tendre son assiette ou la déplacer vers le plat et aussitôt revenir chez soi.
Si je dois vite faire ceci ou cela durant un film d'action, je ne mets pas sur pause, je sais à la louche qu'il y aura trois morts de plus et deux coucheries à mon retour. Mais pour un documentaire de Raymond Depardon, où tout est dans le détail, dans l'intime calme, il est évident que je ne veux rien manquer!
Ce n'est pas l'avenir qui appartient à ceux qui se lève tôt, mais le présent, un présent rempli de toute la promesse de l'aube.
C'est vrai. Un chef a des intuitions qui lui font mettre le doigt sur les points que ses collaborateurs étaient en train d'oublier, de laisser en déshérence alors qu'ils sont pourtant important dans l'avancée des projets.
Les mots disent toujours quelque chose de plus qu'eux-mêmes.
Débuter la journée par vingt minutes de gymnastique, ça met les idées en place.
Ne pas reconnaître le savoir du corps serait comme dire qu'il ne sait pas faire battre notre cœur, respirer nos poumons, circuler notre sang, digérer les aliments. Ce serait une absurdité.
La colère donne souvent un air con.
Le salaire des footballeurs ne leur autorise pas à avoir un sale air.
Du bonheur de pouvoir fantasmer sur quelque chose qu'on a réalisé.
Une page qui tourne, c'est un pas. Au fil de la lecture, aussi gros puisse être l'ouvrage, j'ai un savoir des doigts qui me fait aisément remonter le sentier, je reconnais les endroits où je suis passé, je me souviens même bien souvent de quel côté de la route se trouvait un paysage, à droite ou à gauche. Face à ma tablette électronique, j'en suis tout à fait incapable. C'est comme un faux livre qui serait vide derrière. Je le retourne, je cherche où sont les étapes parcourues et je vois le logo du fabricant. Magie! On m'aurait trompé? Je suis comme les congolais grossièrement caricaturés dans Tintin au Congo et qui lancent leurs sagaies contre l'écran sur lequel est projeté le film lorsqu'ils voient le méchant arrivé. La page d'un livre électronique n'a pas d'histoire.
Je suis RAVI des nouveaux modèles de mise en page proposés par blogger.
Tourner la page d'un livre, c'est faire un pas.
Si j'avais été paysan, je suis sûr que j'aurais aussi tenu un blog de merlinades, et j'aurais parlé de choses comme le temps qu'il fait, des moissons, d'un geai vu à l'aube ou de la tanière où des renardeaux s'ébattent. En fait, il ne me manque que la terre.
L'informaticien qui, lors d'une présentation, s'excusera d'une défaillance de son programme en disant que c'est "l'effet démo". Mais point du tout! C'est tout simplement que son truc ne marche pas et qu'il vit, durant quelques instants, l'agacement quotidien de ses utilisateurs.
J'aime ce qui imagine et non ce qui simule.
Pour parodier Sun Zu, je dirais que c'est avant de coucher qu'on choisit de tromper.
Question récurrente chez les garçons valant comme un test de fidélité: "Si telle ou telle fille (par commodité, je ne nomme personne, des dizaines de prénoms me viennent spontanément à l'esprit) se mettait nue devant toi, tu ferais quoi? Tu pourrais résister à ses avances?" Cette question est une ineptie, car, si cela se produit, il y a de bonnes chances que ce soit surtout parce qu'on a ouvert toutes grandes les portes de l'infidélité et que la demoiselle n'avait plus qu'à entrer. Pour parodier Sun Zu, je dirais que c'est avant de coucher qu'on choisit de tromper.
On passe toutes ses classes enfantines à adorer une maîtresse voluptueuse qui ne sera jamais notre amante.
La maîtresse d'école me grondait souvent parce que je n'étais pas attentif. Elle avait tort; mon esprit paissait son avenir dans les pâturages de la rêverie.
Entendu dans un café: "Mais pourquoi voulez-vous adopter un enfant? Vous allez vous compliquer la vie!"

Pourtant j'ai l'impression que si tout le monde en faisant autant, auprès de tous les orphelins du monde, la vie deviendrait infiniment plus simple. 
Le jour où son psy lui demanda d'arrêter de lui faire peur, il comprit qu'il était plus comédien que malade.
Etonnant ce CD de relaxation qui propose une marche militaire d'Ofra Harnoy.
Intervertissez deux signes et ça devient des gestes de singes.
Cet homme qui fut un despote craint, une fois démis de ses fonctions n'est plus qu'un humble grand-père, presque attachant.
Difficile parfois de songer qu'on se donnera pleinement pour un temps à ceci, puis après entièrement à cela mais que viendra un temps où il n'y aura plus de temps pour faire tout ce qu'on aime.
Anti-chat-rit-ça-me-tique!
Mon voisin s'est acheté un camping car dans lequel il doit se sentir en voyage sans avoir parcouru un mètre vu qu'il y passe des heures, immobile, sur sa place de parking.
Vu une action dans un supermarché: "500 grammes de coeurs de poulets pour CHF 3.50". Y a-t-il une autre planète dans l'univers où on inflige un sort pareil à une autre espèce? (La nôtre par exemple.)
Dans les moments difficile, des amis qui se resserrent près de nous, qui nous entourent, c'est comme un pansement humain.
Une compagnie de disques américaine est venue proposer 7'000'000 de francs à des moines bénédictins de l'Abbaye Santo Domingo de Silos pour faire un nouveau disque, suite au succès de leur premier enregistrement. Pour toute réponse, ils ont fermé les portes de leur abbaye. Les heureux hommes! Je vois dans ce refus un grand soulagement, la capacité de ne pas accepter ce qui serait peut-être devenu un bagage trop lourd pour continuer à voyager léger, un chant si pur aux lèvres.
L'invention de l'étrier y est pour beaucoup dans le prestige du chevalier.
Grosse, grosse crise de larme de la toute petite fille que garde la grand-maman qui habite au-dessus de ma tête. On sent que la seule manière de la calmer, c'est aimer, ne pas trop stresser - parce qu'elle a un sacré coffre, et attendre que ça passe en espérant qu'elle ne trépasse pas des contradictions qui la font se rebeller si fort contre tout.
Pour être connu, il faut se faire entendre. Et on devient célèbre, souvent, d'avoir parlé fort, indépendamment du contenu de ce qui n'est bien souvent pas plus qu'un cri. Rares sont les voix qui s'élèvent soulevant l'humanité - ou la monstruosité - derrière elle.
Le corps d'un bouledogue content devient une grosse saucisse vigousse et remuante.
"Etre soi avec Heidegger", titre du livre de Céline Belloq. Ouais... J'ai bien peur que ce soit un chemin qui ne mène nulle part.
La simple vue de la tranche d'un bon livre me fait saliver comme la croûte du cake au citron ou au chocolat de ma mère. Je sais - d'un savoir on ne peut plus sûr - que je vais me régaler!
Ne pas oublier que des explications peuvent vous gâcher une joie.
Pour ceux qui se demanderait si créativité et paternité peuvent aller de pair, je rappellerai que Bach a eu vingt enfants.
"S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu." (Cioran)
Les circonstances me paraissent de moins en moins atténuantes.
Tranches de vie, tronches de vie.
Internet nous permet de simuler la solitude sans en assumer toutes les conséquences.
Avoir de l'argent ne permet pas de mieux réussir sa vie. En revanche, elle permet sûrement de mieux supporter de l'avoir ratée.
Il y a des gens qui m'impressionnent; d'autres qui me touchent. Inutile de dire vers lesquels mon coeur balance.
Du plaisir d'écouter ces professionnels du web vous expliquer que les blogs c'est déjà ringard et dépassé. Eux, ont déjà grimpé dans le train d'une nouvelle technologie incontournable. Heureusement que l'avenir de l'écriture ne dépend pas uniquement de ces gens-là.
- Tout le monde peut donc écrire sur un blog?

- Absolument.

- Il suffit d'ouvrir un compte et c'est bon?

- Absolument.

- Génial! Et ensuite, j'écris quoi?

- C'est là que ça se complique...
Il ne faut pas attendre d'avoir fait comme tout le monde pour commencer à faire comme pour soi,
"Ce n'est pas juste" veut souvent dire: "moi, je n'ai pas le cran de...".
Etonnant de voir que ceux qui n'osent pas prendre le droit de ceci ou de cela, s'acharnent à vous empêcher de le prendre au lieu de garder cette énergie pour s'émanciper.
Il y a certaines audaces que ceux qui n'ont pas d'audace vous font payer cher.
Qui suis-je pour me faire juge de toi que je connais si peu ou à peine? Pour te soupeser sur le grill du négatif en mettant le poids de mes frustrations et de mes contradictions dans la balance? Pour t'évaluer à l'aune de mes faiblesses, de toutes les carences que je n'ai pas su restaurer? J'édicte des normes aléatoires auxquelles je ne me plierai jamais, bien entendu. Si l'amour passe par le regard, les préjugés les plus ignobles aussi. [... +] 

La paille et la poutre



"De la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera." (Evangile de Matthieu, 7/4-5)

Qui suis-je pour me faire juge de toi que je connais si peu ou à peine? Pour te soupeser sur le grill du négatif en mettant le poids de mes frustrations et de mes contradictions dans la balance? Pour t'évaluer à l'aune de mes faiblesses, de toutes les carences que je n'ai pas su restaurer? J'édicte des normes aléatoires auxquelles je ne me plierai jamais, bien entendu. Si l'amour passe par le regard, les préjugés les plus ignobles aussi. Qu'as-tu fait? Mais rien, absolument rien si ce n'est d'être coupable à mes yeux. D'ailleurs, tu n'es même pas présent à ton procès. Nous ne sommes pas dans un état de droit, mais dans un recensement de tes travers. Tu es d'emblée en effraction avec le code de l'obligation d'être comme je veux. Je te maintiens en détention provisoire dans l'antichambre de mon tribunal fantasmatique depuis lequel je rends mes verdicts infantiles, sans oser la confrontation avec ta souveraine différence. Je t'émonde en te dévalorisant afin que ta présence ne vienne pas me déranger ni me rappeler mes démissions ou mes failles. Je t'éclabousse de ma pauvreté parce que je n'ose pas assumer la réalité de notre échange. Mais je ne suis pas dupe, je sais bien que l'enfer, ce n'est pas les autres; l'enfer, ce sont les jugements que je porte sur toi. Ce n'est personne d'autre que moi que je condamne en te jugeant. Je me constitue prisonnier de ma petitesse, forçat de la méchanceté qui me ronge le coeur, de la peur qui me tétanise.

"Pourquoi vois-tu la paille dans l'oeil de ton frère, alors que dans le tien tu ne remarques pas la poutre?" (Matthieu 7/6-7)

C'est une bonne partie de ma charpente intime que je suis sommé de rebâtir si je veux te recevoir comme il se doit, sous un toit solide, dans une pièce vaste, à l'abri des intempéries et des tares que je pourrais projeter sur toi. Oui, je veux t'accueillir dans un foyer en paix, à une table où tu pourras t'asseoir, une table où tu ne te sentiras pas limité en tous sens par des regards qui te scrutent, mais sous laquelle tu pourras étirer longuement tes jambes et savourer le plaisir d'un havre de paix qui aura la couleur rougeoyante et chaleureuse des vins que nous boirons. Nous aurons les papilles enchantées de mots et de mets, et aussi de silence - car nous aurons confiance. Je ne nous souhaite rien de plus simple et d'évident qu'un coeur qui bat généreusement, nonchalant de nos manquements respectifs. Car je sais bien qu'à chaque anicroche que je pourrais relever, tu pourrais faire de même. Nous ne sommes qu'humains, donc toujours un peu tordus, ce qui devrait aussi nous rapprocher, au lieu de nous séparer. Conscients que nous sommes déjà toujours un sacré chaos en soi, nous n'aurons pas le toupet d'avoir des attentes rectilignes l'un envers l'autre. Ainsi, nous pourrons être indulgents sans être complaisants: nous n'aurons pas à baratiner pour parler, sachant que chacun aura la bienveillance nécessaire envers l'autre.

Et tu pourras repartir confiant. Après ton départ, la maisonnée ne chuchotera pas les ritournelles banales que ressassent tous ceux qui ont épié au lieu de partager... "Tu as vu comme"... Nous n'aurons rien vu de cela, car ce n'est pas ça que nous aurons regardé, mais bien plutôt la joie que tu auras eue d'être parmi nous, et c'est bien tout ce qui compte. Et tu ne sauras pas combien ta présence nous aura requinqués, fortifiée, et toute la reconnaissance que nous avons pour qui tu es. Ce que nous n'aurons pas compris de toi n'attisera pas le feu de nos commentaires mais sera tenu pour cette part d'altérité qui ne peut évidemment jamais être complètement assimilée. Nous ne chercherons pas à réduire l'énigme que tu pourras être pour nous; au contraire, elle sera une invitation à veiller et à continuer à oeuvrer pour mieux saisir tout ce qui fait ton humanité, et la nôtre au demeurant. Nous nous ferons un exercice de ne pas te démanteler en petites remarques et autres notules ineptes, car nous savons de mieux en mieux que nous n'en savons rien, et qu'il n'y a certainement rien de plus urgent que de nouer des fraternités fécondes.

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Les passages de l'Evangile de Matthieu sont extraits de la Bible de Beaumont, annotée de manière très judicieuse par le bibliste Stanislas Lyonnet, ami de Frère Roger de Taizé qui lui-même, à la fin de sa vie, aimait se référer à cette édition.

Image - Jérôme Bosch, Le portement de la croix.
"Heureux les doux! Il hériteront de la terre." (Evangile de Matthieu, 5/3)

C'est bien écrit: "de la terre". Pas un hypothétique royaume dans les cieux, mais sous nos pieds. Celui qui sait nourrir et faire croître son fond de douceur reçoit son lot de terre, de vie sur terre, il fait moisson de son passage ici-bas.
Heureusement, nous savons que l'humain, ce n'est pas aussi petit que ça.
A quand un effacebook? Très utile pour se détatouer virtuellement.
Twitter est un site qui me plaît parce que son nom laisse tinter un "oui".
J'étais dérouté par ma paresse en voyant que bon nombre de twitteurs avaient des milliers de tweets à leur actif. Mais j'ai ensuite compris que chaque fois qu'on écrit "Ah", "ouf", "yep", ça valait pour un tweet. Du coup, je comprends mieux pourquoi le compteur tourne si vite.
Tu parles d'amour? Prouve-le!
Il hésitait à faire un choix qui modifierait certainement durablement sa vie et qui était donc susceptible de la bousiller.
Disons le tout de go: Giono est un monstre de sensualité. Lire Jean le Bleu pour bien s'en rendre compte.
((toi + moi) - (l'habitude + jugements) x (nous / prétention à la première place) = nous (qualité x durée)
"Le mariage n'était-il pas compatible avec le respect dû à la personne aimée?" (Henri Troyat, Les semailles et les moissons). Excellente question.
Il y a de l'orgueil chez Giono, mais il n'est pas destructeur comme chez Kessel.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?