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"Coucou,
A tous mes fans, nous organisons 5 fois par mois dans un appartement privee dans le centre de Lausanne une soiree et am avec 8 autres couples Le gb est totalement sans préservatif, et sur plaçe un médecin vas effectuer un test HIV résultat en maximum 20 minutes!
Bien sur les hommes qui veulent participer avec préservatif sont bienvenue.
On commençe a 19h avec les testes, le gb commence a 20h jusqu'a 24h avec une pauze pour manger et boire quelque chose.Il y aura maximum 6 hommes, le gb est uniquement sur réservation..
La participation est gratuit."
Pas besoin de signifier le dégoût que ce message m'inspire, on est vraiment dans les viscères puantes et crevées de la nature humaine. Et en plus, ce message est criminel.
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La participation est gratuit."
Pas besoin de signifier le dégoût que ce message m'inspire, on est vraiment dans les viscères puantes et crevées de la nature humaine. Et en plus, ce message est criminel.
J'ai enfin compris d'où venait mon malaise lorsque je rends visite à un proche à l'hôpital et que ni lui ni son lit ne se trouvent dans la chambre. Qu'il se soit momentanément absenté, c'est une chose, mais qu'un meuble aussi crucial l'ait suivi en est une autre. La pièce est mutilée, il lui manque un organe central autour duquel vient s'organiser toute la scène de notre rencontre. Je suis assis sur une chaise et j'observe cette béance, avec une petite crainte: est-ce que le lit reviendra avec son patient, et dans quel état? Je vois des lunettes posées sur la table de nuit, lunettes sans lesquelles je sais qu'il n'y voit rien. On a donc jugé inutile qu'il y voit quoi que ce soit. C'est dire. On ne lui laisse pas l'opportunité de s'échapper. Au pire, il y aura même sa bague de mariage. Tous les amarres sont rompus, on l'a voulu dans sa plus extrême nudité et, si le pire survenait, il n'aurait même pas la possibilité de caresser ce repère familier. Décidément, rien ne lui est épargné. Pourtant, ce même lit peut être un cocon dans lequel on se blottit pour rêver. Mais la condition du voyage est la paix du sommeil, ou ni le lieu ni le corps ne bougent. Celui qu'on arrache à cette douce immobilité est forcément la victime d'un ébranlement ou d'un tremblement qu'il n'a pas souhaité.
Il y a une durée optimale, qui n'est pas réductible. D'une part, elle ne sert à rien, elle ne fait pas gagner de temps. D'autre part, chaque activité a une vitesse optimale qu'il s'agit de trouver, intuitivement, car elle dépend d'une foule de critères différents. Un bébé pourrait se mettre à marcher plus tôt. Bien. Mais pour aller où, si ne se sont pas opérés les autres transformations?
La petite fille du premier découvre l'inépuisable plaisir de faire des vocalises en forme de "gnagnagnagnaniania gnaniagnia gna gna." Je me régale de sa joie de se manifester, de commencer ce long travail d'appropriation du langage qu'elle maîtrisera un jour avec aisance et précision, des mots qui seront nés de la glaise féconde de ses premiers "gnagnianiagnianias."
Le fumeur de pipe fait travailler simultanément tous ses sens: l'odorat, pour apprécier le tabac qu'il va fumer; le goût qui le lui fait savourer comme une gourmandise; le toucher, pour bourrer le fourneau correctement, ni trop serré, ni trop lâche, mais comme un coussinet de mousse, et pour sentir aussi dans sa main l'objet, le soupeser, le caresser, sentir sa chaleur dans sa paume alors qu'il fait froid dehors; les yeux, parce qu'on aime bien voir cette pipe qu'on a choisie et il convient de regarder si elle ne fume pas trop fort; l'ouïe, pour le plaisir de l'entendre ronronner et le tabac par moment crépiter.
Rends-toi!

- Haut les mains! Rends-toi! Tu es cerné, rien ne sert de résister.
Tout chancelant, je lui ai tendu mon porte-monnaie, mais elle s’est aussitôt écriée:
- Ah! Scélérat! Tu croyais t’en tirer à si bon compte! Mais tu ne m’auras pas comme ça!
- Mais alors, que voulez-vous, lui dis-je?
- Je veux que tu me rendes les êtres et les choses que tu retiens en otage!
Comme je peinais à comprendre elle prit par je ne sais quelle opération le contrôle de mon psychisme et se dirigea d’un pas déterminé vers une porte dont j’ignorais même l’existence. D’un coup de pioche très sûr, elle fit sauter le verrou rouillé et l'ouvrit tout grand! Je vis s’échapper des visages, des mots, des lieux que je connaissais bien, des souvenirs, des questions et une foule d’autres choses qui m’appartenaient! Pris de panique, je hurlais:
- Mais qu’est-ce que vous faites?
La vie, toute occupée à faire libérer tout mon bazar, eut pitié de mon désarroi et me proposa de m’asseoir un instant. Elle vint s’installer près de moi et prit le temps de m’expliquer la raison du coup de force dont je fus la victime et le bénéficiaire involontaire. Je pense que ce qu’elle m’a dit va largement au-delà de ma petite personne pour pouvoir faire l’objet d’une chronique. Je transcris librement ce que j’en ai compris et je prie d’ores et déjà le lecteur de me pardonner si le propos n’est pas clair. La vie m’a révélé des choses qui dépassent mon entendement. Voici donc ce qu’elle me dit:
- Mais mon pauvre vieux, tu es au bord du gouffre! Tu es en train de te transformer en trou noir, et c’est toute ta vie qui y passe! Il serait bon que tu comprennes une chose: tu dois rendre les êtres et les choses à eux-mêmes. Tu dois les laisser vivre de leur liberté première si tu veux parvenir à entretenir une relation équitable avec eux. Rendre les êtres et les choses à eux-mêmes, c’est leur permettre d’être ce qu’ils sont, hors de toi. C’est pour cela que je suis là. Afin que tu ne te prives pas de leur présence. Parce qu’eux, bien entendu, n’ont pas besoin de toi pour exister. En faisant une incursion en toi aujourd’hui, je t’ai sauvé, car tu étais en train de devenir une prison surpeuplée de préjugés qui te paralysent. Tu as la trouille de moi. Il était urgent de te faire une saignée afin que tu te purges de cette masse nauséabonde de jugements qui obstruent ton bon sens. Tu t’es barricadé derrière des idées préconçues que tu t’es faites sur une réalité que tu n’as même pas pris le temps de découvrir. Tu ne tolères aucun écart avec les idées que tu te fais, mais tes interlocuteurs, eux, te doivent tous les égards et toutes les précautions. Ton intolérance te condamne, lentement, sûrement.
Heureusement, je m’en suis aperçu, et l’électrochoc que je viens de te donner devrait faire rapidement son effet. Tiens, d’ailleurs regarde, tu respires déjà plus amplement. Ca fait du bien, hein, de cesser de vouloir tout contrôler? Et tu vas bientôt découvrir que tu ne risques rien. Non seulement, tu seras déchargé d’un fardeau, mais en plus, tu te rendras compte que tu n’as pas à te protéger, car tu es déjà en sécurité. En rendant les êtres et les choses à eux-mêmes, tu te donnes le droit d’être libre, toi aussi, tu te délies des attentes improbables que tu avais envers eux. Cette juste distance entre toi et eux va te permettre de les aborder dans toute la fraîcheur du présent. Tu n’auras plus besoin de les posséder de crainte qu’ils ne t’échappent, car ils reviendront à toi d’eux-mêmes, sans craindre d’être capturés. Ils auront même du plaisir à revenir, car ils se sentiront bien auprès de toi. Tu sais, de nos jours c’est assez rare de se sentir accueilli pour ce qu’on est. Les gens doivent absolument t’étiqueter, te placer dans la bonne case, le bon tiroir. C’est leur manière de neutraliser la différence. Une fois que tu es catégorisé, ils peuvent te classer dans leurs archives. Et c’est ainsi qu’on finit par prendre la poussière, même dans le coeur de ceux qui nous sont proches. Ils se disent:
- Ah, oui, c’est lui.
Et ce “lui”, ce n’est plus personne, en tout cas pas un être qui évolue, change. Il est pétrifié par des regards qui ne l’actualisent plus, refusant de le voir en travail, capable de métamorphoses et de transformations. Et puis ce serait un effort trop conséquent de s’adapter à cet autre en devenir, cela pourrait éveiller des choses, alors on le fossilise. Pas étonnant qu’il faille un caractère bien forgé pour traverser cet océan d’indifférence et se singulariser: la pression est immense. Ce dont on ne se rend pas compte, c’est qu’en désamorçant l’altérité d’autrui, on finit cloîtré en soi, inatteignable. Dans un premier temps, on se félicite de ce calme retrouvé. Puis, on finit par désirer que quelqu’un vienne sonner à notre porte, ce serait une belle surprise. Mais personne ne vient. Notre intérieur exhale une odeur de marais fétide, si bien qu’aucune bonne âme ne s’y aventure plus.”
Ceci étant dit, la vie finit de faire le ménage et me répéta encore, avant de s’en aller:
- Rendre les choses et les êtres à eux-mêmes! Si tu ne devais retenir qu’une chose de notre rencontre, c’est celle-ci. Finis les braquages d’altérité. Chaque fois que tu te sentiras des pulsions réductrices et assimilatrices, chaque fois que tu seras dérangé par ce qui vit hors de toi et que tu voudras le flinguer psychiquement pour qu’il ne t’incommode plus, rends-toi! Abandonne le combat, tu as perdu d’avance, tu es beaucoup trop petit pour lutter contre moi, avec tes petites rationalisations mesquines. Abdique, accepte d’être perdant sur ce coup-ci. Il n’y a rien à expliquer, il ne s’agit pas de trouver de bonnes raisons, il n’y en a pas. Fais le plus de silence possible en toi, afin qu’à travers une fleur, un sourire, une pauvre poubelle magnifiée par un rayon de soleil, je puisse te parler. Clos tes lèvres, oui, celle-ci aussi, mais surtout tes oreilles qui commentent toujours ce qu’elles entendent et tes yeux qui les déforment. Cette fleur à des choses à te dire qui viendront se formuler au plus profond de toi pour éclore en émotions et en pensées, si tu admets que tu n’es pas le maître à bord, mais serviteur, toujours serviteur, laisse la première place à celui qui vient, mets-toi un peu de côté, cesse d’empiler quarante-six chaises pour trôner. Redescends parmi ce qui t’entoure. D’ailleurs, j’ai cru m’apercevoir que tu avais la béguin pour une certaine demoiselle. Alors, puisses-tu la rendre à elle-même, c’est-à-dire percevoir tout ce qu’elle va t’apporter d’inédit, qui va bien au-delà de ce que tu imagines, si tu lui permets de t’augmenter au lieu de la réduire, si tu évites de l’assimiler trop, trop vite, mais que tu laisses rayonner sa présence singulière et que souvent, à ses côtés ou en pensant à elle, tu t’efforces de la désirer le plus libre possible, pour qu’elle te surprenne sans cesse d’être tout simplement elle, que tu la mettes à juste distance, un tout petit peu plus loin de toi, pas trop, mais juste assez pour qu’elle ne cesse de te ravir par la merveille de sa différence.
Allez, je te rends la main! Courage!
Image - Burt Lancaster dans The birdman of Alcatraz.
La vie m’a dévalisé. Elle m’a braqué et m’a dit:
- Haut les mains! Rends-toi! Tu es cerné, rien ne sert de résister.
Tout chancelant, je lui ai tendu mon porte-monnaie, mais elle s’est aussitôt écriée:
- Ah! Scélérat! Tu croyais t’en tirer à si bon compte! Mais tu ne m’auras pas comme ça!
- Mais alors, que voulez-vous, lui dis-je?
- Je veux que tu me rendes les êtres et les choses que tu retiens en otage!
- Haut les mains! Rends-toi! Tu es cerné, rien ne sert de résister.
Tout chancelant, je lui ai tendu mon porte-monnaie, mais elle s’est aussitôt écriée:
- Ah! Scélérat! Tu croyais t’en tirer à si bon compte! Mais tu ne m’auras pas comme ça!
- Mais alors, que voulez-vous, lui dis-je?
- Je veux que tu me rendes les êtres et les choses que tu retiens en otage!
Facebook me donne la possibilité d'avoir plus d'échanges sur les auteurs que j'aime, des impressions fugaces, un sentiment, une petite pensée que bien des conversations que j'ai tous les jours avec les gens qui m'entourent. Ce réseau resserre les communautés d'intérêts, même si rien, évidemment, ne remplace la présence.
Yves Bonnefoy, répondant à cette question de Jean-Louis Kuffer - et c'est merveille!
- On a parlé des aspects religieux de votre poésie. Vous considérez-vous comme un esprit religieux ?
- On a parlé des aspects religieux de votre poésie. Vous considérez-vous comme un esprit religieux ?
- C’est une question de mots. Si un esprit religieux, c’est celui qui croit en un dieu, je n’en suis pas un : il ne m’est donné aucune croyance. Mais si religion signifie désir de vivre dans l’unité plutôt que le fragmentaire, avec respect pour les aspects les plus immédiats, les plus simples de l’être naturel, alors j’accepte ce grand vocable et je voudrais qu’il ait sens pour la société tout entière, sinon celle-ci est perdue, qui ne sera plus qu’un réseau de signes, aveugle au mystère de ce que j’évoquais tout à l’heure : l’arbre dans la lumière, le silence des pentes de la montagne.
Cette dame qui me fait l'éloge d'Alexandre Jollien comme d'un prophète. Tant et si bien que je cherche à savoir si elle souhaite lui baiser les pieds. Offusquée, elle me demande comment j'ose dire cela. Mais c'est très simple: d'en faire une icône on le prive de son humanité et on statufie sa lutte, qui est de chair, de douleur et de joie.
Je me suis souvenu qu'enfant, mes parents m'obligeaient à mettre des pantoufles à la maison. Je ne pourrai jamais dire tout le mal que je pense de celui qui a inventé les pantoufles - vocable dont on ne connaît pas l'origine d'ailleurs. Je pense même que le port des pantoufles met l'enfant en péril, car il prend goût à la mollesse, puis il se mettra à boire, à fumer et à ne plus rien vouloir faire de sa vie. Et puis imagine-t-on lui dire d'être plus combatif, alors qu'on lui demande de porter des charentaises?
Notes sur la poésie - Une école des sensations

"La vie du poète est celle de tous." (Gérard de Nerval)
Grâce aux poètes, j'ai compris qu'il y a des découvertes que mon seul intellect ne pourra jamais faire. Mon corps a un savoir de moi qui dépasse mon entendement. Il me parle à travers mes sensations, qui sont le langage de l'être. Ce sont elles, et elles seules, qui relient mon corps et mon esprit, la chair et la pensée, que je suis tout à la fois. En faisant confiance à ce que je sens, je suis entré dans une relation de confiance avec moi-même, et j'ai commencé à réfléchir avec plus de clarté. J'enrichis mon dictionnaire intime de sens nouveaux, qui tiennent compte de tout ce que j'éprouve. Je trace de larges marges afin de pouvoir y noter de nouvelles expériences qui viendront approfondir mes définitions - qui ne sont jamais définitives. Mon vocabulaire s'étoffe, s'enrichit et se colore de rencontres, de saisons, de correspondances inédites, d'émotions - l'émotion, cette étoile filante qui traverse mon ciel psychique avec une fulgurance que ma pauvre raison a bien du mal à suivre. Enrichir son vocabulaire, ce n'est pas connaître des mots en plus, mais mieux connaître les mots qu'on aime. En lisant les poètes, j'apprends à tailler les mots à ma mesure dans le grand tissu de ma sensibilité. La sensibilité d'un être, c'est sa signature originale, son ruban d'humanité. On l'y retrouve tout entier, bien mieux que dans son ADN. C'est lui de la plante des pieds au bout de ses cheveux, de son passé à son avenir, de son souvenir à son savoir, de sa peau et de son âme, de la racine d'une étoile au froissement rouge du coquelicot. Toute la vie vient briller dans la sensibilité d'un être. "Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie", écrivait Baudelaire dans Fusées.
Si la poésie est difficile à lire, c'est parce qu'elle s'adresse à la part fragile de l'être, parfois douloureuse, toujours en travail. Me découvrant sensible, je porte un regard différent sur tout ce qui m'entoure. J'apprends à me mettre à l'écoute de ce qui se murmure sous la clameur, de ce qui réclame sa part d'attention et de précaution. Parce qu'elle est singulière et qu'elle dit "je", elle m'impose de me demander à mon tour ce que me dit mon "je" à moi, unique. Je suis le sujet de la réflexion poétique. Parce que le poète ne parle que de lui en transcrivant fidèlement ce qu'il sent, il s'adresse à la matière que je suis à moi-même, à partir de laquelle je pourrai le comprendre. Il s'adresse à celui qui ne craint pas d'accueillir les sollicitations qui s'éveillent dans le silence de son coeur, de l'Enfance qui vient réveiller des savoirs endormis, de tout ce possible qui sommeille sous ses paupières. Un beau poème me donne d'être en moi-même en abondance. Et c'est également ainsi que je reconnais les poètes avec lesquels je peux développer des familiarités, ceux avec qui je me sens bien, ceux avec lesquels je peux développer un échange fécond - parfois même, on a le désir de leur répondre, et on se met à écrire.
- Un pas de plus (et même beaucoup plus) -Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, dans la magnifique traduction qu'en fit Gustave Roud.
La poésie est un apprentissage de la vie intérieure. Elle nous initie au langage des émotions. Si elle n'est pas toujours facile à lire, c'est parce qu'avec les noms communs, qui sont ceux de tous les jours, ceux que nous utilisons pour demander un café ou notre chemin, le poète crée une petite sculpture de mots et de rythmes. Il oeuvre à rendre une émotion audible, tout en veillant à dénaturer le moins possible sa forme originale. Le poète met au monde nos sensations.
"Il s'agirait alors pour nous, si nous pouvions approfondir notre esquisse, de réveiller en nous, par la lecture d'un poète, un état de neuve enfance, d'une enfance qui va plus loin que les souvenirs de notre enfance, comme si le poète nous faisait continuer, achever une enfance qui ne s'est pas bien accomplie, qui pourtant était nôtre et que sans doute, en bien des reprises, nous avons souvent rêvée." (Gaston Bachelard, La poétique de la rêverie)
Cette jeune femme qui s'offre à beaucoup d'hommes, espérant trouver le grand amour et, parce qu'elle n'a pas assez confiance en elle, elle espère que l'un d'eux la découvrira. Mais il ne la découvre pas, car elle ne leur montre que la facette la plus lisse de sa personne. Tant qu'elle n'aura pas confiance en elle, qui est aussi s'aimer et donner de la valeur à ce qu'on a à offrir, elle ne donnera pas la possibilité à un autre d'entrapercevoir le trésor de vie qu'elle pourrait être pour lui. Un trésor qui est pourtant bien là, qui brille si fort, et à la vue duquel les manants auraient passé leur chemin, sentant d'instinct qu'ici il ne s'agit plus de se servir, mais de partager.
La poésie n'a pas tant la cote chez les adeptes de la santé éclatante qui honnissent tout frémissement psychiquement qui viendrait ébranler les résultats de leur dernier check-up. La simple idée que quelque chose puissent se donner à entendre dans le creux de la conscience les fait fuir. En général, ils pratiquent également le zen ou tout autre art du détachement pour que plus rien ne vienne perturber un bonheur maîtrisé, planifié, assuré. La moindre plaie est aussitôt gommée à grand renfort de chirurgie esthétique. Il faut que ce soit lisse, que ce soit propre, que ce soit clair.
C'est terrible, mais l'intellectuel aujourd'hui n'est plus une force d'opposition, il est invité dans les débats économiques comme Jiminy Cricket, on prend soin de lui, on l'écoute la larme à l'oeil, "Ah, quand même, qu'est-ce que c'est bien ce qu'il dit", puis après l'avoir écouté, on passe aux choses sérieuses.
"Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie." (Baudelaire, Fusées)
Ces personnes qui vous expliquent le plus sérieusement du monde qu'elles ne répondent jamais au téléphone à l'heure de leur série télévisée favorite. Dussiez-vous être dans la plus grande détresse tandis qu'ils sont plongés Sous le soleil, ils s'en excusent, mais il vous faudra trouver une autre oreille compatissante.
L'été était dans mes souvenirs la saison des pluies dans les contrées exotiques et verdoyantes du globe. Et ici, en Suisse, le soleil dorait les épis et les humeurs pendant quelques mois trop courts avant l'entrée dans un interminable hiver. Et je dois dire que cette année où nous avons eu de la pluie en abondance, je n'ai pas trouvé mon pays plus exotique.
Ce présentateur d'une émission culturel, qui joue à l'intellectuel en demandant très sérieusement au public d'arrêter d'applaudir sans cesse parce qu'on ne peut pas développer une pensée dans le bruit - la pensée en question visant à nous expliquer que Bernard-Henry Lévy est le plus grand philosophe de ce siècle et Houellebecq le seul grand écrivain français.
Parfois j'ai l'impression que Alexandre Jollien est devenu une institution pour le public, un monument de sagesse, alors que lui-même est si proche des questions qu'il pose, et elles n'ont rien de rhétorique. En le mettant sur un piédestale, ne vient-on pas à l'éloigner de nous et de la parole de vie qu'il s'efforce de partager, avec nous tous, à hauteur d'homme?
Intéressant cet homme au téléphone, africain, qui parle dans la langue du pays qui doit être le sien et que je serais bien en peine d'identifier. Mais quand il doit indiquer un jour ou une heure, "mardi", "à 16h demain", il le dit en français. Comme si la notion du temps qui était la nôtre était étrangère à la culture qui est la sienne. Et je me mets à rêver de contrées où les jours se succèdent différemment de chez nous, selon une temporalité qui nous échappe et qui est pourtant organiquement intégrée par ceux qui y vivent.
Surprenant le conformisme avec lequel les lecteurs du dernier livre d'Alexandre Jollien louent unanimement son anti-conformisme. Comme si, ceci étant dit, cet ouvrage les dispensait d'aller plus avant pour toucher leur propre foyer de passion et se mettre au travail. Alors, depuis le rivage, ils le regardent avec admiration se démener, convaincu que d'avoir acheté son livre à valeur d'indulgence. Comme si, d'une certaines manières, ils n'étaient pas, eux aussi, concernés.
Le talent de l'homme de parole tient dans son aptitude à choisir les deux où trois fils d'or dans une histoire, avec lesquels il va tisser son récit. Il sait l'art de trouver les éléments saillants, porteurs dans une émotion, un souvenir, une scène ou une situation qu'il va décrire, ceux qui vont éclairer tout son propos et permettre à celui qui écoute d'imaginer, de sentir, de vivre ce qui lui est raconté.
Je m'en suis bien rendu compte hier, en écoutant une interview de Nicolas Bouvier qui racontait son arrivée à Sarajevo. J'étais avec lui dans ce petit café crasseux dont il parlait, avec un naturel déconcertant, sans recherche d'effets particuliers, mais avec une grande simplicité.

Tous les enseignants qui ont recouvert Baudelaire d'une couche d'ennui et de lassitude à cause d'un enseignement qui s'efforçait d'expliquer ses poèmes géniaux comme on démonte le moteur d'une motocyclette devraient être appelés à comparaître au Tribunal de la Poésie Vivante, afin qu'on détermine leur part de responsabilité dans l'exil dans lequel le poète est tenu aujourd'hui par leurs anciens élèves.
"Le mérite est la première de toute, elle englobe les trois autres. Le mérite s'acquiert par le travail, l'effort que chacun doit produire pour trouver sa place dans la société française. La liberté également n'est pas due ; je suis fière de vivre en démocratie. Enfin, le fait d'appartenir à une nation comme la nôtre également se mérite : il est nécessaire de vivre en phase avec un mode de vie à la française, dans le respect du cadre de notre République".
Lu dans la presse ces propos d'une "jeune" femme de 20 ans. Elle aurait été plus âgée, je l'aurais plainte. Mais vu son âge, je comprends qu'elle est dans une quête de père et de structure, n'ayant pas elle-même une stabilité psychique suffisante pour s'épanouir pour le moment.
Le petit-fils étonné
Pour mon père
Je suis un petit-fils étonné. Mon grand-père est mort un jour pluvieux de juillet, dans le grand hôpital qui, vu de loin, semblait voguer dans la nuit. Une infirmière était venue m'annoncer la nouvelle. Il était parti quelques minutes avant mon arrivée. Je n'avais pu m'empêcher de lui demander:
- Vous en êtes sûr?
Evidemment, elle avait raison, sans aucun doute, elle venait juste de constater le décès. Il paraît que le coeur s’était arrêté de battre. Seulement voilà, pour ma part je n'avais pas entretenu une relation raisonnable avec mon grand-père. Alors je n’ai jamais tout à fait réussi à y croire.
On n'avait retrouvé que son corps, sans vie dedans, et j'en conviens, il avait l'air sacrément mort quand je suis rentré dans sa chambre, où on lui avait fait sa toilette pour que je puisse lui dire au revoir. On l’avait même rasé, ce qu’il avait dû apprécier. A nonante ans passés, il n’avait pas l’habitude de se négliger. Son corps reposait paisiblement. Et mon grand-père, quant à lui, était assis au bord du lit, dans son habit de lumière, comme je l'avais toujours connu, impeccablement vêtu d'un complet trois pièces et d’une cravate turquoise, avec de petits lévriers dessinés dessus. Les verres de ses grosses lunettes étaient encore tachetées de peinture - il était peintre de métier. J'aurais pensé que la mort aurait pris soin de les nettoyer. Comme quoi, l’au-delà veille à ne pas gommer les petits signes qui nous rendent un être familier. Il me regardait en souriant puis, se tournant vers sa dépouille il me dit:
- Tu vois, de ce côté-là, c'est fini, et bien fini.
Puis il sortit un de ses infâmes cigarillos qu’il aimait tant en ajoutant:
- Je crois que ça ne devrait plus gêner personne.
Il était là, dans toute la force de sa présence, comme je l'avais toujours connu.
Quelques jours auparavant, aux urgences, un verdict sans appel l'avait condamné. Aorte rompue; il n'en avait plus pour longtemps. Je n'ai jamais su s'il avait bien compris, à ce moment-là, qu'il allait mourir. On le lui avait expliqué, m'avait-on dit. Mais il se dégage parfois une étonnante sérénité de celui qui sait qu'il s'apprête à quitter la scène sur laquelle s’est déroulée chaque seconde de sa vie. Comme si plus aucune nouvelle ne pouvait le surprendre. Quelque chose vient de se décrocher au fond de lui-même, pour commencer à vivre de sa propre vie - j’imagine un petit bathyscaphe qui s’en irait explorer des horizons réservés à celui qui quitte sa chrysalide humaine. Alors, ils acquiescent aux propos des médecins qui leur exposent que eux, ma foi, ils ne peuvent plus rien pour les retenir. Et nous, nous appelons cela de la résignation.
Les premiers mots qui me vinrent furent:
- Alors, tu t'es échappé?
J'aurais dû le deviner lorsque, alité au milieu de spaghettis transparents reliés à de grosses machines bipbipantes qui interprétaient mathématiquement son état de santé, il avait voulu savoir l'heure. Je lui avais demandé s'il avait un train à prendre et, avec l'humour dont il était coutumier, il m'avait répondu: "Oui."
Je regardais ses quelques affaires qui avaient été soigneusement mises de côté sur une table. Une jaquette, ses pantoufles, la petite radio de poche dont il avait appris à se servir. Elles avaient l’air désoeuvrées. Orphelines, elles me faisaient penser à des feuilles d’automne qui s’apprêtent à se détacher du grand arbre. Toutes ces choses, qui étaient encore habitées par lui quelques heures auparavant, et qui auraient passé inaperçues, témoignaient à présent monstrueusement de son absence.
- Mais alors, tu n'es pas mort?
Il était là, à mes côtés. Il m'avait attendu à la lisière de la mémoire. Il n’avait nullement l’intention de quitter la place qui avait toujours été la sienne pour moi. C’était un homme des fidélités profondes. Et puis nous savons bien que tout ce qui fait un être cher va bien au-delà de sa chair, rangée dans une petite boîte, sous terre. Je repartais donc ce soir-là avec mon grand-père dans le coeur. Une infirmière me demanda si je voulais récupérer son dentier. Puis, elle se ravisa en s'excusant, avec le sourire. Je n'en aurais effectivement pas eu l'usage. Ou peut-être savait-elle, elle aussi, que les morts ont toutes leurs dents.
Image - Liselotte Lauper
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...

