Restructurer: quel bien joli verbe, utilisé à outrance pour parler d'entreprises qui ont un vrai défaut d'imagination, donc d'humanité.

Restructurer, c'est remodeler, c'est faire œuvre d'entreprendre et de créer autrement.

Restructurer, ce n'est en aucun cas contourner la difficulté en éliminant ceux qui ont participé à votre croissance jusqu'à présent.

Alors que pour eux, restructurer, c'est dégraisser, nettoyer, mettre de l'ordre dans une ligne comptable, parce qu'en somme, nous ne sommes pas plus que ça et il faut que les actionnaires, ceux qui par ailleurs ne font aucune action, et en tout cas pas bonne œuvre de bien vivre, puissent s'enrichir encore plus sur le dos de ceux qui n'auront plus rien. Et ça ne les dérangera pas le moins du monde, leur vrai souci étant de constater que le jardinier à mal taillé la haie.

Mais dans quel monde vit-on?
«Je sentis en le lisant que l'auteur, avant de partir, avait résolu de n'admirer que les choses pour lesquelles son admiration lui ferait honneur, et de ne voir la nature et les arts qu'à travers les lunettes que des générations de pédants et d'imposteurs lui avaient transmises.» (Samuel Butler, Ainsi va toute chair, édition traduite et préfacée par Valéry Larbaud... rien que ça, quel luxe, mais quel luxe!)
Famille - On peut se demander si parfois les membres d'une même famille ne regrettent pas de ne pas appartenir à la grande famille des imbéciles et s'évertuent donc à y entrer avec force acharnement.
Matthieu Ricard donne une conférence devant plus de 900 personnes. Pendant près de deux heures qu'il parle et répond aux questions. Voilà que la conférence touche à sa fin et qu'une question un peu saugrenue lui est posée, sur le mode de-la-vertu-de-la-peau-d'-orange-sur-l'-expiration-transcendantale. Et à cet instant précis, Matthieu Ricard décide d'interrompre la conférence:

- Sans vous offenser le moins du monde, je crois que nous allons nous arrêter là.

Rien ne dit qu'il n'aurait dans un autre contexte pas répondu à la question. Mais voilà, la fatigue se fait sentir, et puis ce n'est peut-être pas le lieu pour débattre de tout et n'importe quoi. Celui qui posait sa question reste sur sa faim, mais peut-être n'est-ce pas un mal. Eh bien, figurez-vous que des illuminés ont écrit pour reprocher à Matthieu Ricard de parler de bienveillance, mais de ne pas avoir pris la peine de répondre à ce pauvre bougre.

C'est tout de même assez déroutant la manière dont certaines personnes prennent en otage l'orateur, oui, vraiment en otage, estimant qu'il doit correspondre à toutes les attentes qu'ils ont cristallisées sur lui, que c'est son devoir, qu'il est leur chose. Si vous êtes un personnage public, et qui plus est, bouddhiste ou chrétien, vous devez sourire et répondre à tout et n'importe quoi avec patience, compassion et un plat de tortellinis.

Je pense que ce soir-là, Matthieu Ricard, sans intention particulière, et surtout sans chercher à blesser qui que ce soit, a offert au Monsieur à la question bizarre, ainsi qu'à une bonne dizaine d'autres, un sujet de frustration  leur permettant de méditer sur les attentes déplacées et fantasmatiques qu'ils peuvent avoir à l'égard d'autrui.
Cette femme, souffrant d'un grave cancer, qui se rend à une fête de l'école dans laquelle une de ses filles fait une représentation. La plupart des gens se détournent d'elle, comme si c'était une pestiférée. Sauf une dame qui  apparemment, la pauvre, n'était pas au courant des risques qu'elle courait en s'approchant trop près - car tout le monde sait que le cancer, comme le sida, s'attrape avant tout par l'air qu'on respire et l'imagination.

Donc cette dame dit:

- J'ai appris que vous étiez malade...

L'autre lui dit que non, que ça va, puis, poussée par sa mère qui l'encourage à parler, vu la sympathie dont son interlocutrice fait preuve, finit par dire:

- En effet, on m'a diagnostiqué un cancer.

Et là, dans un mouvement qui touche à l'abject, celle qui s'était fait une vertu d'être si bonne se détourne en lui disant:

- N'en dites pas plus, c'est assez, je ne veux rien savoir de plus! Au revoir! Au revoir!

Si l'une souffrait du cancer, l'autre souffrait d'une carence empathique mortelle.
Elle se demandait, au vu des annonces du Président Sarkozy, s'il valait mieux faire une chirurgie mammaire ou se brider les yeux. En attendant, elle alla dans une librairie acheter Confucius et Sun Tzu, pour mieux comprendre le Tao de l'économie.
Pour faire court, le mot «spirituel» ne me convient pas parce qu'il ne prend pas en compte la dimension incontournable du corps. C'est un vocable trop éthéré, qui manque de fondement. Sans compter qu'il donne l'impression que le spirituel est une activité annexe, superfétatoire une sorte de cosmétique de l'être, comme un cours d'art floral en pleine après-midi durant la semaine, entre la manucure et les pneus d'hiver à changer. Un luxe en somme.  Alors qu'il en va de notre vie.
Respirer, cela n'a l'air de rien, mais quel boulot!
«Votre voie n'est pas de critiquer les autres, mais de les connaître et de les apprécier.» (Shunryu Suzuki)
Il est si humain de ne pas pouvoir s'empêcher de raconter une histoire horrible, vécue ou entendu, à quelqu'un à qui on sait qu'il ne faudrait pas la raconter.

Des exemples?

La copine enceinte à qui on ne manquera pas de raconter combien l'accouchement fut pénible.

Le pote qui commence à faire une crise d'angoisse et à qui on décrit l'état épouvantable dans lequel s'est retrouvé untel dans une situation similaire.

Le couple qui adopte et à qui on parle d'une connaissance qui a aussi adopté et dont le premier enfant proposé a eu quelque chose de grave avant qu'ils puissent aller le chercher, mais je préfère ne pas te dire quoi...

C'est un besoin irrépressible, comme si la langue était mue par un ressort malin qui déclenche le mécanisme. C'est un manque de sensibilité, car il est évident que ces petites histoires sont plus nuisibles qu'autre chose, et qu'elle ne sont en rien aidantes pour la personne en difficulté. Mais ainsi va la vie...

Homo sapiens loquens.  (Claude Hagège)
Lu dans un roman, La Cathédrale de la mer, qui se passe dans la Barcelone du XIVe siècle, que le cambiste s'il ne pouvait pas honorer les prêts qu'il avait fait, était décapité. J'avais d'ailleurs lu des choses similaires sur des hommes d'affaires en Chine qui avaient été condamnés à mort pour malversations.

Peut-être que les traders qui font mumuse et qui torpillent des entreprises pour se faire du fric sans conscience aucune deviendraient plus scrupuleux si on leur faisait miroiter quelque chose comme la guillotine. Leur glotte se serrerait un peu, et le sens de leur responsabilité avec elle. Peut-être penserait-il que tout ceci n'est pas si virtuel...
Lu dans un article du Monde:

"Avez-vous remarqué que nous retenons tous notre respiration quand nous vérifions nos mails ?"

Mais aussi quand je vais à la boîte aux lettres et que je m'attends à la facture du pire, quand le téléphone sonne et que je pense que c'est ma belle-mère, quand le chien tousse de travers et que je m'imagine déjà la facture du vétérinaire, quand mon chef me dit "dis-moi", quand ma femme me demande qui est cette blonde hyper-pulpeuse avec qui je suis devenu ami sur FB, quand je consulte mon solde bancaire, mon solde vacances, mon solde santé,...

Je me demande en fait quand est-ce que je respire...
24 octobre 2011 - Voici un an que Georges Haldas nous a quittés. Il me manque. Nos discussions, nos lectures et même nos silences me manquent. Comme le simple fait de pouvoir prendre mon téléphone pour l’appeler. D’entendre son salut tonique. De pouvoir prendre rendez-vous. Une date, une heure, un lieu. Je pourrais aujourd’hui retourner m’asseoir à cette grande et belle table du Petit-Mont où je le rencontrais les dernières années. Il n’y est plus.

Georges Haldas, an 1


Pour Catherine

“Je n’existe que si je me jette à la rencontre du monde, pour le dire. Ma manière à moi de m’ouvrir à lui. De me relier à la Source en moi, à travers lui.” (Carnets du désert, 1er janvier 1986)

24 octobre 2011 - Voici un an que Georges Haldas nous a quittés. Il me manque. Nos discussions, nos lectures et même nos silences me manquent. Comme le simple fait de pouvoir prendre mon téléphone pour l’appeler. D’entendre son salut tonique. De pouvoir prendre rendez-vous. Une date, une heure, un lieu. Je pourrais aujourd’hui retourner m’asseoir à cette grande et belle table du Petit-Mont où je le rencontrais les dernières années. Il n’y est plus. J’imagine que les carnets, les livres en cours de lecture ont dû être rangés. Son travail de scribe sous la forme dans laquelle je l’ai connu est terminé. Ses outils ne serviront plus. Peut-être reste-t-il une boîte de Roméo et Juliette ou de Partagas sur le rebord d’une bibliothèque, qu’il ne fumera pas. Oui, Georges Haldas me manque. Le son de sa voix me manque. Sa chaleur me manque. Ses indignations me manquent. Et je sais que je suis loin d’être le seul. Pas un jour ne passe sans que je ne pense à lui. Souvent je me demande comment il aurait apprécié telle ou telle situation. Ce qu’il aurait pensé de ce livre. Et surtout, surtout, j’aurais eu encore tant et tant de questions à lui poser. J’aurais aimé l’entendre me dire: “Prendre acte, et vivre autrement” - cet autrement n’étant rien d’autre que de vivre selon ce qui nous tient le plus à cœur. Avec la mort de Georges Haldas, nous avons perdu une sentinelle de l’aube, un veilleur essentiel.

Pourtant, Georges Haldas ne nous a pas quittés. Le reflet de sa présence brille dans toutes les choses qu’il a aimées, et n’en est que plus intense à travers son absence. Cette absence qui est le creux dont il aimait à dire qu’il accueille la plénitude. Toute sa vie, il a tressé un fil d’or dans la trame des jours et des heures, pour faire apparaître les trésors là où on nous n’aurions vu que de la grisaille, de la routine, de l’anodin. Il a pleinement investi le quotidien, ce royaume dont il était profondément amoureux et dont il se considérait comme un serviteur minutieux et passionné, lui, le scribe de l’Etat de poésie. Et il nous a invités à faire le chemin avec lui. Il ne se considérait ni comme un guide ou un autre maître quelconque. Il se méfiait de tout ce qui ressemble de près ou de loin à des gourous et des techniques de l’âme. Il n’a d’ailleurs jamais cherché à avoir d’élèves ou de disciples - et vu son charisme, il aurait pu rapidement devenir richissime. Il avait horreur des globalisations et des généralisations. “Il n’y a pas de recette unique pour traiter l’être unique”, écrivait-il. Non, il s’est contenté de nous indiquer que par là, peut-être, la vie s’exprime mieux, qu’elle a plus de saveur, de sens et de profondeur. Qu’on y trouverait mieux notre compte. Nous conseillant toujours d’en faire l’expérience par nous-mêmes, comme il l’avait faite lui-même. Georges Haldas était un éveilleur.

Parmi tout ce que Georges Haldas m’a apporté, ce qui reste aujourd’hui profondément ancré dans les fibres de ma mémoire, c’est une qualité d’être. A son contact, je me sentais augmenté de ce que j’avais de meilleur en moi, et, pour un temps du moins, je vivais tout avec beaucoup plus d’acuité. Chaque fois que je le quittais, comme je l’ai souvent écrit, je me sentais calibré, accordé, porté. Bien entendu cet état de grâce ne durait jamais longtemps, car très vite c’était à moi de reprendre les commandes, et là... misère! Je ne pouvais que constater que j’étais loin d’avoir les ressources de vivre à si haut sens. Mais peu importe. Georges m’a donné à entendre une note d’or qui est la mienne, en quête de laquelle je me suis mis. En m’inspirant de l’homme que j’ai connu, j’ai tiré de son exemple vivant tous les enseignements dont j’ai besoin pour travailler ici et maintenant à des dispositions intérieures favorables, humaines, bienveillantes. Il ne me manque rien pour prendre bon soin de mon quotidien. Et quand je viens à perdre le fil, les livres de Georges viennent à mon secours, ainsi que toute une famille d’auteur qui comme lui ont consacré leur existence à dire que nous valons plus, plus que toutes les mesquineries dont nous sommes capables, les meurtres auxquels nous consentons pour ne pas être dérangés dans notre petit confort. Oui, en cet automne où l’indignation se met en marche, Georges Haldas m’apparaît comme un des grands résistants qui ont combattu pour nos valeurs d’humanités, ici, en Suisse, où les géraniums fleurissent. Une lutte qui jamais n’oubliait de tendre vers la tendresse et la clairvoyance.

Un poète ne nous quitte jamais tout à fait. Georges Haldas palpite à travers tout ce qu’il a tant aimé. Si la mort a tôt fait de prendre ce qu’elle était venue chercher, jamais elle n’emmènera ce qui continue à vivre et vibrer à travers ceux qui l’ont aimé.

Quelqu’un s’en va

Et la mort brusquement
ayant passé par là
les herbes solitaires
se demandaient pourquoi
les oiseaux se taisaient
Ici et là les fermes
échangeaient des messages
qu’on ne pouvait capter
C’était là le pays
de ma lointaine enfance
Immobile aujourd’hui
Enseveli par tant
de souvenirs qu’à peine
j’entends un bruit de pas
de quelqu’un qui dans l’ombre
s’en va Et moi je sens
que notre compagnie
de vivants l’indispose
Je ne sais où il va
Moi non plus mais c’est là
Une autre affaire encore
Dont nous reparlerons
quand moi aussi pour vous
je serai dans la nuit
ce quelqu’un qui s’en va
Ayant un rendez-vous
dont nul ne peut rien dire
Dieu seul sachant cela

(Tiré du recueil de poèmes Salutations dernières)


- Un pas de plus -
Georges Haldas, Le scribe du Petit-Mont

Photographie © Pascal Frautschi
«N'essayez pas de devenir un homme qui a du succès. Essayez de devenir un homme qui a de la valeur.» (Albert Einstein)

N'étant pas sûr d'avoir bien compris cette citation relative, il était devenu trader.
S'indigner, oui, mais pas comme on va à un camp de scouts parce qu'on se sent seul et qu'on se cherche une occupation.
Quand il apprit que l'homme qu'il croisait tous les jours était le membre d'un puissant conseil d'administration, il se mit à lui dire «Bonjour Monsieur», sans trop bien savoir pourquoi, vu qu'il ne lui devait rien, qu'ils n'étaient rien l'un pour l'autre et qu'ils ne seraient jamais appelés à se rencontrer.
«Si tu vis en ce que tu crois, tu peux croire en ce que tu vis. Et en ce que tu dis.« (Georges Haldas, Les carnets du désert)

Le tout est de savoir en quoi on croit ou même en quoi est-ce qu'on veut croire.
En tout la paix du cœur...

Et si j’osais faire le choix de cette paix?

Si j’avais la fermeté de vouloir toujours et avant toute chose cette paix du cœur?

Cette paix m’augmente de toutes les tensions qu’elle apaise, de tous les remparts qu’elle abaisse.

Quand on me dit qu'on va manger du canard, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée émue pour le canard. Je l'imagine au fil d'une jolie petite rivière, avec ses congénères, s'ébattre et vivre d'une vie paisible de canard. Ce qui ne me viendrait pas immédiatement à l'esprit quand je mange du bœuf, parce que j'en ai mangé dès l'enfance sans me poser de question. Mais si j'y songe et que j'imagine ce bœuf, ou cette poule, ou ce lapin, voire cette autruche, je suis pris d'une sentimentalité certainement hypocrite, étant donné qu'au final, je les mangerai. Je suis un carnivore lâche.
Tout ce dont tu ne peux plus prendre le pouls dans ta vie est mort. Tu peux sans autre le balancer, il n’a aucune valeur pour toi. Tu croyais que c’était important, par confort.


Coquillage fait chat.


Je confesse mes faiblesses...


Débilophonie - C’est très commun à l’ère du iphone de jouer à la spiritualité plutôt que de la vivre, comme une apps' qu'on douanelarderait pour une tune. C'est fun.
Je n'ai jamais osé offrir un bon pour un saut en parachute. Je m'en serais trop voulu si le parachute ne s'était pas ouvert.
Révélateur. Sur la barque menacée par une tempête (Luc 8, 22-25), le Christ dort tandis que les disciples sont morts d'angoisse. Mais au Mont des Oliviers, où le Christ est saisi d'angoisse en vue de la Passion à venir, les disciples s'endorment alors qu'il leur avait demander de veiller une heure, une petite heure avec lui. Toujours le même souci de l'intégrité physique, immédiate, primale, tandis que l'intégrité psychique, spirituelle est tenue pour mineure.
D'une certaine manière, le psychologue entraîne ses patients comme des astronautes, afin qu'ils apprennent à vivre un tant soit peu en apesanteur d'eux-mêmes dans leur univers intérieur.
A l’œil pour œil, dent pour dent, substituer la clairvoyance, et pourquoi pas un bon repas pour croquer des mets et partager des mots.
Un ivrogne lit par hasard ce vers de la mystique béguine Hadewijch d'Anvers: "Je suis ivre d'un vin que je n'ai pas bu".

Et sagement, il commande un ballon de rouge, convaincu qu'il serait pire d'être soûlé par le vide.
Le vin le plus enivrant est toujours celui qu'on n'a pas bu.
Alors que le speaker disait que «le régime de ce pays s'est construit sur le culte de la personne» et moi j'ai tout d'abord compris «... sur le cul... de la personne».
Cette femme à qui on demandait comment elle avait fait pour vivre plus de 40 ans avec son mari...

- Je me suis assuré que le lion n'ait jamais assez faim pour aller chasser sur un autre territoire, avait-elle répondu.

L'estomac et le bas-ventre repu, le félin ronronne comme un chaton.


«Notre vie aujourd'hui n'a qu'un sens: lutter par notre manière d'être - morale, intellectuelle, journalière - contre la manifeste dégradation de l'homme sous la double emprise de l'argent et de la technologie.» (Georges Haldas, Les hauteurs de Moab, p. 193)
Généralement, on en veut à celui qui pose les bonnes questions.
Demander à l'apathique d'être empathique... Peine perdue.
Lorsque je vois ce pauvre bipède tremblotant sous la pluie froide en tétant son filtre chimique et bactériologique avec ses lèvres, les mêmes qui ensuite embrasserons sa bien-aimée ou son enfant, je ressens un profond bonheur d'avoir arrêter de fumer.
On s'en veut parfois de ne pas apprécier ce qui serait une bénédiction si on avait une maladie grave.
Adieu petit décolleté, adieu petit top, adieu petite robe d'été qui soulève tant de rêves sur son passage. L'automne recouvre le féminin d'une première couche de laine que l'hiver viendra renforcer avec des doudounes qui couvriront les corps comme la neige un paysage.
Il y a certains invariants pour le moins curieux dans certaines conversations. Par exemple, ma mère me demande chaque fois que je l'appelle si je suis allé au cinéma, alors que je ne vais jamais au cinéma.

- Et tu es allé au cinéma?
- Non maman, tu sais que je ne vais jamais au cinéma.

Je me demande si ce n'est pas dû au fait que, une fois par an, je lui donne raison en me rendant au cinéma. Mais je ne le lui reproche pas. Une mère met déjà une bonne vingtaine d'années à faire (tant bien que mal) une mise à jour de la représentation qu'elle a de ce tout petit enfant qu'elle a mis au monde et qui depuis s'est marié, paye des impôts, à peut-être même conduit des camions sur les routes d'Afghanistan ou que sais-je encore. Alors d'ici à ce qu'elle se souvienne qu'il ne va pas au cinéma...
«La plus juste, la plus forte, la plus inviolable des lois de la divinité, c'est que le plus faible soit toujours soumis au plus fort.» (Epictère, Entretiens, Livre I, LXXV)
Chacune de nos journées tend à une plénitude qu'il nous incombe de favoriser.
Les Evangiles sont une parole profondément incarnée, concrète, pas de chichi, de blabla, c'est oui, oui, non, non, tu as un problème avec un ami, ne raconte pas d'histoires, va te réconcilier, tu veux prier et jouer au saint, très bien, mais d'abord du concret, arrête ton cinéma, tu sais que tu dois agir.
Le livre «Le cerveau de Bouddha» démontre bien que le cerveau est conçu pour s'intéresser avant toute chose au négatif, à ce qui ne va pas, à ce qui nous met en danger, étant donné qu'il en va de notre survie. Le plan pépère avec un cocktail et un livre au bord de la piscine ne l'intéresse pas. Non, il est conçu pour agir quand il y a du lourd, du bien angoissant, du balaise. Là, il fonce et il turbine à toute bombe pour nous grossir sur l'écran de notre panique le moindre moustique qu'il transforme en éléphant. Pas étonnant ensuite d'apprendre qu'il est nécessaire de faire des années et des années de méditations pour apaiser ce reptilien bileux.
Bien entendu que la femme a le cerveau de bouda, et plein de bouts de riz entre les dents. Bien entendu...
Tout l'ouvrage «Le cerveau de Bouddha» me confirme une chose: l'apprentissage du cerveau passe par une attention minutieuse. Tout est question d'attention, de dispositions intérieures favorables afin que ce pudding gris absorbe de bonnes choses.
Sagesse élémentaire et néanmoins on ne peut plus efficace: les choses ne sont pas nécessairement comme j'aurais voulu qu'elles soient, d'ailleurs avaient-elles à l'être, et quoi qu'il en soit, ce n'est pas grave, mais alors vraiment pas.
«Il faut du temps pour devenir ce qu'on est déjà.» (Rick Hanson, Le Cerveau de Bouddha)

Peut-être pas moins d'une vie.
Illumine, illumine... Ellumine, vous voulez dire.
«Si Dieu est partout, il est nulle part.» (Chantal Delsol)

Ou partout.
«La moitié de l'humanité est athée» me disait-il, et moi je comprenais «la moitié de l'humanité est tâtée».

Ce qui n'est pas faux, par ailleurs...
L'adultère est une impuissance à aimer.
Découvrir le corps de l'Aimée comme si c'était la première fois qu'on découvre son corps et aussi le corps d'une femme, libre de toute attente, pure offrande. Il n'y a pas besoin de l'adultère dispersion pour retrouver le goût d'un début, au contraire, l'adultère est toujours un terrible manque d'imagination, de créativité et d'envie. C'est le lot des impuissants à aimer.
Jugement ignoble du cinéaste iranien Jafar Panahi. Mais au moins il sait que dans son pays il n'est pas une voix qui clame dans le désert, contrairement à la Suisse où quoi qu'on dise ou dénonce, tant que le lait fait du chocolat...
Il est à envier celui qui se surprend à redécouvrir le corps de l'aimé avec une joie pleine d'adolescence et même d'enfance, comme quelque chose d'extraordinairement bon, et qui n'en revient pas que cette joie lui soit accordée, à lui, qui pensait qu'elle était toujours pour d'autres, et qui savoure ce bonheur rare d'étreindre celle qu'il avait tant désirée comme si c'était une toute première fois, une première fois riche de toute la profondeur d'une relation.

Le Prieur d'une communauté religieuse n'est pas à la tête de la communauté, il en est le cœur, le centre confiant et rayonnant, comme le moyeu d'une roue.
Sortie du livre Eloge de la faiblesse en livre de poche d'Alexandre Jollien, chez Marabout... 50'000 exemplaires vendus en trois semaines. C'est du commerce, mais c'est une belle victoire de la Suisse du cœur, de la pensée, de la quête.
En lisant Gaston Bachelard, je vois les grappes de raisin s'illuminer comme des ampoules juteuses. Chaque cépage a son voltage.
La compréhension des mécanismes de la vie ne se fait pas par l'atomisation du principe vivant, mais par la mise en relation des énergies vitales.
Le télétravail et l'avènement de l'ère je-ne-cherche-plus-à-savoir-pourquoi-je-suis-sur-terre. Connecté 24h/24.
Au moindre frétillement existentiel, je vérifie si on ne m'a pas envoyé un courriel, ne serait-ce qu'un spam, que je puisse pester contre le service informatique et son pare-feu. La journée de travail terminée, je ne suis plus qu'un bulbe déporté malencontreusement chez moi, dans mon foyer, au milieu de gens que je connais de moins en moins, ma femme, mes enfants, et qui m'angoissent à vrai dire, les enfants surtout, parce qu'ils me posent des questions qui m'exaspèrent car elles me rappellent que je ne suis peut-être pas uniquement l'employé dévoué de mon entreprise... Alors ne pas penser, et espérer au milieu de mes insomnies qu'un collègue atteint de la même maladie que moi me réponde...
Parfois l'impression que certains discours ajoutent le Christ et la religion comme une pièce rapportée, le boulon de la bonne conscience. Viendrait-on à l'enlever, l'édifice s'effondrerait-il?
La mère, c'est celle qui chante les contines.
On peut avoir perdu quelque chose qu'on n'avait pas.
Khalil Gibran, beaucoup trop sucré pour moi, voire même écœurant.

Entendu ce matin à la radio, la météo:

«... les grisailles ne résisteront pas et laisseront leur place au soleil cet après-midi...»

On devrait écouter bien plus attentivement les prévision météorologiques. Elles annoncent de grandes choses qui ne concerne pas que le ciel du dehors.
«Le sentiment de performance est pathogène.» (Docteur Patrick Haemmerle, à l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale)
L'atterrage est différent pour chacun et pourtant tous en connaissent le goût et le prix.
Ce qui t'est essentiel ne le sera peut-être pas pour moi, et pourtant je saurai aussitôt reconnaître que c'est essentiel.
Lâcheté: dévaloriser ce qui a de l'importance à nos yeux parce qu'on n'a pas réussi à l'obtenir.
Très beau rappel de Jean Sulivan: l'Evangile est issu d'un monde de paysans et de marins.
L'amour comme la beauté nous blesse. Elle ouvre un possible en portant un coup, en ouvrant une plaie vive et vivante, qui nous écorce et nous arrache à notre somnolence.
Plantez un croix au milieu du mot «pieux» et il devient tout piteux.
Je vois une pomme verte débouler de je ne sais où, traverser le carrefour nonchalante de se faire écraser, taper le bord de la rigole pour suivre le trottoir sur une centaine de mètres, en veillant à bien garder sa droite et venir finir dans ma main à l'arrête de bus. Pendant quelques instants, j'ai eu l'impression que cette pomme était mue par une intention.
Prix Nobel de littérature 2011 attribué à un Viking qui fait des sushis!
Ceux qui n'ont pas connu le parcours de l'adoption ne peuvent même pas imaginer les frustrations qu'il faut endurer par moment - longs les moments, parfois même très longs. Ni les extraordinaires ressources que les parents qui se lancent dans cette aventures peuvent trouver en eux et au sein de leur couple et de leurs amis.
«Nous sommes faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre.» (Christian Bobin, L'inespérée)
Envie de lire Pagnol comme on se blottit contre son enfance.
«Il n'y a pas d'ailleurs Où guérir d'ici.» (Guillevic)

Ce vers de Guillevic me fait penser à ce comptable qui m'avait dit que les impôts avaient toute la vie pour nous faire payer... Mais pas uniquement. Il me désespère également, comme si la vie était une prison sans issue. Et par ailleurs il me réjouit, car je sais que c'est ici et maintenant que je peux sans attendre travailler à ma guérison.
A supposer que chacun rayonne à partir d'un centre composé de l'essentiel de ce qu'il est, chacune de ses actions, de ses paroles, de ses gestes est un reflet de sa nature profonde et dit ce vers quoi il tend.
Le vrai poète est celui qui a su être impeccablement lui-même.
«La métamorphose... c'est le cerveau de l'homme qui veut entrer dans la chimie et rompre l'illustre uniformité d'où naîtra l'ennui. C'est un effort d'espérance et d'aveuglement vers plus de surprise et moins de mort, car le grand problème sera toujours de contourner les miroirs et de couper à la visite des habitudes...» (Léon-Paul Fargue)
La pire des incertitudes n'est pas divine, non. La pire des incertitudes, c'est de savoir que quelque chose pourrait être fait très concrètement par d'autres qui ne le font pas.
Jolie remarque faite hier lors de l'anniversaire des 40 ans de mariage des parents d'un ami de toujours:

- 40 ans de mariage, c'est beaucoup pour une institution qui a été créée à une époque où l'espérance de vie ne dépassait pas la trentaine...
Lorsque sa mère lui avait promis de laisser la petite lampe allumée toute la nuit afin qu'il n'ait pas peur, il lui avait demandé s'il était possible de ne pas l'éteindre pour les septante prochaines années...
Voisinage: chez les uns on tousse comme si la dernière heure était arrivée tandis que chez les autres un nouveau-né s'époumone de vie.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?