Il ne m'aura pas fallu moins de trois ans pour me préparer à me replonger dans la Recherche du temps perdu, et je ne suis même pas encore sûr d'avoir les sens et l'esprit assez affûtés pour me lancer dans le premier volume. Je crois que j'attends de cette auteur quelque chose qu'il ne devrait pas pouvoir me donner. Enfin, je verrai bien.
Quand je regarde tous les livres que j'ai envie de lire, j'ai l'impression d'être face à un arc-en-ciel de savoirs, d'émotions et de beautés qui va entrer en moi et je me demande si ma focale humaine sera assez résistante pour le recevoir et ne pas voler en éclats multicolores. Je compte sur ma gloutonnerie pour accueillir ces textes et fleurir en milles chroniques et merlinades fruitées.
Recette pour imaginer la puissance d'un dinosaure: prendre un bouledogue, multiplier son poids par 1'000, lui lancer une balle à travers un ensemble de chaises et autres objets - dans un restaurant, par exemple, l'endroit s'y prête bien, ou chez un brocanteur. Et regarder le résultat. C'est probant.
C'est terrible de passer pour un sage auprès d'une jeune femme atomique d'une vingtaine d'années. J'ai l'impression d'avoir instantanément perdu toutes mes dents, mes cheveux, je cherche même où j'ai bien pu laisser ma canne, je dois descendre au réfectoire pour le repas de midi. Suis-je donc vraiment devenu un vieux con?
Le mariage est une manière de signifier qu'on veut assumer la relation dans toutes ses conséquences, qu'on en prend pleinement la responsabilité. Ce qui n'exclue pas que chacun peut avoir son havre à soi - c'est même une condition essentielle à la survie du ménage. Cette formalisation de la relation peut être perçu comme un engagement écrasant, ce qui explique que certains aient chercher un peu d'ombre ailleurs.
Le royaume familier dont je tente de rendre compte dans les chroniques merlines n'évoque rien d'autre que la vie ordinaire, le quotidien, ces petits gestes ou ces instants qui passent presque inaperçus au yeux de chacun.
Mon bouledogue, au bout de sa laisse, ne voulait plus avancer. Il s'est calé sur ses pattes avant, il a bandé sa nuque puissante comme une arche, et il m'a regardé avec des yeux dépités et tendres. C'était une masse immobile. Il n'y avait plus rien à faire si ce n'était de le tracter. Quelque chose s'était coincé dans sa tête. J'avais presque l'impression qu'il s'en voulait de ne pas pouvoir me suivre. Mais c'était plus fort que lui. Il était braqué. Après avoir tenté la solution du faible, le rapport de force, j'eus l'idée de m'agenouiller et de lui demander ce qui n'allait pas. Aussitôt, la situation s'est débloquée et il est venu vers moi, les oreilles en arrière, un peu désolé mais content de pouvoir venir en discuter.
Je pense qu'il n'en va pas autrement avec nos blocages intérieures (psychiques, intimes, spirituelles, peu importe le nom). On sent bien que quelque chose se raidit. On enrage de buter contre soi-même. A ce moment, je crois que rien n'est plus utile que d'abandonner le combat - la volonté ne sert plus à rien - et de reprendre le dialogue intime, de se considérer avec bienveillance. Et alors on verra peut-être venir vers nous, tête baissée, cette part noueuse et têtue, qui a besoin qu'on prenne un peu de temps pour elle.
Le livre d'Henri Guillemin sur L'affaire Jésus m'est tombé des mains. Cet orateur brillant, qui sait comme nul autre mettre en lumière la personnalité d'hommes illustres (Hugo, Péguy, Tolstoï), devient subitement idiot, angoissé, alignant des preuves historiques insipides, soulignant des contradictions pour tenter de les résoudre, cherchant des preuves. Bref, au lieu de parler d'une expérience vivante qui pourrait être la sienne, comme il le fait intimement dans l'émission Le signe des temps qui lui fut consacrée, il ratiocine.
J'ai découvert nombre de penseurs autour de la Bible qui ne défendent qu'une chose: la joie. (Je pense à Bobin, Haldas, Zundel, Sulivan, Frère Roger, Dolto, Grosjean, Ellul, Bernanos, Claudel, Henry, Merton, Thibon, Claudel et tant d'autres qui me nourrissent et m'enchantent - je ne mentionne pas Bach, Fra Angelico, ...). L'Evangile est une des bonnes nouvelles qui nous a été annoncée. Ce n'est pas la seule, bien entendu. Ce n'est de loin pas la plus évident. Mais ce n'est pas la moindre.
La prose pas rassurante...
"En tant que société de courtage travaillant avec des partenaires de 1er choix, nous pouvons vous proposer des solutions parfaitement adaptées à vos besoins. Nous nous tenons à votre entière disposition pour un entretien conseil - il vous suffit de nous contacter aujourd'hui même."
"En tant que société de courtage travaillant avec des partenaires de 1er choix, nous pouvons vous proposer des solutions parfaitement adaptées à vos besoins. Nous nous tenons à votre entière disposition pour un entretien conseil - il vous suffit de nous contacter aujourd'hui même."
Une étude démontre que le fait de ne consommer que 80% de ses besoins alimentaires prolonge l'espérance de vie et la santé. 1/5 de moins, c'est une petite privation qui porte ses fruits. Rester un peu sur sa faim a du bon, ça entretient la forme et l'appétit. Je suis persuadé qu'il en va de même avec le désir charnel.
"Le bonheur n'est pas la conséquence de notre comportement, mais l'expression de notre comportement." (Anselm Grün)
Le bonheur n'est pas une récompense que l'on nous donnerait parce que nous avons été sages. Le bonheur est une lumière intérieure qui rayonne à travers toutes nos actions, comme la flamme d'une bougie. C'est une énergie qui vient du fond de l'être. Une personne heureuse est un cadeau pour autrui, comme un rayon de soleil qui nous met en joie.
La manière décomplexée avec laquelle Luc Ferry parle du christianisme donne lieu à des réflexions vivantes, intéressantes. Avec lui la philosophie devient cool. Même si le fond du propos, on le sent bien même s'il s'en défend, c'est de sortir de la religion pour en appeler aux seules valeurs d'humanité citoyenne. Ce qui est sain en définitive. Chacun peut ainsi s'interroger, débattre dans son forum intérieur sur les fondements de ce qu'il croit, de manière plus éclairée.
Nous sommes limités par des contraintes mécaniques, osseuses, orthopédiques, pratiques, financières, quotidiennes, humaines, dans le même temps que nous sommes traversés par un élan vital qui les contourne et cherche sans cesse la meilleure réponse à notre milieu, la meilleure solution pour que nous nous adaptions.
Lire Leroi-Gourhan est un exercice magnifique, même si on n'y comprend pas tout. Quelques exemples tirés de son ouvrage Le geste et la parole - je me réfère à l'édition parue chez Albin Michel, 1964.
"L'esprit est passablement désarmé lorsqu'il se trouve en présence de faits pour lesquels il ne dispose pas de références antérieurs." (p.19)
"Les yeux ne voient que ce qu'ils sont préparés à voir et l'heure n'était pas venue de comprendre ce qui sépare radicalement la lignée humaine de celle des anthropoïdes." (p.23)
"Dans cet enchaînement, les formes pertinentes sont celles qui, à chaque moment du déroulement, offrent le meilleur équilibre, du triple point de vue de la nutrition, de la locomotion et des organes de relation, dans la mobilité et la vivacité, caractéristiques fondamentales des espèces choisies pour démontrer la progression ascensionnelle du monde vivant." (p. 41)
"Il est devenu désuet de louer l'ingéniosité de la nature, mais lorsqu'on analyse les solutions mécaniques auxquelles répondent le crâne du cheval, ceux du cerf, du chameau, du rhinocéros, on reste malgré tout surpris par les réponses du schéma fondamental, toujours le même, à des situations toujours dissemblables." (p. 80)
"Sous la superstructure des explications, l'infrastructure des faits se résout dans le même système." (p.86)
"Tout se passe en somme comme si le cerveau venait progressivement occuper les territoires antérieurs à mesure qu'ils sont libérés des contraintes mécaniques de la face." (p. 104)
Plus le temps passe, plus mon anniversaire me devient totalement indifférent. De même que mon âge. C'est une formalité administrative. Pour des raisons pratiques, on a eu besoin de notifier mon heure de livraison. On fera de même pour mon heure de départ. Voilà tout. Entre les deux, mes fêtes sont quotidiennes.
Que l'homme médiévale aurait pu voir apparaître un dinosaure dans son champ visuel sans broncher peut porter à sourire, vu qu'il imaginait que les territoires qu'il ne connaissait pas étaient peuplés de monstres avec un bras au milieu du visage, des êtres à tête de cheval et autres montages fantasmatiques. Ceci dit, notre allégeance à la société de la dispersion, et tous les simulacres de valeurs qu'elle véhicule ne m'en paraît pas moins fantastique.
"Travailles-tu?"
Il n'y a de joie qu'à travers le travail, et les vrais plaisir de la vie germent du labeur, du sillon bien tracé, de la tâche bien faite, des responsabilités prises. Voilà ce qui rend un homme parfaitement heureux. Il n'aura même pas besoin de répondre à la question: "Es-tu heureux?", car c'est une évidence, cela se lit sur son visage, dans sa manière de faire les choses. Le regarder nous stimule même à nous y mettre, à faire bien les choses et d'en être heureux. "Bien faire et se tenir en joie" notait Spinoza. Comme c'est paternaliste et moral de l'écrire dans ces termes. Et pourtant, comme ça me semble juste.
J'imagine un entretien d'embauche où la première question qu'on vous pose serait: êtes-vous heureux? Vous vous êtes préparé, et bien préparé, vous savez tout ce qu'il est bon de savoir et voilà qu'on vous pose une question qu'on vous met en déroute, que vous ne pouviez pas prévoir. Oui, avez-vous cette compétence: être heureux? Est-ce que vous saurez donner une note de ferveur au travail que vous ferez pour nous?
On sent de plus en plus clairement qu'on n'est de moins en moins heureux avec l'autre, où alors il doit être virtualisé, twitteré, facebooké, meeticfié, bref, pas trop réel, un peu plat comme l'écran d'un télévisieur. Oui, comme on sent que c'est un peu obscène, le bonheur, on se planque de plus en plus dans sa petite sphère privée, on fait sa en cachette, comme quelque chose de sale. On évacue l'autre pour ne pas être dérangé. Quand je vais me promener, je suis étonné de voir que deux canins se reniflent le derrière mais que les propriétaires, eux, se saluent de moins en moins. Ce n'est plus naturel de se voir et de vivre ensemble. Je vous dis, encore heureux si tout ça ne finit par nous faire une guerre, histoire qu'on s'étripe franchement tellement on ne peut plus voir la tronche de nos voisins, jusqu'à qu'on réalise que ce n'est pas tant bon ce fonds de haine et qu'on se tombe à nouveau tous dans les bras, qu'on se refasse un petit mai 68, fusion des corps forcée, puis on recommencera à ne plus pouvoir se voir en peinture et rebelote.
Jean-Louis Kuffer me rappelle avec justesse que l'écriture web pourrait prêter à certains effets trompeurs. Se méfier de l'effet, se méfier de l'effet, se méfier de l'effet, il n'y a rien de pire que le brushing verbal! Je crois que je vais recommencer à écrire la première version de mes chroniques à la main, pour mieux creuser le sillon de mes phrases.
"On ne fait pas plus de Préhistoire en ramassant des haches polies qu'on ne fait de Botanique en cueillant des salades dans son jardin." (André Leroi-Gourhan - un summum d'intelligence à mon sens)
Voilà de quoi me culpabiliser. Je lis tout aussi bien dans cette citation:
"On ne se prétend pas chroniqueur parce qu'on aligne trois mots sur un blog qu'on ne fait de Botanique en cueillant des salades dans son jardin."
Mais bon, si je suis déjà reconnu comme saladier, je serai déjà très content.
L'esprit ou la lettre? Le texte ou le gadget? L’avènement du livre électronique me laisse perplexe. Je regarde une vidéo sur laquelle une commerciale américaine explique de manière rétro-fulguro éclairée, avec un accent de cowgirl, comment je pourrai dorénavant lire Hugo, Baudelaire, Proust, Bobin sur un écran de calculatrice. Quel bonheur ! ... [+]
Tournons la page
L'esprit ou la lettre? Le texte ou le gadget? L’avènement du livre électronique me laisse perplexe. Je regarde une vidéo sur laquelle une commerciale américaine explique de manière rétro-fulguro éclairée, avec un accent de cowgirl, comment je pourrai dorénavant lire Hugo, Baudelaire, Proust, Bobin sur un écran de calculatrice. Quel bonheur ! Seize niveaux de gris qui vont mettre de la couleur dans mes lectures. Capacité de stockage : 15'000 livres, mais on nous prédit qu’on pourra bientôt en mettre le double. L’objet nous permettra aussi de lire nos courriels et pourquoi pas de téléphoner, enfin d’organiser toute sa vie sur cette petite plateforme de 280 grammes nommée K1dlll 12. Oui, nous en sommes au douze, au cas où vous n’auriez pas vu passé le un. Ah, vous venez d'acheter le 11? Tant pis pour vous, le douze est beaucoup mieux. Et on ne vous parle pas du treize. Mais oui, nous allons beaucoup plus lire grâce à toute cette prodigieuse technologie. Nous allons développer une véritable intimité avec nos auteurs favoris - je note bien "favoris" et non pas "préférés". Et puis on se sentira moins seul face à la page du livre, car nous pourrons toujours rester connectés à nos 8000 amis facebook - ils auront augmenté le quota d'ici là. Oui, parce que reconnaissons que c’est quand même un peu angoissant cette solitude qu’impose la lecture, cet état de recueillement. Pas de quoi s’éclater ! Mais avec le K1dlll 12, tout le monde lira avec application, c'est-à-dire en faisant autre chose. Nous serons tous des DJ's culturels. Nous podcasterons, downloaderons, aspirobreakingerons, snifferons le savoir en onde, en vapeur, en cumulus stratus ! Nous allons en entendre parler de K1dlll 12, avec ses forums, ses blogs sur le sujet. Ceci pourra donner lieu à des phrases comme :- Tu te rends compte, j’ai toute La recherche du temps perdu sur mon K1dlll 12. Quel gain de place ! Il ne m’a pas fallu plus de deux minutes pour la télécharger.
C’est Marcel qui va être content. Et dire que la vieille Europe résiste à ce progrès à travers ses éditeurs. Mais je vous assure que ça ne devrait plus durer très longtemps, car nous savons bien que tout ce qui vient des Etats-Unis ou du Japon ne se discute même pas: il faut faire comme eux - ne vous demandez jamais pourquoi, faites-le, c'est tout, c'est comme ça, ça rapporte plein de pognon, c'est donc une raison amplement suffisante. De toute manière, la contestation européenne ne devrait pas durer, un de Gaulle du papier ne se présentant pas à l'horizon, et en matière d'appel, mon opérateur de téléphonie mobile ne tardera pas à me proposer K1dlll 12, l’intégrale des lais de Marie de France et la sonnerie Roland sonne de l'olifant, si je m’abonne d’ici la fin de l’été. Les bibliothèques tohubuesques, les empilements de papier menaçants de s'écrouler sous le poids de la passion de lire, dénoteront un individu arriéré et poussiéreux, qui n'est pas à la page. La miniaturisation de la culture sera tendance: minimaliste, invisible, elle permettra à celui qui ne s'y consacre pas de ne pas être stigmatisé. Chacun d'entre nous sera susceptible de dissimuler un bout de la Bibliothèque National de France sous son veston. De même, un intérieur dépourvu de livre ne sera plus le signe d'une inculture notoire, mais d'un goût sûr. Un K1dlll 16 sera négligemment posé sur la table en verre du salon. Un ou deux livres d’art choisis avec soin contrebalanceront cet idéal de platitude. L’hôte, connaisseur, vous dira qu’il peut lire les poètes que vous aimez sur son K1dlll. Et il vous fera voir le poème Sensation de Rimbaud. Ce qui est beau, c'est de pouvoir l'afficher pour éventuellement le lire. « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, mon K1dlll dans la poche… ». Les nostalgiques du temps d'avant pourront filer chiner chez des bouquinistes des téléchargements ralentis par le temps. Eux aussi auront dû surfer sur la vague engooglisante. Ils y trouveront une vieille édition des œuvres de Marc Lévy. Le charme tiendra à l’affichage qui simulera une page jaunie. Le K1dlll13 quant à lui aura intégré un petit vaporisateur qui diffusera l’odeur d’un vieux livre. Puis viendra un jour où on tournera la page du K1dlll 12, 13 ou du Megapplebook 8, et on reprendra un livre dont on caressera sensuellement la couverture.
Quand je lis un vrai livre, je suis parfaitement relié. Je suis en contact avec la matière première appropriée, chaleureuse, souple. Ce petit accordéon de papier n'a pas de prix, si ce n'est celui du commerce que j'ai développé avec lui, durant les heures où je l'ai pris dans la paume de ma main pour partir en terres humaines, descendant ou remontant les sentiers d'encre en marge desquels je laisse parfois une note, pour plus tard ou jamais, pour marquer que je suis passé par là. Entouré de silence et de calme, il requiert toute mon attention. Si je m'échappe de la page, c'est pour regarder autour de moi et en moi, pour suivre le cours d'une rêverie. Et non pour consulter un statut facebook, une nouvelle ou mes courriels. Mon livre dans la main me suffit - souvent même il me comble. Je suis conquis par la redoutable simplicité de l'objet. Je me divertis sans me disperser, car je suis dans le champ du monde et non dans la rumeur fadasse de la toile. Bien sûr, je ne peux pas partir me balader en transportant 1'500 bouquins avec moi. Mais ça tombe bien, je n'ai besoin que d'un seul d'entre eux. Les tranches des livres qui s'alignent sur les rayonnages de ma bibliothèque sont autant de connaissances, voire d'amis, avec lesquels j'ai noué un commerce plus ou moins intense. Des tranches comme des périodes qui disent mon enfance, mes goûts de toujours, mes interrogations et mes métamorphoses. Et ces livres-amis, j'ai besoin de les voir, j'aime les toucher, revoir des annotations qui ont parfois plus de vingt ans. J'aime le chuchotement d'une page qui tourne, le vrai bruissement, pas la contrefaçon électronique - je déteste ce qui simule. La page d'un livre électronique n'a pas le froissé d'une histoire. Au fil du récit, aussi gros puisse être l'ouvrage, je me perds rarement. J'ai un savoir du bout des doigts qui me permet de feuilleter les pages pour retrouver un passage et je me souviens même souvent de quel côté du sentier je le retrouverai, à gauche ou à droite. Face à ma tablette électronique, j'en suis tout à fait incapable. C'est comme un faux livre qui serait vide derrière. Je le retourne, je cherche où sont les étapes parcourues et je ne vois que le logo du fabricant. Magie! M'aurait-on dupé?
Bien entendu, le livre électronique n'est pas tout à fait qu'une affaire de marketing. On ne lira pas moins bien sur une tablette - qui rendra service à nombre de personnes qui n'auraient pas accès à ce savoir pour diverses raisons - un handicap, un accès aux ouvrages rendu difficile pour des raisons géographiques. Ma surdité à cette technologie ne vient pas de son utilité, mais du discours autour de l'objet, qui me laisse songeur. Un livre n'est pas un produit comme les autres, même si, aujourd'hui, on les trouve dans les supermarchés - Balzac entre les pampers et les produits ménagers. Evoquer ce qu'un livre peut faire techniquement reste très différent de ce qu'il peut apporter humainement. Je me demande si le livre-outil ne participera pas à la montée de la désalphabétisation? Est-ce que ce ne sera pas un écran de plus qui viendra nous mécaniser et nous couper de nos ressources organiques. Il y a déjà tellement d'interférences et de fritures sur notre ligne psychique. Le fait que ce soit un appareil électronique fausse notre rapport à la lecture, l'automatise. La somme des fonctionnalités n'éclaire pas la compréhension d'un texte. Ne fait-on pas plus joujou que de vraiment lire? La perte du contact avec la matérialité du livre, le papier, son poids, son odeur, son toucher, ne risque-t-elle pas de rendre encore plus virtuelle la lecture qui fait elle-même intervenir l'imaginaire? A cause de la technologie, le rituel de la lecture ne risque-t-il pas de se fondre parmi les dizaines d'autres maniclettes électroniques qu'on réalise quotidiennement? En la technicisant, j'ai peur qu'elle ne devienne une saveur froide parmi d'autres. Lire n'est pas une activité comme les autres, elle porte en elle des enjeux pour notre espèce qui sont bien trop importants pour que ce soit les seules économistes qui s'en occupent - comme la santé d'ailleurs. Et je ne suis pas sûr que la lecture soit la priorité des gens qui sont chargés d'inventer ces outils technologiques. Nous verrons bien si la "révolution" numérique comporte de véritables enjeux d'humanité ou si elle est uniquement commerciale. Si elle ouvrira la porte à de vrais talents et sera le ferment d'une authentique créativité. Ou si elle ne fera que de participer au grand mouvement de décentrement en cours dans notre société de la dispersion.
Mais foin de bavardage. Lisons!
Image - Franz Eybl, Jeune fille lisant.
Ne pas oublier de suivre un tout bon blog d'un lecteur qui a un oeil et une plume redoutablement fertiles: http://carnetsdejlk.hautetfort.com.
Le site Ina.fr est une mine d'or documentaire, avec des interviews des personnalités qui me sont chers. Et je crois bien que c'est grâce au trafic généré par les actrices de films pornographiques que l'Ina peut nous offrir d'entendre l'abbé Pierre, Jacques Ellul, le Dalaï-Lama, le Clézio, Henri Guillemin et tant d'autres. En effet, le site indique en permanence quelles sont les vidéos les plus vues, et je vois apparaître en tête de liste les photos de demoiselles plus connues pour leurs aptitudes mécaniques qu'intellectuelles ou créatives.
"Jeudi, on apprenait que huit employés du centre funéraire de X. à Y. avaient été mis à pied en raison de "graves irrégularités". Vendredi, la Tribune de Genève révèle que l'affaire a démarré avec une photo montrant un employé nu, un verre à la main, son sexe dans l'autre, dans une chambre funéraire."
C'est bien connu, Eros et Thanatos forment un couple. Ce qui est plus énigmatique, c'est la formulation de la dernière phrase. Doit-on entendre par "l'autre", l'au-delà?
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...


