Ces lieux où quelqu'un vous dit quelque chose qui y reste accroché. Et, ensuite, chaque fois vous que vous y passez, vous vous en souvenez. Comme cette porte sur laquelle se trouve une étiquette qui me rappelle que ma petite soeur avait été étonnée que je ne sache pas si je devais la pousser ou la tirer vu que je passais par là tous les jours.
Il n'avait pas compris de quoi il parlait lorsqu'il lui avait expliqué qu'il ne pouvait pas poursuivre une relation avec cette femme, parce que la lecture ne signifiait rien pour elle, pas plus que la parole. Mais il ne mit pas long à comprendre lorsqu'il lui demanda s'il s'imaginait pouvoir partager sa vie avec quelqu'un qui pour qui les relations intimes n'avaient aucune importance.
- Comment allez-vous?"
Voilà une question que j'aime liquider séance tenante, comme Malraux ou Haldas (rien que ça!). Ne serait-ce que parce que, la plupart du temps, celui qui vous la pose ne le fait que par pure convention. Qu'ensuite, vous ne le connaissez de toute manière pas suffisamment pour venir à lui parler si ça n'allait pas. Et que nous ne vivons pas dans une société où on aime tant écouter autrui.
Ou alors j'aimerais mettre cette question en suspens, le temps de la rencontre et demander:
- Comment irons-nous après nous être rencontrés, qu'aurons-nous échangé, partagé. Qu'est-ce que vous m'aurez apporté qui me fera aller bien, qui nourrira ma joie?
"L'écriture est le doigt qui montre le miracle." (Christian Bobin).
Mais bien sûr, c'est pour cela qu'on écrit, qu'on peint, qu'on chante et qu'on s'aime, pour pointer le miracle, dire à d'autres où on l'a vu afin qu'ils puissent s'y rendre.
Et Bobin d'ajouter: "Il y aura toujours, pour sauver le monde, quelques âmes éprises de ce qu'elles ont entrevu ou cru entendre."
Il n'y a pas besoin de plus de preuves que d'avoir été effleuré pour que notre coeur s'embrase comme une tête d'allumette.
Lu sur un (grand) panneau publicitaire: "Les handicapés ne sont pas comme nous".
Ce seul message me laisse songeur. Il y aurait donc d'un côté les handicapés, et de l'autre, nous? Qu'est-ce à dire? Avant d'être handicapés, ce sont des êtres humains, des hommes, des femmes, qui souffrent d'un handicap.
Mais le message ne s'arrête pas là. Il est ensuite indiqué: "Ils relèvent des défis qui nous dépassent".
J'imagine qu'une personne handicapée qui lit ça doit aussi être dépassée. Mais qui sont ces gens qui mettent une telle pression sur les personnes handicapées? De quel droit s'amusent-elles, entre deux message sur Facebook, à écrire des messages pareils. Quel est leur but? Faire sensation? Etre lu? Oui, bien. Et après?
Ces gens ne connaissent pas la chance qu'ils ont de jouir de toutes leurs facultés. Sans quoi ils bosseraient un peu plus leurs campagnes publicitaires!
Ce grand gaillard, la quarantaine, dans sa voiture, devant la maison de ses parents. Il recule sur le petit chemin qui rejoint la route alors que sa mère s'efforce de le guider. Il ne peut s'empêcher de lui dire, sur le ton de celui qui tient tout de même à souligner qu'il n'est plus un enfant:
- C'est bon maman, tout va très bien.
Mais pour elle, ce n'est pas un adulte qui est au volant; c'est encore et toujours son petit, sur lequel elle doit viscéralement veiller, et qu'elle emportera dans toute la fraîcheur de sa jeunesse, avec elle, au paradis.
Il y a des familles ou rien n'ira jamais parce que chacun préfère aiguiser les petites querelles stériles, se draper d'orgueil, plutôt que de participer à la création de liens plus forts. Mais comment veut-on que les choses aillent mieux ici-bas si déjà, au sein d'une famille, tout n'est que discorde?
Ceci peut paraître pas très chrétien, mais il importe séance tenant d'aller secouer vigoureusement - mais alors vraiment très vigoureusement - l'être aimé qui vous fait des misères avant que ce dernier soit trop miséreux et malade pour n'être plus qu'une victime. Et encore, je dirai que dans certains cas, on peut encore aller le secouer. Quand c'est fait avec amour et égard, c'est souvent salutaire.
Affiche de Terre des Hommes, par ailleurs choquante: "Investissez dans un enfant des rues". Comme, également, ces affiches qui titrent en gros "Arrêtons de payer pour les handicapés". Mais dans quel monde vit-on pour qu'on en vienne à devoir écrire des choses pareilles afin d'espérer attirer l'attention du citoyen, de le faire réagir? On voit bien qu'il ne réagit plus, les publicitaires ayant mis à genou la langue, l'ayant fait rendre gorge pour qu'elle paye - et elle ne paye plus. De l'avoir traitée comme une fille de joie corvéable à merci, on a dépouillé la Belle de toutes ses vertus. Et que vont-ils écrire après ça?
A force de lire partout que de s'asseoir sur un coussin sans rien faire c'est formidable, on se dit que la chaise est peut-être une entrave à l'évolution de l'occident. Imaginons François Mitterrand assit en lotus dans son bureau à l'Elysée. Il aurait eu l'air moins crédible - et plus humain peut-être.
Amkoullel, l'enfant peul, d'Amadou Hampâté Bâ: moi qui pensait que c'était dans les romans russes qu'il était le plus difficile de mémoriser le nom des personnages, je me suis bien trompé.
Dans ce roman, Amadou Hampâté Bâ décrit avec quelle évidence les individus tissent des liens entre eux, c'est époustouflant. Tandis qu'en Europe, on va être bouleverser par la mort d'un ami qui laisse un orphelin, en apportant une aide circonspecte, au Mali, il sera aussitôt intégré à la famille et trouvera un nouveau père qui en prendra la responsabilité. Il y a une plasticité du lien qui doit être extrêmement rare sous nos latitudes.
"Cessez de chercher le chemin pour le trouver". A priori, on pourrait penser que ça ne veut rien dire. C'est une injonction banale, vide de sens, avec un fort relent de spiritualité de bas étage. C'est exactement le type de phrase qui ne satisfera jamais notre cerveau. Si on ne la métabolise pas, on ne peut pas la comprendre. Comme la plupart des choses importantes pour notre vie, d'ailleurs.
Je me promets toujours de lire un gros livre de philosophie ou un essai bien épais, et je me réjouis de tout ce savoir que je vais acquérir, de toute cette intelligence que je vais métaboliser.
Puis, j'y renonce avec un soulagement similaire à un gros sac de cailloux que j'aurais porté sur mon dos et je plonge dans un recueil de poèmes, léger, léger...
Jacques Vergès, seul, sur scène, dans sa pièce Serial plaideur, qui prend la défense de ce qu'il y a de plus humain en nous, de ce qu'il reste toujours, en définitive, d'humanité, en chacun. Quel qu'il soit: proscrit, assassin, renégat. Le rachat possible de tous par la parole sur la scène du procès. Superbe!
Quand on fait une activité de support, on est régulièrement confronté à des gens qui ne font pas la différence entre le service, l'outil qui leur pose problème et la personne qui leur répond. Comme si cette personne était le service et l'outil et qu'ils pouvaient donc se permettre d'être désagréable! Ainsi, ce sale type à la Migros qui s'est mis à enguirlander la caissière parce qu'il ne trouvait pas les vis qu'il voulait. Pauvre abruti!
Ecrire des aphorismes, c'est se livrer à un "art inférieur d'esprits au souffle court, un art dont certaines gens, surtout en France, ont vécu et vivent encore, en quelque sorte des pseudo-philosophes pour tables de nuit de malades [...] dont les maximes finissent par s'étaler sur tous les murs des salles d'attente des cabinets médicaux." (Thomas Bernhard, Le naufragé).
Si au moins on voyait ces aphorismes sur les murs des salles d'attente.
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