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Georges Haldas dit régulièrement dans ses entretiens: "Nous en reparlerons..." ou "Nous aurons à en reparler...", comme dans un repas un plat de prédilection qu'il se réjouit de partager un peu plus tard avec ses convives. Et Dieu sait que cet homme-là savait régaler l'être.
«Je n’existe que si je me jette à la rencontre du monde, pour le dire. Ma manière à moi de m’ouvrir à lui. De me relier à la Source en moi, à travers lui.» (Georges Haldas, Carnets du désert, 1er janvier 1986)

Demain, cela fera deux ans que Georges Haldas a rejoint sa patrie première, la Source à laquelle il a consacré sa vie et qui n'est autre que le quotidien qui, chaque jour, sauve celui qui prend la peine de lui porter attention. Cette Source que chacun de nous, à sa manière, alimente, féconde, parfois détruit.
«Travailler comme témoin d'une lumière humaine à l'intérieur de l'homme contre les besoins de puissance, de profit d'écrasement et de guerre c'est un travail d'humanisation contre les forces qui nous déshumanisent.» (Georges Haldas)
Georges Haldas fait partie de ces êtres supérieurs comme j'en ai rarement rencontrés.
«On ne dénonce, en fait, chez autrui que ce qu’on porte secrètement en soi-même.» (Georges Haldas)
«Minutie Ô ma sœur.» (Georges Haldas)

Dame Minutie est la reine des amoureux du quotidien.
Me revient, souvent, l'extrême concentration de Georges Haldas quand il parlait. Pas de bavardage, non, mais un propos soutenu, minutieux, pleinement investi par sa qualité de présence au monde.
Je me souviens de Georges Haldas qui me disait: «Avoir l'écriture dans sa vie, c'est avoir une alliée.»
«On ne dénonce, en fait, chez autrui que ce qu’on porte secrètement en soi-même.» (Georges Haldas)

Oh que oui!
«Orphée enchante. Le Christ guérit.» (Georges Haldas)
24 octobre 2011 - Voici un an que Georges Haldas nous a quittés. Il me manque. Nos discussions, nos lectures et même nos silences me manquent. Comme le simple fait de pouvoir prendre mon téléphone pour l’appeler. D’entendre son salut tonique. De pouvoir prendre rendez-vous. Une date, une heure, un lieu. Je pourrais aujourd’hui retourner m’asseoir à cette grande et belle table du Petit-Mont où je le rencontrais les dernières années. Il n’y est plus.

«Notre vie aujourd'hui n'a qu'un sens: lutter par notre manière d'être - morale, intellectuelle, journalière - contre la manifeste dégradation de l'homme sous la double emprise de l'argent et de la technologie.» (Georges Haldas, Les hauteurs de Moab, p. 193)
Thibon, Ramuz, Haldas: quel beau tiercé de paradis.
«La lecture du vieux Gustave Thibon, dans L’Illusion féconde recueillant les pensées du jeune homme de nonante ans, me fait toujours du bien et depuis mes vingt ans de personnaliste de gauche et de droite en même temps et de tous les goûts de ma nature. Or il en va de cette lecture comme du bon pain et de l’eau claire, sur une faim et une soif que jamais les Modernes n’ont rassasiée ou étanchée. Ce vieux veilleur des champs m’est resté comme l’incarnation d’un penseur indépendant selon mon cœur de tous les âges, certes nourri de ce fou de Nietzsche et de l’allumée Simone Weil qu’il a défendus comme personne, mais à mes yeux libre de toute attache en dépit de ses liens avec la France souverainiste et le catholicisme traditionnel, dont je me fiche évidemment pour mieux écouter sa vraie voix ferme et bonne de passant profond, paysan du ciel comme Haldas ou Ramuz, fidèle assurément mais plus que cela : laissant à chacun vivre ses fidélités innées ou acquises - et notre commun amour pour la vie et les gens, la poésie et les livres qui diffusent à travers les siens que je rassemblerai tous ici, à l’isba, au bord du ciel.» (Jean-Louis Kuffer)
Comme cela m'arrive souvent depuis un an, j'ai passé la nuit en rêve à la table d'un vieux bistrot avec Georges Haldas, et nous avons papoté toute la nuit.
«Il était comme enraciné dans ce quotidien des choses reçues dans une humilité qui pour moi l’apparente à Charles Péguy.» (Georges Nivat à propos de Georges Haldas)
Bonheur d'un samedi matin radieux d'être à Genève, tôt le matin, de traverser la Plaine de Plainpalais pour me rendre au Café de la Radio, si cher à Georges Haldas. Il s'y rendait chaque matin pour écrire de 6h à 8h, en attendant que le petit café algérien attenant, Chez Saïd, ouvre à son tour. Discussion avec la patronne. Plus d'un quart de siècle qu'elle tient son café, avec minutie et attention, Nous parlons de Georges, mais également de Monsieur Saïd, décédé il y a 5 ans. Il avait eu une petite douleur au cœur, s'était rendu à l'hôpital pour un contrôle et s'est endormi. Elle me raconte qu'il avait voulu remettre son café, mais n'ayant pas trouvé de repreneur, il a travaillé jusqu'au bout. Aujourd'hui, c'est un magasin de vélos. J'ai bu quelques cafés sur la terrasse, puis je suis reparti par la rue de Maraîchers, dont Georges Haldas a beaucoup parlé, et que je sillonnais, adolescent, lorsque j'étais en avance au rendez-vous qu'il m'avait donné.
Ce conseil de Jean-Louis Kuffer, qui me rappelle celui que m'avait déjà donné Georges Haldas: écrire, c'est suggérer. Par exemple, dire d'une personne qu'elle est gentille n'a aucun intérêt et ne nous en dit rien, mais prend tout son sens si je m'efforce de l'exprimer à travers une description minutieuse de certains de ses gestes, son attitude, un regard, une attention. C'est ainsi qu'on a le plus de chance de donner à sentir à son lecteur une certaine qualité de présence, qu'on peut qualifier de «gentille».

Suggérer, c'est porter par en-dessous quelque chose que l'on donne à voir à son lecteur, qu'on met à hauteur de regard, d'attention. Intéressant de savoir que le verbe «suggérer» remonte étymologiquement à la même famille que le mot «geste». Ce qui exprime très exactement ce que j'aimerais parvenir à faire à travers mes chroniques et  mes notules: être une geste quotidienne, une chanson de gestes, qui puisse évoquer à mon lecteur ce qu'un être m'a inspiré.
Cette conférence organisée autour de Georges Haldas et intitulée «Georges Haldas, le nouveau Maître», entendez, maître à penser. Le pauvre, il doit se retourner dans sa tombe, lui qui détestait cette expression.
«Le secret de la liberté humaine, c'est d'agir en étant détaché du fruit de ses actes.» (Bhagavad Gita)

Seul compte la tige, qui véhicule le devenir du fruit ou du texte. Le fruit ne nous appartient plus. En ce sens, je me souviens de Georges Haldas à qui j'avais demandé ce qu'il ressentait alors qu'un de ses livres venait d'être publié et qui me répondait que ça lui était complètement égal, c'était derrière lui. Ce qui lui importait pour écrire, c'était d'être présent maintenant. Il n'avait pas de temps à perdre à se congratuler pour le livre qu'il venait d'écrire et qui s'était détaché de lui, comme une feuille d'un arbre.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?