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Voilà qui n'aidera pas ceux qui ne voient rien au monde qui les entoure à y voir plus clair. Au contraire, ils ne feront que s'éloigner encore un peu plus de l'essentiel...

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«Seul celui qui marche est apte au réel.» (Jean-Jacques Rousseau)
«Je suis interconnecté à la totalité de la réalité à laquelle je m'éveille.» (Bernard Besret)

Encore faut-il s'y éveiller, parfois commencer tout simplement par ce réveiller. Nous faisons tant de mauvais songes éveillés.

Mais il est fondamental de prendre conscience que ce réel auquel je m'éveille, que je découvre, que j'apprivoise, que je métabolise, que je fais mien, me permet à mes racines de plonger plus profondément dans la vie.
Pour un homme de l'écrit une petite fille qui babille offre une occasion unique: celle de faire l'expérience de la racine première des mots. Manger prend l'expression cocasse de sa bouche qui s'ouvre si grande qu'elle a les yeux qui plisse et le nez qui fronce. La moindre babiole rend vivant le verbe jouer. Dire qu'on l'aime et qu'on tient à elle n'est pas plus compliqué que de la serrer fort contre soi. Pleurer dit une gêne qui peut-être toute simple et très concrète. Sourire est une percussion direct sur le cœur, et le baromètre de son bien-être. Parler ne veut rien dire de compréhensible, parce qu'elle doit savoir que de toute manière les adultes peinent énormément à comprendre les choses essentielles. Dormir est une clé des songes, un verbe dont elle se méfie encore parce qu'elle aime tellement ce Réel qu'elle dévore à pleine dent (même si elle n'en a que six), qu'elle doute qu'il réapparaisse à son réveil. Et c'est à nous de lui prouver que c'est vrai, oui, que nous serons là, dès qu'elle ouvres les yeux, que nous l'aurons précédée à l'aube pour la porter vers le jour nouveau.
Nous avons des rêves de trônes ou d'escabeau et pourtant nos vraies richesses se trouvent au ras du sol.
- Je suis navré. Il n’y a aucun remède.

Je chancelle quelques instants avant d’oser un timide:

- Vous en êtes sûr?

J’aimerais qu’il éclate de rire et me dise:

- Mais non, je vous fais marcher!

Malheureusement, ce n’est pas dans les habitudes de mon médecin de faire ce genre de plaisanterie.

«Le réel s’impose à moi, et ça, c’est une libération.» (Christian Bobin, La lumière du monde)
L’écriture est servante de la réalité, et non une maîtresse. On entend souvent cette ritournelle esthétique qui voudrait qu'on écrive parce que la vie ne suffit pas. Sornettes! On écrit au contraire pour dire le trop-plein de vie qu'on a en soi, comme d'autres rient, dansent ou chantent. Et nous sommes les servants de cette inspiration qui nous pousse à nous exprimer. Comme l'arbre fleurit.
Il y a souvent plus de réalité dans ce qui se cache que dans ce qui se montre. Ce qu'on voit ne révéle pas forcément grand-chose.
Lire, écrire, loin de nous soustraire à la réalité nous en rapproche et la rende plus familière.
"Il n'y a pas d'autres grâce que le réel." (Christian Bobin)

Mais combien de fois devra-t-on se le dire afin que ça rentre? 1'000'000 de fois? D'accord, je signe, je n'écrirai plus que cette phrase!
Je me suis effondré en entendant le terme de "réalité augmentée". J'ai dû l'entendre par le passé, mais je l'avais tout naturellement évacué. Qu'est-ce donc que la réalité augmentée? La mammoplastie du Réel? Encore une technologie qui participera à notre cécité contemporaine?
Les écrivains, les poètes, les peintres, tous ceux qui font œuvre de sensibilité sont les gardiens du regard. Sans eux, on finirait par ne plus voir ni même sentir combien on vit dans une réalité truquée.
Le seul maître, c'est la réalité, professeur souvent austère, sèche, et pourtant la seule à nous enseigner l'usage de nous-même.
Je me rends compte jour après jour, au prix de joies et de souffrances qui me guident, que la pratique du quotidien au quotidien est mon sentier de vie, sur lequel je peux évoluer. Là, tout de suite, à chaque instant, même difficile, je me dis: "Voilà encore un bel exercice. Il ne tient qu'à moi d'en faire quelque chose".
"Penser, c'est vouloir" (Alain)

On voit là que ce philosophe se distingue de la méditation molle du "lâcher la prise et tombez au fond du gouffre de vos névroses". Il loue l'action, qui se voit à travers ce qu'on fait, qui peut-être constatée, vérifiée, contredite, bref qui existe.
Plus on avance en réalité, moins on a besoin de se faire remarquer en surface.
"Faire et non pas subir, tel est le fond de l'agréable. Mais parce que les sucreries donnent un petit plaisir sans qu'on ait autre chose à faire qu'à les laisser fondre, beaucoup de gens voudraient goûter le bonheur de la même manière, et son bien trompés."

C'est bien la peine qu'on met à l'ouvrage qui donne un plaisir durable, profond. 

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?