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Le téléphone sonne. Je décroche. Personne ne répond. Puis finalement une voix me dit qu'elle voulait parler au médecin de sa fille. Je lui signale qu'elle s'est trompée de numéro et mon interlocutrice, au lieu de s'excuser et de raccrocher, me demande qui je suis. Mais qu'est-ce que cela pouvait bien lui faire? S'imaginait-elle pouvoir changer le cours des choses, me voir soudainement me transformer en secrétaire médical qui l'aurait mise en attente avant de lui répondre que j'allais lui passer le docteur?
Un jour, j’ai craqué. J’ai décidé de me suicider socialement: j’ai jeté mon téléphone portable et j’ai vu toute ma vie prendre un grand virage pour le suivre tandis que je restais seul au bord du chemin. Je me suis retrouvé soudainement isolé au milieu d’une foule de gens qui, bien qu’étant à côté de moi, étaient en train de parler à d’autres qui étaient ailleurs, et demandaient à tout bout de champ:
- Tu es où?
- Tu es où?
Observez les différents interlocuteurs que vous rencontrez durant la journée. Combien n'auront pu tenir le temps d'une conversation sans triturer leur clope téléphonique, leur ifaune ou leur dentroïte? C'est plus fort qu'eux, c'est la clope du XXIe siècle le téléphone portable, l'objet contra-phobique par excellence. On se targue de ne plus fumer, de ne pas trop boire publiquement, mais alors qu'est-ce qu'on branle le divin outil pour se décharger du stress et de l'exigence qu'impose toute relation à autrui.
La technique devient une excuse facile - et inadmissible - pour justifier la perte de qualité du contenu.
Je ne comprenais pas pourquoi les propriétaires de téléphones portables iphone laissait la signature «Envoyé avec mon iphone». Mais parfois, lorsqu'on voit la qualité des messages envoyés, on voit mieux pourquoi ils tiennent à préciser qu'ils vous écrivent avec cet ustensile. Bien que, à mon sens, ceci ne légitime pas d'écrire n'importe comment. D'aucun pourrait aussi se mettre à signer qu'il n'a pas fait l'université, ou alors qu'il n'aime pas trop écrire, ou encore que ça lui casse les pieds de se donner un peu de peine, et que vous n'avez qu'à vous en accommoder.
Je ne comprenais pas pourquoi les propriétaires de téléphones portables iphone laissait la signature «Envoyé avec mon iphone». Mais parfois, lorsqu'on voit la qualité des messages envoyés, on voit mieux pourquoi ils tiennent à préciser qu'ils vous écrivent avec cet ustensile. Bien que, à mon sens, ceci ne légitime pas d'écrire n'importe comment. D'aucun pourrait aussi se mettre à signer qu'il n'a pas fait l'université, ou alors qu'il n'aime pas trop écrire, ou encore que ça lui casse les pieds de se donner un peu de peine, et que vous n'avez qu'à vous en accommoder.
«On a tout à gagner à donner aux objets familiers l'amitié attentive qu'ils méritent.» (Gaston Bachelard, La flamme d'une chandelle)
Nous vivons une époque ou de nombreux objets ne peuvent plus être investis par cette amitié attentive. Ils nous sont certes familiers, comme un téléphone portable, un ordinateur, et pourtant, ils sont parfaitement interchangeables, ils n'ont plus de valeur durable, ils ne font plus partie de ce qui se transmet, de ce qui est marqué de l'empreinte de celui qui les a possédés. Je me souviens du couteau suisse que mon père m'avait offert et qui l'avait accompagné depuis plus de vingt ans. Il était imprégné de son histoire, investi affectivement. Le moment où il me l'a donné était important, riche de sens. Je n'avais pas l'impression qu'il s'en débarrassait, mais qu'il me faisait un cadeau, précieux. Je mesurais bien l'importance de son geste. Je l'avais mérité parce que j'étais son fils, et qu'il souhaitait me transmettre quelque chose de son histoire. Rien à voir avec un téléphone portable dont il n'aurait plus su quoi faire parce qu'il venait d'acquérir le dernier modèle.
Nous vivons une époque ou de nombreux objets ne peuvent plus être investis par cette amitié attentive. Ils nous sont certes familiers, comme un téléphone portable, un ordinateur, et pourtant, ils sont parfaitement interchangeables, ils n'ont plus de valeur durable, ils ne font plus partie de ce qui se transmet, de ce qui est marqué de l'empreinte de celui qui les a possédés. Je me souviens du couteau suisse que mon père m'avait offert et qui l'avait accompagné depuis plus de vingt ans. Il était imprégné de son histoire, investi affectivement. Le moment où il me l'a donné était important, riche de sens. Je n'avais pas l'impression qu'il s'en débarrassait, mais qu'il me faisait un cadeau, précieux. Je mesurais bien l'importance de son geste. Je l'avais mérité parce que j'étais son fils, et qu'il souhaitait me transmettre quelque chose de son histoire. Rien à voir avec un téléphone portable dont il n'aurait plus su quoi faire parce qu'il venait d'acquérir le dernier modèle.
Est-ce que les personnes qui n'ont pas de natel sont moins heureuses à Nouvel An de ne pas être sur la mailing list de ceux qui smise à tout vent? Ce qui veut dire que si on veut leur souhaiter la bonne année, il faut le faire de vive-voix, c'est pénible, on doit les appeler, véritablement communiquer avec eux.
Les cabines téléphoniques n'ont rien de vieillot. Ce sont des lieux citoyens dans lesquels tout un chacun peut aller téléphoner. Comme les latrines le sont pour d'autres raisons. Est-ce que vous iriez faire vos besoins au milieu de la rue? Alors pourquoi les gens qui ont un téléphone portable se sentent le besoin de se répandre ainsi devant tout le monde?
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...