«Certes, l'homme est partout l'ennemi de lui-même, son secret et sournois ennemi. Le mal jeté n'importe où germe presque sûrement. Au lieu qu'il faut à la moindre semence de bien, pour ne pas être étouffée, une chance extraordinaire, un prodigieux bonheur.»

Un prodigieux bonheur... Vous avez cru que c'était Bobin? Eh bien non, c'est Bernanos! Et ce prodigieux bonheur, un peu mon n'vœux que c'est tout ce que je vous souhaite pour la nouvelle page qui s'ouvre dans quelques heures comme une absolution pour certains, une gueule de bois pour d'autres, quoi qu'il en soit on se remettra tous au boulot sous peu, et si ça peut être pour cultiver un peu plus de bien, nous ne perdrons pas notre temps.


Peu importe que nos travaux soient répétitifs si nous parvenons à les accomplir avec une fraîcheur d’âme et d’esprit. Si chaque fois que nous les accomplissons, nous faisons travailler quelque chose qui nous amène à être plus présents à la vie, à soi-même, à autrui. L’essentiel, ce sont les dispositions intérieures dans lesquelles nous accomplissons nos tâches quotidiennes. Tout participe à notre croissance.
Le temps nous sacrifie, nous dépouille afin que quelque chose fasse jour à travers tout ce que nous perdons.
Rien de neuf sous le soleil, et qu'importe puisque de toute manière nous n'avons même pas commencer à entamer la nouveauté de ce que nous avons tous les jours sous les yeux.
Je me demande toujours ce que peut bien cacher l'activisme à outrance.
Aller à la rencontre d'une vérité avec son interlocuteur, construire quelque chose d'inédit, le temps d'un repas, bonheur.
Cette étrange aptitude que nous avons de nous mettre à l'ombre de n'importe quel caillou pour éviter la lumière qui ruisselle de toute part.
«Les hommes ne devraient pas tant réfléchir à ce qu'ils doivent faire. Ils devraient plutôt penser à ce qu'ils sont. Il en est plutôt ainsi que notre être et notre façon d’être étant justes, nous sanctifions ce que nous faisons: manger, dormir, veiller, etc.» (Maître Eckhart)
«Les gens sont fatigués de ne pas faire ce qu'ils aiment faire.» (Daniel Sibony)
Ceux qui ne veulent pas penser à la mort s’activent comme s’ils couraient vers elle.
J'ai été touché par cet aveu de ma voisine qui m'a dit que, comme elle était aux toilettes et qu'elle ne savait pas quoi faire, elle a lu ma dernière chronique. Quelles que soient les circonstances, au moins j'ai une lectrice.

Réparer la vie, la créer, la scruter, la déballer, la remballer, la fragmenter, la turlupiner, la chercher, la perdre, la retrouver, à quoi bon si on avant toute chose on ne travaille pas à lui donner du sens?
«En somme, tout compte fait des expériences de la vie, des expériences écartelées, écartelantes, c'est bien plutôt devant mon papier blanc, devant la page blanche placée sur la table à la juste distance de ma lampe, que je suis vraiment à ma table d'existence.»
-- Gaston Bachelard, La Flamme d'une chandelle.


Comme l'écrivait Maurice Zundel, pour être quelqu'un, il faut arrêter d'être une chose. D'où la nécessité de bien s'entourer de gens capables de percevoir qui nous sommes, et non pas seulement à quoi nous pouvons leur servir. De gens qui ont le sens d'une vie qui a du cœur.
Il y a ceux qui se couchent dans les brancards, ceux qui ruent et pire, ceux qui mettent tant d'énergie pour les éviter qu'ils finissent par en mourir. Et puis il y a celui qui tire sa humblement sa carriole, non qu'il se soit vraiment résigné, mais il sait se contenter des quelques heures de liberté qu'on lui laisse pour s'ébrouer dans les verts pâturages.
«Moi, je crois que l'homme est l'homme et qu'il ne vaut guère mieux qu'au temps des païens.» (Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne, La Pléiade, p. 1044)
«Ne va pas te mettre dans la tête d'empêcher un bouc de sentir le bouc, tu risquerais de tomber dans le désespoir.»
-- Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne, La Pléiade, p. 1044
Stupéfaction de découvrir que le tchacaïon (terme désignant un charcutier allant de ferme en ferme) nous a quittés. Il venait de fêter ses 80 ans au mois de juillet. Déjà très malade - diabète, je le voyais régulièrement assis sur son banc, devant sa ferme, lorsque je rentrais du travail. Dès qu'il y avait un rayon de soleil, il était là. Nous discutions toujours quelques instants du climat qui a perdu la boule et des dictons météorologiques qui ont perdu le nord.

J'ai fait ma liste de résolutions 2013 plus tôt cette année, afin de pouvoir allégrement la piétiner en me jurant de n'en tenir aucune.
«Le bout de mes doigts est bien plus intelligent que le bout de ma langue.»
--Victor Garic
On en dit long sur soi-même à travers la fraîcheur de nos étonnements.
Je relis le Journal d'un curé de campagne de Bernanos avec une joie intacte. Mais quelle intelligence, quelle perspicacité, quelle finesse! Sa pensée est si pénétrante. J'aime la figure de ce pauvre curé responsable de cette paroisse dont le centre de gravité spirituel est bien bas, et qui entreprend ce monologue avec lui-même à travers son journal.
Image dure et vivifiante de Bernanos qui rappelle que nous sommes appelés à être non pas le miel de la terre, mais bien le sel, et que sur une plaie, ce sel brûle, certes, mais évite également de pourrir.
Prier, méditer, respirer, c'est faire de la place.
Je ne goûte guère les bonheurs d'élevage.
Belle approche de la contemplation de Thomas Merton:

«La contemplation est la plus haute expression de la vie intellectuelle et spirituelle de l'homme. C'est cette vie même, pleinement alerte, active, consciente de sa vitalité. C'est un émerveillement spirituel. C'est un respect spontané devant le caractère sacré de la vie et des êtres. C'est la gratitude que nous éprouvons devant la vie, la connaissance et l'être. C'est une compréhension profonde qu'en nous, la vie et l'être procèdent d'une Source invisible, transcendante et infiniment généreuse.» (Thomas Merton, Semence de contemplation, p. 16.)
Finesse et allégresse!
Le père ne peut que se rendre à l'évidence: les chances qu'il a d'être entendu d'une mère en train de s'occuper d'un petit enfant sont quasi nulles. Quand bien même elle semble lui répondre, il est évident que le gros des troupes de son attention sont entièrement absorbées par la progéniture, et que les messages à diffuser à ce moment doivent être é-lé-men-tai-res, en aucun cas complexe, de moindre importance, et sans espoir d'être retenus.

Doit-on le regretter? En aucun cas! Elle fait le plus important: prendre soin de l'enfant. Que pourrions-nous souhaiter de plus?
Nouvel acte de folie aux États-Unis et Noël brisé.
Peu importe d'avoir beaucoup, ce qui compte, c'est d'avoir pleinement. Ainsi, même le peu qui est donné rayonne du cœur qu'on y a mis, acquiert une qualité humaine qui fait sa vraie valeur.
«Plus nous partageons ce que nous avons avec simplicité, plus notre cœur se fait accueillant à ceux qui nous entourent. Simplifier et encore simplifier donne de pouvoir accueillir, même avec très peu.» (Frère Roger)
Appris hier la mort de Montserrat Figueras. Cancer - j'aurais naïvement cru que sa voix prodigieuse, la bonté et la douceur qui en émanaient, l'aurait protégée. Si l'instrument que fut son corps n'est plus, son chant demeure bien vivant. Je me souviens d'avoir souvent songé qu'il y eut sur terre deux enfants qui s'endormaient au son des berceuses qu'elle leur chantait. Les bienheureux! Comme ils devaient bien dormir. (D'ailleurs, elle avait enregistré un disque de berceuses intitulé Ninna nanna.)
Tu vas vite, vite, vite, si vite! Tu mords dans le réel avec une vigueur époustouflante, nous laissant à peine le temps de te suivre et de pouvoir fixer dans nos mémoires chacune de tes acquisitions. Alors nous te bombardons avec nos appareils photos, des milliers d’images qui successivement se déroulent comme un petit film de ton devenir. Tu ne m’en donnes pas moins le sentiment de nous échapper.
«Surgit au monde un soleil.»

C'est par ces mots que Dante, dans la Divine Comédie (Paradis, chant XI) évoque la naissance de François en 1181 à Assise.
«Quand j'étais petite, les oncles Scrogneugneu et les vieilles tantes barbues disaient de moi, en tremblotant, à Maman : "C'est merveilleux comme Claire possède la joie de Dieu." Ça, je sais qu'on l'a dit souvent de moi jusqu'à il y a deux ou trois ans. Ils sont marrants. C'est facile d'avoir la "joie de Dieu" quand on a de quoi bouffer, des affections imbougeables, quand on est bien lavé, aimé, nourri, soigné... Ce n'est pas la joie de Dieu, alors ! C'est tout simplement la joie de vivre... et c'est déjà beaucoup!» (Claire de Castelbajac)
Les égyptiens n'avaient que cinq mots pour désigner les couleurs, alors comment décrivaient-ils les autres couleurs qu'ils utilisaient? Par exemple, le bleu ciel, alors qu’ils n’ont aucun moyen de le qualifier et qu'aucun écrit en parle.
Les moines se sont mis sous clé pour préserver la qualité de leur recueillement. Mais, aujourd’hui, bon nombre de cloîtres sont en déshérence. Les moines et les moniales les ont quittés. Le badaud que je suis peut y promener son pied profane. Lorsque j’entre dans l’un d’entre eux, j’ai l’impression de me trouver dans une coquille vide, comme celle d’un escargot qui a quitté son domicile. Les portes se sont ouvertes, et les courants d’air ont éteint la flamme de la contemplation.

Une lecture nourrissante pour prendre les meilleures résolutions qui soient pour MMXIII: Bernard Besret, Du bon usage de la vie. Je reprends la notice de l’éditeur qui est très claire:

«Fort de son expérience de théologien et d'ancien prieur de l'abbaye de Boquen, mais loin des Eglises et des logiques dogmatiques dont il s'est définitivement détaché, l'auteur de Confiteor nous livre ici un véritable manuel de sagesse laïque : "Plus de vingt ans de vie monastique, écrit Bernard Besret, m'ont donné la conviction que celle-ci recèle, derrière ses murs de clôture et ses anachronismes, derrière ses vêtements et ses horaires d'un autre âge, des trésors qui ne lui appartiennent pas en propre, mais qui appartiennent au patrimoine de l'humanité." A ses yeux, chacun de nous a vocation à devenir "moine", afin que "le pluriel qui l'habite cède peu à peu la place à l'un qui le fonde". Cette réflexion approfondie sur les éléments fondamentaux de notre condition - nature et culture, santé et maladie, rêve et sommeil, parole et silence, mort et souffrance... - nous ouvre la voie d'un élargissement de la conscience, par l'exercice d'une vigilance intérieure au quotidien.»


Je ne doute pas que les vertus que les moines et les moniales cultivent avec tant de soins peuvent nous permettre d’avancer et de progresser sans avoir besoin de chercher des exemples dans un Orient lointain.
Le cheminement vers des joies plus profondes, moins épidermiques, nécessité de cheminer sur le versant plus rugueux du quotidien.
Je n'utilise que rarement les points de suspension. Ils jouent de l'ambiguïté comme une fausse séduction, n'achèvent rien et font croire à des possibles qui ne sont souvent que des essoufflements, à une émotion intense qui ne pourrait être verbalisée, alors qu'il s'agissait d'un spasme provoqué par un courant d'air. Je lui préfère le point qui ose détacher ce qui précède de ce qui suivra, qui signe la mort de la phrase pour que se lève le sens, qui a le courage de conclure et d'assumer qu'il n'y avait là rien à ajouter. Mais ces trois points de suspension comme des petites billes qui nous font glisser, c'est un truc à se fracturer la hanche...


Les fausses pudeurs des indécents et des roublards qui se masquent sous un fard de politesse à laquelle ils finissent par croire.
Les êtres sont comme des lettres dans nos vies. Il y a les majuscules, qui initient une phase et des minuscules qui nous permettent de cheminer vers un point, qui clôturera une période pour qu'une nouvelle puisse être initiée.
Le circonflexe sur le mot cloître me fait songer au capuchon du moine.
Comme il est difficile parfois de reculer ne serait-ce que d'un pas, et pourtant comme cela change tout le paysage. Mais on préfère s'entêter, rester la tête dans le mur, par orgueil ou par peur. Alors que ce pas en arrière ne signifie pas qu'on abdique, mais qu'on se donne du champ.
Critiquer et esprit critique sont deux choses bien différentes.
« Il en est qui, par le don d'eux-mêmes, témoignent que l'être humain n'est pas voué à la désespérance. Sommes-nous de ceux-là? Si démunis soyons-nous, ne sommes-nous pas appelés à transmettre, par nos vies, un mystère d'espérance autour de nous?»
- Frère Roger
«Il faut avant tout consacrer du temps au silence, et à la contemplation, surtout si nous vivons dans de grandes villes où tout n'est qu'agitation. Voilà pourquoi j'ai décidé d'ouvrir notre première maison de sœurs contemplatives, dont la vocation est de prier pendant la plus grande partie de la journée, à New York plutôt que sur l'Himalaya, car je sentais que ce sont les grandes villes qui avaient le plus besoin de silence et de contemplation.»
Voici quelques mots d'une fine et subtile granularité, conçus pour peaufiner les recoins les plus sensibles d'une âme:

«La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu'elle fleurit,
N'a pour elle-même aucun soin, – ne demande pas : suis-je regardée ?»
- Angelus Silesius
Un quart de siècle a passé depuis cette rencontre qui a tant compté pour moi? Vous plaisantez? Dans mon souvenir, nous venons juste de nous quitter. J’ai encore la chaleur d’un à bientôt! au bord des lèvres.
J'ai une foule de sensations, de souvenirs très précis qui sont en attente d'être métabolisés depuis plus d’un quart de siècle. Ce sont des graines d’éternité qui naissent sur le terreau des jours et des heures où elles germent, mais qui se développent selon un rythme organique et intime propre à chacun qui échappe à toute planification. Imaginerait-on agender une prise de conscience ou une émotion? A 10h45, j’éprouverai de la joie. Ou, le 2 janvier prochain, je prendrai conscience que je n’ai pas à me sentir coupable. Non, bien entendu. Tout ceci échappe à la tyrannie des horloges et notre intimité devient silencieuse lorsqu’on tente de le cerner par notre seule volonté. Il convient de créer des dispositions intérieures favorables pour pénétrer dans ce sanctuaire.


"Quand on aime trop les animaux, c'est contre les hommes" (Sartre)

Je pense que c'est très juste. J'ai vu d'invraisemblables regards haineux de propriétaires de chiens parce qu'ils croyaient que je n'aimais pas leur canin alors que je me retirais soit parce que je n'avais pas envie de voir ma veste entruffée de bave suspecte, soit parce que l'odeur de lendemain de raclette en putréfaction ne me disait rien qui vaille. Aussitôt, ils se sentaient le besoin de gloser, marmonnant que j'en avais peur ou que j'étais un sans cœur. J'imagine que si je m'étais mis à quatre pattes pour me rouler sur le dos en jappant, ils m'auraient adoré. Mais je ne m'appelle pas Didier.


«Quand le chant n'est plus là
L'espace est sans passion»
- Guillevic, Sphère

Ces mots vibrent en moi depuis une bonne dizaine d’année, comme si en les lisant, le poète avait heurté le bord du gong de mon âme qui s'est mise à tinter pour l'éternité.
Un être humain ne pourra jamais digérer, métaboliser le milliardième de ce qui lui est donné de vivre.
Je ne veux pas qu'on me dise ce que je dois croire. Je veux vivre l'incroyable: mon quotidien.
L'archipel des moines de François Lespés, sur le monastère russe orthodoxe de Valaam: un documentaire vibrant à méditer.

Voir le reportage:
http://www.youtube.com/watch?v=4mRjVo3ZQOA
FRUGAL et FRUIT appartiennent à la même famille. Mais frugal n'est pas uniquement synonyme de simplicité mais inclut également la notion de quelque chose qui produit. C'est un mot plein de santé qui suggère qu'une juste alimentation, un comportement adéquat porte ses fruits.
PRIER et PRÉCAIRE appartiennent à la même famille.
Pardonner: bien entendu que ce verbe est un miracle.
Une de mes grandes découvertes de cette année 2012? Un verbe: RALENTIR. Je commence à peine à en découvrir toutes les vertus et l'efficacité.
Tu as toujours le dernier mot... C'est l'expression souvent utilisée par celui qui a peu de répondant et qui tente de clore une discussion par ce pauvre artifice rhétorique portant un jugement sur son interlocuteur pour masquer ses propres carences expressives, en tentant de lui signifier qu'il convient de savoir se taire. Bien entendu qu'il convient de savoir se taire lorsqu'on ne sait pas faire des mots une fête, un jeu, un matériau créatif. Alors oui, à celui-ci, je laisse le dernier mot, le trognon, et moi je vais me resservir une belle portion de verbes.
Pour le mot FLÈCHE ne s'écrit-il pas avec un accent circonflexe qui a la forme de ce qu'elle désigne.
Vivre au mépris d'autrui toute sa vie, quel cynisme.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?