«Certes, l'homme est partout l'ennemi de lui-même, son secret et sournois ennemi. Le mal jeté n'importe où germe presque sûrement. Au lieu qu'il faut à la moindre semence de bien, pour ne pas être étouffée, une chance extraordinaire, un prodigieux bonheur.»
Un prodigieux bonheur... Vous avez cru que c'était Bobin? Eh bien non, c'est Bernanos! Et ce prodigieux bonheur, un peu mon n'vœux que c'est tout ce que je vous souhaite pour la nouvelle page qui s'ouvre dans quelques heures comme une absolution pour certains, une gueule de bois pour d'autres, quoi qu'il en soit on se remettra tous au boulot sous peu, et si ça peut être pour cultiver un peu plus de bien, nous ne perdrons pas notre temps.
Peu importe que nos travaux soient répétitifs si nous parvenons à les accomplir avec une fraîcheur d’âme et d’esprit. Si chaque fois que nous les accomplissons, nous faisons travailler quelque chose qui nous amène à être plus présents à la vie, à soi-même, à autrui. L’essentiel, ce sont les dispositions intérieures dans lesquelles nous accomplissons nos tâches quotidiennes. Tout participe à notre croissance.
«En somme, tout compte fait des expériences de la vie, des expériences écartelées, écartelantes, c'est bien plutôt devant mon papier blanc, devant la page blanche placée sur la table à la juste distance de ma lampe, que je suis vraiment à ma table d'existence.»
-- Gaston Bachelard, La Flamme d'une chandelle.
Il y a ceux qui se couchent dans les brancards, ceux qui ruent et pire, ceux qui mettent tant d'énergie pour les éviter qu'ils finissent par en mourir. Et puis il y a celui qui tire sa humblement sa carriole, non qu'il se soit vraiment résigné, mais il sait se contenter des quelques heures de liberté qu'on lui laisse pour s'ébrouer dans les verts pâturages.
Stupéfaction de découvrir que le tchacaïon (terme désignant un charcutier allant de ferme en ferme) nous a quittés. Il venait de fêter ses 80 ans au mois de juillet. Déjà très malade - diabète, je le voyais régulièrement assis sur son banc, devant sa ferme, lorsque je rentrais du travail. Dès qu'il y avait un rayon de soleil, il était là. Nous discutions toujours quelques instants du climat qui a perdu la boule et des dictons météorologiques qui ont perdu le nord.
Je relis le Journal d'un curé de campagne de Bernanos avec une joie intacte. Mais quelle intelligence, quelle perspicacité, quelle finesse! Sa pensée est si pénétrante. J'aime la figure de ce pauvre curé responsable de cette paroisse dont le centre de gravité spirituel est bien bas, et qui entreprend ce monologue avec lui-même à travers son journal.
Belle approche de la contemplation de Thomas Merton:
«La contemplation est la plus haute expression de la vie intellectuelle et spirituelle de l'homme. C'est cette vie même, pleinement alerte, active, consciente de sa vitalité. C'est un émerveillement spirituel. C'est un respect spontané devant le caractère sacré de la vie et des êtres. C'est la gratitude que nous éprouvons devant la vie, la connaissance et l'être. C'est une compréhension profonde qu'en nous, la vie et l'être procèdent d'une Source invisible, transcendante et infiniment généreuse.» (Thomas Merton, Semence de contemplation, p. 16.)
«La contemplation est la plus haute expression de la vie intellectuelle et spirituelle de l'homme. C'est cette vie même, pleinement alerte, active, consciente de sa vitalité. C'est un émerveillement spirituel. C'est un respect spontané devant le caractère sacré de la vie et des êtres. C'est la gratitude que nous éprouvons devant la vie, la connaissance et l'être. C'est une compréhension profonde qu'en nous, la vie et l'être procèdent d'une Source invisible, transcendante et infiniment généreuse.» (Thomas Merton, Semence de contemplation, p. 16.)
Le père ne peut que se rendre à l'évidence: les chances qu'il a d'être entendu d'une mère en train de s'occuper d'un petit enfant sont quasi nulles. Quand bien même elle semble lui répondre, il est évident que le gros des troupes de son attention sont entièrement absorbées par la progéniture, et que les messages à diffuser à ce moment doivent être é-lé-men-tai-res, en aucun cas complexe, de moindre importance, et sans espoir d'être retenus.
Doit-on le regretter? En aucun cas! Elle fait le plus important: prendre soin de l'enfant. Que pourrions-nous souhaiter de plus?
Doit-on le regretter? En aucun cas! Elle fait le plus important: prendre soin de l'enfant. Que pourrions-nous souhaiter de plus?
Appris hier la mort de Montserrat Figueras. Cancer - j'aurais naïvement cru que sa voix prodigieuse, la bonté et la douceur qui en émanaient, l'aurait protégée. Si l'instrument que fut son corps n'est plus, son chant demeure bien vivant. Je me souviens d'avoir souvent songé qu'il y eut sur terre deux enfants qui s'endormaient au son des berceuses qu'elle leur chantait. Les bienheureux! Comme ils devaient bien dormir. (D'ailleurs, elle avait enregistré un disque de berceuses intitulé Ninna nanna.)
Tu vas vite, vite, vite, si vite! Tu mords dans le réel avec une vigueur époustouflante, nous laissant à peine le temps de te suivre et de pouvoir fixer dans nos mémoires chacune de tes acquisitions. Alors nous te bombardons avec nos appareils photos, des milliers d’images qui successivement se déroulent comme un petit film de ton devenir. Tu ne m’en donnes pas moins le sentiment de nous échapper.
«Quand j'étais petite, les oncles Scrogneugneu et les vieilles tantes barbues disaient de moi, en tremblotant, à Maman : "C'est merveilleux comme Claire possède la joie de Dieu." Ça, je sais qu'on l'a dit souvent de moi jusqu'à il y a deux ou trois ans. Ils sont marrants. C'est facile d'avoir la "joie de Dieu" quand on a de quoi bouffer, des affections imbougeables, quand on est bien lavé, aimé, nourri, soigné... Ce n'est pas la joie de Dieu, alors ! C'est tout simplement la joie de vivre... et c'est déjà beaucoup!» (Claire de Castelbajac)
Les moines se sont mis sous clé pour préserver la qualité de leur recueillement. Mais, aujourd’hui, bon nombre de cloîtres sont en déshérence. Les moines et les moniales les ont quittés. Le badaud que je suis peut y promener son pied profane. Lorsque j’entre dans l’un d’entre eux, j’ai l’impression de me trouver dans une coquille vide, comme celle d’un escargot qui a quitté son domicile. Les portes se sont ouvertes, et les courants d’air ont éteint la flamme de la contemplation.
Une lecture nourrissante pour prendre les meilleures résolutions qui soient pour MMXIII: Bernard Besret, Du bon usage de la vie. Je reprends la notice de l’éditeur qui est très claire:
«Fort de son expérience de théologien et d'ancien prieur de l'abbaye de Boquen, mais loin des Eglises et des logiques dogmatiques dont il s'est définitivement détaché, l'auteur de Confiteor nous livre ici un véritable manuel de sagesse laïque : "Plus de vingt ans de vie monastique, écrit Bernard Besret, m'ont donné la conviction que celle-ci recèle, derrière ses murs de clôture et ses anachronismes, derrière ses vêtements et ses horaires d'un autre âge, des trésors qui ne lui appartiennent pas en propre, mais qui appartiennent au patrimoine de l'humanité." A ses yeux, chacun de nous a vocation à devenir "moine", afin que "le pluriel qui l'habite cède peu à peu la place à l'un qui le fonde". Cette réflexion approfondie sur les éléments fondamentaux de notre condition - nature et culture, santé et maladie, rêve et sommeil, parole et silence, mort et souffrance... - nous ouvre la voie d'un élargissement de la conscience, par l'exercice d'une vigilance intérieure au quotidien.»
«Fort de son expérience de théologien et d'ancien prieur de l'abbaye de Boquen, mais loin des Eglises et des logiques dogmatiques dont il s'est définitivement détaché, l'auteur de Confiteor nous livre ici un véritable manuel de sagesse laïque : "Plus de vingt ans de vie monastique, écrit Bernard Besret, m'ont donné la conviction que celle-ci recèle, derrière ses murs de clôture et ses anachronismes, derrière ses vêtements et ses horaires d'un autre âge, des trésors qui ne lui appartiennent pas en propre, mais qui appartiennent au patrimoine de l'humanité." A ses yeux, chacun de nous a vocation à devenir "moine", afin que "le pluriel qui l'habite cède peu à peu la place à l'un qui le fonde". Cette réflexion approfondie sur les éléments fondamentaux de notre condition - nature et culture, santé et maladie, rêve et sommeil, parole et silence, mort et souffrance... - nous ouvre la voie d'un élargissement de la conscience, par l'exercice d'une vigilance intérieure au quotidien.»
Je n'utilise que rarement les points de suspension. Ils jouent de l'ambiguïté comme une fausse séduction, n'achèvent rien et font croire à des possibles qui ne sont souvent que des essoufflements, à une émotion intense qui ne pourrait être verbalisée, alors qu'il s'agissait d'un spasme provoqué par un courant d'air. Je lui préfère le point qui ose détacher ce qui précède de ce qui suivra, qui signe la mort de la phrase pour que se lève le sens, qui a le courage de conclure et d'assumer qu'il n'y avait là rien à ajouter. Mais ces trois points de suspension comme des petites billes qui nous font glisser, c'est un truc à se fracturer la hanche...
«Il faut avant tout consacrer du temps au silence, et à la contemplation, surtout si nous vivons dans de grandes villes où tout n'est qu'agitation. Voilà pourquoi j'ai décidé d'ouvrir notre première maison de sœurs contemplatives, dont la vocation est de prier pendant la plus grande partie de la journée, à New York plutôt que sur l'Himalaya, car je sentais que ce sont les grandes villes qui avaient le plus besoin de silence et de contemplation.»
J'ai une foule de sensations, de souvenirs très précis qui sont en attente d'être métabolisés depuis plus d’un quart de siècle. Ce sont des graines d’éternité qui naissent sur le terreau des jours et des heures où elles germent, mais qui se développent selon un rythme organique et intime propre à chacun qui échappe à toute planification. Imaginerait-on agender une prise de conscience ou une émotion? A 10h45, j’éprouverai de la joie. Ou, le 2 janvier prochain, je prendrai conscience que je n’ai pas à me sentir coupable. Non, bien entendu. Tout ceci échappe à la tyrannie des horloges et notre intimité devient silencieuse lorsqu’on tente de le cerner par notre seule volonté. Il convient de créer des dispositions intérieures favorables pour pénétrer dans ce sanctuaire.
"Quand on aime trop les animaux, c'est contre les hommes" (Sartre)
Je pense que c'est très juste. J'ai vu d'invraisemblables regards haineux de propriétaires de chiens parce qu'ils croyaient que je n'aimais pas leur canin alors que je me retirais soit parce que je n'avais pas envie de voir ma veste entruffée de bave suspecte, soit parce que l'odeur de lendemain de raclette en putréfaction ne me disait rien qui vaille. Aussitôt, ils se sentaient le besoin de gloser, marmonnant que j'en avais peur ou que j'étais un sans cœur. J'imagine que si je m'étais mis à quatre pattes pour me rouler sur le dos en jappant, ils m'auraient adoré. Mais je ne m'appelle pas Didier.
L'archipel des moines de François Lespés, sur le monastère russe orthodoxe de Valaam: un documentaire vibrant à méditer.
Voir le reportage:
http://www.youtube.com/watch?v=4mRjVo3ZQOA
Voir le reportage:
http://www.youtube.com/watch?v=4mRjVo3ZQOA
Tu as toujours le dernier mot... C'est l'expression souvent utilisée par celui qui a peu de répondant et qui tente de clore une discussion par ce pauvre artifice rhétorique portant un jugement sur son interlocuteur pour masquer ses propres carences expressives, en tentant de lui signifier qu'il convient de savoir se taire. Bien entendu qu'il convient de savoir se taire lorsqu'on ne sait pas faire des mots une fête, un jeu, un matériau créatif. Alors oui, à celui-ci, je laisse le dernier mot, le trognon, et moi je vais me resservir une belle portion de verbes.
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...



