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Matthieu Ricard donne une conférence devant plus de 900 personnes. Pendant près de deux heures qu'il parle et répond aux questions. Voilà que la conférence touche à sa fin et qu'une question un peu saugrenue lui est posée, sur le mode de-la-vertu-de-la-peau-d'-orange-sur-l'-expiration-transcendantale. Et à cet instant précis, Matthieu Ricard décide d'interrompre la conférence:
- Sans vous offenser le moins du monde, je crois que nous allons nous arrêter là.
Rien ne dit qu'il n'aurait dans un autre contexte pas répondu à la question. Mais voilà, la fatigue se fait sentir, et puis ce n'est peut-être pas le lieu pour débattre de tout et n'importe quoi. Celui qui posait sa question reste sur sa faim, mais peut-être n'est-ce pas un mal. Eh bien, figurez-vous que des illuminés ont écrit pour reprocher à Matthieu Ricard de parler de bienveillance, mais de ne pas avoir pris la peine de répondre à ce pauvre bougre.
C'est tout de même assez déroutant la manière dont certaines personnes prennent en otage l'orateur, oui, vraiment en otage, estimant qu'il doit correspondre à toutes les attentes qu'ils ont cristallisées sur lui, que c'est son devoir, qu'il est leur chose. Si vous êtes un personnage public, et qui plus est, bouddhiste ou chrétien, vous devez sourire et répondre à tout et n'importe quoi avec patience, compassion et un plat de tortellinis.
Je pense que ce soir-là, Matthieu Ricard, sans intention particulière, et surtout sans chercher à blesser qui que ce soit, a offert au Monsieur à la question bizarre, ainsi qu'à une bonne dizaine d'autres, un sujet de frustration leur permettant de méditer sur les attentes déplacées et fantasmatiques qu'ils peuvent avoir à l'égard d'autrui.
- Sans vous offenser le moins du monde, je crois que nous allons nous arrêter là.
Rien ne dit qu'il n'aurait dans un autre contexte pas répondu à la question. Mais voilà, la fatigue se fait sentir, et puis ce n'est peut-être pas le lieu pour débattre de tout et n'importe quoi. Celui qui posait sa question reste sur sa faim, mais peut-être n'est-ce pas un mal. Eh bien, figurez-vous que des illuminés ont écrit pour reprocher à Matthieu Ricard de parler de bienveillance, mais de ne pas avoir pris la peine de répondre à ce pauvre bougre.
C'est tout de même assez déroutant la manière dont certaines personnes prennent en otage l'orateur, oui, vraiment en otage, estimant qu'il doit correspondre à toutes les attentes qu'ils ont cristallisées sur lui, que c'est son devoir, qu'il est leur chose. Si vous êtes un personnage public, et qui plus est, bouddhiste ou chrétien, vous devez sourire et répondre à tout et n'importe quoi avec patience, compassion et un plat de tortellinis.
Je pense que ce soir-là, Matthieu Ricard, sans intention particulière, et surtout sans chercher à blesser qui que ce soit, a offert au Monsieur à la question bizarre, ainsi qu'à une bonne dizaine d'autres, un sujet de frustration leur permettant de méditer sur les attentes déplacées et fantasmatiques qu'ils peuvent avoir à l'égard d'autrui.
Ce dont je me méfie avec les ouvrages qui dispensent des conseils de spiritualités ou de psychologie, c'est la mécanisation de nos émotions, sensations et intuitions. Bien entendu, le but de ces ouvrages est de nous ouvrir à nous-mêmes, je n'en doute pas. Mais il faudrait les lire, pratiquer et intégrer pour mieux les oublier, pour revenir à soi, libres de tout tuteur, conscients qu'il nous incombe de nous tenir droit et que même une pile des meilleurs livres sur le sujet ne peuvent pas nous redresser à notre place.
Je suis totalement étranger au pseudo-bouddhisme ambiant. Je la perçois comme une imposture, une négation des valeurs qui fondent l'homme occidental, une manière de se décharger de notre responsabilité. Néanmoins, je ne serai pas tout à fait sincère si je disais que je n'y trouve rien qui puisse nous permettre de travailler sur soi. Mais un travail incarné, dans lequel on ne reste pas au niveau des préceptes, un travail qui se manifeste à travers notre quotidien.
"Me méfie de tout ce qui ressemble à des techniques de l'âme: méditations transcendentales; élévations; rapport de maître à disciple; gourous, etc. (à propos des sagesses orientales). L'amour qu'on porte à des êtres ou celui qu'on met à faire telle chose, plus important que toutes ces machinations psychiques; où c'est toujours le moi, en définitive et sous des formes subtilement trompeuses, camouflées, qui est au centre." (Georges Haldas, Les Carnets du désert).
Je suis bien d'accord.
Je crains que la zénitude et l'orientalisme importé soit un contresens et une violence faite à notre singularité occidentale, un arrachement de notre terreau fécond sur lequel nous pourrions vraiment nous individualiser. On se lisse, on croit qu'on fait preuve d'abnégation en s'oubliant alors qu'on ne fait peut-être que d'oublier que cette culture, aussi passionnante soit-elle, n'est pas la nôtre. Je ne vois pas comment on peut y comprendre quoi que ce soit à moins d'y être né ou de vivre là-bas. Mais nous savons bien que la plupart du temps, par zen et bouddhisme, on ne cherche en fait qu'un moyen de se détendre, de souffler un peu, de respirer. Et y a-t-il besoin d'aller si loin psychiquement pour cela?
Pour l'occidental que je suis, le détachement dont parle le bouddhisme est une lâcheté, une raison d'aimer moins, et même avec un peu de mesquinerie, une raison pour un homme de ne pas aider aux tâches ménagères. Pourtant, je sais que le détachement est une grande vertu. Mais je n'y vois qu'une bonne raison de vivre pépère. Ce qui ne nous fait pas souffrir ne vaut rien.
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