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Jésus était jeune. Ce n'était pas un vieux sage barbu, il était dans la pleine force de l'âge. Ce n'est pas anodin.
Chère Bernardines,

Permettez-moi de vous appeler ainsi. Je vous envoie cette petite lettre, par-dessus le muret qui me sépare de vous, pour vous dire: merci! Merci d’être là, merci d’être, par votre vie de prière et d’attention, comme la flamme d’une bougie qui se consume pour notre plus grand bien. Je passe régulièrement devant votre monastère lorsque je vais rendre visite à ma grand-maman, à Monthey. J’aperçois, entre les maisons, la bâtisse qui se dresse et puis, au bord de la route, ce panneau de signalisation brun indiquant un centre d’intérêt culturel ou historique, comme si vous apparteniez au passé, alors que vous êtes les âmes bienveillantes et bien vivantes d’un lieu de pleine présence. Et de toute manière, si vous deviez appartenir à un patrimoine, ce serait celui du cœur...

Tableau - Rembrandt, Le Christ dans la tempête.



Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 8, versets 23 à 27:
«Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il s'éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s'étant approchés le réveillèrent, et dirent: Seigneur, sauve-nous, nous périssons! Il leur dit: Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme. Ces hommes furent saisis d'étonnement: Quel est celui-ci, disaient-ils, à qui obéissent même les vents et la mer?» (Bible Louis Segond)

Il dort. C’est la panique à bord, les disciples sont certains que leur dernière heure est arrivée et qu'ils vont tous mourir noyés. La tempête sévit, la mer se déchaîne, le ciel se zèbre d’éclairs, les bourrasques menacent de faire chavirer l’embarcation et lui, il dort, comme si de rien n’était. Et de fait, ces violents fracas l’importunent si peu qu'ils doivent le réveiller!

Jésus n'est pas venu sauver le peuple des pauvres, ce n'est pas Robin des Bois, il est le Pauvre.
Jésus marche. Bouddha reste assis. Mais comme il paraît qu'il n'est pas tant bon pour la circulation du sang et des idées de rester trop longtemps assis, il a suivi le Christ.
Interprétation possible de la croix issue de l'hindouisme - La croix, c'est la mort de l'ego et la résurrection la réalisation de l'être, sa métamorphose.

Interprétation qui me séduit intellectuellement et me donne l'impression d'avoir raisonnablement compris le mystère. Mais quelque chose résiste, qui me fait bien sentir que quand bien même la croix serait la métaphore d'un passage, ce n'est en tout cas pas par la raison qu'elle se produira. 



L'angoisse de Jésus au mont des Oliviers. Rien à voir avec un Superman fantasmatique, mais un homme, humain, si humain, qui a peur, qui redoute l'épreuve qui l'attend. Un homme comme les autres, qui préférerait rester parmi les siens.
Jésus, JesuIs.
La plaie du Christ, stigmate d'un passé intégré, dépassé. Il garde la trace de ce qu'il a été, on n'efface pas son passé. On ne repart jamais à zéro. On fait à partir de ce qu'on est, on le travaille, on le réoriente.

«Je suis qui je suis.» (Exode 3-14)
Jésus est entré dans Jérusalem sur un âne. Pas un cheval, un fougueux étalon de guerre. Un âne.
Révélateur. Sur la barque menacée par une tempête (Luc 8, 22-25), le Christ dort tandis que les disciples sont morts d'angoisse. Mais au Mont des Oliviers, où le Christ est saisi d'angoisse en vue de la Passion à venir, les disciples s'endorment alors qu'il leur avait demander de veiller une heure, une petite heure avec lui. Toujours le même souci de l'intégrité physique, immédiate, primale, tandis que l'intégrité psychique, spirituelle est tenue pour mineure.
Parfois l'impression que certains discours ajoutent le Christ et la religion comme une pièce rapportée, le boulon de la bonne conscience. Viendrait-on à l'enlever, l'édifice s'effondrerait-il?
- Nous sommes dans le regret de vous annoncer que Jésus n'a jamais fait aucun miracle si ce n'est de transmettre une parole d'amour.

Victoire! Je le savais! C'est pour cela qu'il est divin, et non pas pour avoir transformé des cacahuètes en pastèques.
Tandis qu'on juge Marie-Madeleine, Jésus écrit sur le sable, comme pour signifier que tout ce qui se dit à cet instant, toutes ces lois qu'on revendique, s'évanouiront comme les formes sur le sable à la première brise. La seule question étant: qui es-tu pour juger? Il nous rappelle qu'au cœur de ce jugement, il y a un être humain, une femme, Marie-Madeleine, et que ces querelles, ces pièges dans lesquels on veut le faire tomber au nom d'une tradition, d'une coutume, d'une culture, de la religion, ne sont rien, absolument rien, face à la réalité d'une présence humaine.
Jésus, comme Antigone, défendent les lois non écrites du cœur.
Les doctes Docteurs ébahis par l'enfant Jésus, parce qu'il sait. Il est l'esprit d'Enfance, qui rayonne en chacun de nous et ne s'éteint jamais.
Deux citations essentielles du livre Le Christ philosophe, de Frédéric Lenoir. Tout d'abord, celle du Grand Inquisiteur, dans les Frères Karamazov de Dostoievski:

« Et toi tu veux aller au monde les mains vides, en prêchant aux hommes une liberté que leur sottise et leur ignominie naturelle les empêchent de comprendre, une liberté qui leur fait peur, car il n'y a, et il n'y a jamais rien eu, de plus intolérable pour l'homme et pour la société! [...] Il n'y a pas, je te le répète, de souci plus cuisant pour l'homme que de nous trouver au plus tôt un être à qui déléguer ce don de la liberté. [...] Là encore tu te faisais une trop haute idée des hommes car ce sont des esclaves. [...] Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l'autorité. Et les hommes se sont réjouis d'être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste que leur causait de tels tourments. [...] Demain, sur un signe de moi, tu verras ce troupeau de docile apporter des charbons ardents au bûcher ou tu monteras, pour être venu entraver ton oeuvre.»

Et cette autre citation de Kierkegaard tiré de Vingt et un articles:

«Dans la somptueuse cathédrale, voici paraître le Très Révérend et Très Vénérable prédicateur secret et général de la Cour, l'élu du grand monde; il paraît devant un cercle choisi d'une élite choisie et il prêche avec émotion sur ce texte qu'il a lui-même choisi: "Dieu a choisi ce qui est humble et méprisé dans le monde" - et personne ne rit!»
Peu m'importe de savoir si Jésus Christ a existé ou non. Seul compte pour moi ce qu'il révèle de la condition humaine. En ce sens, il est un agent de vie. Et de toute manière, pour le reste, je ne suis absolument pas habilité à me prononcer.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?