Joyeux mille noeuf !
Hasard de la phonétique ou conjointure astrale, l'année à venir a des sonorités pour le moins réjouissantes malgré les conjonctures des hommes gris et cravatés qui nous annoncent le déluge. Nous allons écoper pour eux, c'est sûr. Nous allons devoir partager leurs omelettes aux pertes. Le soleil ne se lève pas derrière les courbes d'une feuille de calculs. Néanmoins, le soleil se lève, nonchalant de la météo artificielle créée par des joueurs de poker qui ont le cerveau irradié par la lumière blafarde d'un ordinateur en plastique.
200neuf ne sera pas l'année de Madneuf... euh non, pardon, de Madoff. Je m'y refuse! C'est vrai que les paquets mis sous le sapin sont des fonds sans puits! Mais des Madoffs, il y en aura toujours. Alors je décide de prendre mes responsabilités. Et de défendre un autre capital: notre patrimoine humain. Ce patrimoine se décline dans des couleurs et des tons autrement plus chatoyants que les trois pauvres lettres qui servent de nom à des banques ou à tout autre parti politique.
Nous sommes nombreux à nous réjouir du neuf de 2009, et à avoir associé le neuf et l'oeuf pour faire éclore un noeuf. Certains me diront que ce n'est qu'un jeu de mots, des étymologies saugrenues. Et alors, qu'importe? N'est-il pas bon de rêver une année neuve, une année fun, une année ronde comme une femme enceinte, la neuvième, neuf aime. Surtout lorsqu'on sait qu'elle sera suivie d'un 10, la note maximale et tant souhaitée sur les bancs de l'école alors qu'un stylo rouge nous sanctionnait d'avoir trop regardé par la fenêtre.
Oui, l'année 2009 sera sous le signe de Phénarète, la sage-femme et la mère du maître de la maïeutique: Socrate. Nous allons pondre du neuf! Ce sera une année pascale! 2009, élue année du poussin.
Mais phonétique n'est pas prophétie. Je suis un novice du quotidien, pas de la verbomancie. Pour ma part, je continuerai à écrire mes petites chroniques en comptant sur les choses familières et en pensant que, malgré tout, malgré la dureté de la vie, la souffrances, nos soucis, "Yes we can!".
Je nous souhaite à tous de découvrir du neuf et de la joie dans les jardins du quotidien!
200neuf ne sera pas l'année de Madneuf... euh non, pardon, de Madoff. Je m'y refuse! C'est vrai que les paquets mis sous le sapin sont des fonds sans puits! Mais des Madoffs, il y en aura toujours. Alors je décide de prendre mes responsabilités. Et de défendre un autre capital: notre patrimoine humain. Ce patrimoine se décline dans des couleurs et des tons autrement plus chatoyants que les trois pauvres lettres qui servent de nom à des banques ou à tout autre parti politique.
Nous sommes nombreux à nous réjouir du neuf de 2009, et à avoir associé le neuf et l'oeuf pour faire éclore un noeuf. Certains me diront que ce n'est qu'un jeu de mots, des étymologies saugrenues. Et alors, qu'importe? N'est-il pas bon de rêver une année neuve, une année fun, une année ronde comme une femme enceinte, la neuvième, neuf aime. Surtout lorsqu'on sait qu'elle sera suivie d'un 10, la note maximale et tant souhaitée sur les bancs de l'école alors qu'un stylo rouge nous sanctionnait d'avoir trop regardé par la fenêtre.
Oui, l'année 2009 sera sous le signe de Phénarète, la sage-femme et la mère du maître de la maïeutique: Socrate. Nous allons pondre du neuf! Ce sera une année pascale! 2009, élue année du poussin.
Mais phonétique n'est pas prophétie. Je suis un novice du quotidien, pas de la verbomancie. Pour ma part, je continuerai à écrire mes petites chroniques en comptant sur les choses familières et en pensant que, malgré tout, malgré la dureté de la vie, la souffrances, nos soucis, "Yes we can!".
Je nous souhaite à tous de découvrir du neuf et de la joie dans les jardins du quotidien!
Les publicitaires ont encore gagné du terrain.
Après nous avoir vilement séduits, ils nous prennent maintenant pour des demeurés et nous expliquent comment ranger nos cartes bancaires dans nos sacs ou nos porte-monnaies afin de ne pas les abîmer et, nous disent-ils, subir une énaûuuurme frustration au moment de passer à la caisse.
Ils abattent leur jeu avant que ce soit notre tour, ne laissant plus aucune place à un hasard salvateur qui aurait voulu que nous ne puissions pas faire un achat fort souvent inutile. Et nous réjouir après coup d'avoir garder notre bien.
Mère grand et le petit chaperon bouffés tout crus.
Sachons-le: 2009 sera morose. Ainsi en a décidé l'économie. Nous vous prions donc de ne pas rire ou de ne pas montrer de joie excessive, d'ailleurs comment le pourriez-vous en pareil circonstances? Sachez également qu'il n'y aura pas de printemps, que les oiseaux se tiendront cois et que le ciel restera d'une couleur gris terne toute l'année.
Fricmen! ... Euh, non, pardon... Amen!
Quand on sait un peu l'art des mots qui font pleurer, l'art des mots qui font aimer, rire ou rêver, on se doit d'être très prudent. Les gens qui nous lisent nous confient quelque chose de précieux, d'intime, nous font confiance. Et ça, c'est énorrme. On n'a pas le droit de les trahir ou de jouer avec eux. On n'a pas le droit d'ériger l'émotion en système comme le font certains.
Je remercie Gmail d'avoir créé une fonction "Take a break" et de me suggérer d'aller faire un tour, de faire une pause ou du vrai travail ("Go out a walk, get some real work done or have a snack. We'll be back in 14 minutes!").
Quand le web vous suggère de vous éloigner du web, c'est que vous êtes profondément virtualisé.
Grâce au web, j'ai gagné une heure en réservant mon billet en ligne, en n'ayant pas besoin de passer à l'agence de voyage ni à la banque pour aller chercher l'argent pour l'agence.
Bien.
Mais qu'est-ce que je vais faire de cette heure que j'ai gagnée?
Et puis, seul, devant mon écran, je n'aurais pas profité de faire une pause salutaire, de descendre dans la rue, de sentir le froid mordre mon visage, de discuter à la charmante voyagiste et d'aller prendre un petit café avant de retourner au travail.
Bien.
Mais qu'est-ce que je vais faire de cette heure que j'ai gagnée?
Et puis, seul, devant mon écran, je n'aurais pas profité de faire une pause salutaire, de descendre dans la rue, de sentir le froid mordre mon visage, de discuter à la charmante voyagiste et d'aller prendre un petit café avant de retourner au travail.
"Les tout petits sont capables de comprendre des messages diffusés à la télévision. Au cours d'une expérience, des bébés de 12 mois ont visualisé une femme réagissant de manière positive ou négative à des objets. Ensuite, les bébés pouvaient jouer avec ces mêmes objets. Résultats: ils privilégiaient ceux auxquels la femme avait réagi positivement."
Publicité grand format de Publicitas qui ajoute plus loin: "On n'en sait jamais assez sur les médias".
Figurez-vous que là, oui, j'en sais assez, même trop... j'ai la nausée.
Du mauvais usage des smileys... Ce sont des petits panneaux de signalisation du sens, qui confirment ou infirment le mystère qui pourrait planer sur la phrase. Des panneaux de signalisation du sens en somme, une manière de baliser le terrain pour que le lecteur ne balise pas, ne s'affole pas. Une manière de dire "je rigole", ne te fâche pas, accueille ce que je dis avec bienveillance (et pourquoi donc?).
Le tumulte angoissé suscité par l'absence de smiley chez le lecteur: mais que voulait-il dire? Ai-je bien compris? Signifierait-il que...?
Je suis pour la suppression de ces didascalies infantiles.
Ces femmes qui font régner le diktat de leurs humeurs, le chant des hormones, allant jusqu'à annoncer à la famille dont le ventre se noue que "ça va m'énerver!". Et chacun se tient tapi dans l'attente du déluge. En général, tout le monde ramasse, mais beaucoup peuvent s'échapper. Seul le plus petit reste sous la main de l'ogre caractériel qui prend son pied dans le déversement de sa bile noire, terroriste familial en puissance, bête insaisissable, sans tête, avec laquelle aucune discussion n'est possible. Elle ne connaît plus aucune limite, renaissant encore plus sauvagement là où la raison tente de se faire entendre.
Obama: j'avoue être complètement fasciné par cet homme, par cet orateur qui poursuit rien de moins que le destin de Rosa Parks, Martin Luther King, Malcom X, Nelson Mandela... Cet homme est habité. Cette voix, ce regard, cette tenue...
Et ces trois mots, porteurs d'espoirs, de possibles, là où tant analysent, bafouillent, hésitent: Yes, we can!
Que dire de plus?
Et ces trois mots, porteurs d'espoirs, de possibles, là où tant analysent, bafouillent, hésitent: Yes, we can!
Que dire de plus?
Pourrait-on déterminer à priori qu'un mathématicien se comporte comme un mathématicien, un boulanger comme un boulanger, une maîtresse d'école comme une maîtresse d'école, un écrivain comme un écrivain, une secrétaire comme une secrétaire? Y a-t-il des caractéristiques aisément repérables comme au temps de Sherlock Holmes?
Le reniflement est un acte d'incivilité.
Ceci ne fait aucun doute lorsque la snifette métronomique de votre voisine, dans le bus, vous noue la colère au point que vous vous mettez à déterminer si le trajet que vous devez faire jusqu'à votre arrêt sera assez court pour que vous ne lui hurliez pas dessus, en un cri primal, barbare, mais salvateur:
- Vous n'allez pas finir par vous moucher!
Ceci ne fait aucun doute lorsque la snifette métronomique de votre voisine, dans le bus, vous noue la colère au point que vous vous mettez à déterminer si le trajet que vous devez faire jusqu'à votre arrêt sera assez court pour que vous ne lui hurliez pas dessus, en un cri primal, barbare, mais salvateur:
- Vous n'allez pas finir par vous moucher!
Web rédac'stuces
MotsAndCo.com : Bonjour Frédéric. Dans un récent article, tu mettais en exergue le fait que le contenant prenait trop souvent le pas sur le contenu. Pourquoi selon toi ? Les webmasters devraient ils se former à la rédaction web ?
J'aimerais illustrer cette question par un constat que j'avais fait durant mes études de littérature à Genève. Nos professeurs de philologie romane (l'étude du français médiéval) mettaient un soin tout particulier à la traduction des textes, pistaient les dialectes, les astuces grammaticales, veillaient à ce que chaque mot soit pris dans son sens le plus précis. Nous passions ainsi de longues heures - parfois très très longues - à étudier toutes les questions syntaxiques. Puis, lorsque ceci était fait, le semestre était achevé, et nous avions fini. Fini? Loin de là! Ce texte que nous avions traduit, que nous disait-il? Quel était son sens? Que signifiait l'histoire que nous racontait son auteur? Je restais toujours sur ma faim, car j'avais l'impression que c'était maintenant que le travail d'interprétation pouvait commencer. Mais de cela, pas un mot. Comme si, ayant épuisé avec virtuosité tous les aspects techniques d'un texte, nous lui avions fait rendre gorge et qu'il n'avait plus rien à nous dire.
C'est exactement la même impression que j'ai, bien souvent, lors que je lis le contenu de certains sites. La technologie est rutilante, le surf hawaïen... Diamant ne saurait trouver plus bel écrin. Mais malheureusement, le texte est illisible, pauvre de sens, n'apporte rien.. Parfois, il faut même un certain nombre de relectures pour comprendre ce que l'on cherche à nous dire.
Et pourtant que de ressources mobilisées, humaines, techniques, financières! Que d'heures de réunions passées à discuter pour élaborer une vision du site, lui assigner la plus haute mission: rapporter des sous ou informer. Mais lorsqu'on en arrive à l'écriture des textes ou aux choix ergonomiques, le travail s'affaiblit. La pointe de l'iceberg est effritée. Comme si, l'élaboration technique du site avait épuisé les énergies et qu'au moment de faire les derniers mètres, on abdique. Ce qui est en soi bien dommage, car l'internaute ne lira que le travail fait dans ces derniers mètres. Le message qui le concerne se trouve au sommet. Ce qui porte le message (et sans lequel le message n'existe pas bien sûr) ne l'intéresse pas. Sauf pour ceux qui le construisent.
Je pense que la communication, la rédaction et l'ergonomie sont cruciales pour réussir un site. Penser un message, le calibrer en fonction de son public cible, le rédiger de sorte à être compris: c'est un métier. Un métier souvent négligé par les techniciens du web qui ont tendance à oublier que les gens qui les lisent ne sont pas des techniciens, ne leur ressemblent pas et ne les comprennent pas. Mais être un webmaster hors pair n'est pas une fatalité. On peut tout de même réussir à écrire des textes très valables. Pour autant qu'on veuille bien prendre le temps de s'intéresser aux implications de l'écriture web. En revanche, je pense que lorsque le projet se complique, il est bon de faire appel à un chargé de communication ou à un rédacteur web. Ces derniers ont été confrontés à des dizaines, voire des centaines de cas. Ils ont écrit des centaines de textes (en fait, ils écrivent tous les jours et parfois toute la journée, parfois même toute la nuit). Ils ont donc quelques gammes d'avance, au vu du temps qu'ils consacrent à cette activité.
Ceci n'empêche pas chacun de pouvoir devenir rapidement capable d'écrire de bons textes. A condition, nous ne le dirons jamais assez, de s'intéresser à certains constats que d'autres ont pu faire et expérimenter. Je n'aime pas parler de règles, car ce mot est policier, normatif, et donne à l'écriture une rigidité qui est malvenue. Non, écrire pour le web, c'est une fabuleuse ouverture sur la vie, sur l'imaginaire. Un bon site conte son activité, nous implique dans son projet, nous convie à une petite entreprise humaine. Cette dimension est importante, car elle rend compte de la foi que nous avons en ce que nous faisons.
MotsAndCo.com : Ton papier insistait sur le fait qu'avant de rédiger un contenu, tout rédacteur web devait commencer par se demander ce qu'il allait apportait au lecteur. Quelles sont les grandes questions qu'un blogueur pro doit se poser avant même de toucher au clavier selon toi ?
Avant de se ruer sur un outil d'édition (souvent très bien fait, mais pas encore magique), il serait bon de s'arrêter un instant, lâcher le clavier mitraillette, prendre un bout de crayon et un papier et se demander: "qu'est-ce que je veux dire?"; "qui sont les gens qui vont me lire?"; qu'est-ce que je souhaite que mes lecteurs fassent après avoir lu mon message?". Une fois que ceci est très clairement posé, on peut commencer à l'écrire. La clarté du message est fonction de notre capacité à l'énoncer clairement. "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément" (Boileau). Mais l'intention et la fougue ne suffisent pas. Encore doit-on affûter son verbe afin que la flèche soit transperçante et vienne se ficher au coeur du cerveau de votre lecteur. C'est là qu'une bonne plume peut vous être utile.
Je soulignerai également qu'écrire, c'est aussi respecter son lecteur. Il y a des sites qui ont du style, un ton, une manière de vous accueillir qui est hautement appréciable. De même il y a des blogs qui donnent l'impression d'être de véritables déversoirs. Ou qui sont beaucoup trop personnels pour être ouverts au grand public. Quand ils ne virent pas carrément au pathologique (le web ayant également ses zones d'ombres et de déviances). Tentons de ne pas perdre de vue qu'on écrit pour être lu (sinon c'est un journal personnel), et qu'on va être lu par des internautes qui vont nous consacrer un peu de temps. Essayons de faire en sorte que nos textes soient une table bien mise, alors que mijotent au fourneau des propos des plus alléchants. "Saveur" et "savoir" sont deux mots qui ont la même racine latine et qui vont de paire.
Une dernière question pertinente à se poser avant de disséminer des mots sur la toile: "Est-ce que ce que je vais écrire est utile, nécessaire, partageable?". Si la réponse devait être négative, n'écrivons pas. Nous participerons ainsi à une pause et un peu de silence dans ce monde si foisonnant d'informations bien souvent absolument inutiles mais néanmoins sollicitantes.
MotsAndCo.com : D'une façon générale, comment lit-on en ligne ? Qu'apprend t'on de l'étude des mécanismes de lecture en ligne ?
On remarque très clairement que l'internaute, paradoxalement, vient sur votre site pour y trouver quelque chose qu'il ne veut pas chercher... Oui, l'internaute ne veut pas vous lire, il veut uniquement trouver l'information dont il a besoin. Le reste ne l'intéresse pas. Il ne tient pas à faire un quelconque effort de compréhension. Ce qui explique les malentendus récurrents entre l'auteur d'un site, d'un article, etc, qui se donne la peine d'en dire le maximum à un lecteur qui veut en lire un minimum.
D'où la nécessité d'attendre son lecteur au tournant, de lui tendre un piège textuel afin que, dans la course de son regard, quelque chose retienne clairement son attention. Ce quelque chose, ce sont les titres par exemple.
L'écriture sur le web se doit d'être une écriture "du court". La formule brève permet de croiser le fer avec le regard en délire d'un lecteur. Il faut apprendre à le capter et à le cadrer.
Cette réaction hostile du lecteur est tout à fait compréhensible: il est soûlé d'informations à longueur de web, il en a marre, il est ivre de liens. Qui de nous n'en a pas fait l'expérience?
MotsAndCo.com : Quels sont les principaux piéges qu'un bon blogueur pro se doit d'éviter ?
Oublier son lectorat. Autant le romancier se doit d'oublier son public afin de se concentrer son imaginaire sans se censurer, autant le blogueur se doit de ne pas perdre de vue qu'il écrit pour quelqu'un. L'étymologie du mot "lire" est très jolie. "Legere", en latin, signifie "rassembler, recueillir". Je m'imagine toujours que mes lecteurs sont des abeilles qui viennent faire leur miel. Ils butinent de fleur en fleur pour recueillir le précieux nectar. Sur nos blogs, le pollen, c'est le sens.. Puisse-t-il être riche et savoureux.
De manière générale, je suis assez optimiste quant à l'avenir de la rédaction sur le web. Je constate qu'une prise de conscience se fait. La rédaction et l'ergonomie, deux mots forts connus des sites réussis, commence à avoir ses lettres de...je n'ose pas dire "de noblesse". La royale technologie consent à accepter dans ses rangs (encore ceux des jongleurs), ces énergumènes qui prétendent savoir écrire. Car, somme toute, si on y réfléchit bien, tout le monde parle et écrit. Alors qu'apportent-ils de plus, ces rédacteurs que nous ne sachions faire? N'est-ce pas un peu du vent tout ceci à côté du "vrai" travail: le codage?... Je laisse à chacun le soin de répondre.
Quant à moi, ma devise est choisie (je l'ai forgée à l'usage): "Le point de vue de l'utilisateur tu favoriseras".
J'aimerais illustrer cette question par un constat que j'avais fait durant mes études de littérature à Genève. Nos professeurs de philologie romane (l'étude du français médiéval) mettaient un soin tout particulier à la traduction des textes, pistaient les dialectes, les astuces grammaticales, veillaient à ce que chaque mot soit pris dans son sens le plus précis. Nous passions ainsi de longues heures - parfois très très longues - à étudier toutes les questions syntaxiques. Puis, lorsque ceci était fait, le semestre était achevé, et nous avions fini. Fini? Loin de là! Ce texte que nous avions traduit, que nous disait-il? Quel était son sens? Que signifiait l'histoire que nous racontait son auteur? Je restais toujours sur ma faim, car j'avais l'impression que c'était maintenant que le travail d'interprétation pouvait commencer. Mais de cela, pas un mot. Comme si, ayant épuisé avec virtuosité tous les aspects techniques d'un texte, nous lui avions fait rendre gorge et qu'il n'avait plus rien à nous dire.
C'est exactement la même impression que j'ai, bien souvent, lors que je lis le contenu de certains sites. La technologie est rutilante, le surf hawaïen... Diamant ne saurait trouver plus bel écrin. Mais malheureusement, le texte est illisible, pauvre de sens, n'apporte rien.. Parfois, il faut même un certain nombre de relectures pour comprendre ce que l'on cherche à nous dire.
Et pourtant que de ressources mobilisées, humaines, techniques, financières! Que d'heures de réunions passées à discuter pour élaborer une vision du site, lui assigner la plus haute mission: rapporter des sous ou informer. Mais lorsqu'on en arrive à l'écriture des textes ou aux choix ergonomiques, le travail s'affaiblit. La pointe de l'iceberg est effritée. Comme si, l'élaboration technique du site avait épuisé les énergies et qu'au moment de faire les derniers mètres, on abdique. Ce qui est en soi bien dommage, car l'internaute ne lira que le travail fait dans ces derniers mètres. Le message qui le concerne se trouve au sommet. Ce qui porte le message (et sans lequel le message n'existe pas bien sûr) ne l'intéresse pas. Sauf pour ceux qui le construisent.
Je pense que la communication, la rédaction et l'ergonomie sont cruciales pour réussir un site. Penser un message, le calibrer en fonction de son public cible, le rédiger de sorte à être compris: c'est un métier. Un métier souvent négligé par les techniciens du web qui ont tendance à oublier que les gens qui les lisent ne sont pas des techniciens, ne leur ressemblent pas et ne les comprennent pas. Mais être un webmaster hors pair n'est pas une fatalité. On peut tout de même réussir à écrire des textes très valables. Pour autant qu'on veuille bien prendre le temps de s'intéresser aux implications de l'écriture web. En revanche, je pense que lorsque le projet se complique, il est bon de faire appel à un chargé de communication ou à un rédacteur web. Ces derniers ont été confrontés à des dizaines, voire des centaines de cas. Ils ont écrit des centaines de textes (en fait, ils écrivent tous les jours et parfois toute la journée, parfois même toute la nuit). Ils ont donc quelques gammes d'avance, au vu du temps qu'ils consacrent à cette activité.
Ceci n'empêche pas chacun de pouvoir devenir rapidement capable d'écrire de bons textes. A condition, nous ne le dirons jamais assez, de s'intéresser à certains constats que d'autres ont pu faire et expérimenter. Je n'aime pas parler de règles, car ce mot est policier, normatif, et donne à l'écriture une rigidité qui est malvenue. Non, écrire pour le web, c'est une fabuleuse ouverture sur la vie, sur l'imaginaire. Un bon site conte son activité, nous implique dans son projet, nous convie à une petite entreprise humaine. Cette dimension est importante, car elle rend compte de la foi que nous avons en ce que nous faisons.
MotsAndCo.com : Ton papier insistait sur le fait qu'avant de rédiger un contenu, tout rédacteur web devait commencer par se demander ce qu'il allait apportait au lecteur. Quelles sont les grandes questions qu'un blogueur pro doit se poser avant même de toucher au clavier selon toi ?
Avant de se ruer sur un outil d'édition (souvent très bien fait, mais pas encore magique), il serait bon de s'arrêter un instant, lâcher le clavier mitraillette, prendre un bout de crayon et un papier et se demander: "qu'est-ce que je veux dire?"; "qui sont les gens qui vont me lire?"; qu'est-ce que je souhaite que mes lecteurs fassent après avoir lu mon message?". Une fois que ceci est très clairement posé, on peut commencer à l'écrire. La clarté du message est fonction de notre capacité à l'énoncer clairement. "Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément" (Boileau). Mais l'intention et la fougue ne suffisent pas. Encore doit-on affûter son verbe afin que la flèche soit transperçante et vienne se ficher au coeur du cerveau de votre lecteur. C'est là qu'une bonne plume peut vous être utile.
Je soulignerai également qu'écrire, c'est aussi respecter son lecteur. Il y a des sites qui ont du style, un ton, une manière de vous accueillir qui est hautement appréciable. De même il y a des blogs qui donnent l'impression d'être de véritables déversoirs. Ou qui sont beaucoup trop personnels pour être ouverts au grand public. Quand ils ne virent pas carrément au pathologique (le web ayant également ses zones d'ombres et de déviances). Tentons de ne pas perdre de vue qu'on écrit pour être lu (sinon c'est un journal personnel), et qu'on va être lu par des internautes qui vont nous consacrer un peu de temps. Essayons de faire en sorte que nos textes soient une table bien mise, alors que mijotent au fourneau des propos des plus alléchants. "Saveur" et "savoir" sont deux mots qui ont la même racine latine et qui vont de paire.
Une dernière question pertinente à se poser avant de disséminer des mots sur la toile: "Est-ce que ce que je vais écrire est utile, nécessaire, partageable?". Si la réponse devait être négative, n'écrivons pas. Nous participerons ainsi à une pause et un peu de silence dans ce monde si foisonnant d'informations bien souvent absolument inutiles mais néanmoins sollicitantes.
MotsAndCo.com : D'une façon générale, comment lit-on en ligne ? Qu'apprend t'on de l'étude des mécanismes de lecture en ligne ?
On remarque très clairement que l'internaute, paradoxalement, vient sur votre site pour y trouver quelque chose qu'il ne veut pas chercher... Oui, l'internaute ne veut pas vous lire, il veut uniquement trouver l'information dont il a besoin. Le reste ne l'intéresse pas. Il ne tient pas à faire un quelconque effort de compréhension. Ce qui explique les malentendus récurrents entre l'auteur d'un site, d'un article, etc, qui se donne la peine d'en dire le maximum à un lecteur qui veut en lire un minimum.
D'où la nécessité d'attendre son lecteur au tournant, de lui tendre un piège textuel afin que, dans la course de son regard, quelque chose retienne clairement son attention. Ce quelque chose, ce sont les titres par exemple.
L'écriture sur le web se doit d'être une écriture "du court". La formule brève permet de croiser le fer avec le regard en délire d'un lecteur. Il faut apprendre à le capter et à le cadrer.
Cette réaction hostile du lecteur est tout à fait compréhensible: il est soûlé d'informations à longueur de web, il en a marre, il est ivre de liens. Qui de nous n'en a pas fait l'expérience?
MotsAndCo.com : Quels sont les principaux piéges qu'un bon blogueur pro se doit d'éviter ?
Oublier son lectorat. Autant le romancier se doit d'oublier son public afin de se concentrer son imaginaire sans se censurer, autant le blogueur se doit de ne pas perdre de vue qu'il écrit pour quelqu'un. L'étymologie du mot "lire" est très jolie. "Legere", en latin, signifie "rassembler, recueillir". Je m'imagine toujours que mes lecteurs sont des abeilles qui viennent faire leur miel. Ils butinent de fleur en fleur pour recueillir le précieux nectar. Sur nos blogs, le pollen, c'est le sens.. Puisse-t-il être riche et savoureux.
De manière générale, je suis assez optimiste quant à l'avenir de la rédaction sur le web. Je constate qu'une prise de conscience se fait. La rédaction et l'ergonomie, deux mots forts connus des sites réussis, commence à avoir ses lettres de...je n'ose pas dire "de noblesse". La royale technologie consent à accepter dans ses rangs (encore ceux des jongleurs), ces énergumènes qui prétendent savoir écrire. Car, somme toute, si on y réfléchit bien, tout le monde parle et écrit. Alors qu'apportent-ils de plus, ces rédacteurs que nous ne sachions faire? N'est-ce pas un peu du vent tout ceci à côté du "vrai" travail: le codage?... Je laisse à chacun le soin de répondre.
Quant à moi, ma devise est choisie (je l'ai forgée à l'usage): "Le point de vue de l'utilisateur tu favoriseras".
Gruyviesuisse
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| Photo de Jamani Caillet |
« La terre est bleue comme une orange »… Charles se remémorait ces vers de Paul Eluard en regardant cette boule qui ne ressemblait plus qu’à une balle de tennis braisée. Jusqu’à ce que la colonelle Blixen vint lui annoncer qu’elle avait capté un signal venant de la terre ! Mais oui... L’amiral s’en assure. Aucun doute possible. Dans les plaines désertes de la mort, il restait un bâtiment. Il se précipite sur le googlogrossaucissoscope pour visualiser ce miracle... Et là, que voit-il, stupéfait, sur son écran ? Un havre de paix au milieu d’une plaine cendrée... une verte pelouse où broutent quelques ânes au milieu de moutons, des fleurs de toutes les couleurs. Ô des fleurs, cela faisait longtemps qu’il n’en avait plus vu. Mais ce qui est encore plus beau, c’est cette chose voluptueusement ondulée qui brille de mille feux. Comme une fine tranche d’emmenthal translucide, qui se serait tendrement contorsionnée sur un four à raclette. Il zoome pour obtenir une image plus précise. Il aperçoit un cloître technologique, des biblionumériquothèques, des verbosphères, des salles de conférence, de concert...
Il ne mit pas longtemps à reconnaître le fameux Gruyviesuisse. Ce bâtiment avait vu le jour dans l’esprit d’une géniale fromagère, Tosca Membert, qui, par un pur hasard, devint une des architectes les plus célèbres de son siècle. Tosca tenait une fromagerie de montagne. Un matin, découpant une tranche de gruyère, elle vit la matière laiteuse prendre des courbes qui l’émurent jusqu’aux larmes. Contemplant cette longue lanière si douce au regard, presque transparente, elle imagina que le fromage put devenir un ferment d’amitié et de dialogue entre les êtres. Ce que ne faisait que confirmer les formidables soirées passées autour d’une raclette, où, le fendant aidant, les propos de chacun se faisaient plus chaleureux, plus intimes. Absorbée dans ses pensées, elle mit nonchalamment quelques allumettes sous la tranche, ce qui en fit un toit. Un abri fromager. Et tant il est vrai que parfois de grandes choses naissent d’un petit détail, une pomme qui tombe ou que sais-je, Madame Membert se mit à réaliser une maison en fromage. L’oeuvre une fois achevée, elle décida qu’il fallait la réaliser. Sa vocation et son combat étaient nés. Durant de longues années, luttant avec acharnement contre tous ses détracteurs, elle peaufina son projet, aidé par des ingénieurs et des architectes qui comprirent tout de suite ce qu’une telle réalisation pourrait représenter pour l’Humanité.
C’est autour d’une fondue réunissant le Président de la Confédération de l’époque, Rodolph Agi et Paul Sbrinz, Président de la puissante fédération de Cheese Up, que furent trouvés les fonds nécessaires à la réalisation de l’édifice qui serait un lieu de rencontre et de partage de la connaissance. Evidemment, il ne serait pas en fromage. Pour des raisons techniques et pratiques. L’association des riverains du Léman ayant refusé que les doux embruns lacustres fussent recouverts d’une forte odeur de gruyère. On opta donc pour d’autres matériaux. Mais il revint au gruyère, et non à l’emmenthal, comme certains l’ont prétendu par la suite (sans doute à cause des puits de lumière), d’être le fromage prophétique.
Resta la question du nom. Tosca proposa Cheese Hope, Monsieur Agi WONDERFUL et Monsieur Raclère Lacte Matrix. Si tous convinrent d’emblée qu’il fallait que le vocable fût anglais, pour donner une dimension internationale à l’édifice - on ne savait pas encore que le français reprendrait son rôle de langue phare -, ce ne fut qu’après de longues heures de discussions qu’il fut convenu de l’appeler le Gruyviesuisse. Tant la leçon de Tosca, ne l’oublions pas, portait en son sein le désir d’une humanité plus bienveillante.
C’est ainsi que devait s’édifier une maison du savoir qui serait l’équivalent d’une joyeuse tablée réunie autour d’une raclette.
Se remémorant tout ceci, l’amiral se demandait par quel prodige cet édifice avait pu résister au raz-de-marée nucléaire, comme SI RIEN NE S’ÉTAIT PASSÉ ! Comment était-ce possible ? Hormis les moutons et les ânes, aucune présence humaine. Comme ces navires disparus dans le Triangle des Bermudes qu’on retrouvait bien des années plus tard. Tout signalait la présence de quelqu’un qui semblait s’être absenté quelques minutes auparavant. Une tasse de café chaud fume encore sur la table, la radio diffuse des nouvelles. Mais personne.
Par moment, le reflet du soleil faisait luire des étincelles sur l’écran que l’amiral observait, songeur, jusqu’à ce que... Mais bien sûr ! Comment n’y avait-il pas pensé avant ? Le souvenir d’un des cours de catéchisme de son enfance lui revint. S’il avait eu la présence d’esprit de créer L’Ecu Rose pour sauver l’espèce humaine, Tosca Membert avait, pour sa part, imaginé un lieu où celle-ci pourrait prendre un nouveau départ. Un lieu où le savoir ne serait plus considéré comme un instrument de pouvoir, mais comme un matériau de connaissance et d’échange. Et lui, Charles d’Helvétie, serait l’instigateur de cette renaissance.
Il n’y avait donc plus une minute à perdre !
La rédaction web
La rédaction Web....vaste sujet. La liste des livres, des sites, des blogs, des forums et des wikis qui fleurissent sur la question est longue. Que signifie écrire pour le Web ? Par rapport à écrire un rapport d’activité, écrire une publicité ou écrire un manuel d’utilisation? On se rend compte à l’usage qu’il n’y a pas de recettes magiques pour écrire pour le Web. Mais il y a des usages de lecture, des habitudes de lecture, qui permettent d’avoir plus ou moins de chance d’être lu si on les respecte.
Dans le cadre de cet article sur la rédaction Web, j’aimerais essayer de faire le point sur certaines difficultés que nous rencontrons tous, lorsque nous sommes appelés à rédiger un texte pour le média Internet. Mon propos vous sera sans doute familier. Vous constaterez également que j’emprunte de nombreux éléments aux techniques d’écriture journalistique. Les attentes d’un lecteur de journaux sont similaires à celles d’un internaute. L’information doit être claire, concise, synthétique. Tous deux sont saturés d’informations provenant de médias divers et variés. Il n’y a donc aucune raison pour qu’ils fassent des concessions et qu’ils acceptent de perdre leur temps avec un article ou avec une page mal ficelé.
Ce tour d’horizon va s’articuler en trois temps :
Dans le cadre de cet article sur la rédaction Web, j’aimerais essayer de faire le point sur certaines difficultés que nous rencontrons tous, lorsque nous sommes appelés à rédiger un texte pour le média Internet. Mon propos vous sera sans doute familier. Vous constaterez également que j’emprunte de nombreux éléments aux techniques d’écriture journalistique. Les attentes d’un lecteur de journaux sont similaires à celles d’un internaute. L’information doit être claire, concise, synthétique. Tous deux sont saturés d’informations provenant de médias divers et variés. Il n’y a donc aucune raison pour qu’ils fassent des concessions et qu’ils acceptent de perdre leur temps avec un article ou avec une page mal ficelé.
Ce tour d’horizon va s’articuler en trois temps :
- tout d’abord, nous évoquerons rapidement les trois ingrédients qui, à mon sens, assurent la réussite d’un site:l’harmonisation du contenu, le design et la technique ;
- ensuite, nous essayerons de comprendre quelles sont les habitudes de lecture de l’internaute. Vu que nous écrivons pour lui, autant savoir comment il lit, quelles sont ses attentes ;
- enfin, nous passerons en revue quelques astuces rédactionnelles qui peuvent faciliter la lecture d’une page.
La rédaction, un des trois ingrédients d’un site réussi
La qualité sur le Web
Commençons par analyser les trois ingrédients qui permettent de réussir un site Internet. La qualité Web est extrêmement difficile à définir. Sur Internet, tout est qualité. On ne peut pas parler de qualité communicationnelle en la restreignant aux textes et aux images. La technique est, elle aussi, un vecteur d’image majeur. Dans l’esprit de l’internaute, si la page d’un formulaire ne marche pas, c’est que le service est nul, même si le design est bon.
La qualité sur le Web serait donc le résultat subtil de l’harmonisation du contenu, du design et de la technique. On peut avoir les meilleurs rédacteurs, les meilleurs développeurs, les meilleurs graphistes, si on n’arrive pas à leur aménager un espace de rencontre, le résultat sera médiocre.
La qualité sur le Web serait donc le résultat subtil de l’harmonisation du contenu, du design et de la technique. On peut avoir les meilleurs rédacteurs, les meilleurs développeurs, les meilleurs graphistes, si on n’arrive pas à leur aménager un espace de rencontre, le résultat sera médiocre.
Le webmaster est aussi un rédacteur
Ceci étant dit, la rédaction est-elle suffisamment prise en compte dans les missions du webmaster ? J’entends par là : le webmaster consacre-t-il assez de temps au contenu de son site ? Car en définitive, qu’est-ce que l’internaute verra d’autres sur la page que le contenu affiché ??
Par expérience, on se rend compte que les problèmes techniques, même très secondaires, prennent souvent le pas sur la rédaction. Tout se passe comme si, lorsqu’on a réussi à faire ceci ou cela avec un outil de gestion de contenu, il n’y a plus qu’à coller le texte dedans, et le tour est joué. Et le webmaster est confronté à bien d’autres problèmes en matière de rédaction. Le texte lui a été donné par un professeur ou son doyen. Il n’ose donc pas véritablement le retoucher. Ou alors, le contenu est tellement technique qu’il n’y comprend rien. Il se dit que d’autres comprendront sûrement. Mais je suis sûr que, dans bien des cas, les autres n’y comprennent rien non plus. Ou encore, il subit une pression hiérarchique pour indiquer à tout prix une information qui mériterait d’être reprise, qui n’a certainement pas sa place là où on lui demande de la mettre. Mais il n’a bien souvent pas le choix. Car il lui manque du temps, des informations, etc. Il mettra donc en ligne des mots qui iront peupler le cimetière Web des textes qui ne servent à rien.
Et puis nous avons tous certaines inhibitions lorsqu’il s’agit d’écrire. Le webmaster n’est pas forcément un rédacteur professionnel. Une formation pour qu’il se sente plus à l’aise lui manque peut-être. Il se doute bien qu’il y a certainement des techniques qui pourraient l’aider. Mais où les trouver ? Souvent le webmaster se trouve bien seul avec de l’information qu’il doit mettre en ligne et qui mériterait, en fait, d’être discutée en équipe.
Tout se passe comme si la rédaction, qui est en bout de chaîne, était un détail. Le webmaster devrait à mon sens inscrire la rédaction dans son cahier des charges idéal ou ne pas hésiter à demander l’aide d’un rédacteur Web ou encore du service médias et communication ou du KIS quand il s’agit de contenus importants, ou solliciter l’aide d’un tiers, simple lecteur, non spécialiste du Web.
Par expérience, on se rend compte que les problèmes techniques, même très secondaires, prennent souvent le pas sur la rédaction. Tout se passe comme si, lorsqu’on a réussi à faire ceci ou cela avec un outil de gestion de contenu, il n’y a plus qu’à coller le texte dedans, et le tour est joué. Et le webmaster est confronté à bien d’autres problèmes en matière de rédaction. Le texte lui a été donné par un professeur ou son doyen. Il n’ose donc pas véritablement le retoucher. Ou alors, le contenu est tellement technique qu’il n’y comprend rien. Il se dit que d’autres comprendront sûrement. Mais je suis sûr que, dans bien des cas, les autres n’y comprennent rien non plus. Ou encore, il subit une pression hiérarchique pour indiquer à tout prix une information qui mériterait d’être reprise, qui n’a certainement pas sa place là où on lui demande de la mettre. Mais il n’a bien souvent pas le choix. Car il lui manque du temps, des informations, etc. Il mettra donc en ligne des mots qui iront peupler le cimetière Web des textes qui ne servent à rien.
Et puis nous avons tous certaines inhibitions lorsqu’il s’agit d’écrire. Le webmaster n’est pas forcément un rédacteur professionnel. Une formation pour qu’il se sente plus à l’aise lui manque peut-être. Il se doute bien qu’il y a certainement des techniques qui pourraient l’aider. Mais où les trouver ? Souvent le webmaster se trouve bien seul avec de l’information qu’il doit mettre en ligne et qui mériterait, en fait, d’être discutée en équipe.
Tout se passe comme si la rédaction, qui est en bout de chaîne, était un détail. Le webmaster devrait à mon sens inscrire la rédaction dans son cahier des charges idéal ou ne pas hésiter à demander l’aide d’un rédacteur Web ou encore du service médias et communication ou du KIS quand il s’agit de contenus importants, ou solliciter l’aide d’un tiers, simple lecteur, non spécialiste du Web.
Le cahier des charges rédactionnel du webmaster
Je n’hésiterais donc pas à inscrire au cahier des charges idéal du webmaster les points suivants :
- assurer la qualité du contenu rédactionnel
- assurer la mise à jour de l’information
- faire respecter une ligne rédactionnelle
- tenir compte des remarques des utilisateurs pour faire évoluer le site.
J’ai conscience que c’est beaucoup demander. Mais nous allons passer maintenant de l’autre côté de l’écran, pour étudier les habitudes de lecture de nos visiteurs. Et nous verrons qu’ils attendent prioritairement une information de qualité, bien structurée, bien rédigée.
Les habitudes de lecture des internautes
La lecture à l’écran
On a tendance à l’oublier, mais la lecture à l’écran est plus pénible que la lecture d’un texte imprimé. On estime que la vitesse de lecture à l’écran est retardée d’au moins 25%. Le critère de lisibilité est donc essentiel. Il faut que les phrases soient courtes. Et il ne faut pas hésiter à faire usage de cette formidable possibilité qu’offre le Web : l’hypertextualité. L’hypertextualité permet de donner du champ en profondeur à l’information. Elle permet au lecteur de s’acheminer plus directement et plus rapidement vers l’information qu’il recherche, à son centre d’intérêt. C’est le rôle des portails Internet, par exemple, de fournir une information très courte, très grossière qui s’affinera au fil des liens pour éventuellement finir sur un fichier pdf contenant un document complet.
De plus, l’internaute semble ne pas aimer le défilement de pages longues. Encore moins quand l’information est mal organisée et qu’il n’y a pas de paragraphes. Ce qui nous permet d’énoncer une des premières règles d’or du Web : mettre l’information la plus importante de votre page tout en haut de la page. Les lecteurs balaient la page pour voir s’ils arrivent à localiser l’information qu’ils cherchent. Alors, autant la leur servir sur un plateau.
Le frein que constitue la lecture à l’écran ne veut pas dire qu’ils ne liront pas des textes longs. Mais pour ce faire, il faut respecter certaines règles qui favorisent cette lecture à l’écran.
De plus, l’internaute semble ne pas aimer le défilement de pages longues. Encore moins quand l’information est mal organisée et qu’il n’y a pas de paragraphes. Ce qui nous permet d’énoncer une des premières règles d’or du Web : mettre l’information la plus importante de votre page tout en haut de la page. Les lecteurs balaient la page pour voir s’ils arrivent à localiser l’information qu’ils cherchent. Alors, autant la leur servir sur un plateau.
Le frein que constitue la lecture à l’écran ne veut pas dire qu’ils ne liront pas des textes longs. Mais pour ce faire, il faut respecter certaines règles qui favorisent cette lecture à l’écran.
Les parallélismes entre l’écriture journalistique et l’écriture Web
Arrêtons-nous quelques instants sur les attentes des lecteurs et sur les mécanismes de lecture d’un lecteur de journal ou d’un internaute, afin de parler des freins qui font qu’il lira ou non un article.
Nous notions que le lecteur de journaux et l’internaute ont des similitudes. En effet, le journal et le Web sont des supports où un style criard, un style publicitaire passe mal. Ce sont des médias cool, comme les appelle Jakob Nielsen. Comme pour un journal, les utilisateurs cherchent à saisir aussi rapidement que possible les informations contenues sur un site. Ils se demandent ce qu’une page ou une information va bien pouvoir leur apporter, pourquoi est-ce qu’ils y reviendraient ?? C’est une question que nous nous posons par exemple actuellement dans le cadre de la refonte du portail étudiant de l’EPFL. Comment être pertinent, informatif et attractif ??
L’écriture Web veut qu’on tienne compte de cette fameuse pyramide inversée qui est présentée dans les cours de journalisme. Le schéma vous montre qu’il faut mettre l’information la plus importante en premier. Ceci va à l’encontre de tout ce que nous avons appris à l’école, dans nos rédactions, où il fallait garder le meilleur pour la fin. Mais faire cela sur une page Web équivaut à manquer sa cible.
Nous notions que le lecteur de journaux et l’internaute ont des similitudes. En effet, le journal et le Web sont des supports où un style criard, un style publicitaire passe mal. Ce sont des médias cool, comme les appelle Jakob Nielsen. Comme pour un journal, les utilisateurs cherchent à saisir aussi rapidement que possible les informations contenues sur un site. Ils se demandent ce qu’une page ou une information va bien pouvoir leur apporter, pourquoi est-ce qu’ils y reviendraient ?? C’est une question que nous nous posons par exemple actuellement dans le cadre de la refonte du portail étudiant de l’EPFL. Comment être pertinent, informatif et attractif ??
L’écriture Web veut qu’on tienne compte de cette fameuse pyramide inversée qui est présentée dans les cours de journalisme. Le schéma vous montre qu’il faut mettre l’information la plus importante en premier. Ceci va à l’encontre de tout ce que nous avons appris à l’école, dans nos rédactions, où il fallait garder le meilleur pour la fin. Mais faire cela sur une page Web équivaut à manquer sa cible.
Les attentes du lecteur
Ecrire pour être lu. Ceci devrait être la préoccupation majeure de toute personne qui met du contenu en ligne. C’est pour cela qu’il est intéressant de se demander comment le lecteur entre ou non dans un texte.
Comme je l’indiquais, les sources d’information sont tellement nombreuses sur un même sujet, et ce, au sein d’une même école comme la nôtre, qu’on se doit d’être pertinent. Je pense, par exemple, que la manière dont les informations administratives sont dupliquées et répliquées un peu partout sur les sites de l’EPFL affaiblit la valeur de ces informations. Et l’internaute n’a pas de temps à perdre avec des informations dispersées un peu partout sur un site. Il faut donc que nos textes soient utiles. Nous devons donc à tout moment nous poser les questions suivantes :
Comme je l’indiquais, les sources d’information sont tellement nombreuses sur un même sujet, et ce, au sein d’une même école comme la nôtre, qu’on se doit d’être pertinent. Je pense, par exemple, que la manière dont les informations administratives sont dupliquées et répliquées un peu partout sur les sites de l’EPFL affaiblit la valeur de ces informations. Et l’internaute n’a pas de temps à perdre avec des informations dispersées un peu partout sur un site. Il faut donc que nos textes soient utiles. Nous devons donc à tout moment nous poser les questions suivantes :
- Qu’est-ce que mon texte va apporter au lecteur ??,
- Ce texte est-il au bon endroit sur mon site ??
Un autre critère important pour retenir l’attention de votre lectorat, c’est le critère de proximité. Mettez des choses sur votre site qui concernent votre lecteur dans son présent le plus immédiat, des informations qui soient en prise directe avec ses préoccupations. C’est la seule solution pour qu’il se sente impliqué par vos liens, vos boîtes, vos films, vos animations, etc. Ce qui se passe sur le Campus intéressera prioritairement votre lecteur. Et ce qui s’est passé la veille, ou ce qui se passera demain, l’intéresse également plus qu’une information datant de 2004. D’où l’importance de faire des mises à jour fréquentes.
Un autre critère qui me semble important est celui de la légitimité. Nos sites sont souvent surchargés de textes, de liens, mais rien ne les noue entre eux. Il n’y a pas une voix qui se fait entendre. Nos sites ressemblent parfois à des sites fantômes, sans auteur. Je trouve qu’il est dommage que les responsables, les doyens, ne s’expriment pas plus sur les pages. Pour donner leur vision de la faculté par exemple. Ceci permet d’asseoir un site, de lui donner plus de poids. D’autant que l’école est précisément composée de spécialistes auxquels les lecteurs accorderont aisément leur confiance.
C’est loin d’être évident, mais il faut tenter de donner du sens aux pages, aux sites. S’efforcer de mettre en scène l’information comme on présenterait un bon plat. Et éviter les pages fourre-tout (on ne le dira jamais assez). Il faut que l’internaute se sente pris par la main, qu’il se sente sécurisé. Rien de pire que ces sites où on est pris de vertige à l’idée qu’il faudra consulter tous les liens pour espérer trouver une information utile. Ceci ne veut pas dire qu’on ne peut pas mettre beaucoup de liens. Regardez une homepage comme celle d’amazon.fr. Elle compte 192 liens. Mais vous n’avez pas l’impression d’être perdu, car tout est regroupé en un ensemble cohérent. Nous reviendrons sur ce point en abordant la question de l’arborescence.
N’hésitez pas également à entrer en contact avec vos lecteurs par le biais d’une adresse e-mail ou d’un blog afin de savoir si l’information qu’il a trouvée sur la page lui a été utile. Il me semble important d’avoir un retour du consommateur de l’information que vous produisez. Sinon on continue à faire des textes à l’aveugle, sans retour. De ces boucles rétroactives naissent aussi vos futures réflexions et votre marge de progression.
Songez également, lorsque vous actualisez vos sites, à le faire savoir. Vous pouvez par exemple réserver un espace sur votre homepage pour afficher les nouveautés et la date des dernières modifications. Et n’oubliez pas d’en informer les webmasters des sites partenaires ainsi que toutes les personnes concernées afin qu’eux aussi puissent promouvoir vos nouveaux contenus. La circulation de l’information au sein d’un domaine de notre taille est fondamentale. Il est impossible sans cela de se tenir au courant des actualisations.
Un autre critère qui me semble important est celui de la légitimité. Nos sites sont souvent surchargés de textes, de liens, mais rien ne les noue entre eux. Il n’y a pas une voix qui se fait entendre. Nos sites ressemblent parfois à des sites fantômes, sans auteur. Je trouve qu’il est dommage que les responsables, les doyens, ne s’expriment pas plus sur les pages. Pour donner leur vision de la faculté par exemple. Ceci permet d’asseoir un site, de lui donner plus de poids. D’autant que l’école est précisément composée de spécialistes auxquels les lecteurs accorderont aisément leur confiance.
C’est loin d’être évident, mais il faut tenter de donner du sens aux pages, aux sites. S’efforcer de mettre en scène l’information comme on présenterait un bon plat. Et éviter les pages fourre-tout (on ne le dira jamais assez). Il faut que l’internaute se sente pris par la main, qu’il se sente sécurisé. Rien de pire que ces sites où on est pris de vertige à l’idée qu’il faudra consulter tous les liens pour espérer trouver une information utile. Ceci ne veut pas dire qu’on ne peut pas mettre beaucoup de liens. Regardez une homepage comme celle d’amazon.fr. Elle compte 192 liens. Mais vous n’avez pas l’impression d’être perdu, car tout est regroupé en un ensemble cohérent. Nous reviendrons sur ce point en abordant la question de l’arborescence.
N’hésitez pas également à entrer en contact avec vos lecteurs par le biais d’une adresse e-mail ou d’un blog afin de savoir si l’information qu’il a trouvée sur la page lui a été utile. Il me semble important d’avoir un retour du consommateur de l’information que vous produisez. Sinon on continue à faire des textes à l’aveugle, sans retour. De ces boucles rétroactives naissent aussi vos futures réflexions et votre marge de progression.
Songez également, lorsque vous actualisez vos sites, à le faire savoir. Vous pouvez par exemple réserver un espace sur votre homepage pour afficher les nouveautés et la date des dernières modifications. Et n’oubliez pas d’en informer les webmasters des sites partenaires ainsi que toutes les personnes concernées afin qu’eux aussi puissent promouvoir vos nouveaux contenus. La circulation de l’information au sein d’un domaine de notre taille est fondamentale. Il est impossible sans cela de se tenir au courant des actualisations.
Les mécanismes de lecture
Venons en maintenant aux mécanismes de lecture. Le Web bénéficie d’une habitude prise par chacun d’entre nous. Et cette habitude, c’est celle de regarder la télévision. C’est-à-dire une habitude de regarder l’écran, de percevoir globalement une surface qui est celle de l’écran.
Alors, comment le lecteur lit-il ?? En fait, il ne lit pas mot à mot, mais il photographie un groupe de mots. On estime que cette capture visuelle englobe dix à douze signes, espaces compris. Ceci a des conséquences directes pour la rédaction ?!
Tout d’abord, les mots de plus de trois syllabes sont difficiles à lire. Il est évidemment impossible d’éliminer tous les mots de plus de trois syllabes, mais on peut prendre l’habitude d’essayer de les remplacer par des mots plus courts. Pensons par exemple aux adverbes qui sont souvent très longs.
Cet exemple illustre bien le constat fait par les linguistes : la tendance naturelle du rédacteur va EXACTEMENT à l’inverse de celle du lecteur. Il est donc important pour nous, rédacteur, d’accepter de nous plier aux exigences de nos lecteurs et de ne pas attendre d’eux qu’ils le fassent.
Après avoir fait cette photographie, le lecteur procède à la reconnaissance. Il rapporte les signes qu’il a saisis aux mots qu’il connaît. Si le lecteur ne reconnaît pas l’un des mots, il y a un barrage linguistique. Si le contexte ne lui permet pas d’expliciter le mot qu’il n’a pas compris, 9 fois sur 10, il abandonne la lecture. Donc, sans qu’on s’en rende compte, une certaine manière d’écrire aboutit à la suppression du lecteur.
Pour voir comment éviter ces écueils, je vous conseille d’aller lire certains des articles de nos journalistes du Service médias et communication qui s’efforcent de rendre lisible un matériau de départ qui est souvent hypertechnique et lacunaire.
On peut dire qu’on choisit ses lecteurs en choisissant son vocabulaire. L’exercice est donc plus difficile pour nous, ici, à l’EPFL. Car nous écrivons pour des publics très différents : enseignants, étudiants, entreprises, etc. Nous devons donc apprendre à jongler avec les styles, avec les registres de parole. On ne s’adresse pas à un étudiant comme à un collaborateur.
Il faudrait donc connaître le stock moyen de mots du lecteur. Ce stock est en règle générale toujours beaucoup plus bas que ce qu’on croit. Il faut distinguer le vocabulaire actif, celui que le lecteur utilise vraiment au quotidien, et le vocabulaire passif, c’est-à-dire les mots dont on croit plus ou moins connaître la définition. On estime, par exemple, qu’un lecteur de France-Soir connaît passivement 1’500 mots tandis qu’un lecteur du Monde en connaîtrait 3’000.
Nous devons garder à l’esprit que 90 à 99% des mots français posent au lecteur des problèmes (sur les 40’000 à 140’000 mots que contient un dictionnaire), et qu’ils se trouvent hors de leur stock et font barrage. Dans un domaine comme le nôtre, le domaine scientifique, c’est un vrai problème. C’est ce que rappelait Pascal Couchepin lors d’une course d’école des professeurs de l’EPFL à Berne. Il leur recommandait de vulgariser et de simplifier leur propos : « [...] apprenez toutefois à parler au public, à communiquer avec la population. Je vous assure que vos interventions peuvent marquer les esprits et éclairer vos concitoyens sur des sujets parfois très complexes, comme le génie génétique » (Flash no 4, 21.03.06).
Autant dire qu’à l’EPFL, la liste des mots hors stock est longue. Et dans bien des cas, il est impossible de ne pas les utiliser. Alors, comment faire lorsque nous devons utiliser des mots hors stock ?? Nous avons trois procédés pour conserver nos lecteurs. Car rappelons-le, il s’agit bien de conserver nos lecteurs ?!
Alors, comment le lecteur lit-il ?? En fait, il ne lit pas mot à mot, mais il photographie un groupe de mots. On estime que cette capture visuelle englobe dix à douze signes, espaces compris. Ceci a des conséquences directes pour la rédaction ?!
Tout d’abord, les mots de plus de trois syllabes sont difficiles à lire. Il est évidemment impossible d’éliminer tous les mots de plus de trois syllabes, mais on peut prendre l’habitude d’essayer de les remplacer par des mots plus courts. Pensons par exemple aux adverbes qui sont souvent très longs.
Cet exemple illustre bien le constat fait par les linguistes : la tendance naturelle du rédacteur va EXACTEMENT à l’inverse de celle du lecteur. Il est donc important pour nous, rédacteur, d’accepter de nous plier aux exigences de nos lecteurs et de ne pas attendre d’eux qu’ils le fassent.
Après avoir fait cette photographie, le lecteur procède à la reconnaissance. Il rapporte les signes qu’il a saisis aux mots qu’il connaît. Si le lecteur ne reconnaît pas l’un des mots, il y a un barrage linguistique. Si le contexte ne lui permet pas d’expliciter le mot qu’il n’a pas compris, 9 fois sur 10, il abandonne la lecture. Donc, sans qu’on s’en rende compte, une certaine manière d’écrire aboutit à la suppression du lecteur.
Pour voir comment éviter ces écueils, je vous conseille d’aller lire certains des articles de nos journalistes du Service médias et communication qui s’efforcent de rendre lisible un matériau de départ qui est souvent hypertechnique et lacunaire.
On peut dire qu’on choisit ses lecteurs en choisissant son vocabulaire. L’exercice est donc plus difficile pour nous, ici, à l’EPFL. Car nous écrivons pour des publics très différents : enseignants, étudiants, entreprises, etc. Nous devons donc apprendre à jongler avec les styles, avec les registres de parole. On ne s’adresse pas à un étudiant comme à un collaborateur.
Il faudrait donc connaître le stock moyen de mots du lecteur. Ce stock est en règle générale toujours beaucoup plus bas que ce qu’on croit. Il faut distinguer le vocabulaire actif, celui que le lecteur utilise vraiment au quotidien, et le vocabulaire passif, c’est-à-dire les mots dont on croit plus ou moins connaître la définition. On estime, par exemple, qu’un lecteur de France-Soir connaît passivement 1’500 mots tandis qu’un lecteur du Monde en connaîtrait 3’000.
Nous devons garder à l’esprit que 90 à 99% des mots français posent au lecteur des problèmes (sur les 40’000 à 140’000 mots que contient un dictionnaire), et qu’ils se trouvent hors de leur stock et font barrage. Dans un domaine comme le nôtre, le domaine scientifique, c’est un vrai problème. C’est ce que rappelait Pascal Couchepin lors d’une course d’école des professeurs de l’EPFL à Berne. Il leur recommandait de vulgariser et de simplifier leur propos : « [...] apprenez toutefois à parler au public, à communiquer avec la population. Je vous assure que vos interventions peuvent marquer les esprits et éclairer vos concitoyens sur des sujets parfois très complexes, comme le génie génétique » (Flash no 4, 21.03.06).
Autant dire qu’à l’EPFL, la liste des mots hors stock est longue. Et dans bien des cas, il est impossible de ne pas les utiliser. Alors, comment faire lorsque nous devons utiliser des mots hors stock ?? Nous avons trois procédés pour conserver nos lecteurs. Car rappelons-le, il s’agit bien de conserver nos lecteurs ?!
- soit on explique le mot, mais c’est très vite lassant ;
- soit on rend le mot compréhensible par le contexte ;
- soit on recourt à une comparaison, une image ou un exemple de la vie courante.
Gardons donc bien à l’esprit qu’on se trompe souvent sur l’importance du stock de mots à disposition. Et que ce n’est pas parce qu’on s’adresse à un scientifique que ce dernier connaît tous les mots de la science...
Ces dernières remarques sur la manière de lire vont nous permettre de passer maintenant à quelques considérations sur la manière d’écrire. Mais il me semblait important de se placer dans un premier temps du côté de notre usager. Je le répète, il est fondamental pour le rédacteur de se soumettre aux habitudes de lecture de l’internaute.
Ces dernières remarques sur la manière de lire vont nous permettre de passer maintenant à quelques considérations sur la manière d’écrire. Mais il me semblait important de se placer dans un premier temps du côté de notre usager. Je le répète, il est fondamental pour le rédacteur de se soumettre aux habitudes de lecture de l’internaute.
Quelques astuces rédactionnelles
La redondance
La première astuce pour aider notre lecteur, c’est de ne pas hésiter à être redondant, c’est-à-dire à répéter l’information principale plusieurs fois, sous des formes différentes, et même à répéter souvent les mots-clés dans votre texte. Encore une fois, contrairement à ce qu’on nous enseignait à l’école, sur le Web, la répétition est bienvenue. Ces redondances ne sont pas inutiles. Elles forment en quelque sorte le ciment de la phrase. Il ne faut pas en mettre trop pour lasser. Je dirai qu’il faudrait faire un mélange entre 50% d’information pure, et 50% de ciment, de redondance, pour bétonner l’information principale, celle dont vous voulez que le lecteur se souvienne.
Pour un titre on peut aller jusqu’à 80 ou 100% d’information pure. Pour le chapeau on estime qu’on peut mettre 60-70% d’information pure. Et le texte développé, 50/50. Répétons-le : sur le Web, la répétition est un réel atout. N’hésitez donc pas à répéter un mot plusieurs fois. C’est bon pour le lecteur et pour les moteurs de recherche.
Pour un titre on peut aller jusqu’à 80 ou 100% d’information pure. Pour le chapeau on estime qu’on peut mettre 60-70% d’information pure. Et le texte développé, 50/50. Répétons-le : sur le Web, la répétition est un réel atout. N’hésitez donc pas à répéter un mot plusieurs fois. C’est bon pour le lecteur et pour les moteurs de recherche.
La phrase
Comme je le signalais, la tendance du rédacteur est contraire à celle du lecteur. On veut bien faire, alors on veut tout dire. Et le lecteur, lui veut faire vite, alors il ne retient rien. À moins d’être réellement motivé par l’information qui lui est présentée.
On estime que le lecteur retient lors de sa lecture environ 12 ou 15 mots par phrase. Une phrase de plus de 18 mots devient difficile à lire. (Quand on pense qu’une phrase moyenne d’un auteur comme Marcel Proust dans La Recherche du temps perdu se situe autour de 40 mots, on se dit qu’il aurait fait un très mauvais rédacteur Web. San Antonio, par contre, avec une moyenne de 15 mots, aurait passé la rampe).
Donc si le lecteur mémorise environ 15 mots, il mémorise aussi mieux le début que la fin de la phrase. On revient donc à cette règle d’or qui est en fait le message central de cet article : placez l’information principale au début de votre phrase. Sur Internet, le premier rang est très prisé. Une idée, une information, une phrase (courte si possible) : voici la règle qu’il faut retenir et essayer d’appliquer le plus souvent.
De même, allez droit au but dans votre propos. Structurez vos phrases simplement. Écrivez au présent. Faites des tournures de phrase actives. Affirmez les choses. La forme interrogative est moins bien perçue. Ne faites pas des phrases à rallonge, avec relatives, incises, etc. Apportez des réponses. Soyez directs.
On estime que le lecteur retient lors de sa lecture environ 12 ou 15 mots par phrase. Une phrase de plus de 18 mots devient difficile à lire. (Quand on pense qu’une phrase moyenne d’un auteur comme Marcel Proust dans La Recherche du temps perdu se situe autour de 40 mots, on se dit qu’il aurait fait un très mauvais rédacteur Web. San Antonio, par contre, avec une moyenne de 15 mots, aurait passé la rampe).
Donc si le lecteur mémorise environ 15 mots, il mémorise aussi mieux le début que la fin de la phrase. On revient donc à cette règle d’or qui est en fait le message central de cet article : placez l’information principale au début de votre phrase. Sur Internet, le premier rang est très prisé. Une idée, une information, une phrase (courte si possible) : voici la règle qu’il faut retenir et essayer d’appliquer le plus souvent.
De même, allez droit au but dans votre propos. Structurez vos phrases simplement. Écrivez au présent. Faites des tournures de phrase actives. Affirmez les choses. La forme interrogative est moins bien perçue. Ne faites pas des phrases à rallonge, avec relatives, incises, etc. Apportez des réponses. Soyez directs.
Le message essentiel
Posez-vous toujours la question : Qu’est-ce que j’aimerais que mon lecteur retienne de mon texte, de la page que j’ai écrite ?? D’où l’importance de définir un angle d’attaque (et un seul) pour chaque texte que vous rédigez. C’est une condition essentielle pour réussir à construire une page cohérente. Sinon vous ne parviendrez à faire qu’une compilation de sujets hétérogènes au milieu desquels l’internaute se perdra.
Les questions-clés pour rédiger un article
Rappelons brièvement les questions générales auxquelles doit répondre un contenu :
- 4 questions principales : qui ?? /quoi ?? /quand ?? /où ??
- 2 questions secondaires : pourquoi ?? / comment ??
Évidemment, ces questions ne sont pas toujours pertinentes en fonction de ce que vous avez à écrire. Mais, bien souvent, elles peuvent vous aider à commencer la rédaction d’un texte.
Vous pouvez également utiliser une méthode empruntée à la rhétorique latine, qu’on trouve chez des auteurs comme Cicéron ou Tertullien. On décompose la rédaction en trois temps :
Vous pouvez également utiliser une méthode empruntée à la rhétorique latine, qu’on trouve chez des auteurs comme Cicéron ou Tertullien. On décompose la rédaction en trois temps :
- Inventio : c’est ce qu’on a ensuite appelé brainstorming. On couche sur le papier toutes les idées qui nous passent par la tête sur un sujet donné, sans se censurer.
- Dispositio : ensuite, on met en ordre ces idées, on les assemble. C’est ce qu’on appelle le plan. Le plan ébauche déjà certains titres.
- Elocutio : puis, seulement à la fin, on se met à rédiger.
Et encore, et toujours, s’efforcer de se poser cette question : si je n’avais qu’une chose à dire, ce serait quoi ?? Une fois la réponse trouvée, il faut essayer de mettre le message essentiel le plus haut possible sur la page, au début du texte et au début de la phrase.
Mettez-vous à la place de votre lecteur ou de votre utilisateur. Demandez-vous s’il comprendra ce que vous avez voulu dire. N’hésitez pas à solliciter vos collègues comme testeurs. Le Web est un média interactif et ces textes sont destinés à quelqu’un.
Ce qui me permet d’énoncer une autre règle d’or de la rédaction Web : sur Internet les premiers restent les premiers et les derniers, malheureusement, les derniers.
Mettez-vous à la place de votre lecteur ou de votre utilisateur. Demandez-vous s’il comprendra ce que vous avez voulu dire. N’hésitez pas à solliciter vos collègues comme testeurs. Le Web est un média interactif et ces textes sont destinés à quelqu’un.
Ce qui me permet d’énoncer une autre règle d’or de la rédaction Web : sur Internet les premiers restent les premiers et les derniers, malheureusement, les derniers.
L’habillage de vos textes
Nous allons voir maintenant comment habiller les textes. Et nous allons nous arrêter plus particulièrement sur le titre qui est l’élément le plus important de la page. Demandez à un journaliste, à un rédacteur publicitaire, à un rédacteur Web : ils peuvent passer beaucoup de temps sur un simple titre. Une fois le titre réussi, le slogan trouvé, c’est presque tout l’article qui est fait. Et sur nos pages Web, des titres, nous en avons partout. Même les boîtes Jahia vous demandent d’en trouver un. Vous ne perdrez jamais de temps à les travailler.
Le titre a deux missions principales sur la page :
- il produit un signal graphique clairement repérable. Il opère comme un panneau de signalisation ;
- Il donne du sens à ce qu’on va lire par la suite.
Le titre annonce la couleur. Il engage l’auteur à tenir sa promesse. Bien souvent on croit, en lisant le titre, qu’on a trouvé ce qu’on cherchait. Et lorsqu’on se met à lire la page, on trouve tout sauf ce que mentionnait le titre.
Il est certain que nos titres en gris pâle sur les pages de l’EPFL ne sont pas suffisamment visibles. Mais les titres en rouges, comme on peut en voir sur certaines pages sont encore pires, car ils font penser à des messages d’erreur.
Une règle d’or à retenir pour les titres : évitez les effets d’intrigue, l’humour ou l’ironie. À moins qu’un sens précis soit sous-jacent. L’idée selon laquelle l’effet d’intrigue ferait lire est totalement fausse. Dites tout de suite l’essentiel. Ne faites pas attendre vos lecteurs. Ayez un souci de clarté. Ne pensez pas que le lecteur comprend les traits d’esprit. La plupart du temps il ne les comprend pas. Et le titre est un élément d’ancrage visuel trop important pour qu’il soit sujet à interprétation. Il a vraiment une fonction d’indicateur. Il dit ce qu’on va trouver. C’est comme si, sur la porte d’une sortie de secours il était écrit : Peut-être par là réussirez-vous à vous en sortir. Non. S’il y a le feu, nous voulons être sûrs que c’est la bonne issue.
Dans le même ordre d’idée, évitez les acronymes dans vos titres. A la vitesse à laquelle l’internaute traverse la page, vous avez intérêt à privilégier la clarté. Les titres sont les bandes-annonces de vos pages.
Un autre élément important est ce qu’on appelle le chapeau d’un article. Le chapeau d’un article est une incitation à la lecture. Il contient la substantifique moelle de l’article. C’est souvent ce qu’on se contente de lire dans un journal. Sur le Web, c’est le premier niveau d’information qui devrait suffire à l’internaute. Un lien pourra le mener à un développement plus complet. Le chapeau doit se limiter à l’essentiel. Il est important de faire court. Et clair. Commencez toujours par les mots les plus informatifs.
Soignez également les attaques et les chutes de vos textes. L’écriture du début et de la fin de l’article doit toujours être faite pour encourager la lecture. Les attaques et les chutes doivent être dynamiques, vivantes, aguichantes. Elles doivent être courtes, concrètes et grammaticalement simples. L’attaque d’un texte peut être comparée à une voiture qui démarre au passage d’un feu au vert. Le rapport entre la première et la seconde est très court, très nerveux. Et la chute doit aussi donner l’impression que la boucle est bouclée. Le lecteur doit avoir fait le tour du sujet.
Faites aussi des paragraphes pour aérer vos textes. Mettez une idée par paragraphe. Les gros blocs compacts n’invitent pas à la lecture.
L’internaute aime savoir où il est et où il va aller. Portez une grande attention aux liens. Essayez de lier des mots qui vont permettre au lecteur de connaître la destination où il va se rendre s’il clique sur le lien. Un lien n’est pas une devinette. Le critère de prévisibilité est très important. Votre lien doit presque être un petit résumé de la page sur laquelle l’internaute va se rendre. Ainsi, évitez des liens comme cliquez ici qui sont pauvres en information et qui ne sont pas utiles pour le référencement de la page.
Dans le cas où le lien télécharge un document, n’oubliez pas de le mentionner. Combien de fois clique-t-on sur des liens qui téléchargent un document pdf qu’on n’aurait jamais ouvert si la mention pdf avait été indiquée.
Il est certain que nos titres en gris pâle sur les pages de l’EPFL ne sont pas suffisamment visibles. Mais les titres en rouges, comme on peut en voir sur certaines pages sont encore pires, car ils font penser à des messages d’erreur.
Une règle d’or à retenir pour les titres : évitez les effets d’intrigue, l’humour ou l’ironie. À moins qu’un sens précis soit sous-jacent. L’idée selon laquelle l’effet d’intrigue ferait lire est totalement fausse. Dites tout de suite l’essentiel. Ne faites pas attendre vos lecteurs. Ayez un souci de clarté. Ne pensez pas que le lecteur comprend les traits d’esprit. La plupart du temps il ne les comprend pas. Et le titre est un élément d’ancrage visuel trop important pour qu’il soit sujet à interprétation. Il a vraiment une fonction d’indicateur. Il dit ce qu’on va trouver. C’est comme si, sur la porte d’une sortie de secours il était écrit : Peut-être par là réussirez-vous à vous en sortir. Non. S’il y a le feu, nous voulons être sûrs que c’est la bonne issue.
Dans le même ordre d’idée, évitez les acronymes dans vos titres. A la vitesse à laquelle l’internaute traverse la page, vous avez intérêt à privilégier la clarté. Les titres sont les bandes-annonces de vos pages.
Un autre élément important est ce qu’on appelle le chapeau d’un article. Le chapeau d’un article est une incitation à la lecture. Il contient la substantifique moelle de l’article. C’est souvent ce qu’on se contente de lire dans un journal. Sur le Web, c’est le premier niveau d’information qui devrait suffire à l’internaute. Un lien pourra le mener à un développement plus complet. Le chapeau doit se limiter à l’essentiel. Il est important de faire court. Et clair. Commencez toujours par les mots les plus informatifs.
Soignez également les attaques et les chutes de vos textes. L’écriture du début et de la fin de l’article doit toujours être faite pour encourager la lecture. Les attaques et les chutes doivent être dynamiques, vivantes, aguichantes. Elles doivent être courtes, concrètes et grammaticalement simples. L’attaque d’un texte peut être comparée à une voiture qui démarre au passage d’un feu au vert. Le rapport entre la première et la seconde est très court, très nerveux. Et la chute doit aussi donner l’impression que la boucle est bouclée. Le lecteur doit avoir fait le tour du sujet.
Faites aussi des paragraphes pour aérer vos textes. Mettez une idée par paragraphe. Les gros blocs compacts n’invitent pas à la lecture.
L’internaute aime savoir où il est et où il va aller. Portez une grande attention aux liens. Essayez de lier des mots qui vont permettre au lecteur de connaître la destination où il va se rendre s’il clique sur le lien. Un lien n’est pas une devinette. Le critère de prévisibilité est très important. Votre lien doit presque être un petit résumé de la page sur laquelle l’internaute va se rendre. Ainsi, évitez des liens comme cliquez ici qui sont pauvres en information et qui ne sont pas utiles pour le référencement de la page.
Dans le cas où le lien télécharge un document, n’oubliez pas de le mentionner. Combien de fois clique-t-on sur des liens qui téléchargent un document pdf qu’on n’aurait jamais ouvert si la mention pdf avait été indiquée.
La lisibilité
Pour récapituler, nous pouvons dire qu’un site est utilisable quand :
- l’architecture de l’information est bonne ;
- la navigation aisée ;
- le style d’écriture simple ;
- les liens fonctionnels.
Un texte est bien composé lorsqu’il contient :
- un titre clair et riche en information ;
- un chapeau qui devrait suffire à donner une idée claire du reste du contenu ;
- des liens suffisamment explicites pour que l’internaute sache où il va se rendre ;
- éventuellement un visuel qui a un sens. Mais ne mettez pas un visuel à tout prix pour faire joli.
L’arborescence
Avant de conclure, j’aimerais aborder un dernier point : l’arborescence.
La patience de l’internaute est extrêmement limitée, ce qui peut se comprendre dans un contexte où il est saturé d’informations. Il fait un balayage de la page, il trouve ou ne trouve pas l’information qu’il cherche et il repart. Il ne construit pas de représentation mentale du site. Il ne se souvient en général pas du chemin qu’il a fait pour arriver sur telle ou telle page. Il peut être très vite perdu. D’où l’importance de construire une bonne arborescence. On ne peut pas demander à un internaute d’apprendre à naviguer sur nos sites. L’architecture doit être conçue pour l’utilisateur. Elle ne doit en aucun cas être réalisée en fonction d’un schéma administratif.
L’arborescence (le plan) est la clé de la réussite du site et de tous les contenus que vous y mettrez. La première étape de la création devrait se faire avec un crayon et du papier. En effet, l’arborescence est la colonne vertébrale de votre site, son tuteur. Négliger cette étape, c’est prendre le risque à coup sûr de produire un site déstructuré, qui demandera de nombreux efforts pour être corrigé. Et, en fait, c’est bien souvent irrattrapable.
En résumé, les premières questions à se poser sont :
La patience de l’internaute est extrêmement limitée, ce qui peut se comprendre dans un contexte où il est saturé d’informations. Il fait un balayage de la page, il trouve ou ne trouve pas l’information qu’il cherche et il repart. Il ne construit pas de représentation mentale du site. Il ne se souvient en général pas du chemin qu’il a fait pour arriver sur telle ou telle page. Il peut être très vite perdu. D’où l’importance de construire une bonne arborescence. On ne peut pas demander à un internaute d’apprendre à naviguer sur nos sites. L’architecture doit être conçue pour l’utilisateur. Elle ne doit en aucun cas être réalisée en fonction d’un schéma administratif.
L’arborescence (le plan) est la clé de la réussite du site et de tous les contenus que vous y mettrez. La première étape de la création devrait se faire avec un crayon et du papier. En effet, l’arborescence est la colonne vertébrale de votre site, son tuteur. Négliger cette étape, c’est prendre le risque à coup sûr de produire un site déstructuré, qui demandera de nombreux efforts pour être corrigé. Et, en fait, c’est bien souvent irrattrapable.
En résumé, les premières questions à se poser sont :
- Pourquoi est-ce que je fais un site ??
- À qui est-ce que je m’adresse ??
- Qu’est-ce que j’ai à dire ??
- Quel est le matériau de départ que j’ai à disposition ??
Si l’arborescence est bien faite, tous les autres éléments pourront venir se greffer naturellement. Mais il faut que le tronc soit solide.
J’ai souvent remarqué que les gens avaient l’impression de perdre leur temps lorsque je leur indiquais qu’il fallait qu’on fasse le point avant toute chose sur ce qu’ils voulaient dire, sur ce qu’ils souhaitaient faire. Je crois que c’est en partie dû à toutes les facilités que nous avons, tous les outils qui sont à notre disposition. Du coup, on pense son site en même temps qu’on bidouille ses pages. On se dit que ceci serait joli à tel endroit et cela à tel autre. Mais on n’a pas une vue d’ensemble de l’édifice, pas d’objectifs précis. Et tout le monde en pâtira au final. L’utilisateur qui n’y comprendra rien. Et le service, la faculté ou la section qui n’arriveront pas à véhiculer leurs informations efficacement à travers le Web.
En demandant aux gens quel était leur but avec le site qu’ils souhaitaient faire j’ai souvent été confronté à des réponses évasives : je fais un site, parce qu’il me faut un site. Ou bien très vite on en vient à évoquer des questions techniques. Mais la question de base : pourquoi est-ce que je fais ce site ?? se pose rarement d’emblée.
J’ai souvent remarqué que les gens avaient l’impression de perdre leur temps lorsque je leur indiquais qu’il fallait qu’on fasse le point avant toute chose sur ce qu’ils voulaient dire, sur ce qu’ils souhaitaient faire. Je crois que c’est en partie dû à toutes les facilités que nous avons, tous les outils qui sont à notre disposition. Du coup, on pense son site en même temps qu’on bidouille ses pages. On se dit que ceci serait joli à tel endroit et cela à tel autre. Mais on n’a pas une vue d’ensemble de l’édifice, pas d’objectifs précis. Et tout le monde en pâtira au final. L’utilisateur qui n’y comprendra rien. Et le service, la faculté ou la section qui n’arriveront pas à véhiculer leurs informations efficacement à travers le Web.
En demandant aux gens quel était leur but avec le site qu’ils souhaitaient faire j’ai souvent été confronté à des réponses évasives : je fais un site, parce qu’il me faut un site. Ou bien très vite on en vient à évoquer des questions techniques. Mais la question de base : pourquoi est-ce que je fais ce site ?? se pose rarement d’emblée.
Pour conclure
Pour conclure, j’aimerais rappeler que toute la problématique de la communication peut se résumer en un mot : destinataire. L’internaute dans notre cas. Le destinataire est celui à la place de qui on doit se mettre. C’est pour lui qu’on produit tous ces contenus, toutes ces informations. Et ne croyez pas que le destinataire soit passif. Peut-être vous donne-t-il l’impression de l’être, mais cela peut aussi signifier qu’il a déserté certaines pages de votre site depuis bien longtemps.
Et ce destinataire est ingrat, car il fait tout pour ne pas avoir à lire vos pages. L’ensemble de votre site ne l’intéresse pas. Il veut seulement trouver ce qu’il cherche. On doit donc avoir fait au préalable un gros travail de synthèse. Il faut imaginer quel peut être le public de vos sites, quel est son profil, qu’est qu’il va venir chercher comme information. Le webmaster ne doit donc pas se leurrer sur cette dimension du travail. Réaliser une bonne arborescence, trouver des libellés pertinents, écrire des textes engageants, actualiser les contenus...tout ceci prend beaucoup de temps. Un temps qu’on sous-estime souvent. Et malheureusement, la maîtrise d’un outil de gestion de contenu (CMS) n’a jamais produit un bon texte.
Ce petit tour d’horizon pèche par un manque d’exemples. C’est une lacune que j’assume. Je voulais rappeler quelques généralités qui sont, de fait, assez facilement compréhensibles. Néanmoins, dans le courant du premier trimestre, vous trouverez sur le site de l’atelier Web, une nouvelle rubrique sur la rédaction Web où chacun des points qui ont été abordés sera complété par des exemples. Et pourquoi ne pas imaginer des ateliers de rédaction pour mettre en pratique tous ces points ??
Et ce destinataire est ingrat, car il fait tout pour ne pas avoir à lire vos pages. L’ensemble de votre site ne l’intéresse pas. Il veut seulement trouver ce qu’il cherche. On doit donc avoir fait au préalable un gros travail de synthèse. Il faut imaginer quel peut être le public de vos sites, quel est son profil, qu’est qu’il va venir chercher comme information. Le webmaster ne doit donc pas se leurrer sur cette dimension du travail. Réaliser une bonne arborescence, trouver des libellés pertinents, écrire des textes engageants, actualiser les contenus...tout ceci prend beaucoup de temps. Un temps qu’on sous-estime souvent. Et malheureusement, la maîtrise d’un outil de gestion de contenu (CMS) n’a jamais produit un bon texte.
Ce petit tour d’horizon pèche par un manque d’exemples. C’est une lacune que j’assume. Je voulais rappeler quelques généralités qui sont, de fait, assez facilement compréhensibles. Néanmoins, dans le courant du premier trimestre, vous trouverez sur le site de l’atelier Web, une nouvelle rubrique sur la rédaction Web où chacun des points qui ont été abordés sera complété par des exemples. Et pourquoi ne pas imaginer des ateliers de rédaction pour mettre en pratique tous ces points ??
Petite bibliographie
- Centre romand de formation des journalistes, Ecrire pour être lu, 1998.
- Mouriquand (J.), L’écriture journalistique, PUF, 2005.
- Wolton (D.), Internet, et après ??, Une critique des nouveaux médias, Flammarion, 2000.
- Wolton (D.), Il faut sauver la communication, Flammarion, 2005.
- FNSInfo no8, Guide médias, FNS.
- RDT info, Magazine de la recherche européenne, Dialogues de sciences, novembre 2005.
- Uzine.net, La lecture facile à l’écran, juillet 2002.
Lanasomusicologie auditopiforiel
Mais nos visiteurs n’étaient pas au bout de leurs surprises. Un concert d’une nature particulière les attendait dans l’auditorium Prokoviev. Le laboratoire de nasomusicologie auditopiforiel (LNA) allait interpréter le deuxième concerto en edelweiss des Grisons. Sur la scène, les instruments de musique traditionnels sont remplacés par des diffuseurs d’essences végétales, minérales, marines. Cette nouvelle technologie remplaçait le son par l’odeur. L’auditeur, où plutôt devrions-nous dire, le senteur, était littéralement envoûté par des parfums musicaux enivrants, suaves, qui le transportaient, l’émouvaient. Les vibrations sonores avaient cédé la place à des baumes silencieux. Le LNA avait démontré que les odeurs avaient un pouvoir mémoriel beaucoup plus puissant que les sons. Ceci devait donner naissance plus tard à de nouveaux genres musicaux. Chacun, selon ses préférences, pouvait assister à des concerts floraux, fromagers, citadins. Par la suite, des groupes plus décadents comme Trashnose jouèrent d’odeurs nauséabondes, avec un tube comme Pourriture qui devait devenir l’équivalent de Bloody Sunday de U2, en mémoire de la catastrophe nucléaire. Le Paléo Festival allait céder sa place au Naso Festival. Et tous les habitants des quartiers où se trouvait une boîte de nuit pourraient enfin dormir en paix. Les décibels étaient remplacés par des sentibels. La vocation du LNA était de sauvegarder le patrimoine de senteurs de l’humanité. Afin que ce savoir ne se perde pas.
Tu misais en bourse et tu surfais sur la courbe virtuelle du Nasdaq, pauvre pomme, mais la vie est dehors et quand tu as regardé encore une fois ton iPhone, tu t'es crashé avec les cours!
Malheureusement pour la veuve et 'felin, ta grosse assurance de requin t'avait pas fait prendre d'indulgence! Les traders n'ont pas de crédit au paradis.
Malheureusement pour la veuve et 'felin, ta grosse assurance de requin t'avait pas fait prendre d'indulgence! Les traders n'ont pas de crédit au paradis.
Note sur "L'ange exilé"
A propos du chapitre XXII de L'ange exilé de Thomas Wolfe
Je profite d'une note sur le blog de Jean-Louis Kuffer, pour citer ce passage du chapitre XXII qui constitue à mon sens le point culminant du roman. Eugène, le héros, en révolte ouverte contre sa famille - et quelle famille ! - dit à sa mère, Eliza, qui le traite de monstre et lui prédit d’être puni par Dieu s’il y en a un dans le ciel :
« - Oh, il y en a un ! Je suis sûr qu’il y en a un ! s’écria Eugène. Parce que j’ai déjà été puni. Bon Dieu, je vais passer le reste de ma vie à me détacher de vous, à cicatriser et à oublier les blessures que vous m’avez infligées quand j’étais enfant. Mon premier mouvement, une fois sorti du berceau, a été de ramper vers la porte et tout ce que j’ai fait depuis a eu pour but l’évasion. Maintenant, je suis libre, même si vous avez encore des droits sur moi pendant quelques années. Et si je ne suis pas libre, je suis du moins enfermé dans la prison que je me suis faite, mais dans la jungle de ma vie je mettrai de la beauté, je mettrai de l’ordre : je trouverai ma voie, même si cela me prend encore vingt ans, et je la trouverai seul.
- Seul ? dit Eliza, toujours soupçonneuse. Où veux-tu donc aller ?
- Ah, dit-il, tu ne t’en es pas aperçue, hein ? Je suis déjà parti. »
Thomas Wolfe fait apparaître avec une finesse extraordinaire les mécanismes pervers de la manipulation familiale subie par Eugène. Il met en scène les fondements qui sous-tendent leurs échanges, les pièges verbaux et affectifs dont il est la victime.
Par exemple : en finançant une partie de ses études universitaires, la famille d’Eugène estime le tenir et peut ainsi l’humilier tout en gardant bonne conscience. Et comme ils payent, ils ne manquent de lui rappeler ce qu’il leur doit. Sur l’échiquier familial, chaque membre est toujours en position de devoir quelque chose à l’autre. « Tout ce qu’on t’a offert ». L’argument comptable témoigne de l’incapacité des uns et des autres à faire preuve d’empathie. Manière de dire qu’au vu de ce qui a été donné, l’autre doit une reconnaissance et une soumission illimitée à la loi du clan.
Eugène est un monstre au sein de sa famille (le monstre étant ce qui constitue une énigme, une différence incompréhensible). Sa différence les agresse. Les siens sont incapables de le comprendre. Ce qu’il est devenu les offensent. Il est indéchiffrable et constitue par là même une menace contre laquelle ils vont réagir violemment. Ce que ne manque pas de faire Luke, le frère d’Eugène, en l’agressant physiquement. Incompréhension, incapacité à verbaliser, donc à échanger. Les interactions chez les Gant sont pulsionnelles. Oui, Eugène paie cher le prix de sa différence, son devenir d’adulte, la solitude qui résulte de ce qu’il a compris (solitude qui est en même temps sa liberté).
Eugène va faire exploser le vice d’une morale qui sert de vernis et de bonne conscience à cette famille fort peu attachante, si ce n’est le père, sculpteur d’anges et Titan écroulé. (On trouve aux chapitre XXIII une description lapidaire de chaque membre).
Eugène, figure d’adolescent en rébellion, va s’extraire du bourbier familial en parvenant à nommer, à verbaliser, à comprendre la perversion du lien qui les unit – fonction libératrice du langage -, tandis qu’eux grouillent aveuglément dans la méchanceté. Eugène qui se donne rien de moins que la beauté comme issue salvatrice : «… mais dans la jungle de ma vie, je mettrai de la beauté, je mettrai de l’ordre ».
Oui, en parvenant à s’exprimer, il parvient à se réapproprier son destin, à devenir acteur de sa vie. En prenant conscience des liens obscurs qui le lient à sa famille, il entame le nécessaire affranchissement qui est celui que vient à connaître, sous une forme ou sous une autre tout adolescent. Une rupture plus ou moins heureuse, toujours empreinte d’une certaine brutalité, comme lors de toute mue ou toute séparation avec une partie de soi dont il faut se détacher pour poursuivre son chemin. La compréhension acquise par Eugène, cette clarté nouvelle, lui permet de poser une limite sur laquelle s’appuyer pour entamer ce long périple vers soi-même.
Eugène, ange exilé au sein de la famille Gant en quête de soi sur terre. « Ô perdu »… Deux mots qui résument à eux seuls le parcours d’Eugène Gant.
____________________________________
Note sur le blog de Jean-Louis Kuffer: Les anges exilés de Thomas Wolfe.
La citation est tirée du chapitre XXII de l’Ange exilé, Editions l’Age d’Homme.
Je profite d'une note sur le blog de Jean-Louis Kuffer, pour citer ce passage du chapitre XXII qui constitue à mon sens le point culminant du roman. Eugène, le héros, en révolte ouverte contre sa famille - et quelle famille ! - dit à sa mère, Eliza, qui le traite de monstre et lui prédit d’être puni par Dieu s’il y en a un dans le ciel :
« - Oh, il y en a un ! Je suis sûr qu’il y en a un ! s’écria Eugène. Parce que j’ai déjà été puni. Bon Dieu, je vais passer le reste de ma vie à me détacher de vous, à cicatriser et à oublier les blessures que vous m’avez infligées quand j’étais enfant. Mon premier mouvement, une fois sorti du berceau, a été de ramper vers la porte et tout ce que j’ai fait depuis a eu pour but l’évasion. Maintenant, je suis libre, même si vous avez encore des droits sur moi pendant quelques années. Et si je ne suis pas libre, je suis du moins enfermé dans la prison que je me suis faite, mais dans la jungle de ma vie je mettrai de la beauté, je mettrai de l’ordre : je trouverai ma voie, même si cela me prend encore vingt ans, et je la trouverai seul.
- Seul ? dit Eliza, toujours soupçonneuse. Où veux-tu donc aller ?
- Ah, dit-il, tu ne t’en es pas aperçue, hein ? Je suis déjà parti. »
Thomas Wolfe fait apparaître avec une finesse extraordinaire les mécanismes pervers de la manipulation familiale subie par Eugène. Il met en scène les fondements qui sous-tendent leurs échanges, les pièges verbaux et affectifs dont il est la victime.
Par exemple : en finançant une partie de ses études universitaires, la famille d’Eugène estime le tenir et peut ainsi l’humilier tout en gardant bonne conscience. Et comme ils payent, ils ne manquent de lui rappeler ce qu’il leur doit. Sur l’échiquier familial, chaque membre est toujours en position de devoir quelque chose à l’autre. « Tout ce qu’on t’a offert ». L’argument comptable témoigne de l’incapacité des uns et des autres à faire preuve d’empathie. Manière de dire qu’au vu de ce qui a été donné, l’autre doit une reconnaissance et une soumission illimitée à la loi du clan.
Eugène est un monstre au sein de sa famille (le monstre étant ce qui constitue une énigme, une différence incompréhensible). Sa différence les agresse. Les siens sont incapables de le comprendre. Ce qu’il est devenu les offensent. Il est indéchiffrable et constitue par là même une menace contre laquelle ils vont réagir violemment. Ce que ne manque pas de faire Luke, le frère d’Eugène, en l’agressant physiquement. Incompréhension, incapacité à verbaliser, donc à échanger. Les interactions chez les Gant sont pulsionnelles. Oui, Eugène paie cher le prix de sa différence, son devenir d’adulte, la solitude qui résulte de ce qu’il a compris (solitude qui est en même temps sa liberté).
Eugène va faire exploser le vice d’une morale qui sert de vernis et de bonne conscience à cette famille fort peu attachante, si ce n’est le père, sculpteur d’anges et Titan écroulé. (On trouve aux chapitre XXIII une description lapidaire de chaque membre).
Eugène, figure d’adolescent en rébellion, va s’extraire du bourbier familial en parvenant à nommer, à verbaliser, à comprendre la perversion du lien qui les unit – fonction libératrice du langage -, tandis qu’eux grouillent aveuglément dans la méchanceté. Eugène qui se donne rien de moins que la beauté comme issue salvatrice : «… mais dans la jungle de ma vie, je mettrai de la beauté, je mettrai de l’ordre ».
Oui, en parvenant à s’exprimer, il parvient à se réapproprier son destin, à devenir acteur de sa vie. En prenant conscience des liens obscurs qui le lient à sa famille, il entame le nécessaire affranchissement qui est celui que vient à connaître, sous une forme ou sous une autre tout adolescent. Une rupture plus ou moins heureuse, toujours empreinte d’une certaine brutalité, comme lors de toute mue ou toute séparation avec une partie de soi dont il faut se détacher pour poursuivre son chemin. La compréhension acquise par Eugène, cette clarté nouvelle, lui permet de poser une limite sur laquelle s’appuyer pour entamer ce long périple vers soi-même.
Eugène, ange exilé au sein de la famille Gant en quête de soi sur terre. « Ô perdu »… Deux mots qui résument à eux seuls le parcours d’Eugène Gant.
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Note sur le blog de Jean-Louis Kuffer: Les anges exilés de Thomas Wolfe.
La citation est tirée du chapitre XXII de l’Ange exilé, Editions l’Age d’Homme.
L'instinct d'une femme qui se dit "c'est lui" lui tient lieu de sixième sens, lui permettant de mobiliser des ressources inouïes, stimulée soudainement par un impératif de conquête, mobilisant des énergies contre lesquelles le pauvre petit animal masculin ne peut pas grand-chose - parfois pour son plus grand bonheur.
On dit qu'un homme "prend" une femme... laissez moi rire!
On dit qu'un homme "prend" une femme... laissez moi rire!
Cette boîte aux lettres jaunes - car dans mon pays, les boîtes aux lettres sont jaunes- qui est accolée à une grande cage en treillis métallique. Lorsqu'on poste une lettre et que le clapet se referme un claquement sonore se fait entendre, comme un écho. On a l'impression que le courrier tombe au fond d'un puits.
Le merle écrit à l'encre chantante la promesse de l'aube. Son petit bec orange trempé dans la rosée de l'aurore trace de grandes lettres sonores sur fond de nuit. D'un coup sec du bec, il incise la frange des montagnes, sublime meurtrissure d'où jaillit le sang du jour nouveau que le crépuscule viendra cicatriser.
C'est une mère qui murmure un chant très doux à son enfant, un chant sans paroles. Elle fredonne une mélodie très douce et très ancienne, venant d'aussi loin que le sommeil, au coeur d'une belle après-midi d'été, à l'ombre d'un chêne.
L'enfant est endormi, la tête sur ses genoux et elle, elle chante.
L'enfant est endormi, la tête sur ses genoux et elle, elle chante.
Il s'était assis au coin d'une rue et avait mis un petit écriteau:
Et nombre d'entre elles de venir se laisser caresser par notre homme. Certaines disant même:
- "Je suis allé me faire mater par l'aveugle."
MESDAMES, JE SUIS AVEUGLE ET JE N'AI DONC PLUS LE PLAISIR DE VOUS CONTEMPLER.
LAISSEZ-MOI VOUS TOUCHER.
MERCI!
LAISSEZ-MOI VOUS TOUCHER.
MERCI!
Et nombre d'entre elles de venir se laisser caresser par notre homme. Certaines disant même:
- "Je suis allé me faire mater par l'aveugle."
Monsieur Bobin
Vous me faites des misères Monsieur Bobin, à dire la vie avec tant de justesse. J'avais prévu de faire tout plein de choses aujourd'hui, j'avais mon "planning" comme on dit, mais je commence à vous lire et patatras, une simple phrase crée un grand imprévu, m'éblouit. Quelques mots, quelques notes, comme une mélodie si heureuse. Et voilà mon ordre du jour en désordre, Monsieur Bobin, car votre phrase m'a ravi et elle requiert toute mon attention, comme un nouveau-né. Elle demande des soins urgents, impératifs, immédiats. Elle chamboule tout.
La poésie, quand elle entre dans nos vies, ne s'embarrasse pas de nos petits arrangements. C'est une naissance, une graine qui fait craquer notre enveloppe, une éclosion, une étincelle de joie. Le feu a pris au-dedans, au plus intime de soi. Ce bouleversement, c'est peut-être tout simplement quelque chose comme un appel à être, avant tout. A éprouver comme il est bon d'être. Et ceci étant senti, on se remet au travail, on reprend nos tâches quotidiennes et familières, avec une attention un peu différente. Notre journée se trouve ornée d'une initiale particulière, enluminée grâce à quelque chose de très beau, comme aujourd'hui votre phrase, Monsieur Bobin. Et demain, ce sera une certaine lumière d'automne ou une expression particulière sur un visage aimé.
Alors, Monsieur Bobin, malgré tout le dérangement que vous avez silencieusement provoqué, je vous adresse un cordial merci pour m'avoir permis d'inspirer pleinement. Votre poésie m'augmente.
"Raconte-moi"
Je ne veux pas être muet de toi.
Je voudrais être une voix pour toi comme tu pourrais l'être pour moi. Je veux connaître ta couleur préférée, les chansons que tu aimes, tes plats favoris, tes bêtises d'enfant et tes rêves d'adolescent. Tout le savoir de toi que tu pourras me conter.
J'aimerais pouvoir offrir un foyer à toutes tes paroles, même celles qui se sont perdues en route, celles qui ont une aile cassée, celles qui boîtent et qui mettront un peu de temps pour arriver. Qu'elles ne se pressent pas. Nous les attendrons.
Tu es important pour moi et j'ai envie de te dire:
- " Raconte, raconte-moi encore."
Rien que pour me souvenir avec toi, pour entendre le son de ta voix, pour te suivre dans les palais de la mémoire, pour découvrir les sentiers qui te sont familiers. Pour connaître les figures qui comptent ou qui ont compté dans ton histoire. Ainsi les rues de ma ville se peupleront de nouveaux visages que je rencontrerai en venant te voir et qui m'étaient jusqu'alors inconnus.
La chaleur de ta voix enrichit mon existence. La chaleur de ta voix... Un monde! Oui, ce bonheur simple de partager avec toi les feuilles d'automne, mais pas seulement. Car nous savons tout le printemps que contiennent ces moments, nous savons que ce n'est pas le privilège du grand âge de se souvenir. Qu'il y a de jeunes étoiles qui peuvent se mettre à briller dès maintenant et nous guider.
Alors, au conteur qui est en toi, je répète joyeusement:
-"Raconte, raconte-moi encore."
Et j'entends déjà ta voix à la porte. Sois le bienvenu. Je t'attendais.
Je voudrais être une voix pour toi comme tu pourrais l'être pour moi. Je veux connaître ta couleur préférée, les chansons que tu aimes, tes plats favoris, tes bêtises d'enfant et tes rêves d'adolescent. Tout le savoir de toi que tu pourras me conter.
J'aimerais pouvoir offrir un foyer à toutes tes paroles, même celles qui se sont perdues en route, celles qui ont une aile cassée, celles qui boîtent et qui mettront un peu de temps pour arriver. Qu'elles ne se pressent pas. Nous les attendrons.
Tu es important pour moi et j'ai envie de te dire:
- " Raconte, raconte-moi encore."
Rien que pour me souvenir avec toi, pour entendre le son de ta voix, pour te suivre dans les palais de la mémoire, pour découvrir les sentiers qui te sont familiers. Pour connaître les figures qui comptent ou qui ont compté dans ton histoire. Ainsi les rues de ma ville se peupleront de nouveaux visages que je rencontrerai en venant te voir et qui m'étaient jusqu'alors inconnus.
La chaleur de ta voix enrichit mon existence. La chaleur de ta voix... Un monde! Oui, ce bonheur simple de partager avec toi les feuilles d'automne, mais pas seulement. Car nous savons tout le printemps que contiennent ces moments, nous savons que ce n'est pas le privilège du grand âge de se souvenir. Qu'il y a de jeunes étoiles qui peuvent se mettre à briller dès maintenant et nous guider.
Alors, au conteur qui est en toi, je répète joyeusement:
-"Raconte, raconte-moi encore."
Et j'entends déjà ta voix à la porte. Sois le bienvenu. Je t'attendais.
Percussion
Tu as percuté mon silence, brisant les verrous rouillés de ce vieux portail de l'enfance qui s'est mis à grincer joyeusement sur ses gonds - c'est toujours un peu grinçants, les premiers mots.
Le son de ta voix a fait des ricochets à la surface de mes souvenirs, loin, très loin, et c'étaient des rires retentissants dans le préau de l'école, les balançoires qui nous portaient haut, très haut vers le soleil, une table de calcul jaune, un livre d'Henri Bosco lu sur l'herbe au creux d'une belle après-midi d'été ou encore la grange blonde des premiers baisers.
Ton regard a fait des percées de lumières profondes, ramenant tous les abandonnés blottis dans ma mémoire qui se sont mis à virevolter au rythme du volant de ta robe. Tu remontais hardiment et d'une main sûre du fond de mon coeur des filets de poissons multicolores.
Pourquoi une voix, un regard, une gestuelle, soudain, nous percutent au milieu de toutes les autres pour nous ramener si vivants parmi les vivants?
Le son de ta voix a fait des ricochets à la surface de mes souvenirs, loin, très loin, et c'étaient des rires retentissants dans le préau de l'école, les balançoires qui nous portaient haut, très haut vers le soleil, une table de calcul jaune, un livre d'Henri Bosco lu sur l'herbe au creux d'une belle après-midi d'été ou encore la grange blonde des premiers baisers.
Ton regard a fait des percées de lumières profondes, ramenant tous les abandonnés blottis dans ma mémoire qui se sont mis à virevolter au rythme du volant de ta robe. Tu remontais hardiment et d'une main sûre du fond de mon coeur des filets de poissons multicolores.
Pourquoi une voix, un regard, une gestuelle, soudain, nous percutent au milieu de toutes les autres pour nous ramener si vivants parmi les vivants?
Photos de nouveau-nés (quelques minutes): dans la nuit de ces regards j'ai vu des galaxies, des étoiles. Ces petits corps encore en ébullition viennent de rentrer dans l'atmosphère. Leurs yeux semblent divaguer. Mais c'est qu'ils doivent prendre la mesure entre l'univers et le sein de leur mère, leur nouvel univers.
Les échos du silence
Dieu semble s’être retiré de sa création. Il ne parle plus. On ne trouve plus de signes de lui.
Sylvie Germain nous invite à assumer ce silence, à se mettre à son écoute plutôt que de se poser la question de la possibilité ou de l’impossibilité d’une parole à travers ce silence : « Si l’on veut faire l’expérience du silence, il convient de se tenir face au tabernacle vide, dans la nuit noire et muette du Jeudi saint, et, même si l’on n’y comprend rien, veiller avec le Christ au mont des Oliviers – mont singulier où ne s’opère aucune épiphanie, nulle révélation ni transfiguration, mais où se condense l’absolu du silence. » (p.38).
Oui, parier sur le silence plutôt que sur toute autre parole qui ne sera jamais satisfaisante : « Et c’est pourquoi il faut indéfiniment se remettre à l’écoute du silence de Dieu, envers et malgré tout. » (p.107). Une disposition intérieure d’écoute, d’accueil comme manière d’être au monde. Pour devenir à son tour le terreau d’un possible.
Dans un monde qui vénère tout ce qui se montre, s’extériorise, s’impose par la force, Sylvie Germain rappelle de quoi est faite cette parole divine en citant l’épisode d’Elie au mont Horeb. Dans le livre des Rois il est écrit : « Et voici que Yahvé passe. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant de Yahvé, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre, un feu mais Yahvé n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère… » (1R 19/ 11-12).
Dieu ne se manifeste pas de manière fracassante, à grands coups d’encarts publicitaires, ne fait pas un show, mais se loge au creux ce qu’il y a de plus humble, de moins visible – mais pas forcément d’invisible- de plus anodin. Comme la brise légère de la prière d’une mère pour son fils, comme les mains réunies de deux amoureux, comme le rire des enfants ou le chant du merle à l’aube.
Assumer ce silence plutôt que chercher à le faire parler à tout prix en apportant des réponses factices. Vivre au cœur du silence pour qu’advienne une réponse. Comment ne pas penser au conseil de Rilke au jeune poète ? « Vivez pour l’heure vos questions. Peut-être alors dans un jour lointain, en viendrez-vous peu à peu, sans vous en apercevoir, à vivre au cœur de la réponse ». Je lirais volontiers : « Vivez pour l’heure vos silences. Peut-être alors dans un jour lointain, en viendrez-vous peu à peu, sans vous en apercevoir, à vivre au cœur de la parole ». Même lorsque l’angoisse nous accable, apprendre à être patient, savoir attendre, avoir confiance : « Laisser chaque impression, chaque germe d’un sentiment mûrir au fond de soi-même, dans l’obscur, l’ineffable, l’inconscient, dans la région inaccessible à notre propre intelligence ; attendre en toute humilité et patience l’heure où descendra une clarté nouvelle : cela seul s’appelle vivre en artiste – sur le plan de l’intelligence comme sur celui de la création. » Cela ne pourrait-il pas aussi tout simplement s’appeler « vivre » ?
Sylvie Germain, Rainer Maria Rilke, Christian Bobin : chacun à leur façon nous décrivent un art de l’attention, un art de se mettre à l’écoute : «S’il y avait pour moi une sagesse, ce serait : l’art d’être là pleinement, avec une attention extrême, soutenue.» (Bobin).
Porter attention, faire attention, faire silence, s’ouvrir, pour qu’advienne la merveille. Assumer nos silences, nos errances, nos interrogations comme un début de réponse, un sentier vers nous-mêmes. Plutôt que de se perdre dans le foisonnement de réponses toutes faites, écartelés par les paroles multiples qui nous éloignent à l’infini de notre trésor intime. Au lieu de nous soulager de nos silences, les assumer. Assumer le silence pour se mettre en voie, en voix.
Face à ce silence de Dieu, Sylvie Germain va proposer une seconde piste. Et s’il nous revenait de prendre en charge ce Dieu fragile dans un monde de violence ? Oui, au lieu d’en appeler à sa protection, au lieu de demander, le protéger. Prendre la responsabilité de ce Dieu qu’on implore. Et le défendre envers et contre tout. Nous voilà soudain les mains pleines. Il nous incomberait d’aider Dieu comme l’écrivait Etty Hillesum dans son journal Une vie bouleversée : « Et si Dieu cesse de m’aider, ce sera à moi d’aider Dieu. Je prendrai pour principe d’aider Dieu autant que possible et si j’y réussis, eh bien je serai là pour les autres aussi. » Voici un contre-pied pour le moins inattendu. J’implorais, je priais, et soudain c’est Lui qui me prie, qui s’en remet à moi. Qui me confesse Sa fragilité… L’enfant né dans une étable et sur lequel on doit veiller. Comme nous veillons sur un feu pour qu’il ne s’éteigne pas. A tout prendre, quand bien même Dieu ne devrait pas exister, quand bien même il serait une création humaine, quelle création ! Ce serait déjà un premier pas pour prendre en charge notre humanité et veiller sur cette fleur de vie qui se nomme Bienveillance.
Dernière question que je me pose à la lecture de ce petit livre. Et ce silence du Père au moment de l’agonie du fils, comment l’expliquer ? Il est tout simplement intolérable : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais le Père a-t-il abandonné le Fils ? Le Père a-t-il encore quelque chose à dire ? Ou bien le reconnaît-il comme libre et capable d’assumer son destin. Le temps des Fils serait-il advenu ? Comme Enée quittant Troie en portant son père sur le dos. Le prenant littéralement en charge.
Et finalement à qui d’autres sinon aux fils revient la responsabilité d’œuvrer pour que le bon temps d’avant, si cher aux personnes âgées (« de notre temps »… et peut-être n’ont-elles pas tort) devienne le temps de demain ?
Je dois avouer que la profondeur et le tact avec lesquels Sylvie Germain sonde ce grand point d’interrogation qu’est le silence de Dieu me paraissent vertigineux et me dépasse (et comment ne pas l’être lorsque sont évoquées des femmes comme Etty Hillesum, Thérèse de Lisieux). Mais si je me reporte à nos vies quotidiennes, son questionnement et les réponses qu’elle suggère deviennent plus accessibles et féconds. Sylvie Germain me montre qu’il est possible d’agir.
Assumer le silence et défendre ce qui nous est le plus cher, ce qui est pour nous le plus grand. Parce que nous ne saurions pas faire autrement. Parce que c’est là tout notre Trésor.
Sylvie Germain, Les échos du silence, Albin Michel, 2006.
_______________________
Les citations de Rilke sont extraites de la traduction de Gustave Roud des Lettres à un jeune poète, La Bibliothèque des Arts, 1990; la citation de Christian Bobin est extraite de son livre d’entretien avec Lydie Dattas, La lumière du monde, Gallimard 2001 ; les citations de la Bible sont tirées de La Bible de Jérusalem.
Sylvie Germain nous invite à assumer ce silence, à se mettre à son écoute plutôt que de se poser la question de la possibilité ou de l’impossibilité d’une parole à travers ce silence : « Si l’on veut faire l’expérience du silence, il convient de se tenir face au tabernacle vide, dans la nuit noire et muette du Jeudi saint, et, même si l’on n’y comprend rien, veiller avec le Christ au mont des Oliviers – mont singulier où ne s’opère aucune épiphanie, nulle révélation ni transfiguration, mais où se condense l’absolu du silence. » (p.38).
Oui, parier sur le silence plutôt que sur toute autre parole qui ne sera jamais satisfaisante : « Et c’est pourquoi il faut indéfiniment se remettre à l’écoute du silence de Dieu, envers et malgré tout. » (p.107). Une disposition intérieure d’écoute, d’accueil comme manière d’être au monde. Pour devenir à son tour le terreau d’un possible.
Dans un monde qui vénère tout ce qui se montre, s’extériorise, s’impose par la force, Sylvie Germain rappelle de quoi est faite cette parole divine en citant l’épisode d’Elie au mont Horeb. Dans le livre des Rois il est écrit : « Et voici que Yahvé passe. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant de Yahvé, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre, un feu mais Yahvé n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère… » (1R 19/ 11-12).
Dieu ne se manifeste pas de manière fracassante, à grands coups d’encarts publicitaires, ne fait pas un show, mais se loge au creux ce qu’il y a de plus humble, de moins visible – mais pas forcément d’invisible- de plus anodin. Comme la brise légère de la prière d’une mère pour son fils, comme les mains réunies de deux amoureux, comme le rire des enfants ou le chant du merle à l’aube.
Assumer ce silence plutôt que chercher à le faire parler à tout prix en apportant des réponses factices. Vivre au cœur du silence pour qu’advienne une réponse. Comment ne pas penser au conseil de Rilke au jeune poète ? « Vivez pour l’heure vos questions. Peut-être alors dans un jour lointain, en viendrez-vous peu à peu, sans vous en apercevoir, à vivre au cœur de la réponse ». Je lirais volontiers : « Vivez pour l’heure vos silences. Peut-être alors dans un jour lointain, en viendrez-vous peu à peu, sans vous en apercevoir, à vivre au cœur de la parole ». Même lorsque l’angoisse nous accable, apprendre à être patient, savoir attendre, avoir confiance : « Laisser chaque impression, chaque germe d’un sentiment mûrir au fond de soi-même, dans l’obscur, l’ineffable, l’inconscient, dans la région inaccessible à notre propre intelligence ; attendre en toute humilité et patience l’heure où descendra une clarté nouvelle : cela seul s’appelle vivre en artiste – sur le plan de l’intelligence comme sur celui de la création. » Cela ne pourrait-il pas aussi tout simplement s’appeler « vivre » ?
Sylvie Germain, Rainer Maria Rilke, Christian Bobin : chacun à leur façon nous décrivent un art de l’attention, un art de se mettre à l’écoute : «S’il y avait pour moi une sagesse, ce serait : l’art d’être là pleinement, avec une attention extrême, soutenue.» (Bobin).
Porter attention, faire attention, faire silence, s’ouvrir, pour qu’advienne la merveille. Assumer nos silences, nos errances, nos interrogations comme un début de réponse, un sentier vers nous-mêmes. Plutôt que de se perdre dans le foisonnement de réponses toutes faites, écartelés par les paroles multiples qui nous éloignent à l’infini de notre trésor intime. Au lieu de nous soulager de nos silences, les assumer. Assumer le silence pour se mettre en voie, en voix.
Face à ce silence de Dieu, Sylvie Germain va proposer une seconde piste. Et s’il nous revenait de prendre en charge ce Dieu fragile dans un monde de violence ? Oui, au lieu d’en appeler à sa protection, au lieu de demander, le protéger. Prendre la responsabilité de ce Dieu qu’on implore. Et le défendre envers et contre tout. Nous voilà soudain les mains pleines. Il nous incomberait d’aider Dieu comme l’écrivait Etty Hillesum dans son journal Une vie bouleversée : « Et si Dieu cesse de m’aider, ce sera à moi d’aider Dieu. Je prendrai pour principe d’aider Dieu autant que possible et si j’y réussis, eh bien je serai là pour les autres aussi. » Voici un contre-pied pour le moins inattendu. J’implorais, je priais, et soudain c’est Lui qui me prie, qui s’en remet à moi. Qui me confesse Sa fragilité… L’enfant né dans une étable et sur lequel on doit veiller. Comme nous veillons sur un feu pour qu’il ne s’éteigne pas. A tout prendre, quand bien même Dieu ne devrait pas exister, quand bien même il serait une création humaine, quelle création ! Ce serait déjà un premier pas pour prendre en charge notre humanité et veiller sur cette fleur de vie qui se nomme Bienveillance.
Dernière question que je me pose à la lecture de ce petit livre. Et ce silence du Père au moment de l’agonie du fils, comment l’expliquer ? Il est tout simplement intolérable : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais le Père a-t-il abandonné le Fils ? Le Père a-t-il encore quelque chose à dire ? Ou bien le reconnaît-il comme libre et capable d’assumer son destin. Le temps des Fils serait-il advenu ? Comme Enée quittant Troie en portant son père sur le dos. Le prenant littéralement en charge.
Et finalement à qui d’autres sinon aux fils revient la responsabilité d’œuvrer pour que le bon temps d’avant, si cher aux personnes âgées (« de notre temps »… et peut-être n’ont-elles pas tort) devienne le temps de demain ?
Je dois avouer que la profondeur et le tact avec lesquels Sylvie Germain sonde ce grand point d’interrogation qu’est le silence de Dieu me paraissent vertigineux et me dépasse (et comment ne pas l’être lorsque sont évoquées des femmes comme Etty Hillesum, Thérèse de Lisieux). Mais si je me reporte à nos vies quotidiennes, son questionnement et les réponses qu’elle suggère deviennent plus accessibles et féconds. Sylvie Germain me montre qu’il est possible d’agir.
Assumer le silence et défendre ce qui nous est le plus cher, ce qui est pour nous le plus grand. Parce que nous ne saurions pas faire autrement. Parce que c’est là tout notre Trésor.
Sylvie Germain, Les échos du silence, Albin Michel, 2006.
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Les citations de Rilke sont extraites de la traduction de Gustave Roud des Lettres à un jeune poète, La Bibliothèque des Arts, 1990; la citation de Christian Bobin est extraite de son livre d’entretien avec Lydie Dattas, La lumière du monde, Gallimard 2001 ; les citations de la Bible sont tirées de La Bible de Jérusalem.
L'homme petit bout
- Tu l'as utilisé?
Ce cri de stupéfaction, de joie, d'admiration à peine prononcé, un doute s'empara aussitôt de son esprit le livrant à une anéantissante angoisse...
-Mais si elle n'avait plus besoin de lui?
Et il crut lire sur son visage cette paix liée à une satisfaction intense, le calme de celle dont le corps s'est livré à des plaisirs chatoyants sans... lui.
Godemiché, zob retranché, mécanique parfaitement conçue pour l'orgasme, avec Maya l'abeille en prime pour butiner le miel clitoridien... Godemiché, médaille d'or toute catégorie au JO, sprint et marathon, endurance parfaite, accélération, contorsion..., Michael Phelps multifonctions!
Il regarde sa verge... elle était belle pourtant, bien dessinée, capable d'une raideur notoire... oui, mais était-elle efficace? Car enfin, elle en vient à bout alors qu'elle peut avoir encore très envie! Après une première éjaculation et un petit sursis (que le vibromasseur, lui, ne demande pas), il peut, parfois, repartir une seconde fois à l'assaut... Mais l'engin peut ne jamais s'arrêter ou que très rarement, nécessitant un rapide passage par le stand pour recharger ses batteries!
Serions-nous castré de notre corps par le godemiché... peuvent-elle tout à fait se passer de nous, ne gardant de nous que notre sexe chosifié, sculpté, amélioré selon les besoins de leur plaisir.
-Et l'amour dans tout ça! s'exclama-t-il?
-Que dis-tu mon chéri, lui demanda-t-elle, en tournant les pages de son magazine, l'air ailleurs...
Le voilà, lui, le mâle absolu, l'étalon spectaculaire, se mettre à utiliser piteusement les arguments de l'autre sexe, à devenir romantique, à jouer avec ses poupées et à prendre des airs de Candy pour qu'on prenne soin de lui.... Bientôt il dira au milieu de ses larmes, en suçant son pouce: «Maman».
Il se met à être gentil, à faire le ménage, à faire la lessive, à faire la cuisine, autant de tâches qu'il lui laissait assumer sans même s'être rendu compte auparavant qu'il ne s'en occupait jamais. Oui, seulement voilà, c'est trop tard, ceci ne change rien à l'affaire puisqu'il endosse toutes les activités qu'il avait considérées comme "féminine". Autant de travaux qui ne lui rendront pas ses attributs perdus au chasseur de mammouths.
Devra-t-il finir par lui demander de renoncer à l'autre, au phallus mécanique? Devra-t-il ainsi se ridiculiser en avouant qu'il n'est pas à la hauteur et la supplier d'accepter sa médiocrité? Que jusqu'à maintenant il n'a pas su l'aimer, il le reconnaît, qu'il avait oublié qu'il avait un corps et elle une tête.
Chaque fois qu'il lui fera l'amour il se demandera si elle s'ennuie, LE COMPARANT avec les performances de l'autre! Et il ne pourra même pas invoquer la tromperie...
- Ce n'est qu'un "toy", mon canard.
Il en vient à penser qu'il est un complément de l'autre, une entrée mais plus le plat principal. Peut-être même a-t-elle un peu pitié et souhaite-t-elle qu'il en finisse pour passer aux choses sérieuses! Il l'entend mentalement se dire:
- Vivement que je reprenne les commandes!
... Tu t'es crashé Maverick?
Et ce jour où il eut cet horrible cauchemar... Il rentre un soir et il la surprend avec la voisine, chacune jouant du magnanime objet sur le corps de l'autre, sexplorant et s'explosant de joie, parfaitement unie étant les mêmes et ajoutant ce petit objet d'étrangeté, pas grand-chose en somme... un petit bout d'homme qui ne se rétracte pas face à l'effort... Elles lui demandent, compatissantes, s'il veut se joindre. Mais il sait qu'il ne boxe pas dans la même catégorie et il se réveilla en criant:
- Mais j'existe...
Et elle de lui répondre du fond de son sommeil:
- Mais pourquoi t'excites-tu ainsi mon chéri?
Oui, l'homme existe, mais le godemiché lui, sexiste!
Ce cri de stupéfaction, de joie, d'admiration à peine prononcé, un doute s'empara aussitôt de son esprit le livrant à une anéantissante angoisse...
-Mais si elle n'avait plus besoin de lui?
Et il crut lire sur son visage cette paix liée à une satisfaction intense, le calme de celle dont le corps s'est livré à des plaisirs chatoyants sans... lui.
Godemiché, zob retranché, mécanique parfaitement conçue pour l'orgasme, avec Maya l'abeille en prime pour butiner le miel clitoridien... Godemiché, médaille d'or toute catégorie au JO, sprint et marathon, endurance parfaite, accélération, contorsion..., Michael Phelps multifonctions!
Il regarde sa verge... elle était belle pourtant, bien dessinée, capable d'une raideur notoire... oui, mais était-elle efficace? Car enfin, elle en vient à bout alors qu'elle peut avoir encore très envie! Après une première éjaculation et un petit sursis (que le vibromasseur, lui, ne demande pas), il peut, parfois, repartir une seconde fois à l'assaut... Mais l'engin peut ne jamais s'arrêter ou que très rarement, nécessitant un rapide passage par le stand pour recharger ses batteries!
Serions-nous castré de notre corps par le godemiché... peuvent-elle tout à fait se passer de nous, ne gardant de nous que notre sexe chosifié, sculpté, amélioré selon les besoins de leur plaisir.
-Et l'amour dans tout ça! s'exclama-t-il?
-Que dis-tu mon chéri, lui demanda-t-elle, en tournant les pages de son magazine, l'air ailleurs...
Le voilà, lui, le mâle absolu, l'étalon spectaculaire, se mettre à utiliser piteusement les arguments de l'autre sexe, à devenir romantique, à jouer avec ses poupées et à prendre des airs de Candy pour qu'on prenne soin de lui.... Bientôt il dira au milieu de ses larmes, en suçant son pouce: «Maman».
Il se met à être gentil, à faire le ménage, à faire la lessive, à faire la cuisine, autant de tâches qu'il lui laissait assumer sans même s'être rendu compte auparavant qu'il ne s'en occupait jamais. Oui, seulement voilà, c'est trop tard, ceci ne change rien à l'affaire puisqu'il endosse toutes les activités qu'il avait considérées comme "féminine". Autant de travaux qui ne lui rendront pas ses attributs perdus au chasseur de mammouths.
Devra-t-il finir par lui demander de renoncer à l'autre, au phallus mécanique? Devra-t-il ainsi se ridiculiser en avouant qu'il n'est pas à la hauteur et la supplier d'accepter sa médiocrité? Que jusqu'à maintenant il n'a pas su l'aimer, il le reconnaît, qu'il avait oublié qu'il avait un corps et elle une tête.
Chaque fois qu'il lui fera l'amour il se demandera si elle s'ennuie, LE COMPARANT avec les performances de l'autre! Et il ne pourra même pas invoquer la tromperie...
- Ce n'est qu'un "toy", mon canard.
Il en vient à penser qu'il est un complément de l'autre, une entrée mais plus le plat principal. Peut-être même a-t-elle un peu pitié et souhaite-t-elle qu'il en finisse pour passer aux choses sérieuses! Il l'entend mentalement se dire:
- Vivement que je reprenne les commandes!
... Tu t'es crashé Maverick?
Et ce jour où il eut cet horrible cauchemar... Il rentre un soir et il la surprend avec la voisine, chacune jouant du magnanime objet sur le corps de l'autre, sexplorant et s'explosant de joie, parfaitement unie étant les mêmes et ajoutant ce petit objet d'étrangeté, pas grand-chose en somme... un petit bout d'homme qui ne se rétracte pas face à l'effort... Elles lui demandent, compatissantes, s'il veut se joindre. Mais il sait qu'il ne boxe pas dans la même catégorie et il se réveilla en criant:
- Mais j'existe...
Et elle de lui répondre du fond de son sommeil:
- Mais pourquoi t'excites-tu ainsi mon chéri?
Oui, l'homme existe, mais le godemiché lui, sexiste!
Papillons
Pour celles qui pensaient que non, eh bien si! Les mecs aussi ont des papillons dans le ventre, une ribambelle même, longue comme un ruban d'ADN, avec le nom de leur Chérie écrit dessus et ça leur papouille le ciboulot toutes ces couleurs sur les ailes de leur Belle tant et si bien qu'ils en ont le cœur en papillote et même avec un nœud pap' ils ne battent pas pavillon "J'assure!", j'vous assure, mais tentent une brasse papillon pour calmer toutes ces palpitations.
Alors n'allez surtout pas croire que les papillons c'est une histoire de filles! Gros durs ou romantiques ou encore adeptes du papillonnage, quand une douce leur a aiguisé la papille, on est tous tout papillonnant, papillonacé, les jambes en coton et le cœur qui bat à toute berzingue comme un moustique coincé entre un abat-jour et une ampoule de 100 watts.
Des papillons, Mesdames, nous en avons eu une myriade le jour où nous vous avons rencontrées, le jour où vous nous avez négligemment facebooké que vous auriez bien voulu nous revoir depuis tout ce temps, le jour où vous nous avez ouvert votre mur qu'on prenait pour une barricade, le jour où vous avez mis le petit écriteau sur votre porte "c'est compliqué", puis "single" et le jour d'après "en couple" après une petite escapade dans un restaurant italien pour s'assurer que tout ça c'était bien vrai. Le jour aussi où vous avez tagué notre nom sur une photo de vous, parce que ça vous faisait plaisir de mettre notre face dans votre livre, dans votre lit, dans votre vie.
Les éruptions de papillons, tenez-le pour dit, ça dépasse les genres, les mœurs, les modes et même dès fois la honte d'avoir une éruption d'acné alors qu'on est amoureux!
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J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...


