Les cyclistes sont aimables. Ils se saluent. Cela tient-il au fait qu'ils sont plus fragiles?
Les cyclistes sont des piétons qui tournent rond.
"Nous sommes au tout début, vois-tu.
Comme avant toute chose. Avec
Mille et un rêve derrière nous et
sans acte."

(Rilke)
"Je ne peux penser plus heureux savoir
que cet unique-ci:
qu'il faut devenir un initiateur.
Un qui écrit le premier mot derrière un
séculaire
tiret."

(Rilke)
Pandémie: il serait doublement judicieux de supprimer les journaux gratuits. D'une part, pour éviter que les nombreux lecteurs d'un même exemplaire se transmettent la grippe porcine. Et, d'autre part, pour qu'ils cessent de s'intoxiquer les neurones.
Je frémis d'automne, le beau mois de septembre est aux portes de l'été.
Ces personnes qui déboulent dans votre vie comme une magnifique décoration de sapins de Noël et qui, rapidement, disparaissent: la fête est fini, les guirlandes lumineuses sont éteintes. Dans ces cas là, il est bon d'être un sapin en pot. On garde son autonomie, ses racines. L'absence de l'être qui nous avait conquis ne nous scie pas le moral.
Presque tous les deux ans, je fais une riche rencontre. Je ne m'explique pas pourquoi, mais c'est ainsi. Et 2009 n'a pas dérogé à ce cycle.
Je suis un fervent de la voie étroite qui se déplace sur les grands boulevards.
Le tic tac cranté de l'horloge au milieu de la nuit me mène comme un train à crémaillère vers l'aube.
Du bonheur de se libérer de certaines questions dont la réponse ne nous intéresse plus ou est devenu évidente.
La poésie raccourcit la pensée pour approfondir le coeur.
Une voiture ne devrait pas démarrer si le chauffeur a bu de l'alcool. Tolérance zéro pour alléger le pourcentage de malheur.
Peut-on m'expliquer pourquoi si peu de magasins de mode féminine ont eu l'idée tout de même assez simple de mettre des fauteuils pour le pauvre mâle qui doit attendre debout, raide au milieu de la ruche des donzelles qui filent de rayonnage en rayonnage. D'autant qu'un homme assis comme un monarque se plaît à donner son avis à sa douce qui vient lui montrer ses fripes et l'encourage même à se faire plaisir, dans son infini bonté - même quand ce n'est pas lui qui trinque.
Elle cherchait désespérément sous la chair et les gênes ce qui pouvait bien la lier à cette famille d'inconnus.
Avant, j'étais en quête de titre, de carte de visite ronflante qui indiquerait mon statut professionnel. Aujourd'hui, je suis tout au bonheur de pouvoir simplement indiquer que je suis rédacteur, que l'écriture est mon métier.
Il y a de quoi prendre en grippe certaines personnes. A l'image de cette aide-soignante qui se rend chez les personnes âgées qu'elle est censée aider et leur distribue des tracts leur indiquant que la grippe porcine est une action des gouvernements pour é-li-mi-ner - rien que ça, un surplus de population. C'est formidable!
"En me brossant les dents je me demandais si le temps viendrait où la méditation serait considérée comme une activité ordinaire.
- Où est papa?
- Il médite.
- Ah, bon.

Papa médite. Ca lui arrive souvent. Les enfants méditent de temps en temps. Et maman. Et les voisins aussi. Tous sont disciples du maître du quartier. Imaginons quelle révolution ce serait: les membres du gouvernement seraient des gens qui auraient résolu un certain nombre de koans. Ils auraient la compréhension suffisante pour travailler au bien commun. Le premier ministre serait un vieux sage au crâne rasé. Il ne chercherait pas à tirer un quelconque profit de sa situation: il ne posséderait rien que l'indispensable à la vie quotidienne. Plus on serait haut placé, plus on serait simple. Les gens qui désireraient amasser des bien matériels ne pourraient jouer aucun rôle de premier plan dans la société."

(Janwillem Van de Wetering, Un éclair d'éternité)
A ma table de travail, comme à mon bureau, j'ai deux plantes qui ont une belle croissance, et je tire une certaine fierté de cette cohabitation féconde, même si je n'y suis certainement pour rien.
Certains mots sont tellement plus profonds que d'autres. Par exemple, dire d'une être qu'il est bienfaisant, qu'il a une présence bienfaisante, plutôt que de dire qu'il est positif. L'adjectif "bienfaisant" est chargé d'humanité, de générosité, de partage. Tandis que "positif" est beaucoup moins nuancé, plus réaliste, terre à terre, presque sportif.
On juge. On se rend compte qu'on est un abruti bourré de préjugé. On s'en veut. On apprend. On tente de s'améliorer.
Le Christ est d'une profonde actualité.
Quelques astuces pour rebuter le marketing téléphonique:
- ne rien dire, mais absolument rien
- dire que la personne est décédée
- dire qu'ils se sont trompés de numéro
- faire une proposition salace
- si vous avez du temps, leur poser des dizaines de questions, avec beaucoup d'intérêt, et signifier ensuite que c'était pour jouer.

Et surtout, n'avoir aucune pitié pour quelqu'un qui vous tient la jambe à travers le téléphone sans motif raisonnable.


- "Vous buvez seul, mon Dieu, vous êtes alcoolique!"

Pas du tout ma brave dame, je trinque avec la vie et j'en profite pour tirer mon vin de vie.
Il y a des êtres chez qui le sens pousse très mal.
L'expression "con comme ses pieds" est abusive, car nos pieds sont un merveilleux véhicule, remplis de capteurs.

De manière générale, il est inapproprié d'insulter quelqu'un en le comparant à l'une ou l'autre des parties de son corps. Car, souvent, ce corps est bien plus intelligent et subtil que son locataire.
Les outils du gynécologue: vous allez pas me dire qu'on ne pouvait pas en créer des plus doux, des plus humains? C'est quoi cette profession qui traite ses patientes comme du bétail? Le gynécologue est au sexe féminin ce que le dentiste n'est même plus de nos jours à la dent: une brute.
Du bonheur de pouvoir admirer sans être impressionné.
J'ai du mal avec les uniformes forcés de l'ordre, ça outrepasse ma compréhension.
L'intimité n'est pas une idée ou une théorie, mais un sentiment profond, une couche d'être à laquelle seuls quelques proches électifs sont conviés.
Il se croyait convoité pour sa jeune ardeur, son torse poilu, mais il se rendit compte que le regard féminin qu'il croyait séduit lorgnait sur des miettes de croissant tombées par inadvertance dans l'échancrure de sa chemise. Comme on se trompe!
"Ma petite espérance est celle
qui s'endort tous les soirs,
dans son lit d'enfant,
après avoir bien fait sa prière,
et qui tous les matins se réveille et se lève
et fait sa prière avec un regard nouveau."

(Péguy)
Les êtres plus sensibles, plus fragiles, sont bien souvent les plus attentionnés.
La vie, c'est de l'énergie. Dis-moi l'énergie que tu mets à vivre et à libérer de la vie en plus et je te dirai qui tu es.
La mort, c'est ne plus jamais pouvoir parler à un être aimé.
Etonnant ces gens, voire même ces connaissances proches, qui ne vous posent jamais aucune question, qui ne montrent absolument aucun intérêt à qui vous êtes, ce que vous faites, rien! Au début, je pensais qu'il s'agissait de personnes discrètes.

Puis, avec le temps et de nombreuses discussions à ce sujet avec des amis, j'ai compris: ces gens n'en ont rien à fiche. Pas la peine de chercher plus loin. Votre vie ne les concerne pas le moins du monde.

A chacun de voir, ensuite, de prendre position sur le sujet et de se demander si de telles relations ne sont pas une perte de temps.
Fructifier: quel mot magnifique, riche en vitamine. Il pulpe dans la bouche.
Chaque prénom a son adjectif. Certains ont des sonorités joyeuses: Lisette, lisettée.
“Le moteur de recherche Google est une réussite universelle et il rend bien des services. Mais lui confier, et à lui seul, qui vit du profit de la publicité et est enraciné, en dépit de l’universalité de son propos, dans la culture américaine, la responsabilité du choix des livres, la maîtrise planétaire de leur forme numérisée, et la quasi-exclusivité de leur indexation sur la Toile, le tout étant au service, direct ou indirect, de ses seuls gains d’entreprise, voilà bien qui n’était pas supportable.”

(Jean-Noël Jeanneney, historien du contemporain, ancien président de la Bibliothèque nationale de France (2002-2007), initiateur de Gallica et de la bibliothèque numérique Europeana, devant la résignation de la BnF face à la volonté du numéro un mondial des moteurs de recherche de numériser son fonds afin de devenir également le numéro un mondial des libraires/bibliothèques en ligne)

[Vu sur le blog La république des livres.]
Au fond d'une chambre, dans une maison de retraite, le râle pénible d'une vieille dame entre la vie et la mort, le corps s'accroche comme il l'a fait durant toute sa vie, mais je suis sûr que déjà le coeur de son âme sourit, détaché de ces dernières contingences, poursuivant sa route riche de toutes les merveilles accumulées durant sa vie.
L'homme est coincé dans sa mâle assurance par l'adjective "masculin" et redoute un double E qui le châtrerait.
Formidables dictionnaires: l'entrée "jumelle" vous renvoie à "jumeau", car il va de soi que la gémellité féminine n'est, en somme, qu'une copie un peu différente de l'autre, la masculine.
Ces trois jeunes femmes dans un magasin de fringues: toutes habillées pareilles, fonctionnant sur un code "à l'identique", du copy-paste humain, jusqu'à leur bronzage qui ne soit lui aussi photoshopé sur la même teinte. Elles ne cessent de s'entrobserver, on voit leur regard-scanner s'agiter chaque centième de seconde afin de confirmer leur supériorité sur l'autre dans le même temps qu'elles veulent se rassurer d'en être le sosie, de ne pas devenir autre. Etre différente, oui, mais en étant la meilleure des siamoises.
La femme aimée n'est pas l'arbre qui cache la forêt, mais le buisson ardent au milieu de la forêt.
Le fait qu'il lui faille un parachute donne à penser que l'espèce humaine n'est pas faite pour les airs.
Lorsqu'un être se dit qu'il doit tenir, dans son travail, dans son couple, dans l'éducation d'un enfant, c'est qu'il est déjà susceptible de craquer. Cela signifie qu'il est temps de se protéger, que les alertes sont au rouge. Mais combien continueront à tirer sur la corde, parce qu'il le faut, disent-ils, parce qu'on ne peut pas faire autrement. Et il est évident, qu'à ce stade, il devient très difficile d'avoir la juste distance pour créer des solutions nouvelles.
Magie des rencontres qui font silex!
Ce crétin à la caisse, qui méprise la caissière et qui, lorsqu'on le lui fait remarquer, dit:

"C'est comme ça! C'est la dure réalité."

Mais de quoi parle-t-il cet abruti? Quelle réalité? Le monde estropié dans lequel il évolue? La pierre ponce qui lui sert de cœur?
Certains sont choqués qu'un sage puisse roter, péter ou s'adonner à la boisson. Ca ne se fait pas. Et pourquoi donc? Qui a dit que la sagesse coïncidait avec une quelconque bienséance bourgeoise?
"Dieu nous garde des saint moroses." (Sainte Thérès d'Avila)
On dit d'une personne qui boit trop: "Qu'est-ce qu'elle pompe", alors que c'est exactement l'inverse: c'est l'alcool qui pompe la vie de celui qui s'y adonne démesurément.
Les grandes gueules sont entendues. Ce qui ne veut pas dire qu'elles soient écoutées. Et elles sont souvent contournées.
Elles s'exposent à moitié nue sur Facebook, elles se font découper en morceau au coin d'un bois par un malade libidineux, la nouvelle est relayée à son tour sur le mur de facebook. La boucle est bouclée.
Les femmes ont besoin d'un contexte. L'homme, lui, a juste besoin d'un con.
Qui fait allégeance à un soit-disant maître est un courtisan.
«Sous le soleil exactement». Aussitôt on pense à Gainsbourg.
Mon bonheur de me retrouver à la table d’un petit café, à ruminer ma vie, écrire, lire, observer, n’est perturbé par personne, pas même l’ivrogne, si ce n’est « l’artiste » qui braille des concepts de « merchandising visuels », de mandats et de dixaïegne. Soudain, l’espace vital est stérilisé.
Dirait-on que l’outil d’un artisan du bois est « design » ? Précisément non, parce qu’il est utile.
Rayer de son dictionnaire personnel les mots « design » et « esthétique ».
L’artiste qui considère comme un fardeau de « bosser à plein temps pendant cinq mois pour gagner de l'argent» : complètement à côté de ses pompes.
Sans pudeur, nous ne sommes que des écorchés nus.
Un écrivain prend peu de place : 1m2 peut-être. Et une pile de livres haute jusqu’au étoiles, une femme pour ne pas perdre pied, et des amis à sa table en tout temps.
Une Ford Mustang Eléonore 1967 : même si on a aucun intérêt pour les automobiles, on ne peut pas ne pas être séduit. C’est un fait de nature cette chose-là.
Georges Haldas préfère le terme « sensible » au terme « sensuel ». Oui. Mais la sensualité est rouge brésil, liane captivante, Amazonie puissante, odeur animale. Je ne dirais pas qu’une brésilienne qui se déhanche sur des volutes de musique latino est sensible. Elle est sensuelle. Le sensible est de l’ordre de la présence. Mais le terme même de sensible me dérange car il suggère trop de fragilité. La sensualité n’est pas fragile, elle est une puissante affirmation de vie.
Sa misère était tellement crasse, que bien que me trouvant de l’autre côté de la route, à une vingtaine de mètres, j’avais l’impression d’en sentir toute la fétidité.
Donner une cigarette à un inconnu : un moment de fraternité intense. Ca me rappelle les images de guerre que j’ai vues où la denrée était un précieux moment de bonheur.
Je bénis cet enseignant de l’université qui m’avait dit que j’écrivais « créole ». Métisser intensément.
Les carnets du scribe Petit-Mont ne sont pas étrangères à ces merlinades.
Etre ramené chez soi par un ami ou un collègue : acte anodin, en apparence, et qui souligne un restant d’activité ancestrale : la nécessité de se déplace, de transhumer.
Transhumer : humer ailleurs, aller sentir l’air d’ailleurs, outre respirer.
A l’université, on vous expliquera qu’on ne peut pas mélanger le « je » et le « nous » dans un même texte. C’est interdit. Ce sont des focales trop hardies.
Une abeille se pose sur le bord de mon verre de vin rouge, en mire la couleur profonde et plonge les ailes les premières. L’alcool suscite des attractions dangereuses, même pour les insectes.
Vous achetez une automobile que vous devrez attendre quelques mois car, vous dit le vendeur, elle est en rupture de stock. Et vous vous étonnez cependant de ne voir aucune modèle dudit véhicule sur les routes.
Une vieille dame qu’on aime meurt quelque part et on se sent très démuni. Parce qu’on sent bien que maintenant, cette épreuve la concerne, seule.
Les familles convoquent plus facilement dame morphine aux chevets de leurs Vieux que le prêtre où le pasteur que ces derniers ont pourtant bien plus chéris.
Tous ces ustensiles et facebook en particulier tendent à nous faire perdre la conscience de l'intime, donc de ce que nous avons de plus précieux.
Pour beaucoup, écrire revient à ne pas faire de fautes d'orthographe.
Démerliner: perdre le chant.
Tous les despotes ont su mener des campagnes de marketing pour construire leur mythe. Comme Napoléon faisant immortaliser sa traversée du col du Grand-Saint-Bernard par David, en hiver, dans des conditions climatiques épouvantables alors qu'en réalité, il y est peut-être passé par une belle journée d'été.
"Jamais aucun talent, aucune supériorité ne m'amènera à consentir au pouvoir qui peut, d'un mot me priver de mon indépendance, de mes foyers, de mes amis." (René de Chateaubriand).
La notion de puissance et de performance est totalement étrangère à notre évolution intime. Parler de clarté est plus propice. Et, parfois, d'éblouissements.
Réaliser ses rêves, c'est peut-être simplement être pleinement soi-même.
Google lance street view en Suisse. Par malheur, elle était nue dans la cour de sa maison quand la voiture butineuse est passée. Si elle ne veut pas que le monde entier le sache, il ne lui reste plus qu'à attaquer Google en justice.
On associe la greffe à l'arboriculture, ou à la chirurgie, mais le mot appartient à la famille grec graphein, "écrire". Néanmoins, les trois activités (écrire, cultiver, soigner) sont intimement liées.
Une certaine forme de mystique est pire que les moustiques.
La mystique de Jacqueline Kelen, dans son dernier livre La puissance du coeur, m'agace comme un moustique en pleine nuit. C'est péremptoire, méprisant à l'égard des rampants qui auraient pu, par exemple, faire un travail thérapeutique versus les élus de la flamme soufi qui vivent dans des sphères réservées au plus petit nombre, un nombre si petit d'ailleurs qu'on en vient à se demander pourquoi elle n'a pas tiré son ouvrage à un exemplaire - pour se le dédicacer.

Rien que le titre en dit long: la puissance du coeur? Mais quelle puissance? Est-elle une nouvelle Lois Lane en mal de son Superman? Le mot même de "puissance" me semble absolument contraire aux lois du coeur et de l'amour.
Nous sommes tenus au secret et à un secret autrement plus important que le secret d'une quelconque profession: le respect de l'intimité confiée, oar nos amis ou nos proches.
La poésie est une aptitude naturelle que nous avons perdue. Comme si un de nos membres se mettaient à diminuer, à s'atrophier.
Série télévisée, "Urgences": deux mots reviennent toutes les cinq minutes aux oreilles de l'auditeur un peu lointain: "il convulse"; "on dégage". Ainsi vont les soirées sur terre.

Destinées anonymes


Destinées anonymes et si profondément humaines que celle des personnages de Volski et Mila, dans le roman de Andreï Makine, La vie d'un homme inconnu. L'histoire se déroule durant le siège de Léningrad et les purges staliniennes. Sainte Mila, aurait-on envie de dire, qui se prostitue pour trouver à manger pour ses orphelins. Saint Volski, le chanteur, qui après avoir connu la faim, la guerre, l'internement injuste aussi bien dans les camps que les asiles psychiatriques, consacrera la fin de sa vie aux orphelins les plus démunis, leur apprenant à chanter et à monter en scène pour se libérer de leur noire existence. Pédagogue de fortune, il découvrira ce que le chant et la création de petites opérettes pourront apporter à ses enfants:

«Au bout d'une dizaine de répétitions, il comprit le vrai sens de ce qui semblait d'abord un simple amusement. Sur scène, ses élèves oubliaient leur mal. Mais surtout, ils menaient une vie que personne ne pouvait leur interdire. En quelques minutes de jeu, chacun d'eux échappaient à ce monde qui les avait condamnés à ne pas exister.» (p. 268)

Le vrai héros de ce roman est Volski, un homme moulu par des épreuves monstrueuses qui éclaireront tout le ciel qu'il porte en lui. Choutov, personnage décalé lui aussi, ne retrouvant pas ses repères dans la nouvelle Russie, occupe - un peu longuement - la première partie du roman. Il est revenu à Saint-Pétersbourg pour revoir un amour d'enfance, Iana, femme "overbookée" qui vit à cent à l'heure entre la gestion de luxueux hôtels et ses relations avec la haute société. Et c'est précisément dans son nouvel appartement qu'il rencontrera ce locataire anonyme qui est en passe d'être délogé. On pourrait s'imaginer qu'il en veut à ce système qui n'en finit pas de l'expulser et pourtant, il confie à Choutov, son confident d'une nuit de veille:

«-Vous savez, je n'en veux pas à votre amie Iana, dit le vieillard et il repose sa tasse sur la table de nuit. Ni aux autres, non plus. Ce qu'ils vivent n'est pas du tout enviable. Vous imaginez, il leur faut posséder tout cela!

Sa main fait un large geste et Choutov voit clairement que ce "tout cela" c'est le nouvel appartement de Iana, mais aussi ce long écran du téléviseur et ce reportage sur l'élite russe installée à Londres, leurs hôtels particuliers et leurs résidences de villégiature, et ce cocktail où il se retrouvent entre eux, et toute cette nouvelle façon d'exister que Choutov ne parvient pas à comprendre.

- Nous avons eu finalement une vie si légère! dit le vieil homme. Nous ne possédions rien et pourtant nous savions être heureux. Entre deux sifflements de balles, en quelque sorte...

Il sourit et ajoute sur un ton de boutade:

- Non, mais regardez ces pauvres gens, ils souffrent!

On voit [sur le grand écran de télévision] une réception dans un palace londonien, le rictus crispé des femmes, les faces luisantes des hommes.» (p. 276)

Oui, Saint Volski anonyme qui ne cherche aucune reconnaissance et qui a su surmonter toutes ses épreuves parce qu'il avait compris «... que dans tout ce qu'il avait vécu il n'y avait de vrai que ce ciel regardé, le même jour, peut-être au même moment, par deux être qui s'aimaient. » (p.244)

La vie d'une homme inconnu, Andreï Makine, Seuil 2009.
Image - Merlus
Mortographe: mot mort sur le champs de bataille des sms.

Mot-clé

Mot-clé: nécessite une serrure.
Mot-serrure: nécessite une clé.
Mot-coffre: rempli de jouets.
Mot-valise: O.P.A. d'un mot sur un autre.
Petit-mot: les plus beaux.
Mot d'amour: devraient être les seuls employés.
Mot-outil: ne permettent pas de planter un clou.
C'est mon dernier mot: mot condamné par un jeu télévisé.
Ne pas souffler mot: dans ce cas, lire le regard.
En un mot: ça en fait déjà trois
Ce n'est pas un vain mot: sauf en état d'ivresse
Avoir son mot à dire: le dire, ne pas attendre qu'on vous le demande.
Glisser un mot à l'oreille: pour éviter les interférences.
Avoir toujours le même mot à la bouche: ça finit par casser les oreilles.
En toucher un mot: se laver les mains après.
En un mot comme en cent: c'est un peu court, jeune homme.
Qui ne dit mot consent: suppose une relation extraconjugale.
Le mot de l'énigme: expression hercule-poirotéene utilisée en général pour des babioles.
Se donner le mot: il y en a toujours un qui ne le voit pas passer.
Avoir toujours le mot pour rire: à mourir.
Prendre un mot pour un autre: allumer pour y voir plus clair.
Avoir un mot sur le bout de la langue: ça fait loucher.
Avoir un mot sur le bord des lèvres: si on passe sa langue dessus, il se retrouve au bout.
Passez-moi le mot: désolé, je n'ai que du sel.
N'avoir pas peur des mots: une (très) grave erreur.
Se payer de mots: se paie cher par la suite.
Un jeu de mots: passe-temps favori de ceux qui n'ont rien à dire.
Manger ses mots: ça peut être nourrissant.
Ne pas mâcher ses mots: c'est précisément ceux-là qui sont souvent indigestes.
Ne pas trouver ses mots: le faut-il?
Avoir des mots avec quelqu'un: que des maux.
Dire quelque chose à mots couverts: afin d'éviter les risques de contagion.
Chercher ses mots: la meilleure façon de ne pas les trouver.
Mot illisible: il fait le flou, c'est un mot à psychanalyser.
Mot à double sens: mot britannique, il roule du mauvais côté de la route.
Il n'a pas décroché un mot de la soirée: il a dû le laisser au vestiaire.
Il n'a pas dit un traître mot: Judas aurait pu en prendre de la graine.
Ne pas pouvoir placer un mot: embouteillage verbal.
Sur ces mots: point de départ d'une action non verbale.
Mot à mot: bouche à bouche.
Mot tabou: dit en situation de "T'as bu".
Jeu de mot: jeu de vilain.
Jouer sur les mots: vil marchandage verbal.
Ce ne sont que des mots: qui sont la cause de tant de maux.
Peser ses mots: selon quelle mesure?
Mot obscène: mot nu du cru.
Le mot n'est pas trop fort: comme les épices, dépend des goûts.
Ce n'est pas le mot qui convient: il importe de trouver celui qui sied.
Comprendre à demi-mot: possible avec sa moitié uniquement.
Employer les grands mots: le dimanche, avec les habits qui vont avec.
Gros mot: l'envoyer en cure d'amaigrissement.
Mot d'ordre: me dérange.
Mot de passe: comme les maisons de passe, pas donné.
Au bas mot: à ne pas prendre au pied de la lettre.
Mots croisés: pour les cruciverbistes empêtrés dans leur spleen.
Mot oral: agit sur le moral.
Mot écrit: mouaikri, le cauchemar des dysorthographiques.
Groupe de mots: débarquent en bande.
Homonymes: ne peuvent être fécondés.
Mot vieux: comme le fromage, souvent très bon.
Des mots doux: mots au tendre pelage.
Avoir le dernier mot: propre à l'adolescence.
Prendre quelqu'un au mot: lui donner beaucoup trop d'importance.
Ecrire un mot: manie de collectionneur.
Mots célèbres: pompeux.
Mots d'enfants: magiques.
Mot d'auteur: mot-eur.
Le mot de la fin: éclaire souvent le début.
Mot d'esprit: vain.
Avoir toujours le mot pour rire: pathétique.
Ravaler ses mots: dégoûtant.
Motus: ça sonne latin mais ce n'est pas lui.
Morphologie: ossature du mot
Mot complexe: nécessite une analyse, comme le mot flou.
Mot de liaison: agent double.
Mot hybride: roule au gaz naturel.
Mot invariable: des simplets.
Mortographe: mot mort sur le champ de bataille des textos.
Mot composé: mot bipolaire.
Mot métalinguistique: s'abstenir.
Bloc moteur: aucun rapport.
Motif: mot permanenté.
Mot portemanteau: n'oubliez pas de reprendre vos affaires au vestiaire.
Le mot de la fin: END




Je n'entends rien à la philosophie. Je n'ai jamais réussi à comprendre ce qu'était un concept - ça en dit long sur mes compétences. C'est un discours qui peut me séduire mais que je ne peux pas digérer. Comme un corps étranger que je n'arriverais pas à mélanger à mon être. Une forme de langue étrangère que je ne parviens pas à acquérir. Un met trop consistant, trop lourd. J'écoute, j'approuve parfois, mais je n'intègre pas.

Tandis que la poésie... Elle m'infuse sans détour.
Ici, le 1er août, on chante "mon beau sapin roi des montagnes" et quelques semaine plus tard, on en zigouille rituellement des dizaines pour orner les chemins qui mènent à la fête annuelle du village. Et dire qu'ils auraient pu croître et couvrir aisément cinq générations de bûcherons.
Les bafouilles critiques, qui m'ont par ailleurs toujours parues vaines, m'agacent de plus en plus. Et, les miennes encore plus que celles de tout autre!
Toutes nos critiques sur ce qui ne va pas dans notre société, c'est quand même très facile. Parce que la vie hors de la société serait l'extermination assurée de la plupart d'entre nous, notre désintégration.

"C'est la société qui...", "C'est la faute à...": très bien. Mais nous, que proposons-nous? En actes? Se plaint-on vraiment de la société où de la maman dont nous avons été sevrés un jour? Et est-ce que moi, je prends concrètement mes responsabilités pour jouer mon rôle de citoyen? Est-ce que je vis de sorte à motiver d'autres, peut-être, à leur tour, d'être fidèles à eux-mêmes?
On nous fait croire qu'être connu c'est se tenir devant un micro ou une caméra. Et on y croit.
Dire qu'on apprend de nos échecs reste quand même un luxe qu'on accorde pas à tout le monde.
En fait le malheur de quelqu'un qui vous a fait du mal n'est pas du tout réconfortant. En continuant à se casser la figure, le bougre continue à faire échouer quelque chose qui aurait pu, peut-être, être réparé, être amélioré. Oui, c'est la faillite d'une réconciliation possible. Car on n'apprend pas toujours de nos échecs, malheureusement.
Le dimanche, il lui faisait si bien l'amour, que ça valait toutes les messes.
Synonyme: voici un mot qui se définit déjà par le dessin de ses lettres sinueuses et ramifiées.
Femmes fleurs 'blouissante racines d'hommes.
Fargue dit qu'une chronique doit être un moment de lecture intellectif. N'ayant pas la prétention d'avoir tant d'esprit, je souhaite que mes chroniques soient des moments frétillants.
Sa mère n'était jamais venue voir de sa vie entière le lieu où il travaillait depuis plus de dix ans et, le jour où elle vint, elle ne lui fit qu'une seule remarque: qu'il n'y avait pas sa photo sur son bureau.
Ces deux motards, au feu rouge, qui regardent chacun le pot d'échappement de l'autre comme deux chiens qui se renifleraient l'arrière train.
Il avait des mots le coeur.
Les nuisants n'ont souvent que peu de cordes à leur arc. Comme celui-ci qui pousse à bout son interlocuteur en étant cassant et agressif et qui, lorsqu'on lui répond par une fin de non recevoir, se met en position de victime et demande des explications, "avoue ne pas comprendre".

Les nuisants sont à exterminer du champ relationnel séance tenante. Car il n'y a que très peu de chances qu'ils se bonifient avec le temps.
C'est effrayant parfois de voir les bases très sommaires sur lesquelles s'édifie la vie de certains.
Gourou, kangourou.
Du bonheur absolu d'être sur une petite terrasse à siroter un verre de vin rouge en étant absolument inatteignable.
Faire un appel d'air en soi afin de se renouveler. C'est une évidence. Au lieu de remplir la place jusqu'au dernier petit espace, faire le vide, pousser les meubles, jeter, jeter, jeter, faire du lest pour laisser la lumière nous pénétrer.
"Spirituel": oh le vilain mot! Trouvons-en un autre, celui-ci s'est par trop prostitué.
Cette affichette qui propose des conférences sur "l'écologie spirituelle". Y a-t-il un sens à parler d'écologie "spirituelle", du vert esprit voire même du vert-de-gris. Et si démarche "spirituelle" il y a, je veux dire une démarche authentique, inspirée, n'est-elle pas vraisemblament "écologique", comme l'est toute prise de conscience véritable?
Il y a des affinités électives. Mais peut-il y avoir des générosités électives?
Des policiers agressent un homme handicapé. Manque de bol, il est beaucoup plus fort qu'eux! Résultat, toute la hiérarchie déboule en rampant chez lui afin de s'excuser (et surtout de ne pas se retrouver en première page d'un canard trop lu). Mais ils ne manquent pas, au passage, de lui faire remarquer qu'aux Etats-Unis d'Amérique, la situations serait encore plus difficile pour lui.

Je suis sûr que cette dernière précision sociologique n'a pas manqué de faire sentir à notre homme, qui vit en Suisse et n'a nullement l'intention d'aller s'installer aux Etats-Unis, la chance qu'il a de se faire insulter par les forces de l'ordre locales.
Je l'avais bien vu, mais c'est lorsqu'on me l'a fait remarqué que je me suis aperçu que les pruneaux et les poires, à cette saison, sont gros et gorgés d'été comme une explosion de fleurs de cerisier au printemps.
Le "Notre Père" est une remise de peine aurorale.
Je ne comprends pas l'intérêt qu'on peut trouver à désenchanter le monde. A le mettre à plat sous couvert de preuves et de vérifications écrasantes.
Certains êtres éveillent en nous des mémoires sombres.
L'offense est de l'ordre du dommage et de la laideur. Offenser, c'est rompre l'harmonie ou du moins la sérénité possible entre les êtres. C'est s'endetter humainement.
"Prier, ce n'est pas raidir son moi, c'est l'effacer." (Gustave Thibon)
Je sens l'automne roussir quelque part, proche. Il se prépare. Bonheur.
Très fort ce Monsieur Fulvio Pelli qui, lorsque tous les autres se ruent pour succéder à Monsieur Couchepin, reste tranquillement dans l'ombre et accepte - accepte!- de se porter candidat SI on le lui demande!

Digne héritier de Mazarin et de Sun Zu, je me réjouis déjà de saluer son élection.
Il y a certaines obsessions qui peuvent virer au cauchemar et donner l'impression à celui qui les mouline d'être au bord de la catastrophe alors qu'elles sont, en fait, aussi inoffensives qu'un chat qui joue avec sa queue.
"Affermir" et "affirmer": deux verbes qui se font écho à la faveur d'une inversion de voyelles.
Se méfier des gens qui disent à tout bout de champ "je n'ai pas pensé" ou "ce n'est pas ce que je voulais dire". Car le jour où il arrive une tuile, ces girouettes ne manqueront pas de vous faire porter le chapeau, pensant soudainement que c'est en effet entièrement de votre faute et parvenant à le dire avec forte véhémence.
Ces femmes qui s'adresse à leur mari en commençant leur phrase par "je pense que tu n'as pas...": laver le frigo, tourner la viande, sorti le chien. Partant du principe que, de fait, le pauvre homme a perdu toute son autonomie aussitôt marié.
Le téléphone portable, et le iphone en particulier, est à son propriétaire ce que la cigarette est au fumeur: un objet contre-phobique.
Ce couple d'amoureux allongés sur la plage, dont les bouches ne se décollaient plus comme deux sangsues sous vide, les lèvres de l'un incorporées dans la chair labiale de l'autre, comme un long, très long coït de limaces éventrées. Autant dire que j'ai fini par avoir un haut le coeur.
Certaines personnes aimeraient bien arrêter leur traitement médical, mais elles n'osent pas car elles ont peur de leur médecin.
Je remercie mes parents de ne pas m'avoir emmené dans des camps de nudistes. Ca m'a permis de développer un sens des visages.
En effet, pour vivre longtemps, il faut devenir vieux. C'est tout un programme et un choix de vie également. Mais commençons déjà tout simplement à vivre. Ce sera déjà pas mal. Sans trop s'épargner.

Le verre de rosé


Ce jeune couple à la table du restaurant, qui papote autour d'un verre d'une belle couleur rosée. Leurs rires et leurs regards pétillent grâce à l'élixir qui leur donne plus d'audace et de coeur. Le breuvage les enrobe comme un cocon de pétales de roses. Ils sont un peu ivres. Ils l'étaient déjà l'un de l'autre, mais maintenant ils sont plus hardis et ils osent se le confier. Le serveur a fait sauter le bouchon d'un beau bruit sec qui a claqué dans l'air comme un coup de pistolet. Le départ est donné, plus rien de semble pouvoir les arrêter. Chacun verse dans la coupe de l'autre son bonheur d'être ensemble. Un verre de rosé n'est pas un sortilège qui prend fin. Ce n'est pas le phyltre d'amour de Tristan et Iseut, mais une petite aube qui se lève entre deux amoureux, le matin de leur rencontre, un jour rien qu'à eux. C'est le vin des premiers temps. Plus tard, la cape plus profonde du bordeaux les enrobera de son soyeux et les amènera à faire d'autres découvertes qui n'appartiennent qu'à eux. Mais, pour l'instant, ils se contemplent à travers cette lunette rosée. Il voit vaciller comme un mirage son sein qui point dans l'échancrure de son décolleté.

La légèreté de la robe d'un verre de rosé offre aux amoureux d'inscrire ces instants frétillants dans l'ambre d'une couleur joyeuse. C'est une mémoire guillerette et fraîche, en aucun cas grise.

La nymphe et le philosophe: un magazine culturel propose une relecture par Marcel Conche des questions qui avaient été posées à Brigitte Bardot lors d'une interview. Mais je doute que l'apport du docte professeur ne soit très éclairant, surtout lorsque je lis qu'il ne connaît aucune des chansons de Madame Bardot (soit, ça peut se comprendre) mais qu'il ajoute qu'il a "en général, toujours mieux à faire que d'écouter des chansons".

Ah? Mais s'il n'aime pas le chant, comment peut-il prétendre comprendre quoi que ce soit à une femme?
J'aime les femmes pour qui la sexualité n'est pas l'homme à abattre.
Vous avez votre iPhone. Très bien. Moi j'ai mon iCône.
Se méfier de l'insinué éthéré: ce n'est bien souvent que du vent. L'art de la suggestion n'ôte pas la nécessité d'avoir un sol sous ses pieds.
J'avoue ne pas comprendre cet engouement pour la venue du Dalaï-Lama en Suisse. 12'000 personnes vont venir suivre son enseignement. Mais enfin, qu'a-t-il de plus à nous dire que nos poètes, nos penseurs n'aient dit?
"De la sexualité comme des autres activités humaines: artificielle, tyrannique, catastrophique quand elle n'est pas voulue. Et recherchée pour elle-même. Féconde et enrichissante au contraire quand elle naît de l'inspiration. Et qu'elle se trouve ainsi reliée à la totalité de l'être." (Georges Haldas)

Tout est dans l'intensité du partage.
"La loi de la poésie: tirer le plus du moins. Suggérer, par un minuscule détail, l'ensemble. Fournir peu au lecteur, mais de l'intense; afin qu'il puisse librement imaginer. Et selon les chemins de sa propre imagination." (Georges Haldas)
Quelqu'un peut vous tourner le dos, mais son âme, elle, vous fait toujours face.

Divine mère

Le livre de Erri de Luca, Au nom de la mère, de Erri de Luca, à travers le récit de la maternité de Miriàm, mère de l'enfant Jésus, est une ode à la mère, à la femme. L'auteur s'est fait discret, si discret pour laisser toute la place à Miriàm divinement métamorphosée en motte de terre féconde, fleur pollinisée. Il devient un second Iosef, tout entier dévoué à ce si simple miracle: une vie au creux d'un corps, une petite vie qui danse dans l'anse d'un ventre, le comble et l'emplit d'une paix profonde et d'une confiance inébranlable dans ce qui advient, acceptant son destin de femme bénie entre toutes les femmes et toutes les conséquences d'être élue: prendre le risque de perdre Iosef, subir la loi des hommes à laquelle elle n'appartient déjà plus, nouvelle Antigone se soumettant aux lois non écrites de la vie, à celui du Souffle.

Impossible de dévoiler ici la finesse de ce petit texte de nonante pages. Évoquons peut-être simplement la prière à l'envers de Miriàm à la naissance de son fils: "Fais qu'il ne soit pas beau, qu'il ne suscite aucune envie. Écoute la prière à l'envers de ta servante". Prière contradictoire qui pourrait être celle de toute mère voulant le meilleur pour son enfant tout en souhaitant ne pas le voir partir alors que la séparation a déjà commencé, dès la naissance. Toute mère n'est-elle pas la servante de celui qui vient?

L'écriture rude et noueuse de Erri de Luca, belle comme une branche d'olivier - et très bien rendue dans la traduction de Danièle Valin, sa tendresse virile et clairvoyante est une invitation à faire confiance, à accepter avec humilité le pollen du quotidien, à l'exemple de Miriàm, Marie pleine de grâce.


Photographie: Edouard Boubat, Les cerisiers en fleurs.
Si j'en avais le courage, je ferais une prière à l'envers: "Ôte-moi l'inutile pour ne me laisser que l'essentiel."
La mythologie de mon enfance, c'est superman, spiderman ou pantherman, mon petit panthéon de personnages secrets qui stimulaient mon imaginaire.
Certains ne souffrent pas de leur cécité. Faut-il pour autant leur en vouloir? Oui, si leur ignorance porte atteinte à la vie.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?