-- Alexandre Jollien
Affichage des articles dont le libellé est humanité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est humanité. Afficher tous les articles
Chère Bernardines,
Permettez-moi de vous appeler ainsi. Je vous envoie cette petite lettre, par-dessus le muret qui me sépare de vous, pour vous dire: merci! Merci d’être là, merci d’être, par votre vie de prière et d’attention, comme la flamme d’une bougie qui se consume pour notre plus grand bien. Je passe régulièrement devant votre monastère lorsque je vais rendre visite à ma grand-maman, à Monthey. J’aperçois, entre les maisons, la bâtisse qui se dresse et puis, au bord de la route, ce panneau de signalisation brun indiquant un centre d’intérêt culturel ou historique, comme si vous apparteniez au passé, alors que vous êtes les âmes bienveillantes et bien vivantes d’un lieu de pleine présence. Et de toute manière, si vous deviez appartenir à un patrimoine, ce serait celui du cœur...
Permettez-moi de vous appeler ainsi. Je vous envoie cette petite lettre, par-dessus le muret qui me sépare de vous, pour vous dire: merci! Merci d’être là, merci d’être, par votre vie de prière et d’attention, comme la flamme d’une bougie qui se consume pour notre plus grand bien. Je passe régulièrement devant votre monastère lorsque je vais rendre visite à ma grand-maman, à Monthey. J’aperçois, entre les maisons, la bâtisse qui se dresse et puis, au bord de la route, ce panneau de signalisation brun indiquant un centre d’intérêt culturel ou historique, comme si vous apparteniez au passé, alors que vous êtes les âmes bienveillantes et bien vivantes d’un lieu de pleine présence. Et de toute manière, si vous deviez appartenir à un patrimoine, ce serait celui du cœur...
«Il monta dans la barque, et ses disciples le suivirent. Et voici, il s'éleva sur la mer une si grande tempête que la barque était couverte par les flots. Et lui, il dormait. Les disciples s'étant approchés le réveillèrent, et dirent: Seigneur, sauve-nous, nous périssons! Il leur dit: Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi? Alors il se leva, menaça les vents et la mer, et il y eut un grand calme. Ces hommes furent saisis d'étonnement: Quel est celui-ci, disaient-ils, à qui obéissent même les vents et la mer?» (Bible Louis Segond)
Il dort. C’est la panique à bord, les disciples sont certains que leur dernière heure est arrivée et qu'ils vont tous mourir noyés. La tempête sévit, la mer se déchaîne, le ciel se zèbre d’éclairs, les bourrasques menacent de faire chavirer l’embarcation et lui, il dort, comme si de rien n’était. Et de fait, ces violents fracas l’importunent si peu qu'ils doivent le réveiller!
Il dort. C’est la panique à bord, les disciples sont certains que leur dernière heure est arrivée et qu'ils vont tous mourir noyés. La tempête sévit, la mer se déchaîne, le ciel se zèbre d’éclairs, les bourrasques menacent de faire chavirer l’embarcation et lui, il dort, comme si de rien n’était. Et de fait, ces violents fracas l’importunent si peu qu'ils doivent le réveiller!
Clonons Pennac pour sauver l'Europe!
J'ai parfois l'impression que le bagage culturel d'une partie de la jeune génération s'est réduit à la taille d'un baluchon, et encore. L'accès à des sommes hallucinantes de connaissances via le web favoriserait-il l'ignorance à grande échelle et l'incapacité de métaboliser les savoirs, de se les approprier? On tâte de la culture du bout de l'index, comme si on triait dans les aliments dans l'assiette, repoussant ce qui est trop consistant, qui demande un effort, pour ne garder finalement que le plus léger. Le problème c'est que ce n'est pas nourrissant. Le savoir se goûte, se mâche, ça se digère, se mélange au plus intime de soi - toujours le couple saveur et savoir. Il faut y mettre du temps et de la peine. Si elle reste déposée virtuellement hors de moi, et que je me targue de pouvoir y accéder en tout temps sans jamais m'y intéresser, parce que c'est superflu, inutile, elle ne m'est rien, c'est un catalogue d'exposition.
En écrivant ces quelques lignes, j'ai vraiment l'impression d'être un vieux machin - je suis un vieux machin. Et pourtant je peux témoigner qu'en l'espace de quinze ans, j'ai pu constater par moi-même qu'un ensemble de références qui pouvaient par le passé encore vaguement évoquer quelque chose à bon nombre de mes interlocuteurs, ne signifie aujourd'hui absolument plus rien. Rien du tout. Et par un étrange renversement, le savoir qui pouvait auparavant qualifier quelqu'un, être non pas un signe de pouvoir (souvent il l'est), mais d'humanité, manque parfois de peu de le faire passer pour ridicule, un attardé qui s'intéresse à de biens vieilles choses pathétiques et hors du temps, n'ayant plus aucun lien avec la réalité vécue - comme on se trompe. Si le lisse de l'écran et sa potentielle virtualité doit nous servir d'avenir aux jeunes, je m'inquiète. Leur vie risque de manquer singulièrement de reliefs. Pour ma part, je préfère me rouler allégrement dans la poussière des greniers du savoir!
J'ai parfois l'impression que le bagage culturel d'une partie de la jeune génération s'est réduit à la taille d'un baluchon, et encore. L'accès à des sommes hallucinantes de connaissances via le web favoriserait-il l'ignorance à grande échelle et l'incapacité de métaboliser les savoirs, de se les approprier? On tâte de la culture du bout de l'index, comme si on triait dans les aliments dans l'assiette, repoussant ce qui est trop consistant, qui demande un effort, pour ne garder finalement que le plus léger. Le problème c'est que ce n'est pas nourrissant. Le savoir se goûte, se mâche, ça se digère, se mélange au plus intime de soi - toujours le couple saveur et savoir. Il faut y mettre du temps et de la peine. Si elle reste déposée virtuellement hors de moi, et que je me targue de pouvoir y accéder en tout temps sans jamais m'y intéresser, parce que c'est superflu, inutile, elle ne m'est rien, c'est un catalogue d'exposition.
En écrivant ces quelques lignes, j'ai vraiment l'impression d'être un vieux machin - je suis un vieux machin. Et pourtant je peux témoigner qu'en l'espace de quinze ans, j'ai pu constater par moi-même qu'un ensemble de références qui pouvaient par le passé encore vaguement évoquer quelque chose à bon nombre de mes interlocuteurs, ne signifie aujourd'hui absolument plus rien. Rien du tout. Et par un étrange renversement, le savoir qui pouvait auparavant qualifier quelqu'un, être non pas un signe de pouvoir (souvent il l'est), mais d'humanité, manque parfois de peu de le faire passer pour ridicule, un attardé qui s'intéresse à de biens vieilles choses pathétiques et hors du temps, n'ayant plus aucun lien avec la réalité vécue - comme on se trompe. Si le lisse de l'écran et sa potentielle virtualité doit nous servir d'avenir aux jeunes, je m'inquiète. Leur vie risque de manquer singulièrement de reliefs. Pour ma part, je préfère me rouler allégrement dans la poussière des greniers du savoir!
Le Clézio à propos de cet Millet (l'auteur et relecteur de chez Gallimard qui n'a pas perdu d'enfant dans la tuerie norvégienne et se plaît à louer la dimension esthétique du carnage):
«Au nom de quelle liberté d’expression, à quelles fins, ou en vue de quel profit un esprit en pleine possession de ses moyens (du moins on le suppose) peut-il choisir d’écrire un texte aussi répugnant?»
http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20120905.OBS1306/exclusif-le-clezio-repond-au-texte-repugnant-de-millet.html
Une Sainte en Suisse... C'est si rare. Et, ce n'est pas anodin, elle s'est étonné de voir que les conseillers lisait le journal ou tapotait leur ordinateur pendant les séances. Évidemment, le politique suisse est confortablement assis sur son siège, la démocratie n'ayant pas le même sens ici qu'en Birmanie. (Mais cette paresse que je caricature ne fait que me rappeler mes propres manquements à notre devoir de sentinelles de la liberté.)
La parabole des talents (le talent désignant ici une monnaie et non un don) promet au riche d’être encore plus riche, et au pauvre encore plus pauvre. Trois serviteurs se voient confier une certaine somme d’argent par leur employeur qui part en vacances. En son absence, à chacun de la faire fructifier en l’investissant de la manière la plus judicieuse, selon ses capacités dit le texte. Celui qui a reçu le plus gros montant parvient à réaliser un maximum de bénéfice; le second ne s’en tire pas trop mal, mais le dernier... Le malheureux! Il creuse un trou dans la terre pour enterrer l’argent. Lui, c’est l’employé médiocre, sans audace, couard, qui ne sait rien faire des opportunités qu’on lui offre, aussi minimes soient-elles. Encore une chance qu’il ait trouvé un job.
«Nous sommes fait de la même étoffe que nos rêves et notre petite vie est une île entourée de sommeil.» (Shakespeare)
Devient, au XXIe siècle:
«Nous sommes faits de la même étoffe que nos fringues, notre bagnole, de notre téléphone portable, et notre vie est une île entourée par la société de la dispersion.»
Société de la dispersion, car la société de la consommation, c'était le XXe siècle.
Mais bon sang, qu'avons-nous fait de notre dignité?
Devient, au XXIe siècle:
«Nous sommes faits de la même étoffe que nos fringues, notre bagnole, de notre téléphone portable, et notre vie est une île entourée par la société de la dispersion.»
Société de la dispersion, car la société de la consommation, c'était le XXe siècle.
Mais bon sang, qu'avons-nous fait de notre dignité?
Mon bouledogue a l'habitude de lancer des assauts sur la chatte lorsqu'elle va à la cuisine. Assauts qui par ailleurs se soldent par un échec pataud, vu qu'une fois face à elle, il ne sait plus ce qu'il doit faire. Quand je peux, j'anticipe la charge en lui lançant:
- Tu n'y penses même pas!
Hier, je songeais que le verbe «penser» est peut-être un peu excessif appliqué à un bouledogue. Puis, à la réflexion, je me suis dit qu'il ne faisait que ce que nous faisons tous la plupart du temps: défendre notre territoire et veiller sur notre pitance. C'est à peu près tout notre penser.
On ne cesse de nous diffuser des images de spécialistes de la finance et autres traders qui regardent le monde à travers trois, quatre ou cinq écrans (pourquoi pas dix, quinze ou vingt) en s'agitant de manière pathologique pour nous expliquer que le monde va très mal depuis leur salle dite des marchés - bien pauvres marchés, sans couleurs, fruits et légumes, fromages, fleurs et saucissons, cris et rires, la vie quoi. Ils sont devenus le sujet d'un reportage comme on montrerait la guerre, seulement, eux, leur vie, ce sont des écrans, des chiffres, et puis d'autres écrans dans lesquelles ils regardent le président américain parler et expliquer que tout s'effondre parce qu'une poignée de gaillards en cravate n'ont pas réussi à se mettre d'accord, mais qu'ils vont faire un effort sur le dos de tous les malheureux qui n'y peuvent rien, eux, parce qu'ils travaillent pour faire du pain, soigner, enseigner, conduire... Mais suivant ce que dira le président et surtout le ton sur lequel il le dira (le moindre toussotement serait fatal), ou s'il prend des vacances en plein chaos pour montrer qu'il n'a pas peur, alors peut-être qu'il y aura durant quelques secondes un peu de soleil derrière leurs feuilles de calcul. Et on va me faire croire que ça, c'est la réalité? Pendant que des millions d'individus, des dizaines de millions d'enfants, de femmes et d'hommes sont menacés par la faim.
Mais enfin, de qui se moque-t-on? A quand une grande action biblique, version nuage de sauterelles moderne, où tous ces gens seraient aspirés dans leurs écrans pour se retrouver avec de la nourriture à côté d'un enfant qui a faim? Leur vie en serait changée, de fond en comble, et avec eux, le visage de notre humanité.
Inscription à :
Articles (Atom)
-
J'ai lu «Une si belle image» de Katherine Pancol, sans sourciller, jusqu'à la dernière page, comme on lirait un long article du maga...


