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«Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours - de poésie, jamais.» Longtemps j’ai trouvé cette remarque de Baudelaire luxueusement superficielle, car je la lisais de manière raisonnable. Elle est devenue lumineuse le jour où j’ai compris que la poésie était le sel de la vie, qui lui donne sens et consistance.
«J'ai essayé plus d'une fois, comme tous mes amis, de m'enfermer dans un système pour y prêcher à mon aise. Mais un système est une espèce de damnation qui nous pousse à une abjuration perpétuelle; il en faut toujours inventer un autre, et cette fatigue est un cruel châtiment. Et toujours mon système était beau, vaste, spacieux, commode, propre et lisse surtout; du moins il me paraissait tel. Et toujours un produit spontané, inattendu, de la vitalité universelle venait me donner un démenti à ma science enfantine et vieillotte, fille déplorable de l'utopie. [...] Condamné sans cesse à l'humiliation d'une conversion nouvelle, j'ai pris un grand parti. Pour échapper à l'horreur de ces apostasies philosophiques, je me suis orgueilleusement résigné à la modestie: je me suis contenté de sentir; je suis revenu chercher un asile dans l'impeccable naïveté.» (Charles Baudelaire)Quel beau texte sur la liberté!
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