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Les livres d'images pour enfants seraient largement suffisants pour que je sache tout ce que j'ai besoin de savoir.
J'ai mis du temps à comprendre tout l'intérêt que je pouvais tirer d'un tableau que je n'aimais pas, qui m'offre de confronter mes goûts au lieu de les conforter, qui me force à réagir en exprimant ce qui me déplaît. Ce qui est aussi une manière de m'ouvrir à quelque chose de différent, que je rejette de prime abord, mais qui pourra me faire découvrir d'autres chemins que ceux que j'emprunte familièrement. Et préciser ce qui vient me déranger dans une œuvre, c'est aussi une manière d'approfondir et de fortifier ma relation aux choses que j'aime, de mieux comprendre et sentir pourquoi j'y tiens tant, pourquoi je m'appuie sur elles plutôt que sur d'autres.
J’ai appris quantité de choses à l’école, même le latin, l'éducation sexuelle, ou le nom des grands fleuves chinois. Mais je n’ai pas appris à établir une relation salutaire avec la nourriture. On avait estimé que manger, comme toutes les choses absolument vitales, allait de soi. "Mange tes légumes et tais-toi!"... Grave erreur pédagogique. Tout ce qui s’ingère de force devient un ennemi. Il aurait fallu leur donner la parole, à ces légumes, au lieu d’en faire des éléments de contrainte. Comme ces poèmes de Baudelaire, qu'on me faisait apprendre “par coeur”, moyen le plus sûr de m’en dégoûter, car le coeur n’avait rien à voir dans l’affaire, sinon je les aurais sus. Rétrospectivement, j’aurais bien voulu qu'on me présente les aliments que je mangeais, histoire de faire connaissance. D’autant que nous allions nous retrouver régulièrement. Je suis persuadé qu'une carotte a un visage et une aubergine un autre, que je peux apprendre à connaître, en cherchant à savoir ce qu’ils expriment, qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils ont à m’apporter. La manière des les envisager leur donne du goût. Mc Donald l’a bien compris avec ses hamburgers. Pas étonnant que les enfants en raffolent. L’entreprise a su ajouter au leurre gustatif un imaginaire de cirque: manger devient une fête, une réjouissance à côté de laquelle la corvée d'ingérer des nourritures saines paraît bien pâlichonne. Il n’est pas question de palabrer sur chaque bouchée à faire avaler à un enfant, moyennant un réquisitoire digne des ténors du barreau, mais de lui raconter qui sont ces étrangers qui vont pénétrer dans son corps, que ce sont des amis, afin qu’il apprenne à entretenir un commerce agréable, voire même équitable, avec eux, et qu’ils s’apprivoisent. L’enfant est capable de comprendre les histoires de petits pois et de haricots. Ce serait bien dommage de l’en priver pour les lui resservir sous forme de théories alimentaires et caloriques une fois devenus adulte. Une éducation qui a du goût et de la saveur constitue un savoir incomparable.
La simple vue de la tranche d'un bon livre me fait saliver comme la croûte du cake au citron ou au chocolat de ma mère. Je sais - d'un savoir on ne peut plus sûr - que je vais me régaler!

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?