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Oui, on peut vivre de sorte qu'on en vient à oublier jusqu'au sentiment de l'essentiel de notre vie, on en éprouve plus le besoin, quand bien même cet essentiel lui ne disparaît pas.
L’Évangile vomit les tièdes. «Parce que tu es tiède, et ni froid ni chaud, je te vomirai de ma bouche...», peut-on lire dans l’Apocalypse de Jean. Le Ciel ne nous a pas donné un cœur pour rien, et nous ferions bien de ne pas l’oublier.
Tout ce dont tu ne peux plus prendre le pouls dans ta vie est mort. Tu peux sans autre le balancer, il n’a aucune valeur pour toi. Tu croyais que c’était important, par confort.


Expression commune: « tu ne m'enlèveras pas de la tête...». Je m'imagine l'idée trônant avec fierté comme un roc inébranlable dans l'esprit de mon interlocuteur. C'est son bien, à lui, son trophée cloué au mur de ses convictions. Il ne sert à rien de lutter. La seule chose qui puisse être utile, c'est d'ajouter un peu de cœur au propos. Il n'y a que le cœur qui puissent mettre à l'épreuve nos certitudes, et au besoin, les dissoudre.
«En tout la paix du cœur» (Frère Roger). Parlez-moi d'un défi!
L'homme éternel de Chesterton: une virtuosité ébouriffante, une intelligence vive, claire, on retrouve dans sa défense du catholicisme la même verve que dans ses critiques littéraires. Mais précisément, cette jouissance esthétique, proustienne, nourrit-elle le cœur?
Jésus, comme Antigone, défendent les lois non écrites du cœur.
On ne voit bien que ce qu'on cesse de regarder et qui un jour revient à l'improviste toquer à la porte en disant:

- C'est moi, je suis de retour.
Si un coeur bat, c'est bien parce qu'il doit y avoir combat, conquête et courage.
«Les légendes vivent de notre substance. Elles ne tiennent leur vérité que de la complicité de nos cœurs. Dès lors que nous n'y reconnaissons pas notre propre histoire, elles ne sont que bois mort et paille sèche.»
Miséricorde, le coeur mis dans la misère, de la vie pour porter la douleur, la battre.
Lors de la première échographie, ce qu'on voit avant toute chose, c'est le coeur qui bat, non pas le cerveau qui pense.
Pas évident de reconnaître que toutes les analyses en HIC qu'on a lues - psychologique, sociologique, économique et plus récemment neurologique -  ne nous ont pas tant aidées. On espérait qu'elles justifieraient notre malaise, qu'elles nous permettraient de rationaliser nos souffrances. On ressort de ces lectures plus instruits, rarement plus heureux. C'est éclairant, mais ça ne nous réchauffe pas. Ce n'est pas de ce savoir-là dont on avait besoin, mais d'un savoir qui nous aide à être en prise plus directe sur notre coeur, qu'on pourrait incorporer, intégrer, digérer. Ce savoir que seule la parole authentiquement créatrice peut nous offrir, et non pas celle qui dissèque, qui autopsie ou décompose, mais celle qui relie et renoue.
La rancune est un luxe que notre coeur ne peut pas se permettre.
"Même dans les situations les plus terribles, le coeur peut-être libre." (Jack Kornfield)

Je dirais: "Surtout dans les situations les plus terribles". Comme si, à ce moment, c'est lui qui prenait les commandes pour libérer des forces insoupçonnées; comme si, dans l'adversité, il était l'organe aux ordres duquel tous répondront pour mener cette lutte sans cesse renouvelée en chaque être pour que la vie l'emporte, sur tout ce qui la nie.

C'est ainsi qu'on a vu des coeurs simples, quotidiens, révéler des ressources d'humanité vive dans les combats les plus impitoyables - une maladie, la perte d'un enfant, une guerre. Sans broncher, ils se sont levés face à l'oppresseur, comme si, de toute éternité, ils avaient attendus ce moment.
Le coeur blessé peut s'attendrir, se durcir ou mourir. C'est selon.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?