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Prier, méditer, respirer, c'est faire de la place.
Belle approche de la contemplation de Thomas Merton:

«La contemplation est la plus haute expression de la vie intellectuelle et spirituelle de l'homme. C'est cette vie même, pleinement alerte, active, consciente de sa vitalité. C'est un émerveillement spirituel. C'est un respect spontané devant le caractère sacré de la vie et des êtres. C'est la gratitude que nous éprouvons devant la vie, la connaissance et l'être. C'est une compréhension profonde qu'en nous, la vie et l'être procèdent d'une Source invisible, transcendante et infiniment généreuse.» (Thomas Merton, Semence de contemplation, p. 16.)
Les moines se sont mis sous clé pour préserver la qualité de leur recueillement. Mais, aujourd’hui, bon nombre de cloîtres sont en déshérence. Les moines et les moniales les ont quittés. Le badaud que je suis peut y promener son pied profane. Lorsque j’entre dans l’un d’entre eux, j’ai l’impression de me trouver dans une coquille vide, comme celle d’un escargot qui a quitté son domicile. Les portes se sont ouvertes, et les courants d’air ont éteint la flamme de la contemplation.

Chère Bernardines,

Permettez-moi de vous appeler ainsi. Je vous envoie cette petite lettre, par-dessus le muret qui me sépare de vous, pour vous dire: merci! Merci d’être là, merci d’être, par votre vie de prière et d’attention, comme la flamme d’une bougie qui se consume pour notre plus grand bien. Je passe régulièrement devant votre monastère lorsque je vais rendre visite à ma grand-maman, à Monthey. J’aperçois, entre les maisons, la bâtisse qui se dresse et puis, au bord de la route, ce panneau de signalisation brun indiquant un centre d’intérêt culturel ou historique, comme si vous apparteniez au passé, alors que vous êtes les âmes bienveillantes et bien vivantes d’un lieu de pleine présence. Et de toute manière, si vous deviez appartenir à un patrimoine, ce serait celui du cœur...

Le livre «Le cerveau de Bouddha» démontre bien que le cerveau est conçu pour s'intéresser avant toute chose au négatif, à ce qui ne va pas, à ce qui nous met en danger, étant donné qu'il en va de notre survie. Le plan pépère avec un cocktail et un livre au bord de la piscine ne l'intéresse pas. Non, il est conçu pour agir quand il y a du lourd, du bien angoissant, du balaise. Là, il fonce et il turbine à toute bombe pour nous grossir sur l'écran de notre panique le moindre moustique qu'il transforme en éléphant. Pas étonnant ensuite d'apprendre qu'il est nécessaire de faire des années et des années de méditations pour apaiser ce reptilien bileux.
Voilà plus de 25 ans que je médite cette réflexion: «Etre vulnérable face à ses limites». Je ne l'ai toujours pas comprise. Et personne ne m'a apporté de réponse concluante, mais je m'y attendais, car elle ne peut venir que de moi.
"Méditer, c'est penser, passer d'une idée à l'autre, parfois s'éblouir de son propre éblouissement. Prier, c'est être pris, devenir humble et intraitable, docile et souverain. Ainsi vous pouvez parler aux arbres, à la mer, avec la voix de Dieu, ordonner aux nuages." (Jean Sulivan)
J'apprends à passer chaque jour quelques instants à m'asseoir et à ne rien faire. Manière de méditation zen, bien que le mot "méditation" dans mon cas soit beaucoup trop gros et que du zen je ne sache rien. Au début, je m'enorgueillissais de me trouver parfois dans un lieu particulièrement propice à ce genre d'exercice, et j'avais une attente particulière sur la qualité que devait avoir ce moment. Autant dire qu'à coup sûr, c'était la meilleure manière de me frustrer, car je ne parvenais pas à m'apaiser, à me concentrer, qu'une mouche ou je ne sais quoi venait me déranger, et alors je m'énervais - je m'énerve toujours d'ailleurs. Ces échecs successifs et nombreux m'ont permis de comprendre une grande chose que disent tous les manuels de zen - que j'abhorre mais que je ne manque pas de lire: seulement s'asseoir, sans attente aucune. C'est très clair. Si quelque chose doit advenir, une émotion particulière, un peu de lumière, elle ne surgira pas parce que j'ai cherché à la provoquer de manière volontaire, intellectuelle, mais précisément parce que ne voulant rien, je permets que tout soit possible, je crée l'espace nécessaire en moi, j'accepte de ne plus chercher à contrôler, mais de me laisser surprendre. Et même penser que je puisse être surpris, c'est encore beaucoup trop, et c'est prétentieux. Pourquoi devrait-on venir me surprendre comme le père Noël met des cadeaux dans les chaussettes des enfants. Et si rien ne devait jamais se produire, si "l'illumination" ne devait jamais se produire? Qu'importe. J'aurais vécu serein, nonchalant de quelque miracle que ce soit, dans des dispositions favorables ici-bas.
Ces tous derniers jours, j'essaie de voir mes pensées en faisant le tri entre "utiles" et "inutiles". Je n'empêche pas une pensée inutile de venir (d'ailleurs comment pourrais-je), mais je suis conscient qu'elle est inutile. Quand je médite, je vois le cortège de pensées arriver et je m'imagine en train de marcher sur un chemin, dans une forêt ou à la campagne, il fait beau, et je dis "bonjour" à la pensée qui se pointe, tout en continuant mon chemin. Elle ne m'intéresse pas, moi je veux juste marcher au soleil et respirer correctement, bien être conscient que j'inspire, puis bien être conscient que j'expire. Et quand c'est une pensée très méchante qui se raboule, je lui dis directement "aurevoir" (je n'ose pas encore lui dire "adieu", j'ai peur qu'elle soit plus forte que moi).

Nous véhiculons tant de pensées inutiles qui obscurcissent notre soleil, qui nous rendent triste, qui nous encombrent et peuvent prendre trop de place, parfois toute la place.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?