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La première chose dont il est urgent de guérir, ce sont les écrans. Et comme ils ne sont pas prêts de disparaître, il va falloir apprendre à les utiliser de sorte à ce qu'ils approfondissent notre relation au monde et qu'ils ne fassent pas écran avec lui.
Le bluff technologique va nous réduire à une sonnerie de téléphone portable par défaut.
Se rappeler que lorsqu'on a les yeux rivés sur un écran d'ordinateur, de télévision, de téléphone, nous avons avant tous les yeux rivés sur... un écran.
"Le fabuleux outil qu'est le téléphone portable." Aucun doute, c'est extraordinaire de parler à quelqu'un qui ne vous écoute plus parce qu'il regarde sur son téléphone ce qu'on vient de lui poster sur son mur facebook. D'autant qu'il ne viendrait à personne l'idée de consulter sa pelle pendant un repas, par exemple.
Rendre son téléphone portable intelligent: la grande affaire. Mais j'aurais tout de même trouvé plus intéressant de mettre tous nos efforts à rendre l'être humain plus intelligent.
Question d'actualité: le portable est-il dangereux pour le cerveau? Sans avoir lu d'études, je peux répondre: oui!
Un jour, j’ai craqué, j’ai décidé de me suicider socialement, de me déconnecter: j’ai jeté mon téléphone portable et j’ai vu toute ma vie prendre un grand virage pour le suivre tandis que je restais seul sur le rivage. Je n’aurais pas cru qu’on puisse être si seul sur terre. Je me retrouvais soudainement isolé au milieu d’une foule de gens qui bien qu’étant à côté de moi, étaient en train de parler à des gens qui étaient ailleurs, demandant à tout bout de champ:$

- Tu es où?

Alors qu’eux-mêmes étaient là et que leurs interlocuteurs devaient leur demander à leur tour où est-ce qu’ils étaient. A se chercher ainsi, ils n’étaient plus nulle part. Si je tentais de parler à l’un d’entre eux, il me regardait de travers en me lançant furieusement un:

- Vous voyez bien que je suis en ligne!

Ils vénéraient ce petit bout de plastique comme un dieu nouveau qu’ils priaient à longueur de journée. Il y en avait bien un ou deux qui n’étaient pas en train de téléphoner, mais ceux-ci étaient tout pâlots et je compris vite que leurs batteries étaient déchargée. Le dieu ne voulait plus parler avec eux, ils n’avaient plus prises sur la vie. Comme un alpiniste qui décrocherait en montagne, il tombait dans un abîme effroyable: celui d’être là, seul, avec la voix de leur conscience, assourdissante.
Jésus viendrait à s'adresser à l'un d'entre nous qu'on lui demanderait d'attendre une minute le temps qu'on réponde au téléphone.
L'esprit ou la lettre? Le texte ou le gadget? L’avènement du livre électronique me laisse perplexe. Je regarde une vidéo sur laquelle une commerciale américaine explique de manière rétro-fulguro éclairée, avec un accent de cowgirl, comment je pourrai dorénavant lire Hugo, Baudelaire, Proust, Bobin sur un écran de calculatrice. Quel bonheur ! ... [+]
Lire avec application, c'est-à-dire lire en faisant autre chose.
Lire avec application signifie: rendre sa lecture moins ennuyeuse grâce à des logiciels.
La miniaturisation de la culture est tendance: minimaliste, invisible, elle permet à celui qui ne s'y consacre pas de ne pas être stigmatisé.
Un homme écrit pendant quatre ans un livre sur Facebook et au moment où il le sort, il dit que c'est une révolution, il compare son fondateur, Montagne de Sucre, à Bill Gates, il dit que c'est une révolution. Evidemment. Il n'a pas autant travailler pour dire que somme toute, Facebook, ce sont trois malheureux isolés dans la facebook.
Le geste d'abandonner un livre sur un banc en rêvant d'une inconnue qui viendra à le trouver et le lire à plus de prix si c'est un ipad.
J'observe depuis ce matin mes nouveaux écouteurs sans fil qui non seulement n'ont pas de fil pour acheminer le son, mais n'en n'ont pas non plus pour se recharger - et ils se rechargent. Quel miracle! Je me demande si, en mettant ma tête à côté, le support chargeur pourrait en faire de même pour mes batteries.
Une page qui tourne, c'est un pas. Au fil de la lecture, aussi gros puisse être l'ouvrage, j'ai un savoir des doigts qui me fait aisément remonter le sentier, je reconnais les endroits où je suis passé, je me souviens même bien souvent de quel côté de la route se trouvait un paysage, à droite ou à gauche. Face à ma tablette électronique, j'en suis tout à fait incapable. C'est comme un faux livre qui serait vide derrière. Je le retourne, je cherche où sont les étapes parcourues et je vois le logo du fabricant. Magie! On m'aurait trompé? Je suis comme les congolais grossièrement caricaturés dans Tintin au Congo et qui lancent leurs sagaies contre l'écran sur lequel est projeté le film lorsqu'ils voient le méchant arrivé. La page d'un livre électronique n'a pas d'histoire.
Je suis RAVI des nouveaux modèles de mise en page proposés par blogger.
L'informaticien qui, lors d'une présentation, s'excusera d'une défaillance de son programme en disant que c'est "l'effet démo". Mais point du tout! C'est tout simplement que son truc ne marche pas et qu'il vit, durant quelques instants, l'agacement quotidien de ses utilisateurs.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?