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Il y a toujours un peu de nous qui veut tuer le reste.

Ou l'inverse.
- On ne va pas se laisser abattre...

Il y a des jours où certaines expressions destinées à s'encourager à accomplir les tâches ménagères les plus routinières prennent une autre teinte.
Que reste-t-il d’étincelle humaine, c’est-à-dire de créativité possible, chez un être tiré du sommeil à six heures chaque matin, cahoté dans les trains de banlieue, assourdi par les fracas des machines, lessivé, bué par les cadences, les gestes privés de sens, le contrôle statique, et rejeté vers la fin du jour dans les halls de gare, cathédrales de départ pour l’enfer des semaines et l’infime paradis des week-ends, où la foule communie dans la fatigue et l’abrutissement ? (…) De la force vive déchiquetée brutalement à la déchirure béante de la vieillesse, la vie craque de partout sous les coups du travail forcé.

-- Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations (1967)

Pourtant, si on m'enlève cette routine, je meurs.
Au réveil, ma journée ressemble souvent à une armoire normande bourée de tâches qui me tombe sur le coin de la tronche. Et je passe une bonne partie de la matinée à m'agiter pour m'en dégager.
Il y a des émissions de début de soirée le dimanche qui ont la vertu de nous rappeler que le week-end est bien fini et que demain le réveil sonnera la diane pour retour au travail. Dans mon cas, c'est l'émission Mise au point de la RTS.
L'éphémère d'un blog susceptible de disparaître à tout instant ou de durer contre toute attente correspond assez bien à l'humain avenir de nos tergiversations.
Nous sommes tous parfaitement capables de faire ce que nous récusons à hauts cris chez autrui. Ainsi va la vie.
Bien souvent, lorsqu'on laisse l'humain à lui-même, il ne marche pas droit.
L’être humain étant naturellement doté d’une langue fourchue, il conquiert l’autre, la langue humaine, de haute lutte.
Comme nous avons été docile, comme nous avons vite appris à croire que c'était inutile, alors que c'était peut-être là que se trouvait le sens de toute une vie.
Cruel de voir qu'une personne de grand âge qui perd son conjoint ne bénéficie quasiment d'aucun encadrement psychologique, parce que ça va de soi vous comprenez, c'est la fin, alors on meurt. Oui, mais celle qui reste se trouve souvent pendant encore de longues années, tous les jours, avec certains souvenirs de ce passé commun qui sont parfois très douloureux. Et il serait bon, apaisant, de pouvoir mettre un peu de clarté. Cela aiderait à mieux appréhender cette nouvelle ère qui s'ouvre, de veuvage, qui est une forme de célibat et donc aussi de relations à refaire. Mais comment faire si on n'a personne à qui en parler, sans être un tant soit soutenu pour comprendre ce qui est arrivé. L'effondrement d'un pan de vie qui a hauteur d'arbre équivaudrait à la chute d'un séquoia géant, ça laisse une sacré béance. Et celle qui reste n'a qu'à être ce qui reste, le solde d'une vie commune. Elle est assise à la table de la cuisine, ne comprenant pas bien ce qui lui arrive, aplatissant des deux mains pour la nième fois le bord de la nappe comme si elle voulait tirer un trait net sur tout ce qui lui fait mal. Il est mort, il avait 90 ans, c'est naturel... C'est tout de même énorme ce qu'on tente de lui faire avaler en le mettant sur le compte du «naturel»:

- Votre compagnon de vie s'est dissout dans le grand tout, il était biodégradable, vous devriez être contente. Ah! Oui, mais ça ne vous exempte pas des taxes d'incinération ni de toute la paperasserie. Et en ce qui vous concerne, vous comprendrez que si nous devions mettre en place une cellule psychologique chaque fois qu'un conjoint décède, nous ferions exploser les coûts de la santé. Alors vous allez gentiment prendre votre antidépresseur, ce qui vous permettra en plus de soutenir la chimie bâloise.

Alors ainsi va la vie qui veut qu'on laisse le survivant s'empoisonner du bilan d'une vie qu'il ne sait pas faire, qui est par ailleurs certainement irréalisable, mais tout de même, quelques heures d'écoutes attentives et quelques conseils bien avisés lui aurait permis de s'armer pour penser ce drame intime.
Ce couple divorcé que je vois de temps à autre discuter ensemble quand elle vient amener les enfants. Ils vont tellement bien ensemble, ils se complètent si joyeusement, que je n'arrive pas à comprendre ce qui a pu les amener à se séparer.
Anita, l’amie qui me coiffe, m'a suggéré de me «relooker». Ce qui est plutôt flatteur, car je pourrais m’imaginer que je n’ai pas encore atteint le stade à partir duquel plus personne ne se permet de vous faire de remarques, le désastre vestimentaire étant avéré. Mais il y a malheureusement un paramètre essentiel qui me manque pour réussir cette conversion stylistique: l'envie. D’ailleurs, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’investir un peu de temps et d’argent pour m’habiller de sorte à être dans le coup - même si je n’ai jamais bien su lequel. J'ai même constaté que mes tentatives produisaient un certain effet auprès de la gent féminine. Mais cette récompense narcissique n’a jamais été suffisante pour que je poursuive mes efforts. Et ce n’est pas tout. J’ai un autre problème, dont Anita ne pouvait pas se douter...

La sœur d'un ami, décédée ce matin, laissant son mari et deux enfants, cancer du cerveau, inguérissable. Que faire d'autre qu'accepter? Tout ceci nous échappe totalement. Ainsi va la vie sanguinaire qui n'épargne rien ni personne dans sa forme - le fond, lui reste un mystère. Nous naissons pour mourir et le grand travail de vivre est d'apprendre à vivre en compagnie ce que frère François appelait «notre sœur la mort» comme une proche incompréhensible, incontournable, irrémédiable.
Election française: les médias n'en finissent plus d'analyser, analyser, analyser comme on se fait parmi, sans aucune distance critique, on ressort les vieilles casseroles pensantes qui nous disent ce qu'il faut en penser. Vivement le silence qui suivra, rendant au néant toutes ces propositions vaines et mensongères destinées à leurrer un citoyen qui n'est pas dupe. Et vive la Suisse d'avoir choisi un mode d'élection qui n'épuise pas les citoyens.
Petit fait de vie tout à fait banal.
J'ai eu une crise de foie, pour le moins violente. Trente-six heures sans manger, et puis la tourmente a fini par passer, au petit matin.
Etat de faiblesse extrême, favorisant les pensées les plus noires, la fébrilité, une remise en question de tout ce qui fonde ma vie, ma capacité à arriver à accomplir les tâches les plus quotidiennes, alors que ce qu'il faudrait avant tout, dans cet état, c'est ne pas penser.
Et puis j'ai dormi, beaucoup dormi, une journée entière.
Et j'ai mangé.
Et je me suis remis d'aplomb et le soleil est revenu.
Et aujourd'hui, ce qui me paraissait impossible ou perdu, est redevenu tout ce qu'il y a de plus facile, voire évident.
Ne pas l'oublier.
En période de crise, ne rien faire, surtout ne rien faire, ne pas penser, ne pas se questionner, ce n'est pas le moment. Mobiliser toutes ses forces pour prendre patience. Attendre que des dispositions naturelles et favorables reviennent pour repartir.
Comme les hommes du désert qui, durant la tempête, se recouvrent de leur voile et patientent jusqu'à que le soleil revienne.
Il n'y a rien d'autre à faire.
Syrie - Encore combien de morts avant que la Russie et la Chine reconnaissent qu'il faut agir? Car il est inimaginable qu'ils perdent la face en admettant s'être trompés sur ce conflit, donc il faudra laisser le temps aux molosses de revenir sur leurs intentions, et le temps qu'ils se tâtent se solde en d'innombrables victimes innocentes. Non contents de s'être fourvoyés, il veulent encore êtres soutenus dans leur revirement avec sollicitude, patience, compréhension. Et pendant ce temps, on meurt. Mais ne surtout pas vexer les monstre anti-démocratiques. Ainsi va le monde.

Les lapins crétins

Les lapins crétins, c'est un peu Benny Hill pour les enfants?